CHAPITRE VII
La traduction d'un auteur étranger en est la vraie et la seule prise de —ion. Grâce à elle, on s'approprie son
œuvre, on lui impose une interprétation personnelle, dette puissance île la traduction fut signalée plus particulièrement à l'attention du monde des lettres vers la fin du miii' siècle, par les tentatives de Wieland, d'Eschenburg et de Voss. Vussi les romantiques et, a\<'.- les romantiques, leurs adversaires de tous lés camps, attachent-ils une grande importance ù la traduction de Cervantes. Kl voilà, plus <|ii<- les rivalités et les ambitions personnelles, ce qui donne à la querelle des traductions sa violence el ftpreté i).
La traduction de Bertucb ;i\;iit suscité, de- son apparition, bien des critiques. \u bout de vingt ans. ellesem-
l..i querelle «mi n'éleva au sujet <io la traduction de Don Quichotte >*t
cinctement, p;ir H. Kcepàç, Ladurig Tieck. Krimunn-
Leipsig. i865, I. p intérêt
qu'elle présente à l'historien de la littérature i été, plua récemment, signalé
pu M. \ FarinelH, dani ion article n lombold el VEtpugtu Les
Intrigues el les cabalea, dit-H, i propos des traductions du chel-d'œuTre de
irurenl comme protagonistes [teck, *Sc4Ua, Eachen, !••- deux
leanagne et méritenl leur lii^t.ire » (Revue
Uis\iai p. -\ h.;.
blait à beaucoup désuète et condamnée. Un nouveau « Sturm und Drang » tourmente la jeune génération. A des âmes nouvelles, il faut un idéal nouveau. Et cet idéal renouvelle jusqu'aux chefs-d'œuvre des temps passés, le Don Quichotte particulièrement : « La traduction de Bertuch, dit G. Schlegel qui résume assez bien l'opinion générale, excellente à son heure, ne répond plus aux progrès nouveaux de la langue et de l'âme allemande; elle était merveilleusement apte à familiariser le public avec une œuvre qu'il ne connaissait pas... mais le comique et le burlesque lui apparurent comme le ton dominant du livre » (i). Il y a plus et mieux dans Don Quichotte.
Comme Shakespeare, Cervantes devait être traduit de nouveau, traduit par un jeune. Le libraire Unger, très au courant des besoins littéraires de son temps, conçut le projet d'une Bibliothèque de romans et y admit avant tous autres le roman de Cervantes. Unger, en relations d'affaires avec les Schlegel, s'adressa à Frédéric qui personnifiait plus que personne l'esprit nouveau.
<( Unger m'a demandé ces jours derniers, écrit celui-ci à son frère le 3i octobre 1797, si je voulais traduire Don Quichotte. Comme les traductions de prose classique et j'ai t du roman m'intéressent et m'intéresseront de plus en
(1) Dans le n' du 19 novembre de VAllgemeine Literaturzeitung 1798, IV, p. 'n.)i. Cf. Fr. Schlegel. Athenœum, II, a (1799). N* IV, Noti/.en, p. 3a4- Ifinor, Jugendschr., II, 3i4). « La traduction du Don Quichotte qui avait cours jusqu'à maintenant en Allemagne était tout à fait plaisante à lire: il ne lui manquait que — la poésie, tant dans les vers que dans la prose... Les beaux élans et le calme hautain x perdent souvent les traits les plus délicats et Sancho se rapproche du paxsan de liasse-Saxe. » Les rapports entre ISertuch et les
romantiques restèrent, semble-t-il, cordiaux. (Voir la lettre de Caroline à G. Schlegel dans K. Schmidt, Caroline, etc. (II, 334).
plus, je ne pouvais pas refuser » (i). Mais les poèmes nombreux ei compliqués qui entaillent le roman ne laissaient point de l'embarrasser, car il ne savait pas encore manier te vers. 11 lit donc appel, pour cette partie de sa tâche, au talent déjà exercé el reconnu de son frère, à qui il offrit une part de ses droits d'auteur a . Mais Frédéric formait et abandonnait aussitôt toutes sortes de plans: il n'était guère capable d'une tache de longue haleine. De plus, il n'avait pas pour ce genre le moindre talent. 11 songea même déjà à céder cette tâche à Tieck.
st alors que Reichhardt intervint. J. H. Reichhardt s'était pris d'une enthousiaste amitié pour le jeune Fi. Vug. Escheo 3 . qu'il désirait lancer dans le monde littéraire. Comment connût-il les intentions du libraire ': S. m- doute, peu satisfait des hésitations *!•■ Schlegel, Unger reparla-t-il autoui de lui de son projet. Reichhardt ! l'occasion aux cheveux, fit à son ami une proposition feime, qu'il confirma le 3 novembre i .
(i) <>. F. W.ilzel, Friedrich SchUgelt Briefe on teinen Brader AugiuA Wilhelm. Berlin, iS'jo. p. 3o3. A cette raison t'ajoutait le désir de Frédéric de i quelques ressources dans des travaux pin» profitables.
(2) Ibid.
(3) Sur F. Kug. Eachen, cf. mu- m. lier-. • 1 < > 1 1 1 la source esl I lance ichhardl el qui fui publiée par A. Baehen dans VArchio fur Lilt. de ir von Carokfeld iVN . i. XI. p. ,.• partie de cette corn
dance parut dans VArchiv <■!! i884, p. "'■•- -m- N"îr. d'autre part, l'explication Steffens, \\ a le, t. M. ; », lui-
limé dam la famille Rncbhardt, considérait Eschen comme un <l.- ■îll-ur- disciples. Bacbea fut presque l<- fiancé d'une des Bllei Rekhhardt.
''•'"■. XII. p. " \ • >.i !• . ; i : a nrrior
lent quelques mots ■!<* moi éi rita 1 la bâte -nr le bureau d*l . I nger) qui
i -pi'i . veut bien accepter votre traduction lie. et
•1" '"I tiendi litions, H l'époque de Is publication — fut-elle partielle — . »
Eschen, qui s'occupait de traductions, comprit combien ci'tte occasion était avantageuse et brillante, et accepta. Unger demanda ses conditions. Reichhardt mit à la disposition de son ami une édition du Don Quichotte. « Ma proposition est, lui écrit-il, arrivée juste à temps pour délivrer Schlegel de cette tâche dont il s'était chargé, sans songer à tous les autres travaux acceptés trop étourdiment et promis pour des échéances prochaines ». Après sa première démarche, Reichhardt rencontre Schlegel et lui annonce sans plus de façon qu'il a offert une autre traduction à Unger (i). « J'ai dit à Schlegel lui-même que j'avais proposé à Unger votre traduction, et il a renoncé à son idée folle, d'autant plus volontiers qu'il n'aurait pu, de son propre aveu, se mettre à la tâche de deux ans. » La seule objection qu'ait faite Frédéric Schlegel est que les poèmes du Don Quichotte doivent être traduits en vers rimes. Peut-être ces poèmes furent-ils composés sur d'anciennes mélodies nationales; Reichhardt s'offre lui-même à composer la musique dans le ton des vieux chants populaires espagnols (2).
Le désistement de Schlegel a-t-il été aussi total que Reichhardt veut bien le dire ? Reichhardt commet-il quelque maladresse ? Tant est-il que nous trouvons, au même moment, Frédéric tout bec et ongles. Reichhardt, déclaret-il, a selon son habitude agi trop précipitamment. Les objections se pressent. « Quelle est cette prétention qu'un pareil béjaune, qui n'a pas encore de style, veuille traduire une pareille œuvre ? Et comment se tirera-t-il des poè-
(0 Ibid.
(2) Ib., 558.
mes ? » (i). Frédéric demande à son frère s'il juge Eschen capable de mener à bout l'entreprise, ou s'il doit s'en charger lui-même. « J'en ai grande envie, s'écrie-t-il. Les vers de Don Quichotte ne sont au fond pas si nombreux. Parle donc erî tout cas à Eschen, représente-lui sa jeunesse » (2). Schlegel fait venir le roman espagnol, et le lit pour se rendre compte de sa difficulté. « Ce ne serait pas, dit-il, sortir du cercle de mes études que de traduire le Don Quichotte » (3). Mais les démarches de Keiehhardt lui répugnent et le dégoûtent de son projet. Du reste, Unger devient pressant, et Frédéric ne pourrait se mettre au travail avant l'été suivant. Tout lui fait défaut, le temps et les livres, et les connaissances. Et puis, il ne se sent pas de constance pour mener à bien la traduction de quatre volumes. Schlegel renonce décidément, mais il faut faire pièce à Reichhardt. La rupture, dès longtemps imminente, devient publique \ . Kl cette affaire du Don Quichotte n'y semble pas étrangère.
Du débat des traducteurs, c'est en somme Unger qui est l'arbitre. II semble encore, le 18 novembre, pencher pour Eschen; une v,.ni,. des demandes d'Eschen lui semble excessive : une aussi belle impression que relie de Wilhelm Meuter remirait l'ouvrage trop coûteux. Il réclame avant tout un spécimen 5 . Dan- la même lettre.
(1) Walzd, «/.. cit.. 3o3 (3i oct.).
(3) Walzel, op. cil. V 92, p. 3o: sq. (début >\o novpml.ro 1- (3) II*. V .,',. p. 3i8, non datée. Le n* 9"» *•-' 'I" v HOT. Inlelligenzblalt d,-r Ml. I.ilzg. du iï> d.
hlegel, datée du 18 Mchhudl ■ecuaait, daaa mi lettres,
hlegel en terme* riolenti 1 qui \rehiv, op. cil., p
du is nov. 07) oame on bouuae ril el perfide,
1 comme ui e ».
\II. |>. 56o.
Reichhardt annonce à son ami l'envoi d'un Don Quichotte que Biester lui a prêté. C'est une traduction. Pour avoir l'original, « faites-vous, ajoute-t-il, envoyer d'Eutin mon exemplaire dont j'ai fait cadeau aux enfants de Voss. 11 me semble bon » (i).
Quant au libraire, il semble tenir à Eschen, et F. Schlegel ne cache pas sa mauvaise humeur (2). Pour vaincre les hésitations d'Unger, Frédéric a besoin d'alliance, et se retourne vers Tieck. C'était un adversaire redoutable. Poète déjà distingué, il avait fait ses preuves dans un essai de traduction anglaise (3). Sa jeune gloire devait séduire le libraire plus vivement que le nom inconnu d'un poètereau de province. Tieck était, d'autre part, le beau-frère de Reichhardt, qui allait être maintenant pris entre ses affections de famille et ses amitiés littéraires. Tieck avait décliné les premières offres que lui avaient faites les Schlegel (4); comment n'eût-il pas deviné que Frédéric avait grande envie de la traduction pour lui-même ? Mais devant le désistement de ce dernier, il se laissa faire une douce violence.
Pour l'instant, la candidature de Tieck était secrète (5); Guillaume Schlegel insistait de tout le poids de son jugement, qui était une autorité. « Tieck est notre homme », déclarait-il à son frère. « J'ai fait part à Unger confidentiellement de ce que tu attends de l'essai d'Eschen. » Dès novembre, Eschen avait perdu des points. Voici ce que Fr. Schlegel pouvait écrire vers la fin du mois à Caro-
(1) Ibid.
(2) Walzel, op. cit., lettre du 28 nov., p. 022.
(3) La traduction de la Tempête venait de paraître en 1798 et avait fait l'objet d'un compte rendu flatteur de G. Schlegel.
(/») O. Walzel, op. cit., p. 3o3 (3i oct. 97). (5) Ibid., p. 322. (Lettre du 28 nov.).
line (i) : « Eschen a, par sa dernière lettre, bien rebuté gustirt) Unger, et plus encore Reichhardt; Unger a écrit à Eschen, sur un ton assez piqué et décidé, une lettre qu'il m'a communiquée, en ajoutant qu'il souhaitait que Eschen se fatiguât de toute cette affaire. » Unger reçoit à la fin de décembre 97 une lettre d'Eschen « qui ne le satisfait pas >ur le point essentiel » (2). Reichhardt ne souffle, semble-t-il, plus mot de l'affaire (3). Dès lors. Eschen, qui n'est plus soutenu, est sacrifié. Mais il a probablement commencé son travail; Unger a dû s'engager assez avant, et doit chercher un expédient pour retirer sa parole. < Frédéric Schlegel qui se charge de le faire aboutir | . Tieck va donc faire paraître, dans YDUelligenzblatt de l'Âllgemeinen Literaturzeitung, l'annonce qu'il traduit le Don Quichotte pour le compte d'une maison d'édition très réputée : « einer angesehenen Buchhandlung ». Et Frédéric d'ajouter : dex ganze Don Quixote soll zu Ostern 1799 miteinemmal erscheinen. » I nger aura ainsi un prétexte excellent pour dégager sa parole. Du reste, c'est I ng 1 lui-même qui fera paraître !<• Don Quichotte de Tieck sous le nom d'un confrère. On suggère à Guillaume de signer L'annonce d<- Tieck el d> joindre une
(1) Caroline, E. Schmi.lt, I. p. ','n. U lettre m eertaiâemaal des derniers
• !<• novembre.
(a) Quel est ce point essentiel ? La correspondance n'éclaire m'"' quelque! moment* fie cette négociation.
rieck passa l'été de 179g cbea ton beau-frère 1 Gibiehensteai. I.
ichbardt et .1.- Tiecl ne faren1 donc guère troublés pu cette aven-
eul«n«»< trois is aprèi que nefcbJmrdl > f;.it nue timide alh>
lant une lettre i Bschen. Je ne «avaii sbsohuaeal rien de la réaolutk» danger el ne peux que la désapprouver ». - l renia, p
1 Walzel, «p. cit., p. 34s (29 déc. 179:).
énergique recommandation (i). G. Schlegel se laisse circonvenir et se fait le complice de cette manœuvre. Le i- janvier, paraît l'entrefilet de YIntelligcnzblatt signé W. et intitulé : An das Publicum (2). Les amis de l'art romantique, dit l'article, apprendront avec plaisir que l'auteur des Volksmœrchen, M. Ludwig Tieck (3), est occupé à une nouvelle traduction du Don Quichotte, « der in einer angesehenen Buchhandlung Ostern 1799 auf einmal vollstsendig erscheinen wird ». C'est, on le voit, textuellement la lettre même de Frédéric. Et voici la recommandation demandée : « La richesse luxuriante du style dans la partie narrative des Contes populaires (h) et l'heureux talent, qui se manifeste dans les lieds qui les parsèment, font espérer que sa tentative réussira brillamment, et fournira l'occasion de comparer la prose descriptive de Cervantes avec celle que le grand maître de notre prose allemande a créée pour le genre narratif. »
Il semble que tout cet appareil de ruses fut inutile. Eschen, qui avait appris la concurrence de Tieck (5), dut se retirer spontanément (6). C'est ce qui explique la lettre
(1) Walzel, ibid.
(:>) Intelligenzblatt de .4. L. Z. N° 9, p. G6, 17 janv. 1708.
(3) Parus en 1797, chez C. A. Nicolaï. G. Schlegel en avait fait une critique dans l'.4. L. Z. de 1797, n" 333 et 383.
(4) Cf. G. Schlegel à Tieck : « Vous possédez pleinement la prose descriptive ». (K. von Holtei, Briefe an Ludwig Tieck, Breslau. i864, ^'*;. il décembre 1798.
(5) 0. Walzel. Lettre de Fréd. à G., i5 janv. 98, p. î'ili. « Comment H fait-il qu'Eschen ait parlé, dans sa lettre à Unger, de Tieck et de son projet de traduction ? En avez-vous parlé à lui-même ou à Gries ? »
((}) Eschen resta, semble-t-il, en bons termes avec les Schlegel (voit- Arçhiv fur Litt., op. cil, p. 560). Peut-être ne renonça-t-il pas tout à tait. C'est «lu moins ce qu'indique A. Eschen dans son article de l'Arc hit) fur LUI. (t. C, p. 569). « Il prépara pendant longtemps un travail de plus ample envergure : une traduction du Don Quichotte... La publication de la traduction de Tieck fit avorter ce plan, parce qu'Unger craignait qu'une deuxième traduction ne fût une mauvaise affaire. »
Schleiermacher à Guillaume : « L'histoire du Don Quichotte est bien amusante; il ne reste à Eschen d'autre consolation que d'être le moulin à vent, que votre frère (a-t-il jamais été chevalier errant ?) a regardé à tort comme quelque chose de meilleur » (i).
Tieck peut maintenant s'adonner à la tache acceptée. Il y éprouve une peine infinie et beaucoup de désillusions. Dix-huit ans plus tard, il en gardera encore un souvenir maussade. « Avec une grande légèreté, sans aucun secours bibliographique et muni de l'édition la plus inutilisable et des plus mauvais dictionnaires, n'ayant pas lu depuis des années une ligne d'espagnol, voilà dans quelles conditions j'entrepris cette traduction. Les Schlegel, sur l'aide de qui je comptais, ne vinrent que grâce à moi à la littérature espagnole » (2).
(les plaintes de Tieck sont confirmées partiellement par le témoignage de Frédéric Schlegel. " Unger a ['âme d'un marchand, écrit-il à Guillaume; il n'a même pas procuré à Tieck le dictionnaire de l'Académie » (3). Mais Tieck ne manque pas de zèle au début. Il esl vivement encouragé mi-. Guillaume s'intéresse beaucoup aux progrès de la traduction. Il écrit, le n décembre : « Je ne perdrai certainement point de vue votre Don Quichotte; je >ui< convaincu que vous > réussirez fort bien, car vous p dez pleinement la prose narrative >> (4). Et, le 3o novem-
(i) SchleiermacheT .'. Guillaume Schleg I i i Walael, op. ett., p. 344 (i5 j;m-
(a) Papien in.'. lit- de Tiack ik. BiUiothek de Bertia. V. >ï. date <i"
• iî).
(3) 0. Walzel, ../.. cil, p. fias (mai 1790), n' 1
! ttei. Briffe, et< . Ili. S, lana indication d -1 certaine*
m. -nt iuillaume Schlegel ne connai aneUemeat
ncontrerenl a Berlin, en mal 1708. Cf. Baym, DU n>manti-
BIHTHANO 10
bre 1798 : « Que fait votre Don Quichotte ? Ne l'oubliez pas » (1). Mais cette année 1798 fut fort laborieuse. Tieck composa son roman, Franz Sternbalds Wanderungen. Il eut, à cette époque, le malheur de perdre son ami, Wackenroder (i3 fév.), dont il dut mettre au point, rédiger ou classer les notes. Ce n'est qu'au début de 1799 que put être annoncée la traduction. « De la nouvelle traduction de Don Quichotte que nous avons annoncée l'année dernière, déclare Unger dans YIntelligenzblatt du 16 janvier, le premier volume va paraître à la fin de janvier ». Unger annonce, en outre, des gravures de l'artiste berlinois W. Meil (2). Cependant, le tirage éprouva quelque retard. Ce ne fut que le 8 mars que Guillaume Schlegel put écrire à Gœthe : « J'ai les premières feuilles de la nouvelle traduction du Don Quichotte » (3). Elle est aussitôt saluée avec enthousiasme par les coryphées du parti romantique.
Guillaume Schlegel était, par sa connaissance de l'espagnol, par son expérience de traducteur et sa notoriété comme critique, le plus qualifié pour porter un jugement qui fût décisif.
Il prépare d'abord le terrain. Il déclare, dans une lettre à Gœthe, que la traduction de Tieck lui paraît « extraordinairement réussie » (4). Dans YAthenœum, il applaudit publiquement. « Je reconnais dans votre Don Quichotte la riche délicatesse, l'harmonie et la minutie de la prose
(1) Holtei, /. c, III, p. a3o.
(2) .4. L. 1. Intelligenzbl., n° 5, p. 38 (16 janv ), titre : Neue Uebersel:un<i des Don Quixote von L. Tieck.
(3) Ga-tlie und die Homantil;, hrgg. von C. Scliiuldekopf imd O. W;il/.el, Weimar 1898, G. Schlegel à Gœthe, p. 5o (8 murs 1790).
(/.) Ibid.
castillane; dans les lieds et les sonnets, il me semble entendre les sons de cette délicieuse poésie méridionale, dont rit favorable et les sentiments délicats et raffinés nous sont encore si étrangers a i . Le grand coup fut porté dans une revue littéraire : l'article de Y Mlgemeine Literatarzeitung fut un véritable manifeste (2). La traduction de Bertuch, dit le critique, ne satisfait plus les besoins nouveaux des temps. L'œuvre entreprise par Tieck était urgente, mais difficile, car il était à peu près impossible de réaliser à la fois toutes les perfections de l'idéale traducton. La traduction de Tieck est satisfaisante pour le sens, mais point irréprochable. Elle donne le contenu du livre, les préfaces, etc., dans une absolue totalité. Les poèmes, même les rimes bizarres du début, ont été rendus très exactement, dans leurs rythmes originaux; il y a cependant quelques inadvertances prosodiques, que Guillaume dénonce, dans !«■ chant de Chrysostome, par exemple, mais qu'il excuse. Le comique n'a pas été édulcoré. L'allure générale <)<■ la période espagnole a été conservée; la ; itillane aime les périodes amples el sonores, le traducteur ii" doit pas bris» 1 - s phi - -, mais il ne doit pas non plus alourdir encore la phrase alle-
Ithenœum, II, !>fr rasendr Roland, \/. Ge»an§,
hrifi des Irltersfizerx (Inh.-iltsvrr/eii Imi- ligaé W.) an Ti>
l. III. N* a3o, ao juillet. La fin • I.iih le n* j3i. Il fut reproduit
il.m- Charakltrutiken and Krtiiken, II, j». 3oo-333, et dans SrrmmUichr
Hrg. ron I Bœcking, Leips. 1846-7, 1. XI. |>. ',■•-■]■<-. C'«t, pour la
aommodité des rw hen hea, d'aprèa !<■ .I.'rnier texte que \<- cite. L'article da
I 1 . / . Z. «--t en parti rérencea qui yel f * t ren
\\ lUulm s Bber Philo-
où & M | •["• la traduction da I iei k
- que l'original. L'éditeur d mail
ittif à Tieck :ieur.
mande. Il y a un juste milieu, qui est une affaire de goût, et que Tieck a fort bien observé. Tieck a su rendre le ton général de l'original.
Dans le post-scriptum ajouté à la réimpression des Charakteristiken und Kritiken (i), Guillaume se défendra vivement du reproche de partialité. De fait, l'article n'est pas absolument élogieux. Il fait d'assez nombreuses critiques de détail, signale des contre-sens indiscutables, des maladresses de traduction, des archaïsmes malheureux, des erreurs de métrique. Il critique (2) le ton et la manière du Chant d'Antonio, manifestement trop sautillant et capricieux; il trouve que Tieck a parfois chargé légèrement le caractère populaire du style. Mais ces négligences n'altèrent pas l'impression générale de l'œuvre.
Frédéric Schlegel applaudit, défend même son ami contre quelques critiques de Guillaume. « Pour le passage du Chant du berger, tu as certes raison, comme aussi en ce qui regarde le ton et l'ensemble. C'était son début... il a pris un style trop populaire et propyléen (propylaer). Dans le poème tout entier, il y a plus d'un passage qui s'écarte du texte, et la construction des périodes et des pensées, qui pourtant n'est pas moins artistique que le mètre, n'est pas aussi bien observée que ce dernier » (3). Cette lettre est une preuve, parmi tant d'autres, de l'intimité des romantiques, qui se communiquent leurs corres-
(1) Char, und Krit., II, p. 333. Aussi dans les Strmmllitlir Wrrke, XI, p. l\o.l\ n. A propos de cette réédition, Frédéric Schlegel lui écrivait : « Quant aux articles sur la littérature moderne, je souhaiterais fort que tu les fisses réimprimer; c'est un document contre le reproche qu'on nous fait de nous encenser mutuellement : à ce titre, la critique du Don Quichotte doit y être admise MIM réserves » (Walzel, op. cit., n° i6:>, p. /|.r>g, février 1801).
(2) .S. Werke, t. XI, p. 4 18.
(3) Ibul. 0. Walzel, op. cit., p. 4" (N" 137, le n° i36 est du 7 mai 17g
pondances, échangent d'amicaux conseils et s'entendent volontiers même sur les menus détails. A son tour, Frédéric rompt, dans YAthenœum, une lance en faveur de Tieck (i). La fidélité de la traduction, dit-il, est parfaite; Tieck, qui esl un poète et un familier de l'ancienne poésie romantique, a su s*écarter de la lettre de son original pour mieux en exprimer l'esprit et le ton général. Il a su imiter le ton et la couleur de son texte. Beaucoup de passages, qui semblent presque intraduisibles, ont été rendus avec un bonheur surprenant. Aux exigences du mètre, si important dans Cervantes, es* sacrifiée parfois L'exactitude du détail. La prose devient, àmesure que l'on avance, plus parfaite et plus espagnole. Bref, le poète el l'artiste romantique a senti et exprimé puissamment la poésie de l'oeuvre espagnole (2).
L'exagération même de la louange traduit le de^ein de faire au livre une réclame retentissante. Cette réclame était nécessaire, car une nouvelle rivalité s'annonçait, plus énergique et mieux soutenue (pic celle d'Eschen 3 . Dès
\llifiuriini. il. >. [-■, , uil dans les o'ii-
i- dan* Hinor : Jugendschrijlen, II. 3i4-i6.
L'Alhenceum (II. public encore tous la signature W.. qui eal
nllc de Guillaume, nue autre appréciation île la traduction de Tieck. ■ Dana
/>■. (i Quicht lie, é. iii le critique ;'i ton ami, je reconnais la riche Joliesse,
l'harmonie el la période t>ien arrondie el circonstanciée île la prose espagnole,
es poèmes el le- sonnets, je crois entendre ta musique de cette douce
méridionale, a., ut l'e<pril incorporel el le- sentiments Ingénieusement
!- 1 » -'Ht -i ■ Votre œuvre nous ;i procuré quelques belles
\ propos du Hasende Rolan< \
I . ucurrence de Soltau nYt.ui pas la -nie. Vint, de VA. '.. /. ann «•
x io5, p. B4 1) le /''•»( Quichotit I n : Ouvragi
Ihtime eu ■ \ I (suite des œuvrai de Florian, donl 8 rolumes onl déjà paru) ches i. i'i. Kleischer der Jungere, Leips. Us sont annoncée enfin définitivement
i I. L. /.. 1801, IV, p ,.. III. Ii p.
l'automne 1798, Soltau avait projeté une autre traduction; Unger tenta de le décourager; Soltau tint bon, mais promit d'être un loyal concurrent (1). 11 fit annoncer par son libraire son intention dans YIntelligenzblatt du i5 juin 1799. « Pour la foire de la Saint-Michel de 1799 paraîtra, dans ma librairie, une traduction de Don Quichotte de M. Soltau. La traduction d'Hudibras, éditée chez moi, prouve suffisamment que j'annonce ici une traduction qui trouvera place à côté de toute autre, antérieure, contemporaine ou ultérieure. D'ailleurs, M. Soltau s'est, par de longues études et ses voyages, familiarisé avec la langue de Cervantes; c'est là un détail qui ne semble pas, en Allemagne, indispensable pour être bon traducteur, mais qui ne saurait être, malgré tout, de mauvais augure pour la traduction annoncée. » Le rival faisait sonner haut ses avantages et menaçait de devenir redoutable.
Il fallait prendre les devants. Le premier janvier 1800, YIntelligenzblatt annonce, sous la signature de Tieck et de G. Schlegel, la traduction complète de l'œuvre cervantesque tout entière. La déclaration des deux amis était habile : « Convaincus, disent-ils, qu'étant donnée la direction que commence à prendre la poésie allemande, la connaissance d'un poète aussi parfait et aussi profond que Cervantes est une des nécessités les plus essentielles, les soussignés se sont depuis quelque temps préparés à une traduction de ses œuvres complètes, tâche à laquelle l'un d'entre eux était déjà conduit par sa traduction de Don Quichotte. Après l'achèvement prochain de celle-ci, nous commencerons à travailler en commun aux Nouvelles. Les autres œuvres dramatiques, Persiles et Galatée et les autres poèmes et œuvres dramatiques, suivront ensuite, pour
(1) Int. de VA. L. Z., 1800. N" 178, p. 1/196.
autant, du moins, qu'elles ont été imprimées et que, en tenant compte de la grande diversité du goût national, elles peuvent intéresser. Nous nous flattons d'autant plus de l'espoir d'un succès heureux dans cette difficile entreprise que le maniement des mètres proprement italiens et espagnols de l'octave, du tercet et du sonnet, qui sont si importants ici, ne nous est pas étranger. »
On ne faisait aucune allusion à Soltau, mais celui-ci se sentit menacé. L'assurance des adversaires l'indigna : leurs projets lui semblèrent une violation de droits acquis. Il crut devoir intervenir et le fit sans ménagement. Sa réplique parut le 5 mars 1800, dans Ylntelligcnzhlatt (1).
Après avoir rappelé son annonce précédente, Soltau s'attaque nommément à Schlegel et Tieck, s'amuse de leur Confiance infatuée en leur propre talent poétique. « En œ qui concerne le Persiles et la Galatée, dit-il, il ne m'est désagréable que MM. Tieck et Schlegel me déchargent pour le moment de la peine de traduire ces deux œuvri Sultan n'a pas trouvé à la lecture de ces deux œu\ : de plaisir pour prendre plaisir à les traduire: il consent volontiers à > renoncer <'ii faveur de Tieck. liais il a commencé la traduction des Nouvelles; »'t, sans aller Schlegel jusqu'à les trouve] divines, il les croit did'une mise en œuvre humaine et les publiera après son Don Quichotte.
lait la guerre. Les deux alliés ne pouvaient rester sous le coup de cette riposte. Leur propre fierté, l'intérêt matériel de l'entreprise el les traditions de l'érudition du wiii" Biècle ne leur permettaient pas tant d'humilité; leur riposte est pleine d'un écrasanl mépris. Elle porte le titre
InUUigemblaU de II. /.. /.. 1801 N ~. p. 116, datée du 11 ter,
de : Erklœrung ein Insérât von Un Soltau in n° 27 d. J. betreffend (i).
A défaut d'autres éléments d'appréciation, les deux amis analysent l'article et le passé de leur adversaire et tâchent d'y découvrir la preuve irréfutable de son impuissance do critique et de traducteur.- Tout écrivain a, dit en substance l'article, le droit incontestable de traduire des auteurs étrangers. Nous avons évité soigneusement toute critique anticipée contre Soltau; c'est Soltau qui, au mépris de toute courtoisie, lance contre nous d'offensantes allusions. (( 11 prouve par là sa jalousie de métier, qu'il serait au-dessous de notre dignité de rejeter autrement que par une brève semonce dans sa basse sphère. » L'attaque se poursuit sur le ton le plus vif. C'est « un mensonge indécent (eine unanstœndige Luge) que de prétendre que nous avons fait de nos talents poétiques un éloge hyperbolique ». Le dédain de Soltau pour la Galatée et le Persiles, qu'apparemment il n'avait pas lus lors de la première annonce de sa traduction, est une preuve qu'il ne connaît, ni ne comprend Cervantes. Qu'il se mette donc à l'œuvre et prouve son absolue incapacité. La platitude de ses jugements, son intérêt pour une satire aussi grossière et peu poétique que YHudibras, sont un indice suffisant qu'il manque totalement de goût (a) et que sa traduction de Don Quichotte, quelque connaissance qu'il ait de la langue espagnole, ne peut être que manquée.
(i) Ibid., i8oo, n° 53, p. 43o-4o (a3 .tvril).
(-.>) Cf. W. Schleget, Berliner Vorlesungen, hrg. von .1. Minor. i884, 3 voL Stuttgart, à propos de VHudibrat, II, p. ï3o. « La forme de l'ouvrage est empruntée h !><m Quichotte, mais ce) emprunt même présuppose une telle inintelligence des créations infiniment gracieuses et spirituelles de Gerrantei qu'elle n'était possible que chez un homme de la plus grossière platitude. »
G. Schlegel ne se fait pas faute de recommander à nouveau l'essai de Tieck à ses amis. <■ N'avez-vous encore pas le premier volume du Don Quichotte de Tieck ? » écrit-il à Goethe avec insistance (i).
La lutte s'organise; autour de Soltau se groupent partisans. .1. 11. Voss accepte sa collaboration au Musenalmanach. Falk et Wieland lui donnent des marques de sympathie. Bœttiger prend violemment parti (2) : ■ L'homme qu'il fallait à ces messieurs s'appelle Trieb ït-à-dire Tieck), un Génie berlinois, qui a traduit le Don Quichotte comme un écolier, mais qui a reçu de son Gdèle compagnon. M. Schlegel d'Iéna, une critique pleine d'éloges dans VAllgemeine LiteraturzeUung. Ces messieurs vivent maintenant ensemble à léna et font, en leur qualité de critiques principaux de VAllgemeine LiteraturzeUung, beaucoup de -caudale. » Mais VAllgemeine Literaiurzeitung elle-même ne veuf point se laisser définitivement enrôler sous la bannière nouvelle. Les rapports entre les romantiques et la direction, qui étaient déjà difficiles tendent à se rompre, el se rompent.
G. Schlegel, honteux, dit-il, de voir -es critiques aux
plus vides élucubrations (3), abandonne avec
ostentation la rédaction littéraire du journal. Schûtz répli-
ipie par une longue Lettre où il donne des gages à tous les
(1) G<rtht und r/iV Roman tik, \
\ SchloMar, Au» ungedruckien Briefen C. I. Bcettigen <>n Hammerru N"/.' /• • 1 1 D01 . i-.,., m M.unmer.
ritable raison est ■▼osée lilleun pai G. S< nlegei duu la I chriften, Berlin, 1838, p. \M : ■ le ria <|n.- |. m éditeur*, qui ni rlfl m 'être reconnauMnU, m mirent 1 former dea cabeJet contre moi
•' tan ami», et c'eal 1 r-pKii Je me trouTal amené 1 me dédire de toute
ci illaboration ultérieur)
ennemis des Schlegel, à Soltau en particulier (i). Il raille cette nouvelle « Triplice » (Dreyei -Union) qui prétend accaparer les génies étrangers que ces gens traduisent ou veulent traduire, comme Shakespeare, Cervantes et l'Arioste. Il somme G. Schlegel en particulier de se défendre contre les critiques de sa critique de la traduction Tieck, « afin, ajoute Schiitz en reprenant les mots de Schlegel, que ces critiques ne soient pas au nombre de celles dont VA. L. Z. doit rougir » (2).
Tieck, ainsi pris à partie, rompt toutes relations avec VAllgemein,e Literaturzeitung. Kœpke affirme sérieusement que Tieck ne prit aucune part personnelle à ces luttes, il était d'avis que Schlegel accordait à ces niais et à leurs attaques plus d'attention qu'il n'était nécessaire, et leur donnait par là une importance qu'ils n'avaient pas. Mais Tieck renonçait difficilement au plaisir d'une vengeance, et ses ennemis de l'heure parurent et défilèrent dans son Jiingstes Gericht (1799). Il n'est pas difficile, quoi qu'en pense Kœpke, d'y reconnaître le directeur de 1.4. L. Z. « J'aperçus, dit-il, derrière le satire quelqu'un qui tenait une arquebuse et me visait et j'eus peur de ce tireur (vor diesem Schtitzen), surtout quand il cria : « loi, il ne s'agit plus de traduire ou d'être traduit » (3).
Fort de ces alliances inespérées, Soltau prend plus d'assurance et fonce à son tour avec des mots durs et violents. « Les quelques lignes de Ticck-Schlegel, déclare-t-il dans son Antwort (18 juin 1800) (/|), renferment une demi-
(1) Intelligenzblatt de VA. L. Z., 1800, n° 6a (10 mai), p. 5i3 sq. Tieck e.-t nommé p. 517.
(a) lbid., p. 5ao.
(3) L. Tiecks Schriften, Berlin, Reimer, i8i8, I. IX, p. 347-
(/«) Inlelligenzblatl de VA. L. Z., 1800, 11° 83, p. 696 (écrit le 6 mai 1800, à I.unebonrg).
LES PREMIÈRES TRADUCTIONS ROMANTIQUES *24o
douzaine de sottises. ■>> Il s'insurge contre le mot de « men- . •• >; dont le moindre défaut est de manquer d'urbanité. Qu'on relise donc la première annonce dans l'Intelligenzblati ! Quelle prétention, et s'il faut d'autres preuves, VAthenœum est assez mal famé pour les panégyriques hyperboliques dont M. A. <i. S. déborde au sujet de son ami Tieck et, soit dit en passant, de lui-même. » Il se défend d'irrespect à l'égard de Cervantes. Faire - a au sujet d'une ou deux œuvres, est-ce donc lui refus» -r toute beauté et tout mérite ? Et revenant à - a ennemis, Soltau s'écrie dans un élan orgueilleux : « Etre blâmé par ces gens-là est pour moi la meilleure louange. Dans cette aventure, ces messieurs pourraient dégager de l'histoire du chevalier philistin cette morale, qu'on ne doit jamais provoquer personne avant de connaître Bes for-
Le plus visé et le plus atteint est, non pas Tieck, mais S hlegel. Depuis longtemps, il méditait une revanche. Il n'attendait que l'apparition de la traduction de Soltau. Annoncée pour la foire de la Saint-Michel de 1799 1 . elle fui réservée pour la « Jubuate Messe de l'année suivante. A peine Schlegel l'a-t-il entre les mains, qu'il demande à Goethe son texte espagnol du Don Quichotte léna, 27 avril [800 2 . Il insiste encore quelques jours après lettre du 3o mai (3) : « Il me faut, encore une fois, vous demander votre D. Q espagnol. I <■ 17 juin, il revient .'1 la charge, en spécifiant qu'il n'a besoin que des deux premiers tomes dans un but déterminé . i . Dès le
'' ;-r, p. II.
■ •' ■ . biuj dit Hotn*ntik, l .
(3) Ibid., i
/6., p. go.
ii juillet, il renvoie les volumes qu'il « avait revus à nouveau et de très près, à propos d'une mauvaise traduction qu'il avait à examiner » (i).
C'est donc entre le 17 juin et le 11 juillet que Guillaume Schlegel élabora sa réplique. L'AUgemeine Literaturzeltung étant fermée aux romantiques, c'est dans VAUienœum qu'elle fut imprimée (2).
Soltau, dit avant tout G. Schlegel, a eu tort d'attaquer. Entre deux traducteurs d'un grand poète devrait régner la concorde qui préside aux rapports de gens poursuivant le même but. Soltau a eu tort de considérer les louanges adressées à ses prédécesseurs comme un dommage causé à sa propre traduction. « Nous n'avons pas, du reste, caché les défauts de la traduction de notre ami... Celui-ci, précisément parce qu'il sent pleinement le poète, est bien éloigné de croire son travail irréprochable » (3). On n'apprend que par la pratique, comme le prouvent les progrès accomplis du premier au troisième tome (4). D'autre part, où donc Soltau a-t-il trouvé dans ÏAthenœum cette vanité dont il les accuse ? Tieck n'a jamais rien écrit dans ÏAthenœum, et quels sont les passages où lui-même, Guillaume, s '.est couvert de fleurs ? (5).
Après avoir repoussé ainsi les attaques personnelles de Soltau, Schlegel examine la valeur des deux traductions en présence. C'est sous le rapport de l'exactitude que le travail de Soltau est le moins mauvais : aussi méritc-t-il,
(1) Goethe und die Botnantik, p. y t.
(2) Tome III, 395*337, reproduit dam S. H.. XII, io6-33; je cite d'après lis Scemmil. Werke. L'article avait déjà paru à la date du t4 septembre 1800
(voir Hnlloi, III, •>>).
(3) S, U . XII, p. 107.
(7|) Qui venait justement de paraître.
(f>) Ibid., p. 107 note.
LES PREMIÈRES TRADUCTIONS ROMANTIQl 245
à ce point de vue, mais à ce point de vue seulement, d'être recommandé au débutant en espagnol. Il n'en est pas moins vrai que Soltau a commis des contre-sens considérables, qui n'étaient pas tous dans Tieck. Ce n'est pas du reste là le mal; une traduction de Don Quichotte a le droit de se permettre des erreurs de détail plus graves encore; ntiel — et voici chez Guillaume le point de vue de Frédéric lui-même — est que ces erreurs ne troublent pas la jouissance artistique (i). La traduction doit, comme l'original, avoir le caractère d'une œuvre d'art. C'est donc une faute dangereuse que le dédain de l'expression caractéristique, que les omissions ou coupures arbitraires, les points de suspension, les interrogations ou interjection^ redoublées, qui sont des béquilles de mauvaise prose. Beaucoup de noms propres espagnols n'ont pas été traduits, et pourtant ils n'ont, dans un texte allemand, leur véritable sens que sous une forme allemande. Le travail de Soltau marque donc un recul. Il est malheureux dan- jeux de mots, incapable d'apprécier la saveur de l'archaïsme, de sentir le beau contraste1 entre les imitations ïcientes <lu st\le antique et les effets d'une langue tout à fait actuelle. ■■■ M. Soltau s'imagine-t-il que Cervantes donne tel Btyle à son héros sans aucune intention ? Ou ne sait-il comprendre rien d'autre que I- - m matériel dr> mots ? Soltau n'a-t-il été qu'en Espagne, el jamais en Cervantes, ni dans le domaine de la poésie ? ■- m ne comprend lien aux lin--.. de |;, prose, de la symétrie e[ de l'art de la disposition, de l'harmonie et du fini de l'ensemble, du souffle de grâce cl de la délicatesse qui passe dans
(i) s. \\ .. Ml. p. m.
(3) Ibid., XII, p. 118.
toute œuvre. Les parties comiques sont les plus manquées de toutes. Soltau n'a pas senti la discrétion du pinceau de Cervantes; il force et grossit le trait, et l'expression, sous sa plume, devient vulgaire et plébéienne. Son style fourmille de tournures et de comparaisons où s'étale une basse vulgarité. « Il me semble, à le lire, entendre les gracieuses mélodies de l'esprit aérien Ariel dans la bouche d'un Caliban quelconque, fils de la terre. » Et ses vers ? Tantôt des vers libres, de tout calibre, tantôt le mètre joyeux des romances; « horresco referons, la canciôn desesperada de Chrysostome est dans le ton de la romance ! » (i). Soltau a bien, sous l'influence, probablement, de Tieck, senti qu'il aurait dû garder les dizains de l'original; mais cette hésitation est une nouvelle preuve de son insuffisance poétique.
Dans ces conditions, à quoi bon cette traduction ? Celle de Bertuch avait du moins l'avantage d'être tout d'une pièce et de négliger de parti pris l'élément poétique. La traduction de Soltau, par son désir malheureux de tout rendre, est ridicule au suprême degré et est indigne d'être comparée à l'œuvre de Tieck.
C'était une vigoureuse exécution. Guillaume le savait bien, mais il avait en ses résultats une confiance excessive. Il écrivait à Tieck, le i4 septembre : « Pour les Nouvelles, j'espère que nous pourrons aller de l'avant; du moins je pense avoir si bien arrangé notre Soltau qu'il se cassera tout à fait le cou avant la fin du Don Quichotte » (2).
(1) Ibid., p. 122. Il est entendu que nous traduirons par « la » romance lorsqu'il s'agit des imitations contemporaines et par « le » romance quand nous parlerons du genre proprement espagnol.
(2) Holtei, Briefe an L. Tieck, III, 23;.
Mais l'adversaire ne se tint pas pour battu et n'en fut que plus acrimonieux. Lui-même se rendait bien compte que le ton de sa réponse était trop violent; mais c'est, disait-il, 1<' ton de son adversaire qui l'y oblige (i). A son tour, il articule, non plus des critiques générales, mais des griefs de détail. « Wenn er vormahls in seiner Recension der Tieckschen Uebersetzung {A. L. Z., 1799, n° 23o-23i) gezeigt hat, wie letcht es ihm ward, seinen Consorten zu gefallen, Kameele zu verschlucken (2), so hat er jetzt versucht zu beweisen, dass er in der Kunst Miicken zu seigen, nicht wenig gewandter sey. »
Soltau veut bien pourtant reconnaître le bien-fondé de quelques observations. Ce sont, dit-il, fautes d'iiri| sion (3). La plupart des passages critiqués sont des varianoulues et trop souvent de mauvaises interprétations du critique. En somme, sur quatre-vingt-dix à cent citations de Guillaume Schlegel, il y a tout au plus une demi-douzaine de cas où il a raison. Et Soltau cite des • vmples.
Schlegel a fait au traducteur un crime de ne pas avoir germanisé les noms propres. Soltau avait deux raisons de n'en rien faire : !»•< noms propres de Cervantes ont pour la plupart des affinités avec le fiançai.- el — - • 1 1 1 , par conséquent, intelligibles aux lecteurs de Sultan, qui s< »i 1 1 gens
(1) Inlbl. de i.illg. Lifza., 1800. V i-.s, p. ,',.,',, 2g octobre, écrit le i'i octobre. Reproduit dana son édition du h^n Quichotte, tome IV, p. 1 \ litre : \ii-:mj «u deffl litttlligrnzblatt der allgrmeinen LiUraturzeit""<i. n 178.
(■>) Les expression* Kameele renchJaekesi et bfOcken seigen, 1. I\ . p. 1, sont empruntée- ii l.i Bible, Mttth., ?.'<, ■•',, i'i.
(3) S-ilt.iu > revient dana la préface de la •' édition, parue à Leipzig chea trockhaui en 1- ■-. ■ I mea étaient < i u reste défigurés par de
nombreuses et considérables fjutr; d'impreasions. »
cultivés. D'un autre côté, un nom propre est intraduisible, tout au plus peut-on, dans une note, en indiquer le sens ou le sel. Guillaume Schlegel reproche enfin à son adversaire d'avoir, par ses attaques, rompu les rapports de cordialité qui doivent régner entre hommes attachés à la même œuvre. Mais les éloges que se prodiguaient les deux amis étaient « aussi illicites que suspects » et n'avaient d'autre but que de porter tort à un concurrent; leur exagération, alors surtout qu'il s'agissait d'une œuvre de valeur aussi équivoque (zweideutig), était si charlatanesque (marktschreiend) qu'ils constituaient pour Soltau un véritable dommage.
Que G. Schlegel dise désormais ce qu'il voudra. Soltau n'en a cure et ne répondra plus.
C'était le mot de la fin. Aux affirmations de Schlegel Soltau avait opposé d'autres affirmations. Le débat avait été porté devant le public. C'était au public à décider.
En somme cependant, Soltau a accepté une part de la critique, rejeté le reste, mais n'avait en rien répondu au reproche essentiel, qui était de n'avoir rendu ni l'esprit, ni la poésie de Don Quichotte. Son silence seul était une réponse. Soltau n'avait point vu la véritable portée de !a critique de Schlegel. C'étaient deux esprits irrémédiablement opposés, deux époques, deux cultures adverses. L'Aufklserung usait ses dernières armes dans cette lutte inégale.
G. Schlegel ne réplique pas; sa vanité, piquée au vif, l'avait soutenu jusque là, mais il se lasse au jeu. Aussi bien Soltau ne vaut-il pas tout le bruit fait autour de son nom. De plus, Guillaume est assailli de souffrances domestiques, la mort d'Auguste, son foyer ruiné, son divorce. Il a besoin de silence.
LF.S PREMIÈRES TRADUCTIONS ROMANTIQl 249
Il se contente d'enregistrer la réponse de Soltau. Il écrit à Tieck, le s3 nov. 1800 : « Tu auras lu sans doute les attaques de Soltau contre moi. Son accusation contre toi au sujet de L'Alano est-elle fondée ? C'est ce que je ne sais car je n'ai pas l'original entre les mains. » Mais il constate avec mélancolie que Soltau les a devancés pour la traduction des Mouvelles. « J'ai les premières feuilles, elles sont imprimées ici, chez Vieweg, et sont peut-être un peu meilleures que son Don Quichotte. Il est tout de mên ce qu'il semble, un peu rentré en lui-même » (1). Pour leur propre projet, il sera difficile de trouver un éditeur et l'on sera peut-être obligé d'abandonner pour des années le plan de la traduction complète de Cervantes 2).
Mais Soltau, ardent et tenace, ne tient point son engagement et revient à la charge. Ce n'est pas, cette fois, dans le journal de Schiitz. Il adjoint, en guise de préface, au tome IN de sa traduction, qui parait alors, son dernier article de YlnteUigenzblatt; puis, jugeant cette défense insuffisante, il reprend, dans une non moins longue addition, toute la discussion (3).
G. Schlegel n'a pas compris ou pas voulu comprendre sa traduction : Il u'il critique ont bien, pris à part,
un autre sens, mais il faut les voir ici dans leur contexte où \\< rendent parfaitement l'espagnol i .
Itau s'étend longuement but léchant de Chrys
Il II- i, Brie/e an L. Tieck, etc., 23 nov. 1800.
1 W. Soltau, Del rciche Junker D<m QuixoU
• ■ ■ ! N ' > in>. La préface, p. 1 i x. eti ai p.irii.-. p. i .1 an, <"t aouveUeneol nbre l\ . ;■ w
BEHTHAM» 17
tome : il avoue que le « Romancenton » était faux; mais il l'avait lui-même constaté sans attendre les conseils de Schlegel et y avait dans la suite renoncé franchement (i). La traduction de Tieck est d'ailleurs « absolument manquée » (2). Soltau consent bien à reconnaître que sa propre traduction n'est pas heureuse, mais Schlegel a eu tort de vouloir à son tour donner des modèles. Soltau cite tout au long et raille la traduction du discours de Babieca et Rossinante, que G. Schlegel avait insérée dans son article. Que G. Schlegel n'a-t-il comparé les traductions en présence ! Peut-être eût-il constaté les infériorités de la traduction de Tieck. On fait un crime à Soltau de ne pas avoir traduit les petits poèmes à rimes incomplètes du début. Il considérait ces bagatelles comme trop peu importantes, et supposait, pour éviter une trop longue explication, qu'un spécimen suffirait à montrer qu'on pouvait sans peine les imiter en allemand.
Enfin, que penser des critiques au sujet des jeux de mots ! L'abus du jeu de mots est chez Cervantes un défaut du temps : m Les tentatives éphémères de MM. Schlegel et consorts qui veulent, en dépit du bon goût, mettre en vogue de semblables misères, se termineront à coup sûr sans succès et seront bientôt totalement oubliées » (3). Soltau n'a pas voulu éviter dans sa traduction tous les jeux de mots, pour ne pas trop s'écarter de l'original; mais il ne les a gardés qu'aux endroits où ils font au moins un effet plaisant (4).
(1) Ibid., p. xii.
(2) lb., p. xiv.
(3) lb., p. xxv. Soltau appelle les deux amis : « Solche Leutlein ■ p. xvm).
(4) lb., p. xxvi.
Quelques critiques de Schlegel sont justifiées; Soltau les accepte et en donne la liste (i). « Il reste à corriger quelques bagatelles », qui ne nuisent pas au plan de l'ensembl?, à L'esprit de Cervantes et à la fidélité du traducteur et peuvent rester dans le statu quo jusqu'à une nouvelle édition (2).
Encore une fois, Soltau ne trouvait à répondre qu'aux critiques de détail, et s'attachait à ne pas comprendre la valeur des reproches de ses adversaires. Le sort de ces combats littéraires est de ne convaincre personne. Mais les alliés de Soltau y puisèrent une nouvelle audace. Falk, qui avait déjà reçu bien des traits de la satire de Tieck, se fâcha pour son propre compte et pour celui de son nouvel ami, et brûlant de cueillir à son tour les lauriers d'une victoire facile, il entra dans la lice. Son Taschenbuch (3) de 1800 ne contient encore pas de satire. Mais la guerre qui s'est déchaînée inspire sa verve et, l'année suivante. son almanacb prend à son tour parti \ . Apres son poème héroï-comique DU Lausiade, l'auteur étudie et analyse
Ibid., p. un, txiii et uxw.
/'>.. p. «v, La - deuxième édition » de Sottan parte dana ta Bibtiothek
classiseher Romane und Sovellen de* Aualandes, chez Brockhaus, est précédée (l'une préface é< ritp I Lonebourg en janvier i y avoue « qu'il
irconatancea pressante» et qu'il ;) dû travailler plu- \ite qu'il il voulu ..: il t'est lui-même • rendu cmipte peu après qu'il n'avait
point partout atteint le degré de perfection qn'exigeail l'nii\re la plus parfaite
rvante*. .. fp. v). La traduction de Soltau, revue et corrigée, fut publiée pzig < In/ Brockhaus, en 1 v
'1 fur Frtandt d ..•. rt Bgg. von .1. I>.
Palk. I [•/ Sommer, 1
' ' ^ lahrganj Mit <inrr Carrieatnr (Jahrmnrl.t ta Munéemoeilern
^irhlurmlhr-M.-ssr). Weim.ir. ini VerfagC dea Indu-trie-O ,mp-
l'exempl. de la bibliothèque de Berlin p.jrte. écrit à l'encre, rannée 180t. La préface fnl écrite le id lept. 1800).
son propre ouvrage (i). Le mètre, dit-il, en est défectueux (2). « Quant à ceux qui seront puérilement offusqués de ces misères : rimes mauvaises, chutes manquées, heurts et césures durs à l'oreille, je leur conseille d'habituer, par une lecture assidue des écrits de Tieck, leur oreille aux nouveaux rythmes espagnols en prose et en vers, que cet auteur, d'après les on-dit, perfectionne chaque jour. » A ce propos, Falk cite, comme les pages de littérature allemande les plus parfaites, les deux sonnets du Don Quichotte (3) : Wohl sind, Herr Quixote, Eure Geschichten... et Ich Unglùckseelger ! fiirchterlich besieget. Il relève les rimes de Tieck (xxvm : Thierlcin et Kerlein; xxx : kame, Name). Mais il s'en prend en particulier aux vers incomplets du début de Don Quichotte. Il a failli, dit-il, écrire toute sa Lausiade dans le mètre nouveau inauguré par Tieck. Il donne quelques exemples de sa Lausiade écrite dans ce style :
Ich fing' die Kleine die von unbekanntem Hau
Wo Flleg' ihr und Geburt des Thrones Neeh' erlau (4).
Il reproche encore à Tieck ses infidélités. Souvent, M. Tieck, dit-il, sait, malgré la fidélité partout ailleurs littérale de sa traduction, prêter à Cervantes, pour l'enrichir, les dons aimables de ses propres chants. Et Falk de citer huit vers ajoutés par Tieck dans le poème de Chrysostome. Falk, en bon satirique de métier, ne s'attaque donc qu'à des détails. Il essaie de renouveler, par le tour ironique, les reproches adressés à Tieck par Soltau, mais
(1) P. 189-232. /Eslhetische Zergliederung der Schœnheiten des Heldengedlchtt von der Laus.
(2) P. 211 iq.
(3) Don Quichotte, I, xxxi et I, 16a (Poème de Chrysostome). Les citations de Falk manquent d'une absolue exactitude, p. 214, mein (Tieck, xxvm : du), dein (Tieck ib. Euer).
(4) Ibid., 217 sq.
ne juge pas la valeur de sa traduction et ses critiques atteignent, derrière Tieck, Cervantes.
Ailleurs, dans le n° 5, les articles de ÏAthenœum sont directement visés
Doch bringt nur Schelling erst die Schœpfung ganz zu Stande... Ein jeder Bauer schafft sieh Schleyermachers Gott; Das Athenaeum wird ein Kind ver«tehen kœnnen. Und was nur lesen kunn liest Tieckens Don Quixot (i).
Le n° -. Der Jahrmarkt :u PlundersweUern (2), introduisit Tieck en personne, désigné dans la liste des personnages par l'abréviation T*, erster Hanswurst; il est au cours de la pièce régulièrement nommé en toutes lettres. f une satire de la Lucinde, sur le modèle des comédies littéraire* de Tieck. Le public y parle: on y déclame un poème. Die Uhr der Empfindung. « Le petit et charmant morceau, s'écrie Eléonore, et si poétique ! De qui peut-il bien être ? » Une juive : << Peut-être que L. Tieck l'a traduit df l'espagnol; car Frédéric Schlegel ne fait pas. que je Niche, •!»• \>i- • I 11 des personnages, ein Unbekanntei . s'attaque directement aux critiques de Schlegel. Il lui reproche de n'admirer dans Cervantes que ses jeux de mot- nu -on poème déchiqueté; « ce personnage-là, die même - il ;i sans 1 la bouche les noms d'Homère,
ire, de Cervantes el de Goethe, n'en manifespas moins par une œuvre de ce genre sa totale impuissance '1 . l'In- loin, Tieck est mis en scène, en qualité de Hanswurst el parle dialecte. Il -;ilil en passant de quelques
(l) Itiiil., |i. ..".,,. Ihntiiiis nul doi nj. Jh. Nach </■ u Sluk des
M4 dm lf tome NI <]<• I' ithenœum, a. Stûck, S-5a.
Parodie <!• bit tiner f.arriralur, Scent :u Plunderswei-
der berQhmien Buchheené >i.
(4) lb., p. 364.
cabrioles l'étalage de Gceschen; sur quoi le crieur se plaint :
Tiecks Sancho Pansa : « DQrft' kh nur uber sic
1 îecfc '. Wetter, wir wollten sie ! — S. P. '. Wollten sic zausen I IieCK : Wollten sie lausen ! — S. P. : Mann fiir Mann. Beyde : Soll'n im Archiv der Zeit uns (Iran ! (i).
Quelques juives font des signes d'approbation :
Die Dame : Die Leule schreyen ja wie besessen ! Gœschen : Es gilt um's Mittagessen (2).
Dans la caricature, Tieck défile à cheval sur son Chat Botté, comme Don Quichotte sur son Rossinante.
Après G. Schlegel, Tieck était donc atteint. 11 avait d'autres armes à sa disposition. Il allait à son tour porter la bataille devant le grand public et frapper à coups drus dans le camp tout entier de ses ennemis. Aussi bien les épithètes de Soltau avaient ulcéré son cœur irascible. Tieck était au fort de la bataille contre l'Aufklaerung et l'Aufkla?rung avait partie liée avec Soltau, qui était son homme. Quelques mots de Falk lui avaient été particulièrement sensibles. Tieck enveloppe dès lors tous ses adversaires dans une attaque fougueuse. Falk ayant laissé tomber des traits sur Cervantes, Tieck se fait le champion de Cervantes lui-même, et confond ses propres ennemis avec les ennemis du maître. Le mouvement est habile, car il fait de Soltau un adversaire de Cervantes. En 1800, Tieck note les éléments d'un article : Bemerkungen iiber Parteilich-
(1) Les premières attaques de Tieck contre Falk. avaient eu lieu dans le Berl. Archiv der Zeit und ihres Geschmackes, 1798 (voir les Krit. Sch. de Tieck, I, p. ia5 sq.).
keit, Dummheit und Bosheit (i), bei Gelegenheit der Herren Falk, Merkel und des Lustspiels Camœleon. Après lierkel, c'est Falk qui est pris à partie. Falk a raillé les apocopes de la traduction; et Tieek de répliquer : le coupable est Cervantes; ces vers sont volontairement mystérieux. Quant au reste de la critique, il est du même acabit. Falk a vu des négligences dans des parti pris de comique que le traducteur a strictement imités de son modèle (2). Il est souvent difficile de rendre exactement les proverbes ou allusions, Tieck a eu recours à des équivalents, que Falk n'a pas compris. On ne saurait, dancritiques, faire le départ entre ce qui appartient à Tieck et ce qui appartient à Cervantes. « Je peux ;issurer monsieur le Satirique que ce Cervantes n'est pas tout à fait Btupide hirnlos)... Je devine que Cervantes ne lui apparaît pas aussi grand que nous l'avons vu, et il n'a pas te ir de l'avouer tout de suit'- sans détour » (3). Après Falk, vient Soltau i'. Il était à prévoir, déclare Tieck. que Soltau n'accepterait pas les critiques d'une cœur résigné; mai- il ;i dépassé tout ce qu'un pouvait attendre de lui. Sa réponse est indigne nichtswûrdig); en nommant la traduction de Tieck équivoque (von zweideutigem W'iih 5 . Soltau ;i proféré une calomnie. La rigueur
(1) Paru dana Kœpke, Tieckt NmchçeL 8ehriften, t. II. p. 58 iq. Ecrit, Meun doute, an plus tôt ver* la lin de l'anni il répond riaiblement
■us critiqua de VAtmanmch de r*lk, qui parut i cette <l;ttr.
Prenoni 1 notre tour un exemple. La rime rbierfc dn-Kerh in (p. wmu île
duction ileck) «pio lui reproche Palk eel incorrecte, car la rime à laquelle elle répond, nombre-nombre, <-i excellente. Maia il y a il. m- If même lonnel de Cenrantea une rime, répugna i*.' 5) H lui imparfaite;
ce tjM mpensaUona aal tria famiDei > Mecl Inducteur.
K apke, II. 1
\ ■ici. $chr., II. p
de la critique de Schlegel s'expliquait par le fait que les amis et les réclames de Soltau avaient vanté sa connaissance de la langue espagnole et qu'on a trouvé dans sa traduction non moins d'erreurs que dans celle de Tieck. Tieck reconnaît qu'il a commis lui-même beaucoup d'erreurs, il les note et les corrigera dans la suite. Mais une autre exigence de la traduction est qu'elle soit conforme à l'original « im Geist und Ton ». Or, l'essai de Soltau ne vaut même pas la traduction de Bertuch, Bertuch avait eu au moins la pudeur de passer sur les passages poétiques et romantiques. Soltau n'a rien omis, mais il a tout gâté. Tieck entre ensuite dans le détail des critiques et des répliques de son rival : « Ce sont, dit-il, précisément ces petites choses qui m'ont coûté le plus de peine » (i). Soltau estime qu'il n'y a pas lieu de traduire les noms propres à cause de l'analogie de l'espagnol avec le français; à ce compte, pourquoi traduire le Don Quichotte ? Les noms propres sont pour une bonne part dans les effets d'ironie de Cervantes, tout comique s'évanouit si on garde les noms espagnols. Après quoi, Tieck défend son Alanen avec énergie. Il conclut comme G. Schlegel : «. M. Soltau a peut-être bien été en Espagne, mais jamais dans le royaume de la poésie, qui lui est, comme l'histoire, parfaitement étrangère. »
Cette philippique resta dans les papiers de Tieck. De même, une dernière allusion à Soltau, écrite pour ÏAntifausl (1801) (■?.). Le personnage Gallsùchtig s'écrie : « Je veux me donner toute sorte de peine pour qu'il enrage des mensonges et des indignités dont il sera l'objet, je
(2) Ib., I, i56. Gallsùchtig est Merkel. Cf. H. Gûnther. Romanlischt hiitik und Salire bei L. Tieck. Leipzig, 1907, p. i54.
veux amener M. Soltau à faire une annonce qui contiendra quelque chose de ce genre. »
Soltau était un trop petit personnage : Tieck se désinté- ! momentanément de sa traduction i . et les Schlegel s élevèrent désormais au-dessus du journalisme littéraire. Pourtant, et pendant ces polémiques, la publication des traductions s'était achevée régulièrement, et en somme Le premier tome de Tieck avait paru en mars 179g 2 : le second dans la même année. En octobre, Tieck vint à Iéna, mais tomba malade et fut aidé pour le troisième tome par G. Schlegel lui-même. Plus tard, il rva un souvenir ému de cette collaboration où Schlegel apportait le secours de son érudition, son sérieux. esprit, son amitié et sa critique batailleuse : « Fraternellement, tu fus à mes côtés pendant ma maladie: comme un ami véritable, tu m'apportais pendant ma traduction du troisième volume de Don Quichotte un secours qui. avant et après, me manqua, à mon grand regret » (3). si ce tome fut-il assez tôt prêt. Quand fut écrit l'article de Schlegel dans I' Uhenœum juin ou juillet 1800 . le tome III venait d>- paraître. Mais !•■ volume suivant fut plus lent à venir: soit lassitude, soit excès de besogne, Tieck ne se hâtait pas, et l'on se plaignait autour de lui.
ndail invariablement aux nombreuse -
dem ncore Bni ». « Pourquoi, écrit d'Iéna
line .1 Guillaume, Tieck ne vient-il pas tout à fait
: .ut. ..h trouve dam le Pneniasa tucb : •< F.ll<- <ï;i pipe) manque pn >ebo; m certain* Indu
1 eu plua .!<• génie, Ua la lui enraient donnée, et cette .«Miut mieux >.ilu que l'oauaaioa de bien -. »
Lee première! feuille! étaient attendue! pai 1 I.. rg !>■■
Si I1111i.l1. I flen, ii^, l. \, p. ;; ,)«- |., préface.
s'établir ici, où il se trouverait quelque peu surveillé. A Dresde, il a la plus admirable occasion de flâner » (i). Le quatrième tome ne fut terminé que vers la fin novembre 1801.
La publication de Soltau fut plus hâtive. VArchiv der Zeit (2) de 1800 annonce le premier et le deuxième tomes pour la « Jubilate Messe » de la même année (trois semaines après Pâques) et les tomes III et IV pour la foire de la Saint-Michel. En réalité, il y eut du retard, tout au moins pour le dernier, car la notice qui précède le tome IV est datée du 18 novembre 1800. Le tome VI parut en 1801.
Quelle est la valeur des traductions en présence ? En quoi répondent-elles à l'esprit des deux écrivains et des deux écoles qui bataillèrent à leur propos ?
Tieck dut infiniment à l'influence de son nouvel ami, Guillaume Schlegel. Schlegel venait de traduire une partie de Shakespeare grâce à un labeur inlassable, avec une conscience parfaite et un sens encore insoupçonné des exigences du genre et des ressources de la langue allemande. Ses principes firent tache d'huile autour de lui, grâce à ses entretiens, sa correspondance, ses articles de revue. Tieck, qui avait traité assez librement la Tempête, renonce à sa première manière. Il admire sans restrictions la traduction de son ami. « C'est, dit-il, en 1802, la première traduction véritable d'une langue dans une autre. »
(i) Caroline, E. Schmidt, II, iG/j (lettre du n juin 1801). Cf. II, i54. Et, pourtant, le s3 DOT. 1800, G. Schlegel croyait que le tome IV pouvait être achevé.
(■>) Anzeiger, 1800, p. /|i- Le premier tome était prêt bien avant. Soltau déclarait dans Vint, de l'A. L. Z., 6 mars 1800, article daté du 11 février. « Du Don Quichotte, le premier tome est déjà imprimé; les autres suivront BUasi vite que la presse pourra les produire. » Les t. III et IV sont annoncés
dans V Anzeiger, ib., p. 48.
U traducteur doit faire preuve à la fois d'âme et d'esprit, car il doit en quelque sorte créer le poème une nouvelle fois ». Tous ses efforts seront vains s'ils ne sont pas soutenus partout par une haute inspiration poétique et un tact subtil. La traduction « doit, si elle est bien faite, renfermer en elle-même le commentaire du poète » (i).
Le principe essentiel est donc qu'une œuvre d'art es! sacrée et qu'il faut la reproduire le plus fidèlement possible, selon les moyens de la langue allemande. Il faut èti? poète pour traduire un poète. La traduction du Don Quichotte est une application nouvelle de la méthode de <;. Schlegel, et c'est pourquoi le critique put s'en montrer publiquement si enthousiaste.
Tieck eut, tout au moins au début, un modèle plus immédiat : Bertuch lui-même. Le jeune traducteur avait trop conscience de son inexpérience pour prendre dès l'abord certaines responsabilités compromettantes: aussi emprunte-t-il à Bertuch des expressions, (\r< interprétations de passages particulièrement difficiles, et jusqu'à des mouvements de phrase. l'en à peu, Tieck se libère et accentue s;i manière propre: mais les souvenirs de Bertuch continuent à hanter sa traduction, pour -"évanouir enfin [ue Tieck est devenu maître de bob >l\le et de la langue espagnole
itatii n- ton) {ni-.» dam l<^ Briefe ttéer simkespenrr ' kr. Sehriften , I. i (5 sq.
i i ! rvantee, I. p. i) : hij<> <M entendimiento. Bertuch, I.
p, wiii ci Tieck, I. p, mi. dai Kind mciin>~ Gehinu; Stallmeister, fahrendet l'uni r sonl communi j Tieck ei Bertuch. Comparer du reste lei detu débuta :
In eineo Dorfe \"" ktancha, .1™- In einena Dorfe ron la Manche,
/•n Naine m i r ni. l>t arieder « - i i » f .# • 1 1 1 . .ml deaaen Namen kh mi. h nichl
lebte, ror nichl fai langer Edt, «-in eatainnen kann, lebte unlsmgel eln
Bdelmann ron jeoea, mit ainer Bdler, der eine Laaae nad afawn al*
L. Rius croit pouvoir affirmer que Tieck prit pour base de sa traduction l'édition de Londres de 1738, dont il corrigea quelques variantes (1). Je ne sais sur quels documents s'appuie cette déclaration; il est indéniable qu'il était plus facile à Tiedk de mettre la main sur une édition anglaise que sur un ouvrage d'origine espagnole. Mais il ne me semble pas que Tieck ait eu, dès celte époque, l'édition de 1738. Ne se plaint-il pas que le libraire lui ait remis un fort mauvais texte ? L'édition de 1738 ne saurait, malgré quelques caprices, passer pour particulièrement défectueuse. Ce sont précisément ses variantes fantaisistes qui ne sont point chez Tieck :
cnyado Hercle (2)
cabellos del sol Pferde der Sonne (3)
nunca las cartas de amantes se fir- Memals hat Amadis seine Briefe un-
man lerschrieben (4)
En eslo serian las cuatro de la tarde Indem war es Abend geworden (5)
D'autre part, l'édition de 1738 ne contient pas les dédicaces de Cervantes, que Tieck a cependant traduites. Ce
Lanze und alten Tartsche am Nagel, ton Schild besass, einen diirren
einem magern Klepper und Wind- Klepper und einen Jagdbund. Eine
bnnde. Eine Olla von mehr Rind- 011a mebr von Rind als Hammel-
als Hammelfleiscb Mittags;... das fleisch... die Zeit hatte unsern Ed-
Alter batte unsern Junker bereits len mit fiinfzig Jahren beschenkt.
mit fiinfzig Jabren bescbenkt... (Tieck, 1, p. 3 sq.)
(Bcrtuch, I, p. i sq.).
(i)Bibliografta, etc., I, soi. La leçon Detriante que critique Rius se rencontre ailleurs. Ex. éd. 1617, I, p. 5i.
(2) I. Ch. 12 (pour : ganado). Tieck, I, p. 109. Je n'ai point l'édition de 1708 et suis obligé de me borner aux exemples de variantes donnés par (,. Becker. Die Aafnahme des Don Q. in die englische Lilteralur. Berlin, 1902,
(3) II. Cb. 38 (pour : caballos). Tieck, IV, p. 3p,. Ci) 1. Cli. a.r) (pour : de Amadis). Tieck, I, p. 280.
(,j) I. Cb. 37 (pour : en esto llegava la noche). Tieck, II, p. i.V|.
fut donc vraisemblablement sur une autre édition qu'il travailla. Il ne disposa pas, tout au moins pour le début, du Don Quichotte de l'Académie. G. Schlegel, qui connaissait bien les instruments de travail de son ami, laisse entendre que Tieck avait une autre édition. Sa bibliothèque renfermait, en i84g, plusieurs textes anciens de Don Quichotte, les éditions de i6i4, 1610, 1617, 16:47, 1662, 1719, 1738, 1700, 170"), 1780. La seule à laquelle on puisse réserver le nom de mauvaise est celle de 1700 (1). Est-ce là le méchant texte dont se plaignait Tieck ?; En tout cas, Tieck ne tarda pas à trouver chez ses amis, Ideler ou G. Schlegel, de meilleures éditions. Sa traduction fut faite sur plusieurs textes assez soigneusement confrontés.
Mais notre traducteur n'eut pas de peine à constater combien les diverses éditions différaient entre elles; aussi la traduction de Tieck ne pèche-t-elle pas par un parti pris absolu d'implacable exactitude. Elle offre volontiers des modifications arbitraires, des corrections difficilement soutenables : mais les caprices et les variantes des éditions autorisaient toutes les initiatives. Tieck divise le roman en douze livres; Cervantes avait lui-même adopté une division analogue au début de son livre : la Primera Parte arrivait au chapitre i\, la Segunda Parte au chapitre w. la Tercera Parte au chapitre xxvm, la Cuarta Parte comprenait les vingt-quatre chapitres suivants el le deuxième Don Quichotte ne connaissait que la division en chapitres. Tieck -uit fidèlement la divisû 11 des trois premières parties; mais, comme les éditions de Bruxelles (1662), de Madrid et de Londres (1738), qui ont poussé la
(1) Cf. Bill*- . IHI-liuiimfin, l. ... I, p. 58. Cf. M Qtt'cs .lit le l'haï '
éd. iStS, II, p. i'.o.
division jusqu'à huit parties et adopté pour chacune la dénomination de livres,1 il continue l'application du même principe, divise la quatrième partie en trois livres; et poursuit cette division, à travers le deuxième Don Quichotte, le distribuant à son tour, pour la symétrie, en six livres, entre lesquels il répartit assez équitablement les soixante-quatorze chapitres de son original.
Si la division nouvelle du roman constituait, par rapport à des essais précédents, un recul et une infériorité, il y avait au contraire un progrès incontestable dans la conception nouvelle d'une traduction intégrale, rigoureusement complète. Tieck supprime les vers intitulés DEL DONOSO POETA ENTRE ucrado, a Sancho Pança, y Rozinante et A ROZINANTE. A part cette omission, les dédicaces, le prologue, les sonnets, les poèmes à rimes apocopées, les pièces les plus difficiles et celles qui semblent le plus oiseuses, les nouvelles intercalaires, tout a été consciencieusement traduit. C'est la première traduction qui ait reproduit, sans coupures et sans abréviations, le texte cervantesque.
La traduction est, en général, attentive et suit le texte avec assez d'exactitude. Cependant, elle offre des lacune*, qui n'ont souvent pas pour excuse la difficulté de l'interprétation. Pourquoi négliger des membres de phrase comme :
la quielud del espiritu (i).
vnas raciones de un pescado, que... Maman... en Andalucia bacallao, y en
otras partes cnradillo, y en otras truchuela (toute la phrase) (2).
como tengo dicho (3).
(1) C. Prol. feuille 3 b. T. I, p. vu. (3) C. I. ir. T. I.p. 21.
que buenamente no acertare a encarecerlo (i).
risU la présente (2)
y llevase el diablo quantos gouiernos ay en el mundo (3)
que es parte suya (4)
que la tengo buena (5)
et nombre d'expressions pas toujours insignifiantes ? Par moments, elle se contente d'indiquer le sens à peu près et de donner un résumé de la phrase espagnole :
no lo se yo por cierto, solo Lotario era este, que con toda solicitud, y aduertimiento, miraua por la honra de su amigo.
Icfa veuf nur, d;i>s Lotario sellât fur die Elire seines Freundes so besorgt war... (6).
Malgré ces négligences, la traduction de Tieck marque un progrès marqué sur les traductions précédentes, allemandes ou françaises.
Aussi bien a-t-on tout de suite et toujours rendu justice à cette supériorité de Tieck. Les critiques se sont par contre abattues sur les infidélités de sa traduction. La langue de Cervantes offre de périlleuses difficultés. Tieck manquait de tous les instruments de travail nécessaires; aussi son œuvre pèche-t-elle par une insuffisante exactitude el mu' inquiétante Buperficialité.
Un certain nombre d'erreurs proviennent manifestement de mauvaises lectures. G. Schlegel, qui en avait déjà signalé quelques-unes, en rejetait la responsabilité sur Té.jition espagnole dont Tieck disposait. C'esl ainsi que Tieck écrit :
(1) C. I. 358. T. II. h.
(a) C |. /Jio. T. II. 77.
(3) C. H. f. 11. T. III. ;',.
r. iv. p. 33.