‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 39 sur 77 · II. f. ... rieefc, ni · texte numérisé non relu

II. f. ... rieefc, ni

Il- k. |\. m'.

et si amusants qui émaillent les discours de Sancho perdent, dans leurs traductions, le meilleur de leur couleur et de leur vie. Mais la tentative de Tieck n'en reste pas moins méritoire : il a voulu, après Bertuch du reste, donner à sa traduction le ton d'une œuvre originale, avec la vivacité et la richesse et la vigueur du Don Quichotte espagnol.

Cette déformation atteint les caractères des personnages et contribue à leur donner une physionomie allemande. Le Don Quichotte de Tieck a une langue souvent ambitieuse et trop consciemment oratoire. Sa phrase manque de négligence et de décousu. Même dans les élans les plus inspirés, Cervantes laisse à son héros un peu de bonhomie et d'humour, un geste vif, un mouvement de familiarité qui le rapproche de nous. Tieck a eu de bonnes intentions. Ses archaïsmes : Rœsselin (i), N:emalen (2}, gebeut (3), rares et discrets, laissent au Don Quichotte un peu du ton de roman chevaleresque que Cervantes parodie. Mais des expressions comme : gereicht mir zum Missvergnugen (descontenta) (4), welche Fragcn that sie in Àbsicht meiner (que te pregunto de mi (5), hast du sehr unerwiinscht gesprochen (dixiste mal) (6), nous gâtent un peu notre héros et en font trop visiblement un prétentieux comte d'empire. Le Sancho de Tieck est moins naturel et moins populaire que celui de Cervantes. Tieck tenait à réagir contre la vulgarité du paysan de Bertuch. Par crainte de le mettre trop bas, il l'a haussé au-

(1) Tieck, éd. princ. I, p. 20.

(4) Cerv., éd. 1617, I, 407. Tieck, ib., II, p. 73.

(5) Cerv., ibid. Tieck, II, p. 74.

(6) Cerv,, I, 4og. Tieck, II, p. 75.

dessus du type espagnol. Le réalisme de sa langue est moins âpre, sa vivacité est moins pittoresque. Dans Cervantes, le mot est précis, propre, énergique et cru; dans Tieck, au contraire, il devient un peu flou. Cependant, ce n'est point un Sancho allemand qu'il nous donne, comme Bcrtuch et Soltau. Quant à Maritorne, elle parle comme une jeune bonne allemande et point comme une servante de bas cabaret. C'est donc par un discret effort d'idéalisation que Tieck vise à atteindre cette noblesse naïve que la langue espagnole garde aisément dans la bouche et dans le du plus modeste paysan.

Les noms propres ne sont pas une des moindres difficultés de la traduction. Tieek admet en principe qu'il faille, dans une œuvre comme Don Quichotte, qui tire des noms propres toute une part de son humour, traduire noms de personnes, surtout les surnoms : Beltenebros devient Dunkelsehcen; Dolorida, Schmerzcnreieh; Trifaldi, Dreischleppina; la comtesse Lobuna, Wolfuna: ta comtesse Zorruna, Fuchsuna; Clavileno, Zapfenhœlzern (i), etc.

Tieck s'attachait expressément, comme >r> amis romantiques, à garder intact el dégager l'esprit de son original, Bea jeux de mois, ses allusions, tous les subtils effets «lu badinage cervantesque, où l'on se plaisait à voir un trait proprement romantique. C'est pourquoi il voulut donner aux noms propres de Cervantes leur valeur vraie et immédiate, leur saveur spirituelle el l'enjouemenl de leur physionomie. 11 ne conserve que quelques noms de personnages célèbres. ■ Les noms de Don Quichotte, disait Vicente de loe Rfos, de Sancho l'an/a, Pedro Recio, Maritorr*

(i) Cf. on parti, uli.-r p..ur \c< n..mv propret !•■ < h. -y dt l.i / parti»-.

Rocinante, fabriqués par l'imagination de Cervantes, sont devenus des mots particuliers de notre langue.» Ces mots, Tieck ne les a pas transposés. Il s'appuie évidemment sur la déclaration du critique espagnol, car on ne saurait prétendre que la popularité de Recio fut européenne (i). Le mélange des noms espagnols et allemands n'est pas sans produire une certaine confusion (2).

Si notre traducteur s'est donné tant de mal pour rendre l'esprit, le tour, l'allure et le rythme de la belle prose, il n'a eu garde de se désintéresser du rythme des vers et des curieuses combinaisons métriques de Cervantes.

La métrique allemande est plus rigoureuse que la métrique du poète espagnol. C'est ainsi que Cervantes a des rythmes capricieux, irrégulièrement trochaïques ou iambiques, anapestiques à l'occasion, extrêmement variés et admirablement souples. Tieck, au contraire, qui semble ignorer le mètre trochaïque au début de son Don Quichotte (3), l'emploie presque exclusivement dans la deuxième partie; seuls, les sonnets, sont chez Tieck uniformément iambiques comme dans le texte espagnol. Les règles posées par G. Schlegel sont en principe observées, ses exemples suivis avec conscience.

Mais les lois du vers espagnol ne sont pas les mêmes que celles de l'allemand. Quels équivalents trouver aux scansions syllabiques des formes méridionales ? Tieck traduit le décasyllabe par le vers à cinq temps forts (dis-

(1) Sol tau, pour expliquer l'allusion de la lettre de Saneho (VI, p. 4o), traduit dans une note Recio par Barsch.

(a) Bertuch déjà avait traduit certains noms propres, p. c. Beltenebros = Dunkelhûbscb (t., III, p. ."> el passim) qui renferment un sens allégorique, el ;i\;iit au contraire conservé" les noms véritablement personnels.

(3) Exception faite pour le petit poème : Nicmals ward ein edler Bole (Tieck, I, p. 20) qui a du reste pu être postérieurement retouché.

cours de Merlin i . sonnets (2), etc.», l'heptasyllabe par le type à trois pieds Urganda die Unbekànnte (3), etc.) et parfois par le vers à quatre pieds (Ich bin der Gott der msechtig schaltet, «'te. '1 . Le vers de deux syllabes par le vers d'un pied 5 ,

Cette exactitude impose au poète des contraintes violente-: c'est ainsi que Tieck a recours à des syncopes exces- - : Prinzessinn'n, span'scher; les difficultés de scansion ne sr .nt souvent éludées qu'en apparence: Tieck offre des accentuations comme : Schréckliché, Andénken, jéglichér, einsame, dû suchst, glorreîche. Cependant ces gaucheries s<uil rares; Tieck manie admirablement le vers, et réussit presque toujours à concilier les nécessités du mètre et le génie de la langue.

La métrique de Cervantes esl particulièrement compliquée. Ses combinaisons de rimes sont d'une extraordinaire variété. Tieck eut beaucoup de mal à suivre leurs fantaisies, mais il - > appliqua courageusement. Il garda presque partout les rimes féminines, de beaucoup les préférées de I ; * poésie espagnole. Le chant d'Antonio, qui contient chez Tieck un nombre à peu près égal de rimes masculines et féminines, fait exception à cet égard, mais ee fut un de- premiers essais du traducteur, auqw amis ne ménagèrent pas leurs reproches. La parodie du

romi oce de Lancelot : Niemals ward ein edler Bote,

1 I iecà, III. p. m iq.

■ • rr ï 1 » I»- : lu qne imil.i-t.- I.i IkWDM vida - In ni.'in.-in I.ri.l li.il." i.li

iliiTi /uni Genoesen, Tieck, I. p. w*.

(3) Tieck, I, p. wii -c|. Cf. encore I. Ch.

partie. Cb. 10. I tei ^ . III. p. .,<> aq. Le 1 - - » 1 1 f »~ f.iil.lr étant réduil rfatématiquesneal 1 nue tyllabe n'emploie que la trochée >t riambe), nom retrouvona ainsi chea tieck la h >yllabique dea lanyuea latioes.

qui a dans Cervantes, aux vers pairs, l'assonance i o (l'assonance devenant rime aux deux derniers) est, chez Tieck, rimé régulièrement suivant le type a b a b c c (i). Mais le poète ne tarde pas à s'initier aux secrets de la métrique espagnole. Dès lors, ses rimes s'organisent consciencieusement suivant les modèles même de Cervantes. Le type de sonnet cervantesque :abbaabbacdecdeest pieusement conservé (2) ; ses variétés abbaabbacdedce(3) sont reproduites dans Tieck. Le chant de Chrysostome (4) est d'une métrique difficile, il présente les rimes suivantes : abcabccdee d f f g h g (la rime de h venant toujours à la fin du premier hémistiche du dernier vers); Tieck s'astreint aux mêmes combinaisons, seulement il a par inadvertance laissé h sans rime. La glose de Don Lorenzo : strophe de base a b b a, 2e strophe : c d c d c a a e e a, 3e strophe :fgfgfbbhhb, etc., présente exactement la même forme dans Tieck (5). Les rimes de Tieck sont parfois assez pauvres : Hcehnen et Wœhnen, biete, behute, Blickc, trube, Liebe, zuriicke, geschah, Dulzinea, et sont parfois, comme dans le sonnet de Babieza, volontairement, mais arbitrairement altérées. Mais la fidélité de la transposition était dans l'ensemble très suffisante, et d'autant plus méritoire que Tieck n'avait point trouvé de modèles dans la langue allemande.

Ailleurs, et bien souvent, Cervantes n'emploie pas la rime, mais l'assonance. Tantôt, à l'entrée même du roman, ce sont des assonances apocopées, groupées par

(1) Cerv., I, 16. Tieck, I, ai.

(s) Ex. sonnets du début, sonnets des Chapitres a3, a'j, /io du livre I.

(3) Livre I, Ch. (\o (le deuxième sonnet).

(/i) 1" partie, Ch. i/i (Tieck, I, p. i58).

(5) a* partie, Ch. 18 (Tieck, III, p. 261).

strophes alternativement de quatre et de six vers suivant le schéma suivant : Str. III : e u u e. — e o o a a o. Tieck fit pour rendre ce casse-tête des efforts louables; il répliqua par un type analogue de strophe assonancée, Str. I : a e e a a e e o o e; la deuxième syllabe de l'assonance restant à deviner, comme chez Cervantes. Voici la strophe III (i) :

CERVASTES TIECl

De vn noble hidalgo Manche Contaras las auentu A quien ociosa letu Trastornaron la cabe Damas, armas, caualle Le prouocaron de mo Que quai Orlando furio Templado a lo enamora Alcançô a fuerça de bra A Dulcinea del Tobo

Le chant d'Antonio nancc qu'aux vers pairs; c'est d'un bout à l'autre le même type i o; Tieck fait aussi assonancer les vers pairs, mais BUT une seule syllabe, et avec des voyelles différent»- : i" strophe a, i" strophe u, 3e strophe u, 5e strophe u, i, etc. (2).

A part quelques formes vraiment trop irrégulii (par ex. le discours de Merlin), les combinaisons d'assonances sont strictement reproduites. Citons les poèmes : O du der du im Bette liegest (3) et Wïeviel an<gesuchte IVrlen (4), où Tieck réplique à l'assonance double a a aux [)iiirs par l'assonance double ae. un vers pairs. BU risque de déformer même le* noms propi» s.

(1) Von jin liminaires, i" partie. Tieck, I, p. xxiu. (a) 1" partie, Ch. XL

(3) a* partie, Ch. U, Tieck IV, p. i3o.

(4) Ibid.

(go)

Du sagst von dem Mancha

(ner)

(ras)

Die seltnen Abenteu

(er)

(ra)

Ihn verrûckten Leserei

(en)

(za)

Den Kopf zu zeinem Scha

(den)

(ros)

Die Waffen, Ritter, Da

(men)

(do)

Entzûnden ihm ein Fie

(ber)

(so)

Wie Roland dem Wûti

(gen)

(do)

Er liebte so wie die

(ser)

(zos)

Bekannt durch Thaten die

Lie (be)

Zur Tobosischen Dulci

(nea)

comme le romance,

l'asso-

L. Tieck n'a donc point traduit au gré de son caprice, mais suivant les nouveaux principes. Il vise à être à la fois le plus espagnol et le plus allemand possible : il faut nous donner la vision la plus nette et la plus immédiate du monde de Don Quichotte, le sentiment de la beauté et de l'art cervantesques, l'amour éclairé du génie du poète; et, d'autre part, il faut que le lecteur allemand reçoive du roman une impression aussi totale et aussi pure que s'il avait devant lui une œuvre de sa propre langue. La traduction de Tieck ne répond certes pas à un idéal aussi haut. Elle a bien des faiblesses, elle ne remplit même pas la condition essentielle d'une convenable traduction, qui est la fidélité matérielle, elle déforme sérieusement, et dans le sens du tempérament propre de Tieck, le style et les caractères du roman; mais elle a de la vie, elle se préoccupe d'exprimer l'âme même de l'œuvre et sa poésie; elle laisse apparaître le génie de l'Espagne et de Cervantes, et le fait aimer.

La traduction de Soltau a des mérites et des défauts différents, les défauts et les qualités même de son auteur. Soltau représente admirablement le goût moyen de l'époque et en général des tempéraments rassis, le goût des gens qui n'en ont pas d'autre que les règles du bon sens et de la tradition. Pendant sa polémique, il fit, à propos < I pour la défense de sa traduction, quelques déclarations fermes : tout ne mérite pas d'être exactement reproduit en allemand; un Allemand qui juge sainement des beautés de la langue et de la poésie ne saurait tenter de transposer en allemand des rythmes bizarres et exotiques, l'hendécas) I labe à rimes féminines, les interminables séquelles de rimes féminines, les caprices de rimes et de mètres auxquels l'espagnol se plie fort bien, mais qui sont contraires

au génie de la langue allemande. La fidélité absolue lui paraissait donc impossible, et il y renonça. Ces principes pouvaient ramener à une réédition de la tentative de Bertuch. Heureusement, Soltau ne s'y fia qu'à demi. Sa traduction vaut mieux que sa théorie.

A la vérité, point celle des poèmes. Soltau n'a rien du poète, même pas le sens du rythme. Il rend les sonnets en vers alexandrins, le chant de Chrysostome en vers de romance (i). Exceptionnellement, on constate un effort méritoire pour imiter les formes métriques de l'espagnol :

Quien mejorara mi suerte ? Was reisst mich denn aus meiner

Noth »

La muerte. Nur der Tod.

Y el bien de amor quien le alcança ? Und wem gewahrt die Liebe Ge-

winn ?

Mudança. Nur Leichtsinn (a).

Mais ces scrupules sont rares. La strophe de quatre vers à sept pieds devient chez lui une sorte de Knittelvtis 4 + 2 + 2 + 3 (3). Il n'essaie point du trochée; quant aux rimes, elles sont généralement pauvres et gauches, généralement arbitraires. Tantôt Soltau traduit la strophe assonancée par d< s vers rimes (4); tantôt, il remplace, ;ui contraire, les rimes par des assonances (5); ailleurs, il substitue à la série a b b a la série a b a b (6), mais il conserve a b b a dans un autre poème :

(i) Cf., ce qu'en dit C. S< hlegel. Sœmmtl. Werke, t. M, p. th. (a) Cerv., éd. princeps ifii;, I, 3-h). Soltau, II. :<. (3) Soltau, II, jti'i.

(',) Soltaa, \. S6o.

(*)) Cerv., I, if»:. Soltau. II.

(ti) Or>.. Il, ISS. Soltau, M, 34».

280 CERVANTES ET LE ROMANTISME ALLEMANb

Es de vidrio la muger Ein Weib ist wie ein zartes Glas

Pero no se ha de prouar Versuchet nicht

Si se puede, o no quebrar, Ob's auch gebricht.

Porque todo podria ser. Wie leicht geschœhe das ! (i).

Voici un autre exemple de l'indifférence de Soltau à l'égard du mètre, du rythme, des rimes et du ton :

Tu lleuas (lleuar impio !)

Du Rseuber stahlest mir zum Schmerz

En las garras de tus cerras Mein zartes Eingeweid und Herz,

Las entrafias de vna humilde Drei Hauben gehen mit dem Rïtt ,

Und auch mein Knieband nimmst

Como enamorada tierna.

du mit.

Lleuaste très tocadores, Ein Knieband sauber neu und fein,

Das einst umschlang mein partes Y vnae ligas de vnas piernas .

Bein,

.-. . . „.„ So weisz und schwarz, so glatt und

Que al marmor puro se igualan

rein,

r ,. . , „ .. __ ' Wie frisch gebrochener Marmor-

En hsas, blancas y negras &

stein (2).

Au lieu de l'assonance féminine, les rimes masculines; au lieu de la série x e y e, la série a a b b; au lieu de la liberté voulue et humoristique du mètre espagnol, la lourdeur du vers à quatre accents; la première strophe, expédiée en deux vers, la suivante au contraire à cheval sur deux strophes.

Soltau ne met aucune coquetterie à modifier les formes ordinaires de la métrique; il considère que la métrique traditionnelle de Gleim et de Ramier suffit au exigences de l'oreille allemande et qu'il faut y plier les originalités disparates des langues méridionales. Mais certaines concessions aux théories de ses adversaires prouvent les incertitudes de son propre goût. G. Schlegel avait compris tout

(1) Cerv., I, M6. Soltau, II, 26/1.

(2) Cerr., II, 276. Soltau, VI, 129.

de suite que les poèmes étaient, dès le début, et seraient jusqu'au bout, la partie faible de la traduction de Soltau (i).

Quant à la prose, elle a des qualités plus solides. Soltau savait évidemment plus que Tieck la langue de son auteur; plus que Tieck, il s'inspira de Bertuch; il put même s'inspirer de Tieck, éviter certaines de ses erreurs (2). Sa traduction n'est pas, du reste, parfaite. G. Schlegel signalait de nombreux contresens p. I, 19, 88, i3i, 17.S, 3i*>, etc., II, 89, i'i. 1 '19, 193, 2o3, 2i4, 295, etc. On en ajouterait sans peine de nouveaux exemples :

el rastento con que se mantiene Die Sœule worauf er sjch stiïtzt (3).

Muger de un Gobernador ères : mira Du List Gubernatersfrau und musai

>i le roera nadie los zancajos Dich nicht lumpen lassen (4).

ver muerto lodtzuschlagen (5).

esta es ordinaria vsanza en los de- und so solls auch an anderen Orten

mai que van a Gouiernos. der Braurh sein ((>).

Plus grave que cette inexactitude de la lettre est la violation de L'esprit. Sans doute. Soltau a pieusement conservé les noms propres : Halduno, Tirante, Beltenebros, mais cela ne suffit pas à conserver à l'œuvre son caractère espagnol el cervantesque. La Santa Hermandad devient une très prussienne Polizei, et l'espril dv> uoms propres s'évanouit sans laisser de traces. A la place dr* métaphores

(0 Soltau iTouail lui-même (t M. p. xm que iei mètrei éUicnl faux; mai* rrectiom oe farenl guère heureuses.

1 ainsi <|u'il ne f;iii pu la contresens habituel de li-.k (| Mo ■

N"lk (Cenr., II, ?5o) car il traduit correctemeol par Leute deinec Ortea

(3) x ■ i '.' lents don! il se soutient).

M) ' ' '■ oacn. s., ii, ,m. \. prendi farde de ne pas (.• laiaaet

mordre au i

' '• Il ^ Il m, . VI, n u..ir mort).

Itou, M. ',i (poui bn mil.- ,v,i roui prendre feu po«le

BF.lirHAND

espagnoles, si pittoresques et vivantes, se glissent des images proprement septentrionales. Le réalisme lui-même de la peinture s'atténue et s'efface : estiércol devient Staube (i), gloton, schwelgerisch (2). Et pourtant le ton ne s'élève pas, bien au contraire, il devient plus familier, plus plat, parfois trivial :

locura Narr'n-Spittel (3).

miraban begafften (/j).

pendientes... de la boca mit aufgesperrten Meeulern (5).

de olorosa en pestifera aus einer Balsamstaude in einen

Stinktopf (6).

de bien bablada en rûstica. ans einer wohlredenden Dame in

eine grobe Zotenreiszerin (7).

y agenas desdichas hallas andren Schla?gst du Beulen (8).

Bertuch avait déjà donné l'exemple; Don Quichotte doit, pour être vraiment vulgarisé, mis à la portée du public et simplifié. Soltau atténue, ternit, affaiblit, se contente d'effets faciles et grossiers.

La langue du chevalier perd sa dignité, la noble harmonie de sa phrase où se déroulaient éloquemment des pensées sages et belles. Don Quichotte parle en bourgeois; sa période se brise, ses mots n'ont plus de couleur et ses sentiments, de vicacité. Sancho, au contraire, est monté dans l'échelle sociale : sa langue a moins de redondance, moins de crudité et de pittoresque; ses familiarités sont moins âpres, mais aussi moins amusantes. Le récit n'a pas chez

(1) Cerv., II, 2/19. Soltau, VI, 33.

(a) Cerv., II, 25o. Soltau, VI, 36.

(3) Cerv., I, 329. Soltau, II, :3.

(4) Cerv., III, 127. Soltau, V, 28.

(5) Cerv., II, 127. Soltau, V, 28.

(6) Cerv., II, i59. Soltau, V, i44.

(7) Cerv., ib. Soltau, ib.

(8) Cerv., II, 2i3. Soltau, V. 35o.

Soltau ce mélange d'emphase et de simplicité qui est si espagnol et si cervantesque. Négligences et impuissances se trouvent assez bien rassemblées dans ce passage de la traduction de Soltau :

CALLARON todos Tyrios y Troyanos quiero dezir pendientes estavan todos los que el retablo mirauan de la boca del declarador de sus marauillas, quando se oyeron sonar en el retablo eantidad de atabales y trompetas y dispararse mucha artilleria, cuyo rumor pasô en tiempo breue y luego alçô la voz el muchacho y dixo :

Tyrier und Trojaner schwiegen — oder mit anderen Worten, Aile diejenigen, welche das Puppenspiel begaflten, hingen mit aufgesperrten Maeulern an den Lippen des Aaslegers seiner Wunderdinge. Mit einem Mal hœrte man in dem Raritaetenkasten den Schall der Trommeln und Pauken, und den Donner einer Menge Kanonen. Wie der Laermioibey war, erhob der Dolmetscher seine Stimme und sprach (i) :

La traduction de Soltau ne manque ni d'animation, ni d'humour : les discours de Sancho ou des paysans sont amusants el pleins de verve. Il y a d'un bout à l'autre de l'œuvre plus de réalité allemande. Mais elle a dû sacrifier la réalité espagnole et la meilleure part de l'ironie el (!«• ta poésie du poète. C'était une traduction à l'usage de l'Aufklsrung et du public ordinaire des revues littéraires (2).

(1) Cerv., II, 127. Soltau, V, 28.

(■>) La Induction de Soltau était accompagnée d'une carte (celle de T. Lopez) et de 5 estampes, une par tome : dans la première, Don Quichotte donne un grand coup d'épée 1 ""H casque; dans la 2", il combat, en chemise, contre les outres; la y le représente enfermé dan- ta cage el transporté par dea

Ixruf-: dan- le I. IV, on voit une paysanne a--isc sur un âne. Don Quichotte

I h droite, Bancbo 1 ta gauche; le t. Y contient la coûtée sur ta cheval de boit; dana ta t. M. Don Quichotte ml précipité à terre par dm lauréat •■ont donc uniquement dea toènea comique»; ta dessin en ml ralde, lourd et faux; tai lit,'"' 1 sont -.m- expression, les gravurea n'ont aucune rie. De qui -ut lea estampea ' Bottes [InUUig. de r l. /../.. 1800, n* 27, p. 216) déchv

rait que 1 M. An.lei-on de I.omlre- ■• avait [iroini- de fournir dm graTUrm

sur bois, qui paraltratenl iTec le dernia tome. M.ii- le- gievuresi qui paru-

Dès que la traduction de Tieck parut, énergiquement recommandée par les Schlegel, elle déchaîna une tempête de colères. La première protestation ne fut pas la moins violente. Elle parut dans la Belletristische Zeitung du 22 février 1800 (1).

Toute traduction est difficile, déclare en principe le critique (2); plus difficile encore est la traduction d'une langue musicale dans une autre langue plus rude et plus dure. Mais les difficultés s'accumulent quand il s'agit de l'espagnol. Le critique reconnaît, malgré une étude de trente-six années, ne pas comprendre parfaitement les poètes espagnols (3). Aussi n'est-il point étonnant que les traducteurs modernes, ignorants des mœurs de la nation et de la langue de la conversation, n'aient point réussi à faire œuvre définitive. On ne saurait donc attendre une traduction fidèle du Don Quichotte que d'un écrivain allemand qui unirait à une connaissance parfaite de sa langue maternelle un égal degré de génie et qui aurait vécu assez longtemps en Espagne pour atteindre et rendre complètement l'esprit de son texte (4)- La traduction de Tieck, la troisième que l'on ait en allemand, est celle qui satisfait le moins les exigences d'une critique même bienveil-

rent avec chaque tome ne sont pas signées, la Neue Allg. Bibl., 70, I, 70, était convaincue qu'elles étaient de Soltau lui-même. Soltau fit des dessins pour des Almanachs.

(1) Gotha, VIII (->.?. février), p. 57 et sq. Leben und Thaten... Tieck, 1. und 2. Teil.

(2) Dans son article des S. Werke, XII, p. 106 sq. (reproduit de \'Ath.), G. Schlegel rappelle à l'ordre « den ehrwûrdigen Greis » de la BttUttisiischt

Zeitung, qui avoue « n'avoir pu .apprendre l'espagnol en trente-six années », et il promet de l'aider « à se rendre compte de sa propre valeur ».

(3) Belktristiche Zeitung, ib., p. 57.

(4) Ibid., p. 58.

lante. Après cette abondante profession de foi, le critique s'en prend au détail, relève des provincialismes (i), des contre-sens (2), des expressions malheureuses, raboteuses et rudes (3), des fautes de scansion (4), des platitudes (5), des périodes interminables, des liaisons maladroites et contraires au génie de l'allemand, des phrases contournées (6) et inintelligibles. Il conclut : « Tout ce travail table plutôt à une première et grossière ébauche, destinée à recevoir une forme plus vraie et plus agréable ». derniers mots sont dirigés contre G. Schlegel : « Et voilà l'œuvre dont un critique allemand ose parler dans 1 I. L. Z. en embouchant la trompette épique !... Quelle idée ce critique se fait-il du goût el des lumières de ses lectures ? Quelle idée plutôt de son propre goût et de ses lumières ? Que va-t-il advenir du bon goût si ceux-là mêmes qui ont charge de nous guider, nous égarent dans les chemins de l'erreur et de l'absurdité. »

Si L'article de la BeUetristische Zeitung était malveillant de parti pris, VOberdeutsche AUgemeine LUeraturzeitung (7) pèch \ au contraire, par un enthousiasme trop dithyrambique. « Tïeck, dit l'article, a pénétré l'esprit de Saavedra et non- donne le Don Quichotte espagnol une forme allemande... » Il a su se frayer sa roule à tr. un labyrinthe d'adages <-t de proverbe-, et Bon mérite n'en est que plus considérable. Le critique renonce à donner une analyse du livre, car. dit-il, c'est chose faite. Il se

(i) lbui.. p. >.

'.' pi

(,V) lb., p. 60.

(:V) lb., p. 63.

(6) lb.

(7) 1 S 13 juillet 1800).

286 CEl'.VANTES ET LE ROMANTISME ALLEMAND

contente d'en citer de longs passages (L. II, ch. m, Chant d'Antonio) et d'en recommander la lecture.

Tandis que les amis de Tieck se serraient autour de son Don Quichotte, les adversaires du romantisme coalisèrent, autour de la traduction de Soltau, toutes leurs haines et leurs entêtements.

L'Allgemeine Literaturzeitung , qui avait tour à tour ouvert ses colonnes à Tieck et à Soltau, ne tarda pas à prendre parti. Le critique anonyme avouait qu'une bonne traduction de Don Quichotte ne va pas sans difficultés. En plus du génie, il y faut la maîtrise de la langue et du style, la connaissance de la couleur locale espagnole, l'intelligence du Don Quichotte. L'idéal véritable est à la fois de sauver l'esprit de l'original et d'être allemand. Si Soltau n'atteint pas à cet idéal, c'est que cet idéal est inacessible. La critique que G. Schlegel fait de Soltau dans YAthenœum est, malgré son animosité, assez fondée. Mais si l'on compare la traduction de Tieck avec le travail de Soltau, « on se sent disposé, quelles que soient les défectuosités de ce dernier, à lui accorder la préférence sur l'autre » (2). Si Soltau a commis des erreurs, Tieck en commit de plus grosses. On cite et compare deux passages correspondants, Soltau, I, p. 34, Tieck, I, p. a5. Les défauts de Tieck sont « la raideur, l'incorrection, beaucoup de fautes, le ridicule » (3). Les épithètes appliquées à Soltau sont au contraire : juste et exact, bon, très bon (4). Après avoir signalé des contre-sens ou manquements de Soltau qui ont échappé

(1) A. L. Z., 1800, IV, n" 36/i, p. 673 (2/1 déc), annonce la 1" et a* partit de Soltau. L'auteur du compte rendu serait, d'après Caroline (E. Schmidt, II, p. 27, janvier 1801), le voyageur Fischer.

(3) Ibid., p. 675.

(4) Ib., p. 676.

(5) Ib., p. 680.

à G. Schlcgel, le critique conclut, non sans avoir fait à nouveau remarquer son impartialité : « Pourquoi se fâcher ? Les deux traductions peuvent fort bien subsister l'une à côté de l'autre et leur comparaison ne peut être qu'instructive pour les lecteurs ». Les lecteurs de 1.1. L. Z. savaient qui préférer.

Der teustch.e Merkur i dit son mot, mais timidement car il craint de se compromettre. Il félicite, à propos de quelques dessins, le mérite de Soltau comme traducteur eï parle, comme en passant, de cette traduction accueillie par toute la critique impartiale avec les éloges dont elle était digne et que lui accordera tout lecteur « qui veut connaître, dans une traduction aussi fidèle que possible, le vrai Cervantes qui ne s'est pas manifesté uniquement dans les poèmes épais du roman ». L'allusion aux critiques de VAthenœum était claire.

En mars rSoi, paraît l'article de VErlanger IJtteraturzeitung ■> . Il annonce les deux traductions ensemble et les met franchement <-n parallèle. Aucune ne 1<- satisfait.

A une nouvelle traduction de Don Quichotte eûi été préférable une analyse esthétique de ses beautés. 1 .a traduction de Bertuch suffisait, car elle a le mérite délie fidèle - témérité. Sans doute, la langue a fait des progrès; mais il faudrait être un maître pour traduire cette œuvre dignement, et !«•< derniers traducteurs ne * nt rien moins que cela. La traduction de Soltau «•-! plus aimable, plus

iSoo, i. III. p. 161 iq. (oet.] : Annonce du Tasehenbach etc., il»' Palk.

Hrg. G. 1 \ M.limrl. Erlangeh, iS mua 1801, a "m. p. loi iq.

Ifebmel, entre en f- .ii.ti.»ii~ en juillet i>«m., .i\.iit prii f.iii et cause pour les

romantiques, mais • >n ■<■ t adversaires, De qui i article D Le critique m rante .r.*\Mir lu Don QaichotU plusieurs f"i- dam la

leste. M. ii- parmi les hispanisants >l<- l'époque, il ml «lifl'u il>- d'arrêter un choix.

précise, plus libre; c'est un Don Quichotte allemand agréable à lire; mais le Don Quichotte espagnol s'est en grande partie évanoui. La traduction est inégale, comme si elle était de différents auteurs, l'original est malheureusement déformé. La traduction de Tieck est, au contraire, plus exacte bien souvent, sans être plus fidèle dans son ensemble; il a senti le génie de la langue espagnole, mais il n'a pas réussi à le saisir. Le désir de retrouver l'esprit de l'original rend le style prétentieux, souvent incorrect. La conception générale des héros principaux est juste, mais, en idéalisant à l'excès les personnages, il a supprimé tous contours, tout caractère, et remplacé, pour y remédier, la délicate perfection de Cervantes par l'énormité (Kolossalitœt) et l'âpreté (Derbheit). Et voici la conclusion : « Bref, nous croyons que Soltau nous a donné un Don Quichotte allemand (Verdeutschung) très convenable, sans rendre (Uebertragung) l'originalité du roman. Tieck, au contraire, a essayé de rendre cette originalité, mais a échoué faute d'un sens critique plus sûr. »

L'Aufklœrung, à son tour, représentée par la Neue AUgemeine deutsche Bibliothek ne pouvait manquer à sa mission, qui était d'exprimer en toutes choses le senliment public, et de chercher, elle aussi, un ton d'impartialité qui fasse au moins illusion. Ce fut Eschenburg qui fut chargé des comptes rendus (i). Le premier (2) résume

(1) Les trois articles publiés sur ce sujet sont si^m's respectivement : Km, Go, Sm (le dernier en lettres gothiques). L'ouvrage suivant : Die Mitarbeitef an Nicolas Allgemeiner deutscher Bibliothek nach ihren Namen and 2tî> clien in zwei Registern geordnet. Berlin i84a, donne pour ces Irois chiffres le nom d'Ksclienburg : p. 63. Km, dans les volumes 29 à 68, c'est-à-dire de 1-.1: à 1801; p. 69, Go, du vol. fin à la fin (iNoa à 1806); p. 01 Sm (lettres gothiques) vol. 69 à la fin. Eschemburg était alors « llofrath und Professor » à Braunschweig.

(2) Neue Allgemeine deuhchc Bibliothek, t. 61, II, 3o6-3i5, 1801 (Berlin, Stetlin, chez F. Nicolai).

les arguments dos parties en présence. Il annonce les cinq premiers tomes de Soltau, les trois premiers de Tieck. Une nouvelle traduction de Don Quichotte, dit-il, n'était pas superflue. Il y en a eu deux et, à leur sujet, règne une longue querelle, dont le critique veut se tenir loin. <i. Schlegel a signalé avec complaisance les fautes de tau, exalté les mérites de son ami et allié Tieck. Soltau luimême accepte certaines critiques. D'autre part, on a relevé .!■ - fautes peut-être plus graves dans la traduction de Tieck. Kschenburg a fait, à son tour, la comparaison, et Soltau l'a plus satisfait que Tieck. « 11 pénètre plus intimement l'esprit généra] de l'ouvrage... le ton du récit est, chez lui. plus léger et plus naturel. » l.e critique ne veut cependant pas dénier sa valeur au travail de Tieck. Ccrlai-

traductions de Tieck sont plus heureuses, mais n'a pas de peine à remarquer le style raide, peu naturel et contraire au génie de l'allemand presque à toutes les lignes de celte traduction ». La traduction de Soltau esl franchement supérieure. •

Le quatrième volume de Tieck est aussi annoncé par la gazelle de l' Auf klai un i . mais la critique est à peine bienveillante. Ce qui a été dît des autre- volum<

vrai de celui-ci. Soltau. quoique au-de-soiis de l'original,

l'emporte sur Tieck, par la conscience de -a traduction, un talent plu- heureux, même et surtout dans les pièces poétiques. La traduction de Tieck. manque de goût et de pureté.

Quelque temps après est annoncé encore ,t décrit, mais

i aucune allus:on, le tome NI de Soltau. Eschenburg

ajoute simplement : • Dans ce volume, le labeur patient

autant qu'heureux du traducteur et son talent particulier pour ce genre de travaux sont incontestables » (i).

Autour de Soltau et contre les romantiques se rangea donc la majeure partie de la critique. Le public hésita entre les deux traductions, qui trouvèrent toutes deux leurs lecteurs et leurs amis. Vingt-cinq ans plus tard, Soltau pouvait se féliciter du succès de son travail.

Le succès obtenu par sa traduction du Don Quichotte incita Soltau à mener à bout la traduction des Nouvelles, qu'il avait promises dès la première heure dans VA. L. Z. (2). Les Lehrreiche Erzœhlungen parurent en 1801, en trois tomes, le tome I contenant les quatre premières nouvelles, le tome II les quatre autres, le tome III, les quatre dernières (réduites à trois parce que le Casamiento enganoso et le Coloquio de los perros, ont été fondus en une seule) (3).

Gomme pour conjurer les orages qui avaient accueilli la traduction du Don Quichotte, les Nouvelles sont dédiées, avec le Don Quichotte, à la rein^ d'Angleterre, qui avait daigné approuver YHudibras et accepter l'hommage du traducteur (4).

En quelques lignes bizarrement placées entre la préface de Cervantes et la Giianilla et qui ne portent point de titre, Soltau nous prévient qu'il ne suivra pas toujours

(1) Ib., t. 70, I, p. 70.

(2) Soltau traduit aussi en 1800 quelques pageV de Juan Meléndez Valdés, Meine Kinder Jahre, paru dans le Muserialmanach de Voss, 1800, p. 66.

(.1) Lehrreiche Erzœhlungen von M. de C. S. ubersetzt von D. W. Soltau, I. Band, etc. Kœnigsberg, 1801, bey Fr. iNicolovius. Annoncés déjà dans 17»*. de l'A. L. Z., 18 janv. 1800, n" 83, p. f><)6. Elles furent imprimées chez Vie» weg (Caroline, E. Schmidt, II, p. «7, janvier 1801).

(/1) Lunebourg était alors, comme toul le Hanovre, gouverné par la famille royale d'Angleterre.

« Cervantes et son récit écrit dans une langue harmonieuse et sonore, dont l'éloquence confine à la redondance » (i). La langue allemande ne comporte pas cette ampleur du style; aussi le traducteur a-t-il cru devoir négliger certains passages, dans l'Espagnole anglaise en particulier. « Il espère, dit-il, qu'on ne lui reprochera pas ces lacunes comme une violation de la fidélité nécessaire au traducteur ». « Il ne se tient pas pour obligé a reproduire chaque petit faux trait et chaque tache qui a échappé au pinceau inattentif de l'artiste. » Cet avertissement, qui était dirigé contre les possibles retours offensifs des romantiques, nous prévient de ne pas compter sur un scrupule absolu. Cependant, Soltau chercha à échapper aux habituelles critiques. Et il réussit à faire taire certaine-; préventions.

<i. Schlegel en particulier se déclara satisfait des premières feuilles. Soltau avait, en effet, bien amendé sa manière. La discussion du Don Quichotte l'avait éclairé sur la conception romantique de la traduction, et il fit des concessions indéniables. Les poèmes sont traduits dans leur rythme el leurs formes métriques spéciales :

pwr.ioririmo KoestUcher Fruchlbaum

"'"• It'Im an im trahi Der manclies Jahr

que podieroo Zum Schmen dea Gatten

Cubrirle de luto, I nfruchtbu war (a);

même disposition de strophes et «le rimes, même scansion, même nombre de pieds et de strophes (3), la traduction

(>) H'.. |>. wiii H an.

I I Un.ni. •-!.■> r;i. I. p. IOI. BoltMl, I. |

(.H) l.;. dernière -t r. ipii.- compte cependial I \<r- ebea BolUu, Uodia qu'elle Ml, . Imv Cerrtatee, de | mt> et ■beolaaeal Mmbbbk i toute* !<•* tutam

est conforme à la formule de G. Schlegel. Soltau est réconcilié avec le rythme trochaïque, avec la rime féminine et ses combinaisons.

Que le llevara hasta la octava esfera Dass selbst die Himmelssphaeren mit

erklingen Fuera décente y justo, ist so gerecht, als billig.

Dando â los cielos gusto Die Hinimel hœren willig

Cuando el son de su nombre alla se dcm siïszen Nalimen Lobgesœnge

oyera, singen (i).

Parfois le traducteur prend quelques libertés (2); au lieu de la série abaabbabab, il donne à sa copia de V Amante Libéral une série de rimes plus symétrique : a b bababaab, avec une alternance de masculines et de féminines que Cervantes n'a pas observée; mais le même poème répond à l'hcptasyllabe par l'hcptasyllabe, à la strophe de cinq vers par la strophe de cinq vers. L'infidélité n'est donc que relative; et manifestement, Soltau s'est ingénié à concilier avec son propre goût les principes de la nouvelle école.

Le début est traduit avec exactitude; il est vrai que curtir las manos devient : den zarten Bau ihrer weiszen Ihende zersteeren (3); mais dans l'ensemble les premières pages sont comprises et rendues avec une fidélité très suffisante. Mais les négligences ne tardent pas à se renouvel r; c'est ainsi que, dans le premier long entretien de Preciosa avec Andres, Soltau oublie toute une foule de nuances et dénature le ton général du style, en le privant

Toutes les rimes de Soltau -<mt parfaitement régulières, tandis qu'elles 100} clic/. Cervantes (Str. .'i-n) remplacées par des assonances, du reste semblablemenl disposées.

(1) Cerv., I, p. ii'i. Soltau, I, 117.

(a) Cerv., 1, p. 127. Soltau, I, p. 207.

(3) Cervantes, La Gitanilla, I, p. 101. Soltau, ib., I, p. 1.

de sa vivacité et de son énergie; que l'on compare les verbes espagnols et allemands :

ni me desmornnan dâdivas ni me inclinan sumisiones

ni me espantan finezas enamoradas

Geschcnke erwekhen mich nicht vprliebte Schmeicheleyen kœnnen mich nicht reizen.

und Kûnste nicht ersehiittern (i).

atropellando inconvenientes perd toute sa force pittoresque dans la traduction : aile Betrachtungen aus den x\ugen setzt (2). La description du costume mauresque de Leonisa dans Y A mante libéral n'est plus qu'un à peu près :

Por las gargantas de los pies que se descubrian, parecian dos carcajes (que asi se llaman las manillas en arâbigo), al parecer de puro oro: y en los brazos, que asimismo por una camisa de cendal delgado se descubrian 6 traslucian, traia otros carcajes de oro, sembrados de muchas perlas; en resolucion, en cuanto el traje, ella venia rica y gallardamente aderezada.

l'm die /Enkel trug sie goldene Spangen, und um die Arme gleichfalls goldene, mit vielen Perlen besetzte Armbamder, wie man durch die feinen, vom durchsichtigsten ftesseltuche gemachte Hemdsaermel, sefaen konnte. Mit einem Worte, sie war eben so geschmackvoll , als praechtig, gekleidet (3).

Plus on avance dans la traduction, plus elle devient superficielle. Il semble que Soltau ait hàtr d'en finir. La nouvelle de Rinconete y Cortadillo offre des difficultés particulières; aussi est-elle particulièrement maltraitée,

et, par exemple, le discours de Rinconet<\ mu début, fourmille' d'erreurs :

mozGS,

en grande parte,

obligar

Mt-n-chen

.iiif hundert Meilen

ermuntern

(1) Ib., I, p. 106. Solt.ni, ib., I, p. 3g. (i) 16., 1. p. 101. S, 16., p. 4o.

(3) Ib., I, p. 12^. Soltau, Ib., p. 188. Je MWUfDe, «lin- le texlo MBftfnol, les .-«•s non traduits et dans le texte allemand les erreurs de toute nature.

descanse conmigo

le quiero obligar con

«qui

verdaderos amigos

conocido

quiero decir, que es bulero 6 buldero como los Uama el vulgo

acompaiié

que no darîa ventaja en echar las bulas al que mâs presumiese en ello

y di conmigo y con él

con las comodidades que alli de ordinario se ofrecen

saqué las entrafias

y le dejé con mas dobleces que pafiizuelo de desposado

aldabilla

mosqueasen

tanda

près de vingt inexactitudes en nons encore, dans la Espanola redo à la reine :

Alta Majestad, en fuerza de vuestra ventura y en consecucion de mi deseo, despues de haber muerto de una apoplejia el gênerai de Lansac, quedando yo en su lugar, merced â la liberalidad vuestra, me deparô la suerte dos galeras turquescas que llevaban remolcando aquella gran nave que alli se parece (a).

(pas traduit)

Euch zu Gefallen

(omis)

die vertrautesten Freunde

(omis)

als Ablasskraemer

geholfen

dass ich Trotz dem Besten Ablassbullen verkaufen konnte

damit

(wo) ich in wenigen Tagen Gelegenheit fand.

ihn so verschrumpft zu machen

wie eine Mumie

Pranger

den Buckel fegen

Pranger, etc.,

trente lignes à peine ! Preinglesa, le discours de Rica-

Grosse Monarchinn (sprach er), ein Schlagfluss raubte auf unsrrer Fahrt dem Commodore Lindsay plœtzlich das Leben. Kaum batte ich durch Eurer Majeslœt Gnade die Befehlshaberstelle an seiner Statt ûbernommen, so krœnte das Gliirk Eurer Waffen meine Wiinsche, indera es mir zwei tûrkische Galeerçn zufiihrte, welche das grosse reiche Schiff im Tau hatten, das miten auf der Themse liegt (a).

(r) Cervantes. Novclas, I, p. i3/i sq. Soltau, ib., I, p. 261 sq. (a) Ib., I, p. i5o et ib., I, p. 377.

Soltau conserve en général les noms propres de Cervantes : Preciosa, Andrés Cavalerro, Lemissa (Leonisa), Ricardo, Mahmud (Mahamet), etc., cependant il a, dans la nouvelle la Espanola inglesa, introduit les noms anglais (4). Lady Darnley (la senora Tansi), Richard (Ricaredo), Lindsay.

An point de vue de l'exactitude matérielle, la traduction du Don Quichotte était certainement bien plus soignée. Cependant, on ne saurait méconnaître, dans les Nouvelles, un effort pour rendre le caractère du style. La phrase a de l'ampleur et de la souplesse. Malgré quelques familiarités déplacées, elle retrouve dans une certaine mesure la noblesse de l'éloquence cervantesque. Mais Soltau manque de finesse; les ironies de Cervantes lui échappent, et le réalisme du langage populaire devient sous sa plume platement vulgaire :

« Renia la puta que me pario: y c e>U,\ yo agora para decir lo que renta ? re*.pondiô el sacristan con algun tanto de demasiada eôlera... »

Combien pauvre est, par comparaison, la langue de Soltau :

(ans Hcener traegt lie efa. Was Teufel ! Isf s jetzt Zeit, midi zu fragen, wa» sie eintrœgt ? sprach der Kûsler voll Gift und Galle ».

Les concessions déplurent aux amis et ne désarmèrent pas les critiques. La Neue Allgemeine Bibliothek reconnut la bonne volonté du traducteur : « 11 a compris certainement son original » (a). M;ii- «11»- niait la valeur de l'œui re elle-même. L' iUgemeine Literaturzeitung rendit justice

(i) Cervanlr-, I. p. i.iti. SoitM, I, p. 376.

(a) T. (i<j, II, .'<."»: (signée <.1>.J. 1 Soltau, dit l'article, eut mieux fait de 1 .[.r «11.I r<- 1 «■- Mij.l- «•( de ].- Ir.nl. 1 , -.1 m.nii.'rr. Oui voudra lire de pareilles

tirade*.. . Il faadrait renoncer à ce ityle raide <t eaaayeiu •. < • t • a'aimail pas

au zèle et au talent de la traduction. Soltau a eu le mérite de reproduire fidèlement son original « avec toutes ses beautés et tous ses défauts ». Mais elle doute que la littérature allemande gagne beaucoup à cette nouvelle traduction d'un original très connu (i). Plus tard, YJenaer Allgemeine Literaturzeitung est plus agressive, relève des contresens, des négligences, des incorrections, des grossièretés offensantes ou déplacées, et comme on ne saurait, dit-elle, prévoir de nouvelle traduction, elle donne, pour le lecteur des Nouvelles, une longue énumération des fautes les plus remarquables (2).

En 1810 encore, Bernhardi notait dans la traduction de Soltau des solécismes, du mauvais allemand, des omissions, de la vulgarité, bref de Y « Unpoesie » (3).

Ainsi, le succès fut médiocre : les Nouvelles n'eurent pas de réédition; cependant, les romantiques eux-mêmes s'en contentèrent, à défaut d'autre et de meilleure adaptation. Cette tentative de conciliation ne fut donc pas absolument vaine.

La double traduction du Don Quichotte et la traduction des Nouvelles découragea la concurrence et suffit provisoirement à tous les besoins. Les premiers efforts qui furent tentés furent de simples exercices, qui ne virent point le jour. Ce sont les essais de Fichte.

Fichte s'intéressa aux littératures méridionales. « Sur les conseils d'un ami (4), dit son biographe, qui fut à la fois

(1) A. L. Z., 1802, IV, n° 3o3, p. aoS (27 oct.).

(2) /. A .L. Z., 1808, 10 mai, p. 262, signe II. D. P.

(3) Panthéon, Anzeiger, 1810, p. i5i.

Ci) C'est vers 1802 que Fichte travailla bous la direction <li" Zeune, professeur ;hi gymnase Zuin GntMB Kloster (V. Fr. Frœhlicli : Fichtes Reden an die deutsche Nation, Berlin 1907, p. 71.

son maître et son camarade d'études dans ce domaine, Ficfate avait commencé à s'occuper d'italien, d'espagnol et de portugais » (i). C'est de cette époque que datent sans doute les brèves traductions que nous avons de lui; en particulier, un passage des Lusiades (2) et les sonnets de Cervantes (3), Amadis de Gaule à Don Quichotte de la Manche, et Don Belianis de Grèce au même.

Le principe est rigoureusement celui qu'a posé G. Schlegel. Le sonnet est traduit par un sonnet, du même type, abbaabbacdecde, à rimes uniformément féminines; rythme iambique à cinq temps forts. Cette fidélité formelle ne va pas sans quelques trahisons :

de abudante licor aunque salobre.

dass ihm der Salztrank schier das Herz abbrannte.

Mas (aunque sobre el cuerno de la Luna

siempre m vicj encumbrada mi ventura).

Tus proezas envidio, ô gran Quixote.

Ob mm mein Ruhm des Mondes Horn ûberfliegef .

Ob aucli noeb nicbls mir hat getriïbt das Leben

Neid icb doch dicb, du grosser Held Quixole.

Cependant, dan- l'ensemble, l'effort esl manifeste pour traduire chaque ven par un vers correspondant, chaque image intégralement, <-t garder l'allure du texte espagnol dans la mesure <>ù le permettaient les austérités de la syntaxe allemande. Le progrès sur la traduction de Tieek n'est, au point d<- vue schlegelien, paa contestable.

Les principes de traduction posés par les Schlegel »'t Tieck sont admis rapidement. \u plus fort de la bataille entre Soltau et l<- parti de Tieck, I' [Ugemeine LitenUwr-

(i) ioh. c. t'i<:<trs Lebtn nmi UUemrisehtr Briefwecl tel. Hrgy. ron »et lui, I. II. Fiehte, Solsbaeb i89o, I. p

(5) Noehtm$, s. Wtrke, MU. '-■. Oral III. Btanm 1 (3) Ibld., \>. ',:: H ',78.

298 CEnVANTES ET LE ROMANTISME ALLEMAND

zeitung adoptait déjà le point de vue romantique. On attendait, dit-elle (i), beaucoup de la traduction de Florian, qui avait, contait-on, sucé l'espagnol avec le lait de sa mère; mais elle est très au-dessous de l'espoir qu'elle avait suscité : les poèmes n'ont pas été traduits ou sont défigurés; des préfaces, Florian a fait sauter les parties les plus intéressantes; le ton solennel des discours du chevalier n'a point été saisi. Le style est léger et agréable, mais le devoir du traducteur est d'être fidèle et original. Et ce devoir, Florian l'a violé imperturbablement.

C'est à peine une traduction que la « Romance nach dern Don Quixotte zur Guitarre zu singen » que J. Wœlfl confie à la Zeitung fur die élégante Welt :

Auf der Liebe dunkelm Meere wogte Hin und her mein Kahn, Und wo Land zu finden waere, zeigte Kein Magnet mir an (2).

L'auteur n'a visiblement aucune prétention littéraire; il est guidé par le seul souci de suivre la phrase musicale.

Mais il est difficile de répéter les tours de force de G. Schlegel. Aussi se contente-t-on de reprendre ses traductions. La Zeitung fur die élégante Welt donne : Die Schalkhafte de G. Schlegel, mise en musique et accompagnée du texte espagnol (3). La Polychofda, éditée par Bode, veut cependant rivaliser avec Tieck et publie, en i8o5, la traduction du Chant d'Antonio :

(i) A. L. Z. 1800, n" 334, p. 433 sq. (24 nov.).

(2) 1802, n° &7 (12 mai), après la page 464, 5' supplément musical (avec accompagnement de piano). Rappelons la strophe correspondante du texte :

Marinero soy de amor Y en su piélago profundo Navijo sin esperanza De llegar a puerto alguno.

(3) i8o3. La table des matières indique : musique de G. — ff.

LES PREMIERES TRADUCTIONS KOMANTiyiES 299

\Wi-z du liebe.-t mich Olalla, Ob du mir :s gestandest nimmer, A ni li sogar nicht mit den Augen.

Slumme Spraclie des Yerliebten (i).

Le Chant d'Antonio de Tieck avait été particulièrement critiqué. Le nouveau traducteur s'applique manifestement à faire mieux. Le vers de sept syllabes à quatre temps est rendu par le vers allemand de quatre pieds, mais tandis que Tieck avait traduit par des iambes, le nouvel a recours au trochée. Tandis que Tieck n'ose pas renoncer à la rime, plus ou moins exacte, le nouveau traducteur garde l'assonance : les vers i et 3 de chaque strophe sont libres; les vers 2 et \ ont à toutes les strophes l'assonance i-i. La traduction a donc fait des progrès. Les modèle- de <î. Schlegel n'y sont pas étrangers. On tente de redresser, suivant les principes actuels, les erreurs les plus considérables des premiers essais. On corrige même des erreurs matérielles : le contre-sens de Tieck :

Dir zu licite -o las-' bh da- Tanzen,

a été é\ité suivant les indications de G. Schlegel :

Voo dem Tanz 11m deinetwillen Schweig' ieh...

C'esl donc un essai de mise au point.

D'autres rivalisèrenl de conscience, K. von r.aumer publia, dan- le U usenalmanach au] das Jahr 1805, la tia

(1) 1 Dienemann, Penig). La traduction e«t

1 li [>r.ii.

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