CHAPITRE VIII
En dehors du mouvement philosophique et littéraire qui entraîne les esprits distingués de l'époque, se développe une littérature populaire très abondante, qui puise volontiers chez Cervantes des motifs, des sujets et des idées.
sont, dans l^s premières années du siècle, les nouvelles qui inspirent le plus les romanciers. C. A. Seidel publie, en 1800 : Goldehen, oder das Zigeunern chen 1 . qui est, Belon toute apparence, imitée de Preciosa. I n auteur à succès, habile aux bonnes aff;i Vulpius, énit ses Zigeuner, qui prétendent peindre le monde de la GitanUU^ mais ne représentent guère que tes héroa ordin lires de Vulpius dans un décor espagnol (2).
C. \. Fischer continua bs campagne de propagande hispanophile par tses Spanisehe Sovtllen 3 . La préface
(1) Je n'en ai trouvé d'autre trac* que l'annonce de la Belletristiche Ztitung,
(3) DU Zigeuner. tin Homan naeh dem Spcn. Von dem Vrifaaacr di naldo Rinaldini. trnatadl and Rudoletadt, Langbeiu uni) DQ| t6a p.
Il- ' t. ir affirmer que l'original n
que dani la t.'tv «le l'auteur ■ Peut -être ajoute- t-il, a-t-il utilisé une nouvelle bien 0 ni ')•■ < lenranlea ».
Bei 1 \m ■ ■■- dam ri. /.. /. 180 . in. .. ; 4 . Mut
indique (BibliagrmfU, H . I. r . deu édition* datée* l'une .le 1801 , l'antre
• i que je ne connaît paa M. v. PaiindlJ déclare que cetl Uection
avoue que les nouvelles ne sont pas traduites servilement, mais remaniées librement. « Qui pourrait supporter le ton traînant des vieux récits avec leurs périodes qui n'en finissent pas ? » Ce sont surtout des nouvelles de Cervantes qu'il a refondues; c'est donc à Cervantes que vont ces reproches. Fischer a abrégé, corrigé, modernisé; partout il vise au pittoresque bariolé, aux couleurs criardes, qui caractérisent ses autres ouvrages sur l'Espagne. Son Espagne est celle des auberges, des mulets et des muletiers, des soirs parfumés, des orangers et des myrtes, des chants, des guitares et des seguidillas. Der Gefangene (i) est l'histoire du Captif; même aventure, mêmes noms, avec parfois quelques sons espagnols (2). Der Eifersûchtige (3) représente, comme El extremeiïo, un vieux barbon qui épouse une jeune fille pauvre de quinze ans : l'histoire finit comme celle de Cervantes. Die beiden Freunde (4) n'est autre chose que El Curioso impertinente. Die Verwechselung (5) met en scène deux jeunes filles fiancées à deux jeunes gens; aucune n'aime son fiancé, mais le fiancé de l'autre; après un accident, un sauvetage désordonné, c'est le hasard qui remet les amantes aux bras de leurs amants. Le conte est encore de Cervantes, qui en a fait un des moins ennuyeux chapitres du Persiles.
Les nouvelles de Fischer ont eu quelque succès. L' illgemeine Literaturzeitung ne leur reproche guère qu'une
s'inspire de la : Collection de novelas escogidas compuestat [><>r lus mejora ingenios espafioles. Madrid 1785-94. La collection espagnole ne contenait que 3 nouvelles de Cervantes : El amante libéral, Rinconeie, In EspaAola my/ou. C. A. Fischer a donc aussi feuilleté les autres œuvres de Cervantes. (1) Ibid., p. 1 sq.
(3) Ib., p. 38.
(/1) Ib., p. 06 fq.
(5) Ib., p. 100,
excessive brièveté et souhaite aux imitations de Fischer beaucoup d'imitations (i).
Le théâtre, à Vienne surtout, demande toutes sortes de thèmes à Cervantes : en 1800, paraît, d'après la Cueva de Saiamanca, Der Bettelstudent, en deux actes chez Wallishauser ; en 1802, Ritter Quixotte, en deux actes aussi chez le même); en i8o3, Don Quixote, opéra romantique et comique, de K. F. Hensler (Vienne, quatre actes); en 1804, Der uerliebte Don Quijote, pièce burlesque, de \. Bode Leipzig); en i8o4 encore. Cervantes' Portrait, d'après la pièce française de Dieulafoy, par F. L. Schmidt (Leipzig) I2i. Ces imitations ne sont plus pour nous que des titres, qui prouvent simplement la popularité de Cervantes dans les premières années du xixe siècle. On lui demande avant tout des motifs romanesques ou comiques, souvent une inspiration romantique. Mais la polémique littéraire et sociale continue à faire valoii droits.
Janus Eremita c'est Le surnom que prit le satirique Joh. Ch. Gretschel) découvril dans le sujet de Scipion et Berganza des éléments de satire contemporaine. IV là Gesprœch zwischen zwey Hunden, Nach Cervantes und Florian, [tins particulièrement d'après l'imitation française 3 . Dans un court avertissement î où il se contente d'enregistrer la « komische Faune « de Cervantes et la satire murale dirigée contre la corruption de son temps,
(1) ,1. L. Z., 1803, III. P. r>a5.
(••) Pool toute* cet Imttatkmi, roif L. Rius, Biblingrnfin, rtr., II. p. 3;a *q.
(3) Klein» Sckriften, Leipzig, Sommer, is< i. p. ôï iq. La nos*
Mlk '!•■ FI.. ri. m .iv.iil para dam Eliezer et Ntphlaly. Pari-, Didot, 179g (oeu- ■
Ibid., p. >6
il introduit ses personnages qu'il appelle Tiras et Sultan, et annonce que, pour éviter la monotonie d'un genre inconnu à notre goût, il ajoute au Colloque la nouvelle de Rinconet et Cortadillo. Elle apparaît, en effet (i), contée par Tiras. Gretschcl a, d'après Florian, inséré dans la nouvelle une autre aventure (2), l'histoire d'Albertina. C'est encore du Cervantes, l'histoire de la comtesse Ruperta (Persiles, III, xvi). On y trouve, avec d'autres noms, les mêmes détails, vers la fin seulement plus gaillards.
Partout la vivacité énergique du réalisme a disparu. Les voleurs parlent une langue châtiée (3) :
« Mein Freund, ich bin zwar kein groszer Theolog, aber seyd versichert, bey der Ordnung, welche Hcrr Monipodio in unserer Gesellschaft eingefiihrt hat, kann mai) keinen chrisllicheren Lebenswandel fiihren. »
Les descriptions crues et d'une précision brutale font place à de réguliers portraits. Celui de Monipodio fait les gros yeux, mais n'a rien de bien farouche.
Dans l'ensemble, la langue manque d'abondance, l'esprit, de nuance, le tout, de naturel et de délicatesse. Ce n'est point une œuvre d'art; mais le meilleur de Cervantes ne s'est point tout à fait évaporé. Le dialogue a gardé de la vie, de la rapidité, quelques gestes habiles et de l'à-propos (4).
(1) Ib., p. 290.
(2) Ib., pp. 272-289.
(3) Ib., p. 3<x).
Ci) A la vérité, noire allemand ne s'est guère embarrassé du texte espagnol et se contente de traduire plus ou moins librement la nouvelle de Florian, comme en fait foi le passage suivant. (Je cite d'après ['édition de Briand, 1810 Don connue île Rius, p. i.'li et Kleiite satiriscltc SchriJIen, l, p. 2:1/1.)
« Mon frère Bergance, je t'entends « Wie Freund liras I Ich hœre
parler, je sens que je parle, et ne dicta sprecben, hœre dass ich aocta
puis le croire. Je te dirai même que rede ! Kaum kann ich meinen Oh-
D'autres romans, au contraire, s'attaquant aux ridiculus proprement littéraires, demandèrent au Don Quichotte lui-même des éléments de satire, ou plutôt une inspiration générale. Le roman de A. F. E. Langbein : Ritter der Wahrheit (i8o5), raille la Grécomanie à la mode, comme Don Quichotte, la chevalerie. Son héroïne appelle barbares et fous tous ceux qui ne comprennent pas sa folie; c'est une Geheimc Ra^thin, grosse et courte, aimée d'un Graeculus long et maigre; ils organisent, pour faire revivre les jeux anciens, des jeux olympiques (2) : elle court, tombe, mais l'ami avisé lui cède la victoire, et elle reçoit sans fausse honte les félicitations générales. Qui ne reconnaît en ces deux personnages les types du Don Quichotte, à cela près que Dame Quichotte a pris le physique de Sancho et que le personnage secondaire a la figure du long chevalier ? La scène des jeux est la même que, chez Cervantes, la description des fêtes de Barcelone où Don Quichotte conquiert tant de gloire. Les autres aventures du roman sont plus originales; cependant, les figures de G rvantes > paraissent encore : c'est, par exemple, un personnage à qui Burviennenl toutes sortes de malheurs don quichottesques; puis un squelette enchanté. L'imitation D'est pas servile; mais les souvenirs sonl manifestes. Ici, le Don Quichotte retrouve sa valeur satirique.
\ cette époque de bouleversements littéraires h politi-
cHto Btenvillc mr fait craindre ren trauen. Irh fOrchte, ioli fùrrlitr,
quelque calamité publique, car on ûm Ixvleulet ein gi lu.-k.
il loiij.iur» aniion- dem Lande bCTUWtoht, demi -<■
par det prodige*. » rtw.c- -..Il tkeh j.i iauaer darea On
Wanda >..rher ankiindigen. »
\ ■■ ■ • -' rara de iui>. 1" pari partie id., 390 p. Berlin, >< h&ppel.