‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 42 sur 77 · I ... II. (I · texte numérisé non relu

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ques, la satire reprend tous ses droits. Une autre imitation, très consciente, du Don Quichotte, raille les ambitions et les nostalgies religieuses des néophytes. Der deulsclic don Quixote oder Einer der zwœlften. Eine Geschichte neuen Inhalts, paru en 1806 (1), met en scène un gentilhomme von Riïbsamcn, qui croit être l'évangéliste Jean, et avoir la mission de ramener les protestants au catholicisme, accompagné de son cocher Jacob, dont il a fait un Jacobus convaincu, s'en va prêcher de pays en pays et partout on le bafoue, sans le décourager. Quand il arrive en terre catholique, il est admiré, presque béatifié. Mais une maladie le réveille de son rêve, et il rentre chez lui pour se convertir à une religion nouvelle. Comme le Don Quichotte, ce roman est plein de digressions sur la vie économique et politique de l'Allemagne.

Der Kœnig in der Einbildung (2) dépeint de même un comte d'empire qui a perdu ses biens, devient fou et, dans sa folie, s'imagine être roi. Pour le guérir, ses amis acceptent cette idée fixe, et le traitent en conséquence. Autour de cette intrigue, qui rappelle le gouvernement de Sancho, se déroule une vive satire politique.

C'est donc une réaction contre le roman romantique, qui, à la suite du Wilhelm Meister et de Don Quichotte, présentait l'existence comme une mission; pendant que triomphent les principes romantiques, quelques auteurs secondaires s'emparent de toutes les armes que leur donne la satire traditionnelle, la satire de Cervantes en particulier, dont les romantiques ont fait un des leurs, et les tournent contre les romantiques eux-mêmes.

(1) Palœetiaa, 6766 ou 1806, 320 p. D'après Durer el Rius, l'auteur fterail Karl F. Benkowilz, de Leipzig.

(2) KnilIelverspos?e in 3 Aufz. BunbUff, 1807, a 16 p.

pendant, Cervantes ne fut point abandonné aux satiriques ou aux adaptateurs professionnels. Les œuvres plus proprement romantiques du temps portent des traces de son influence. Brentano fut. aux jours d'Iéna. un des ûdèles les plus passionnés de L. Tieek, et par suite, des enthousiasmes hispanophiles de Tieek. De plus. Brentano était une nature très méridionale. Plus que tout autre, il aima cette Espagne qu'il entrevoyait dans un rêve enchanté. 11 eut volontiers tenté le voyage i - Faute de mieux, il collabora avec Sophie à la traduction des nouvelle- de Maria de Zayas y Sotomayor, puis, comme les Lehrreiche Erzœhlungen étaient attaquées par la critique Brentano en prit vivement la défense. Si les nouvelles de Zaya y Sotomayor ne sont pas tout à fait au même rang que celles de Cervantes, elles n'en sont pas moins voisines. Kt c'est uniquement dans le >tyle qu'elles sont dépassées. Je me fais fort, si le recueil commencé a du succès, d<- réunir une plus grande quantité de nouvelles

n'en a le recueil de Cervantes 3 . Il nomme encore

aiites dans la dédicace de son Ponce de lxont où il rappelle de la dédicace des Nouvelles le passage où Cervan-

Dumère les défauts des dédicaces en général i , Don Quichotte apparaîi encore une fois dans le Gockétmœdr chen : <■ Dans l'arbre de Bon imagination, Eulenspieg 1 lisa'l les épreuves de la Nouvelle Héloîse ci Don Quichotte chantait : Freude, schœner Gcetterfunken I

cf. GeaammetU Werke. Brgg. von Ch. Brenlan

li c ■ Il [iirhiii Uon (en i8o>) toureol <l".ill«-r en \.~

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(3) /,ii. fr,r ili,- tlegtntt Wett, i8o4, II. p. tSi -i

(4) Cf. GemnmeUe Werke. I Ml. p

(5) Ibié., I. p

Mais c'est surtout le Ponce de Léon (écrit en 1801, paru en i8o4) qui contient des réminiscences manifestes de Cervantes. Le sujet, il est vrai, est emprunté au Cabinet des Fées et les aventures n'ont point de rapports avec les diverses intrigues de Cervantes. Mais il y a dans la comédie des allusions très claires au Don Quichotte. « Je vois, s'écrie le vieux serviteur, de la poussière sur la grande route. — Valerio : « N'as-tu pas vu briller des armes, des étendards flotter au vent, du bruit ? ». — Le serviteur : « Rien ne brille, rien ne flotte, il n'y a pas de bruit non plus : c'est un piétinement, comme s'il y avait deux milliers de pieds, et des bêlements. » — Valerio : « N'est-ce donc pas un chant de guerre qu'on entonne ? » — Le serviteur : « Dieu nous garde, ce serait le monde renversé si les brebis entonnaient des chants de guerre. « (Acte V, se. vin) (1). Et Aquilar, quelques scènes plus loin, de s'écrier : « 0 vaillante et légendaire époque, où es-tu ? Je voudrais purger la Vieille Castille d'une demi-douzaine de dragons » (V, 11) (2). Ce sont, à n'en pas douter, tous motifs empruntés au Don Quichotte. Le héros principal, Ponce, n'a rien, il est vrai, du chevalier de la Manche, et ressemblerait tout au plus au Marco Antonio entre les deux jeunes filles. Mais Valeria a certainement quelques traits de Preciosa; elle chante volontiers et danse pour peu qu'on l'y invite, et communique à tous sa jeune gaieté; elle a, sinon l'extrême pudeur de sentiments de la Giianilla, tout au moins son honnêteté et sa vertu; elle a sa vie errante et sa présence d'esprit et sa repartie prompte.

Beaucoup plus sûre encore est une autre imitation de

(1) Gesammelte Werkt; t. VII, p. ii)î. (ri) lb., t. VII, p. tg8.

Brentano. Une lettre d'Arnim (i) nous apprend que Cl. Brentano travaillait en i8o3 à une comédie : Das Wunderbare Pappenspiel, d'après Cervantes « qu'il remania, dit-il, avec beaucoup d'esprit et où il fit entrer toute une foule de bons mots ». Arnim eut un moment l'intention d'y collaborer; mais une maladie de sa grand'mère l'empêcha de se charger de l'un des rôles; d'autres personnes refusèrent pour des motifs divers. Et on ne parla plus ni de la pièce, ni de la représentation. Vingt-quatre ans plus tard, Arnim possédait encore cette pièce, tirée delà traduction de Bertuch « où sont dissimulés toutes sortes de mots d'esprit sur la société où Brentano avait été introduit » (2).

Les Nachtwachen von Bonaventura sont-elles de Schelling, de E. T. A. Hoffmann, de F. G. Wetzel ou de Brentano ? (3). Les arguments de E. Frank en faveur de Brentano sont séduisants; en tout cas, les souvenirs de l'Espagne et de Cervantes en particulier nous amènent <\ chercher du côté des hispanisant^.

L'Espagne joue, en effet, un rôle important dans les "sachtirachen, « l'Espagne brûlante, l'Espagne embrasée, où les arbres et les âmes ^'épanouissent avec plus d'exubérance et la vie tout entière a des coloris plus ardents î Dans l'épisode de Don Juan H Ponce se déploient les passions les plus sombres et le romantisme !«■ [.lus farouche

(1) R. Steig. Achim non Irnim and <:[. Brentano, Stutlg., i8f4, p.

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