‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 46 sur 77 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'hispanisme des premiers romantiques est proprement critique ou artistique. On ne connaît l'Espagne qu'indirectement. Cervantes est surtout considéré comme poète, Don Quichotte comme une source d'inspiration littéraire. On y voit volontiers une œuvre philosophique qui symbolise le combat des forces idéales et de la réalité actuelle. Cette interprétation ne pouvait naître que dans une pensée qui a constaté le dualisme de l'univers, qui a heurté, comme Fichte, le moi au non-moi, s'est attristé des défaites du moi, mais a pris parti pour le moi contre les victoires de la réalité extérieure. M;iis le monde réel devient de plus en plus hostile et farouche. La Révolution française qui avait un instant Libéré les énergies individuelles, s'approche conquérante el oppressive. L'Autriche, la Prusse et, L'une après l'autre, toutes |e< puissances allemandes B'écroulent. \\it l'envahisseur, la honte et les outrages; après les espoirs donquichottesques, les coups de bâton. C'est un tragique réveil. L'honneur des romantiques est de D'avoir désespéré. Il- reconnaissent leur- erreurs, et qu'audessus de la poésie il > ;i la vie, que la littérature n'est qu'une des faces de l'activité sociale, et qu'elle doit avant tout ses sei ï ices à La Patrie,

Or, l'Espagne pénètre alors dans la vie allemande, autant par les représentants distingués qu'elle envoie en Allemagne que par l'exemple d'abnégation héroïque qu'elle donne au monde. On l'approche, non plus à travers un rêve, mais en la personne de ses diplomates et de ses soldats. On atteint, non par des documents littéraires qui se laissent interpréter, mais directement, mais tangiblement, sa vie, son génie et son âme (i). Et c'est pour l'Allemagne, au moment le plus critique de son histoire, un encouragement et un reproche vivants.

Sous la direction d'hommes distingués, l'ambassade espagnole de Berlin occupait une grande place dans la vie mondaine. Gonzalo O'Farril, général renommé, de culture française, se lit une réputation d'homme intéressant et de beaucoup d'esprit, ainsi qu'écrivait à Schlabrendorf Guillaume de Humboldt, qui venait tous les soirs à l'ambassade. Les compatriotes qui s'installaient à Berlin étaient tout de suite introduits, par les soins de l'ambassade, dans les cercles aristocratiques ou littéraires, qui s'ouvraient à eux tout grands (2). Casa Yalencia, conseiller de légation, est un des familiers des réunions romantiques (3). il s'intéresse vivement à la littérature allemande. K. A. Varnhagen von Ense (4) raconte comment le professeur Nolte,

(1) Il est vrai que les Allemands oublient pour quelques années le chemin de l'Espagne. Seuls les commerçants et les diplomates viennent à Madrid. Rist (Lebenserinnerungen Hrgg. G. Poel, I. Teil, 2. AufL, 1884, Gotha) vient en Espagne sans savoir l'espagnol, mais l'étudié avec zèle, fait connaissance avec les poètes contemporains et la littérature classique, parle du peuple comme des salons avec intelligence et sympathie, sans toutefois se laisse! envahir et dénationaliser par le charme de cette vie et de cette race.

(>) Briefe rines reisenden S paniers, 1801-02, Berlia, l nger 1804, p. 3. (Cf. Gœdeke, VI, 385.)

(3) Rahel, Ein Bach det indenketi», I. 26a a Brinckmann, 10 fév. i8o5.

(4) Denkwùrdigkéiten des eignen l.ebens, III. AufL, Lpz., 187 1, I, p. 270.

qui donnait des leçons d'allemand au comte, les lui céda, comment ces leçons se transformèrent vite en entretiens sur la littérature, et Casa Yalencia, qui était un improvisateur habile, très au courant de la poésie espagnole, en communiqua le goût à son professeur et à d'autres jeunes gens. Le même Casa Yalencia collabora à l'édition d'Ideler. à qui il donna maintes explications et observations utiles et compétentes. Il applaudit au Calderon de Schlegel et resta mêlé jusqu'à son départ au mouvement romantique.

Après eux, l'ambassade ne perdit pas de son lustre. Le général Benito Pardo de Figueroa, « homme de sens droit el de grandes connaissances » (i), avait le don rare de composer des vers grecs et c'était chose doublement ('•liant;»' que de rencontrer un poète grec dans un officier espagnol. Cette particularité inouïe n'eut pas un mince succès, tant dans le monde Bavant que dans le monde d(,s salons. Ses odes, lues à la cour, publiées dans des journaux de Berlin, célébraient la reine et la Prusse. Parla, il conquit la capitale. Il était plein d'enthousiasme pour les langues anciennes; il avait quitté presque tous les préjugés d'un Espagnol. On parlait, chez lui, ordinairement, français, nais dès que le- Français avaient tourné le dos, on n'y ménageait ni la France, ni Napoléon. 1 n àndalous, Montalbo, •><■ lit remarquer par la violence de son patriotisme et de -i'- iliiiti il' a

Lea convives habituels, Jean de Muller, l'helléniste Wolf a Varnhagen von Ense, très en vue dan- I.- monde berlinois, étendirent autour d'eux l'influence «!<■ la colonie espagnole.

(0 Ibid., I. Il, [>. m K{.

fahrbuch, \\ . 56 <>- m. m [ U ,■, nt I Birt : la

fréquenta bwueoop l'imlwmdeur Mpmgnd .-t bu préwoce -.ml. le l'tToii Induit i commettTC plus de vers grecs que jamais. »

Les salons même furent atteints, celui de Rahel, d'un coup direct. Rahel connut, admira, aima avec fougue un des conseillers de l'ambassade, don Raphaël de Urquijo, venu à Berlin en 1802. « L'espagnol Urquijo, dit plus tard l'époux de cette même Rahel, Varnhagen, qui avait été introduit chez elle par Casa Valencia, s'empara »*e son cœur irrésistiblement, de son être tout entier. Quelles flammes jeta cette passion, quels tourments elle lui causa, et quelles ruines elle laissa derrière elle, c'est une histoire tragique qu'elle m'a contée oralement, avec tous ses traits encore mal éteints » (1). Cette passion ne fut point secrète et causa quelque scandale dans le monde de Berlin. De toute cette aventure, il ne nous reste que quelques débris d'une correspondance presque toujours française, et presque exclusivement amoureuse. On n'y trouve à peu près aucun souvenir de l'Espagne, ni de sa littérature. Pourtant, Urquijo était, par toute sa nature un peu fruste, son ardeur et sa jalousie, un type bien espagnol et, grâce à lui, Rahel, qui avait dédaigné jadis un voyage en Espagne, se

(1) Dcnkwiirdigkeiten, II, p. n5. Les papiers, qui portaient quelque trace de cette passion, ont été, selon Varnhagen, détruits en grande partie, probablement en i8i3. Il ne semble pas qu'il ait subsisté d'autres débris que les lettres publiées par L. Assing, Aus liahels Herzensleben. Briefe und Tagebuchblœtter Lpz. 1S77, p. [94*226. Les lettres, écrites en 1802-0/1, donnent une idée suffisante de leurs relations, qui n'ont rien de littéraire. Cependant, il apparaît ([>. 220, Urquijo an Rahel 1802) que Rahel échangeait quelques ouvrages avec son ami Ruffon par exemple et des livres italiens. De [8o4 à 1810, la correspondance traîne. Urquijo écrit en 18 10 (p. 222, n° 12) : « C'est à votre complaisance que je suis redevable de ces moments patriotiques »; plus loin (p. 229, n° i3), il demande à Rahel pour une de ses amies un dictionnaire français-espagnol. Urquijo écrit constamment en français, Rahel emploie tantôt le français, tantôt l'allemand, jamais l'espagnol. Dans sa correspondance avec Varnhagen, où elle fait sans réserves confidence de ses relations avec UrquijOj Rahel fait une simple allusion au Don Quichotte : « Un Roland, un Don Quichotte, ne sont pas plus véridiques que moi. »

sentit soudain plus proche de l'Espagne et elle rêva même de suivre le jeune diplomate dans sa lointaine fuite jusque dans sa patrie. Autour d'eux passent d'autres Espagnols qui, encouragés et soutenus par la brillante société de l'ambassade, viennent lier connaissance avec la littérature et l'esprit même de la nation (i). Il n'y a pas que des hommes du monde espagnols dans la capitale prussienne. Un des bibliothécaires de la bibliothèque royale est un Espagnol, nommé Liafio, qui suit assez attentivement le mouvement hispanisant. Grimm le consulte à propos de la Silva y romances viejos. F. W. V. Schmidt, qui a recours à lui pour faire venir des livres d'Espagne, l'appelle : « den wunderlichen Liafio » (2). Tieck lui fait demander de corriger quelques lignes d'espagnol. Ses fonctions le mettaient en rapport avec nombre d'érudits et lui fournissaient l'occasion de rendre service. Il fut particulièrement lié avec Brentano et, par lui, côtoya le mouvement romantique (3).

Tout un groupe d'Allemands, Bœhl von Faber, sa famille, Julius furent en relations étroites avec le pays espagnol, où Bœhl et les siens firent de longs séjours avant de s'y établir définitivement (4).

Berlin surtout est sous le charme. « Vous savrz que

(1) Briefe fines reisenden Spaniers an seinen Bruder in Madrid ùber sein Valerland and Preuszen. Geschr. in den Jahren 1801-02, 1. Tcil, Berlin La préface est d*l«C 'lu \ ;i\ril i8o3. L'auteur ou le traducteur, qui cache ~.i personnalité. .-1 Boehhob (Cf. (iœdeke. Grundriss, VI, $86). Authentique ou """• ("-ndance éd., in- mm la Tie des Espagnols à Berlin ver» 1800.

(a) Boitai, M. t&) (lQ nov. 1818).

(3) A publié : le Hépertoirc de Vhistoire et de la littérature espagnole et t»>rUi<iahe. Berlin, s. a., 8*.

(4) Voit C PitoDet, La Querelle Caldinmienne de J. N. B<rhl von Faber et J. J. de Mora, reconstituée d'après les documents originaux. Paris, F. AI..111, 1909, en particulier p. 4o.

l'étude de la langue espagnole est devenue l'occupation des gens à la mode de Berlin » (i). C'est ainsi que Varnhagen apprend l'espagnol, avec Casa Valencia d'abord, puis avec Theremin, en 1807, et peut parler de son « ungefœhre Kenntniss » de la langue espagnole (2). Chez Henriette Herz, où l'étude théorique et pratique des langues étrangères est une tradition établie depuis longtemps, Sche le lit des auteurs espagnols (3). De nombreux jeunes gens s'adonnent à l'espagnol, et la connaissance de l'espagnol seule est une bonne recommandation. Winterfeld est accueilli à bras ouverts dans le cercle de Varnhagen; et c'est lui qui donne des leçons d'espagnol à l'ami du major Schill, Marwitz, parmi les conspirations et les plans de révolte armée (4).

Munich ne resta pas en arrière. E. von der Malsburg y trouva un milieu favorable à ses études hispaniques : « Je ne sais plus qui, lui écrit J. Grimm, nous rapporte... que vous travaillez assidûment l'espagnol, que vous ne parlez et ne pensez autrement » (5). Malsburg avait appris l'espagnol sans maître; dès qu'il s'en ouvrit à ses amis, ils se rendirent à ses encouragements, et se mirent à leur tour, avec un égal zèle, à étudier cette langue sous sa direction (6).

Des publications espagnoles vinrent affermir cette mode aristocratique. On publia un album d'impromptus ou de citations à l'usage du monde, qui donnait des textes espa-

(1) Rahel à Urquijo 1810. Balieh Herzensleben, p. 22/1.

(2) Denkwiirdigkeiten, II, p. ai.

(3) Ibid., p. 86 sq. Schede était Iris lié avec L. Tieck. (/1) lb., p. 181.

(5) J. Grimm à E. von der Malsburg. Kassel, 5 imv. 1809, p. 221. (fi) E. P. G. 0' s von der Malsburg, Poetischer liachlast uud Umrisse, etc., von P. C, Cassel, i8a5, p. xv (1806-08).

SECOND ROMANTISME. LA TR1SE NATIONALE o"7»

gnols i . In écrit de J. C. Baron von Aretin : Die Plane yapoleons und seiner Gegner parut avec ses traductions française et espagnole (2).

Il y a tout un courant propice à l'espagnol parmi [a jeune génération, les femmes du monde et les poète-. Mai- cette mode est limitée à une élite. Il faut, pour qu'elle s'étende jusqu'aux couches profondes de l'Allemagne, des secousses plus violentes, des contacts plus immédiats.

Un rapprochement va s'opérer, qui cherchera et trouvera une justification dans Te passé des deux pays. On n'a pas oublié que l'Allemagne et l'Espagne formaient jadis un seul Etat. On a le sentiment d'une parenté, la certitude dune affinité de races. Déjà Herder croyait pouvoir attribuer une origine gothique à la poésie espagnole. G. Schlegel célèbre les origines germaniques de l'Espagne dans poème : .4/1 die sudlichen Dichter.

Halb Roemer, stammt ihr dennoch von Germanen...

Eirut u*r Europa in don gro?zen Z<»iten

Ein Yaterland de* Bodeni hehr

Da war auch Eine Poe*ie erklungen,

* Zungen.

\eue keimt nur au* dem Allen,

m Zukunft grûnden (3).

•. de Humboldt trouv quelqu-

allemand ,ppe

lant louj l'AJlem B her-

l'açon toute Douvelle intenant, \u

. r.rm.

so8-oo

un.

■ (4) Getchichtt der Potnie and Bercdsamkeit i8oi, t. III, Prcf. p. a.

d'autre moyen de revenir aux sources de cette parenté perdue que l'étude de la littérature espagnole (i); mais les événements rappellent brutalement les esprits au sentiment des réalités, et accomplissent le pressentiment des critiques. L'Allemagne et l'Espagne vont se connaître directement, et les mêmes haines engendreront un réciproque amour.

En 1806, la défaite prussienne bouleverse la vie allemande. L'invasion napoléonienne amène, avec les grenadiers français, des: régiments espagnols; conquérants asservis, victimes indignées, ils vont éveiller dans l'âme de l'Allemagne des sympathies anciennes, le souvenir de la parenté germaine, et l'espoir des possibles délivrances.

En 1807, Napoléon obtient du roi Charles IV une armée de 20.000 hommes qui doit protéger les côtes danoises contre les tentatives anglaises. Cette armée vient sous les ordres de Pedro Caro y Sureda, marquis de la Romana. Encore jeune, officier accompli, il était de plus, dit Rist (2), un philologue très érudit, et qui connaissait toute la littérature européenne. Les troupes espagnoles furent quelque temps casernées à Hambourg. Et dans cette ville septentrionale et strictement protestante, cette vision d'Espagne fut un grand objet d'admiration.

La Romana s'attira tout d'abord l'estime des lettrés en achetant chez le libraire Perthes tout un choix d'auteurs grecs et latins. « Il unissait, dit de lui Varnhagen, à la plus fine courtoisie et la plus noble bonté, une science peu

(1) Voir» d'autres jugements allemands sur cette parenté espagnole dans A. Farinelli. Z. fur vergl. Litgesch., 1895, p. /406-07 et Revue hisp., 1898, p. 65 n.

(a) Erinnerungen, I, 320.

commune » (i). Ses officiers, moins cultivés, mais ardents et beaux jeunes gens, au maintien digne et presque austère, et pleins d'une farouche vie intérieure, conquirent les cœurs, même les cœurs féminins. La maison Herz, où habitaient Varnhagen von Ense et Chamisso, en logea deux, qui furent entourés de toutes les sympathies.

Ce ne furent pas seulement les officiers qui provoquèrent l'admiration, mais surtout les soldats. A l'exercice, ils manquaient d'adresse et de décision et causaient des sourires. Leur ordre et leur discipline elle-même paraissaient mous et sans conviction. Mais « leur dignité solennelle, leur attitude fière et libre, leur conduite droite et austère provoquaient l'étonnement et l'admiration, même chez les Français » (2). Les simples soldats « faisaient toujours l'effet de gens distingués et paraissaient tous être de la noblesse » (3). Le courage et la mâle volonté brillaient dans leurs yeux hardis et menaçants. Leur conduite fut, à l'inverse de celle des Français, pleine de mesure et de tact, et chacun semblait n'avoir d'autre but que d'incommoder ses hôtes le moins possible (4).

Aussi « la sympathie et l'affection pour les Espagnols, l'estime et la vénération pour leur nationalité furent-ils universels ».

Combien devaient surtout être accessibles au charme les jeunes gens distingués qui > étaient préparés. « Cette langue admirable, qui résonnait partout, dans la rue, à nos

(1) Denkwùrdigkeiten, p. 70.

(a) Ibid., p. 68.

(3) tb., p

\. Lubeck, il y .Mil «JCNJOCi .liffimltés. Le Lnbeckischer Anzriqrr du 19 avril 1807 .-i oMiffl d'qpllquel le- HKBOn espagnoles; le n* du 12 septemm.ttre les jeunes gens en garde fîmes-

ta h.iliitii.l.-- da Eapagnoli (cigarctta p. e.).

■ ERTRAM) gg

oreilles, et assez souvent ennoblissait les endroits les plus vulgaires de musique, de guitare et de chants, qui transportait nos imaginations en quelque sorte dans Grenade et Séville, tout le charme romantique de cette vie espagnole faisait grande impression sur nous » (i). « C'est avec une profonde sympathie que nous vîmes ces nobles natures du Midi, dont nous n'avions auparavant rencontré que quelques spécimens isolés; ils nous apparurent alors en masse comme une errante poésie » (2).

Ces soldats apportaient des souffles de révolte. « Us ne cachaient pas qu'ils considéraient comme une honte d'aller ainsi à travers le monde pour le caprice d'un souverain qu'ils haïssaient, pour une nation qu'ils détestaient, et de faire ainsi parade de leur esclavage » (3). Ces colères leur gagnaient de nouveaux amis. Les jeunes gens, qui entendaient ces explosions de haine, s'exaltaient et se préparaient au sacrifice.

La Romana, envoyé contre la Suède, livra son armée à la flotte anglaise. Cette fuite suscita en Allemagne une grande allégresse. A l'Europe tout entière, soumise et humble, les fières paroles et la hardie décision des Espagnols donnait un grand exemple, et l'exemple ne fut pas perdu. L'écho de cette aventure arriva jusqu'à Berlin, jusqu'à Jean-Paul qui se fît conter avec complaisance l'histoire de la Romana et de ses soldats (4).

Berlin revit même quelques débris de cette armée, des cavaliers qui n'avaient pu s'échapper et qui étaient retombés sous le joug français; on les amenait, presque comme

(1) Denkw&rdigkeiten, etc., p, C9.

(2) ïbid.

(/1) Ib., II, i/,3 (2/, oct. 1808).

des prisonni a les forteresses de l'Oder. « Fière et

grave était leur mine... ces sombres figures aux yeux vagues semblaient contempler avec courage et résignation leur inéluctable destin » (i).

Cette invasion espagnole eut un double résultat : elle fit connaître, de plus près et sous un jour sympathique, cette race, dont l'existence était, pour la plupart, à peine plus qu'un mythe; elle obligea l'Allemand à se rapprocher à son tour de ce type de culture exotique, apprendre sa langue et comprendre son génie. « Par suite de l'apparition aussi rare qu'inattendue d'une armée espagnole en Allemagne, l'étude de la langue castillane est devenue, dans certaines contnV>. presque un besoin populaire » (2).

Le Liibeckischer Anzeiger (3) donnait, en 1807, à son public, la liste des mots les plus usuels, nécessaires pour communiquer aver la garnison espagnole.

La librairie Keyser d'Erfurt publie, à son tour, une réédition, revue et remaniée, de la grammaire de Barth \ . Cet ouvrage n'est pas destiné aux latinistes, mais à la adapté à des fins pratiquas. L'auteur \ évite, quoique san< méthode, lu terminologie latine: il mble, dans un lexique à la fin du livre, les mots de la langue courante. C'est, en somme, un ouvrage de vul- !i. une grammaire élémentaire, qui fut bien ■ccueillie.

lllg. LH:g.. i*io, ■" i86, 1\ ,,-. F. A. R.

(Friedrich Booferw N trril.

tmmatlcu H*pannr>la ••drr ktiTz gefasstf spanixcht Gromma- Hk 11 Vufl. Hrp. von Prof. J. F. Ehraann lus». </'""•

nrli-n miil ,'inrm xpatiitrhfn H tiH'hrt und hrgi:

J. F. Flirm m,

A Lunebourg paraissent des Vermischte Aufsœtze m spanischer Prose (i), qui contiennent un certain nombre de nouvelles, comédies, fables, extraits choisis de Cervantes et divers auteurs.

J. D. Wagener donne une nouvelle édition de sa Spanische Sprachlehre, avec des exercices sur l'application des règles de construction et d'orthographe (2).

Enfin, on édite de petits dictionnaires de poche, destinés tant aux Espagnols qu'aux Allemands, qui mettent au courant des renseignements pratiques (monnaies, etc.) de la vie matérielle (3).

Les événements eux-mêmes favorisaient le rapprochement des peuples. L'Allemagne abattue, douloureuse et désespérée, se réveilla, pour la première fois, au bruit du soulèvement de l'Espagne, en 1808. Pour la première fois, les Français avaient reculé : l'effort de tout un peuple brisait la tyrannie de Napoléon. L'Allemagne ne pourraitelle, à son tour, dans un sursaut de patriotisme, chasser l'invasion ?

« La communauté de la cause de la liberté, écrit plus

(1) Zum Bestcn derer welche dise Sprache in Rùcksicht auf biirgerliche Geschœfte lernen wollen, Gesamlet (sic) von C. D. Ebeling. Professor am Gymnasum und Bibliothekar, Hambourg. Luneburg. Herold et Wahlstab, 1807 (imprimé à Hambourg. Autre titre : Miscelanea espanola. Le manuscrit confié au libraire depuis longtemps avait été gardé inédit jusqu'au moment où on en jugea la publication avantageuse.

(2) 2 verb. und verm. Aufl. 1807, XXIV, 3og. Lpz. Crusius et : Einleitung zum span. Sprachgebrauch, Lpz 181 1, 2 éd. 1826.

(3) Ex. le Taschenbùchlein, paru cbez Herold et Wahlstab à Lunebourg. — Kleines Taschenwœrterbuch. Spanisch und Deutsch und Deutsch und Spanisch als Hilfsbuch sowohl fur Deutsche als fur Spanier um sich durch Zusammenfiigung mehrerer Wcerter ganz verstœndlich zu machen. Lpz. Graeff, 2 éd. 1809. La J. A. L. Z. 1810, n° g3, p. i36, qui annonce la 2* édition ajoute « Les circonstances (passage de la garnison espagnole), qui poussèrent à cette spéculation sont passées », et souhaite qu'il n'y ait pas de troisième édition.

tard Guillaume Schlegel, doit fonder une nouvelle fraternité entre les Espagnols et les Allemands » (i). Ce rapprochement avait été inspiré, dès la première heure, par la nécessité commune des luttes communes. Dès 1806, Godoy avait secrètement entamé avec la Prusse des négociations pressantes, mais infructueuses, en vue d'une alliance. Au moment de la bataille d'Iéna, une proclamation, du reste encore imprécise, sonnait le branle-bas à Madrid. Les événements trompèrent ces projets (2). Mais, en 1808, aux heures tragiques, les yeux de l'Espagne se tournèrent à nouveau vers l'ancienne sœur germaine. Palafox et la Junta d'Aragon déclaraient que, à défaut ce l'Infant d'Espagne, la couronne appartiendra au grandduc Charles d'Autriche.

L'Allemagne et l'Autriche eurent d'abord quelque peine à entendre ces appels. Les préjugés anciens dominaient la voix de l'admiration. « Que dites-vous de nos Spartiates catholiques do la péninsule pyrénéenne ? Je les admire de tout cœur, mais il ne faut pas que je pense au fanatisme qui. en réalité, les anime. Pour ces malheureux, on ne -aurait, malgré tout, à ce qu'il me semble, prévoir un dénouement favorable 3 . Ainsi écrivait, en 1808, un des officiera les plus brillant^ de l'armée autrichienne, qui allait, quatre ans plus tard, tomber pour la cause espagnole. L'étoile <le Napoléon brillait encore de tout son

/'•il. fur dit ,1. 1. M. II. p. io3-5 et C. Pilollet : La

M, peu |M>»U-rieiire au

(3) Le r. >i <!>• l'ru-w refui léna, la cour d'Espagne ont toutes les

• du monde 1 trouver 1 ces mancearra un.' explication diplomatique.

eintt fur srin l ■ferimd ab Oj>/«t riUetiich ijrfallenen I I iMi. p. 1 -.., I... Hpt r

éclat (i). Même ses ennemis s'inclinaient devant sa fortune.

L'Allemagne n'était pas, du reste, en état de suivie l'exemple admiré de l'Espagne. « Nous jetâmes, dit Varnhagen, en soupirant, un regard fraternel vers ce lointain pays où un peuple hardi pouvait ouvertement combattre le despotisme de Napoléon. Nous autres, Allemands, nous sentions impossible toute tentative de ce genre » (2). A peine plus encourageante et plus optimiste était l'opinion de Gentz : « Les événements de l'Espagne m'avaient redressé pour quelques jours, quoique du premier moment je ne leur aie reconnu d'importance durable que dans la mesure où je voyais en eux une incitation pour ceux dont la situation et un dernier restant de forces permettaient encore quelque initiative en faveur de la cause générale. Beaucoup de choses que je savais alors, beaucoup que j'ai sues depuis, m'ont fait fortement douter que les événements puissent provoquer cette incitation; et la conférence toute prochaine d'Erfurt a ruiné tout espoir de ce côté pour de longues années. Nous devrons vraisemblablement aux insurgés espagnols, sur les lauriers de qui nous reposons, un hiver un peu plus libre et tranquille. C'est tout » (3).

L'oppression en Bavière, en Prusse même, est terrible. La police épie les correspondances, les discours, toutes les manifestations d'hostilité, qu'on réprime durement.

(1) Goethe lui-même croyait à celte époque à la défaite espagnole : « A table de polilicis... Napoléon en a fini avec l'Espagne » (Hiede.rniann, Gcethes Gesprœche, 11,2 n).

(?) Denkwiirdigkeiten, II, p. 129.

(3) Hriefwechsel zwischen Fr. Genl: und t. Millier, Stuttgart 1857, p. i5a sq (Teplitz, 20 sept. 1808).

Beaucoup de gens paisibles se détournaient de la politique, s'enfermaient dans la vie familiale ou la contemplation artistique. Cependant, des âmes plus vigoureuses gardèrent leurs espoirs, quand même. Les craintes se turent; le spectacle des soubresauts de révolte qui traversaient l'Allemagne ramena chez beaucoup la confiance, l'intérêt pour la guerre espagnole s'en accrut d'autant. Jean-Paul ne doutait pas un seul instant que les Allemands ne se levassent un jour à l'exemple des Espagnols. « Les Espagnols formaient le joyeux refrain de nos discours, c'est à eux que nous revenions sans cesse » (i). La résistance espagnole <( nous apportait, dit encore Steffens, quelque consolation » (2). Louise Brachmann, nous conte son biographe, se passionne pour cet héroïsme, « digne des plus brillants el des ['lus glorieux exploits de la Grèce, de Rome et de Carthage » (3). Arndt écrivait; plus tard, dans ses Mémoires : o dès lors, « nous avions la foi, nous avions l'Espagne el Arthur Wellesley » et il donnait 1rs noms de Romana, Ballesteros, Empecinado et Ca-tagnos aux béliers mérinos de tout le pays 'i .

Napoléon fait l'impossible pour tarir la source de cet enthousiasme dangereux. Les journaux et revues des prorinces annexées ou i\r> royaumes alliés et vassaux ont le

devoii de s'en tenir aux nouvelles du Moniteur 5). La

h- d.- Prusse elle-même est surveillée étroitement.

Meist, ayanl publié quelques renseignements -m les per-

(0 Varnhagen, Denkw., II. p. i'i'i (oct. i^ Steffau, il -;v ic/i erlebte, M. p. .

DUMungen ion !.. Brachmann, I

Page 1