CHAPITRE PREMIER AVANT LE ROMANTISME
Tandis que l'Allemagne du xvne siècle a connu, compris et imité la littérature, tout au moins la littérature picaresque et réaliste, de l'Espagne i . l'Allemagne du wuf commence par oublier et dédaigner. Ce n'est pas qu'elle se soit donné une poésie nationale; elle traverse au contraire une crise d'imitation étrangère, mais, toute entière conquise par les qualités françaises de logique, de clarté et d'élégance, elle s'en tient aux classiques français ou anciens. Quelques érudits découTrenl d'autres terres; maie leurs appels se perdent sans écho.
VA c'esl surtout par l'intermédiaire de la France que.
Ir n'in-i-ir |>;i> sur l'influem •■ ru Allemagne jusqu'au
xvni' siècle. On en trouvera une étude, admirablement consciencieuse cl très travaux de \. Farinelli : Spanien and die spanischc Litenlur im lÀchlt der deattchen kritik. Zeiit. fiir vgl. Litg. Y I Il > .1 qui Iques renseignements supplémentaires chex .1. Schwering. IMfmr'n- ■ n Spanien und Deutschland, etc. Munster, i 1 Pitollet, dan* -.. thèse de doctoral : Contribution» à Vétade </<• Vhitpade '.'. /.. I | dans divers articles, ea particulier :
d'hiipanologue» allemand» avant » (paru dan* la
Revista •!.■ Archivos et tir.'- 1 part, Madrid inia] h jeté la plus rire lumière autour <1<- quelques personnages et d'oeuvre* importantes, qui annoncent I.» i< l'hispanisme >•.! Ulrmague.
peu à peu, le public littéraire de l'Allemagne va retrouver la littérature espagnole. La France, lasse un peu de l'éternelle imitation classique, s'intéresse à d'autres cultures; un Courant nouveau entraîne nombre de bons esprits aux lointaines aventures, aux voyages exotiques, à l'étude des civilisations étrangères. Les périodiques publient des études, des comptes rendus sur la littérature et la politique des grandes nations européennes, sur l'Espagne en particulier. L'Allemagne suit cet exemple; et le Teutscher Merkur a sa rubrique espagnole comme le Mercure d/e France (i).
En face de cette influence française se développe, dès cette époque, une hostilité déclarée contre la France; on cherche des soutiens et des alliés. L'Angleterre pénètre par Hambourg, le Hanovre et sous le couvert de ses origines germaniques; l'Italie séduit l'Allemand par son art et son climat, l'Espagne, lointaine et mystérieuse, l'attire d'abord par les souvenirs d'anciennes amitiés, et la beauté de son Don Quichotte.
Les rapports n'avaient point été tout a fait rompus; des soldat?, comme le prince de Salm-Salm, le comte W. de Schaumburg-Lippe tentent la fortune en terre espagnole. Thûrriegel recrute et amène dans la Sierra Morena toute une colonie d'Allemands (1778). L'artiste IL Mengs passe de longues années à la cour de Madrid (1761-1779). Des Bavants allemands, Muir par exemple, entretiennent avec les hommes les pins remarquables de l'Espagne une correspondance assidue. Malheureusement, l'Espagne est
(?) Celle époque n'offre guère d'imitations directes de l'espagnol. Le* adaptations dramatiques sont puisées généralement dans des traductions française!
ou italiennes. Cf. A. Fiirinelli. Zeitschrifi, etc., i8y5, p. 3l6 sq.
loin, et sa culture hors do portée; on ignore tout de sa vie et de son art, on ignore à peu près son œuvre dramatique; od sait bien peu de choses sur la poésie de ses Romanceros; mais on possède Don Quichotte, qui garde en Allemagne do< fidèles dévoués. 11 a été d'ailleurs compris comme une parodie réussie des romans de chevalerie, quelque chose comme un Virgile travesti.
Morhof i) en a découvert la portée satirique; l'effort d'interprétation s'arrête là. Aussi bien manque-t-il un travail essentiel, une traduction. L'essai de Pahsch von der Sohle est trop ancien, introuvable et du reste incomplet (2).
La traduction plus récente de Bàle et Francfort (i683) est faite d'après les traductions françaises. D'autres qui suivirent sont tirées du français: lune, celle de Leip- [734, chez Fritsch), suit Arnault; l'autre, de YVolff, parue aussi à Leipzig la même année, reprend Fillcau de Saint-Martin. Le traducteur anonyme de Leipzig voyait dans le roman une satin* de la chevalerie et une satire personnelle confie des contemporains : Don Quichotte, dit-il, en somme, n'est fou que partiellement : il y a de ces Don Quichottes dans tous les états, et le Don Quichef te est toujours d'actualité: le livre doit nous servir de leçon morale, (-'étaient les conclusions mêmes de la critique française i .
(l) D.im- ton ' "nlerrichl von rirr tetlUchen S/irntlie imrl Poésie. KiH. Sur [h,n Quichotte, avant le xu* siècle, V. Tjard W. Berger. l)<m Quixote in DeutschUvid und -; auf dei an, i6i3-i8oo. Heidel-
(?) La dernière édition eal 'le 166g. Pain li arrive an ch. un.
La préface wl citée par L. BJus. Bibliogrofta critica -/<• las «./■■■ M. de • Villanuera, 1905, 1. III, p. rgS *q.
1 •■- rVotroeUei avaient aussi été traduit tradi qui m
lervit aussi d'une traduction française (Chasson ville). Cf. Pitollet op* cit.
Le Do/? Quichotte espagnol était de conquête trop ardue. Comment apprendre la langue ? On n'avait point de grammaire espagnole. Il existait bien un dictionnaire hispano-allemand, publié à Vienne, en 1670, par Nie. Mez de Braidenbach : Diccionario de lalenguaEspanola-alemana, hastn agora nunca visto (1). Mais il semble avoir échappé au monde lettré; et on n'avait guère que des lexiques étrangers et le Dictionnaire de l'Académie espagnole (1726-39). Cramer, déjà vieux, voulait publier un dictionnaire espagnol à l'usage des Allemands, mais la mort l'en empêcha (2). On ne disposait donc d'aucun ouvrage qui eût donné immédiatement accès à la langue espagnole (3); seuls, des linguistes érudits pouvaient en entreprendre l'étude. Aussi le Don Quichotte des traductions ne donne-t-il qu'une idée très vague du roman espagnol et de l'Espagne elle-même.
Un ne va donc pas puiser aux sources vives; la critique
(p. io3). Les Comédies de Cervantes avaient aussi partiellement passé flans la tradition populaire : « Le grand compilateur, Daniel Ernst, a, dit l'Allijêmeine Deutsche Bibliothek, t. 56 (1783), p. 449, rapporté l'essentiel de cette farce (</<>/• Teufel aus der kohlenkammer) dans quelqu'un de ses écrits, il y voit une joyeuse histoire, mais il ne semble pas qu'il l'ait empruntée à Cervantes, qui sait à quel vieux livre il l'aura prise ! Ce dont il faut conclure que cette bonne farce a circulé parmi bien des peuples, cl à travers maintes langues et qu'elle a toujours fait plaisir. »
(1) Cité dans le Catalogue tic lu Bibliothèque tic M. Tiec.k... Berlin, i S '4 r, . sons le n" 2676, avec la note : « Le plus ancien dictionnaire des deux langues ».
(2) Miiit : Jowrnai tar Kunstgeschichle und alten Litieratur. Nûroberg ( 1 7 7 ."■> iq.) 1. VIII, p. 33i.
(3) A noter cependant un ouvrage espagnol paru à Hambourg, en 1764 : Col» leceion nueva de ceuiciones lyricas, unas colegidas de loa mus célèbres ingenifs y ciras campuestat pur Jcosuah Habillo. Voir C. Pitollel : Revista de Archivos, 1910. Nov. Dec., \>\ sq., tiré à pari : Variétés sur un recueil hambourg^is dt Puésies Judéo-hispaniques, par C. Pitollet. Madrid, 1911.
cultive lea interprétations traditionnelles, le roman exploite la veine satirique qui courait dans le Don Quichotte. Pour Bodmer, Don Quichotte est un mélange de t de folie; c'est ainsi que sont tous les hommes, les Espagnols plus que les autres. Cervantes a su, par son art admirable, rendre vraisemblable et intéressante cette folie (i). Jœcher fait connaître quelques vagues linéaments de la biographie du poète a . Lessing ne renouvelle pas la critique hispanisante. Il ne connaît pas la littérature espagnole, sinon par les intermédiaires français, et son érudition n'est, malgré son ton un peu doctoral, que de troisième ou de quatrième main. Il a un instant l'idée de traduire les Nouvelles, mais s'en tient là (3). Elaboré de concert avec Nicolaï, vers 1756, son projet de composer contre Gottsched une satire inspirée de Don Quichotte n'a point eu de suite î 1. Quelques-uns de ses articles (5) font allusion à Cervantes, en passant. Lessing y constate que « parmi toutes les œuvres d'esprit de l'Espagne, aucune D'est aussi célèbre que le Don Quichotte ». Don Quichotte restera un livre unique tant qu'il y aura dans le monde quelqu'un qui Bâche rire. Il blâme les « ennuyeux récits intercalaires, dont le roman espagnol est plein », et
(1) Critische Betrarhluiujen iiber die poetischen GettuehUU der Dichttr. ZUrich. i;'n. ch.18. l"/i dem Charakler de» !>■■:> <>uis<de und des Samlio ]-. (a) Allgemeines gelehries Lejrikui, : i T.-il. \.C. Li-ip/. (3) J.- n'.ti pu 1 examiner î« i km limite! <!>■ l'hispanisme
• ■ été jugé, bien el définitiYement jugé, par l'étude fondamentale et puissamment documentée de C. Pitotlet : Contributions, etc. Le tra\ail .le B. A. Wagner. Za /.< m. Studiei , reprit par B
■q, ■, .lu fait, bien rieilli.
1 PttoHet, ib. ,, (5) \..ii la détail decei articles dam c. PitoUet, op. cit. p. m m. el icw m.
déclare que les Espagnols n'ont pas retiré beaucoup d'honneur de leur Don Quichotte.
Aucun de ces jugements n'était bien neuf ni bien compromettant. Œuvre de satire admirable par le sens comique, mais d'un art imparfait et contestable, tel apparaît le Don Quichotte à Lessing comme à son époque.
Malgré la faiblesse de sa science, Lessing joue, dans le développement de l'hispanisme allemand, un rôle qui n'est pas insignifiant : il a répandu dans la conscience allemande plus de confiance en soi, plus d'indépendance dans le goût et a libéré la littérature de la servitude française et préparé des jours nouveaux. Grâce à lui, les portes s'ouvrent à l'Espagne.
Après lui, d'autres continuent son œuvre. Wieland fit du Don Quichotte son livre de chevet, car il y vit « un excellent spécifique contre la fièvre de l'abstraction » (i). Joh. Fr. von Gronegk, parlant aux admirateurs du génie français, leur montre par delà la France la riche poésie espagnole dont la littérature française s'est inspirée (2). Gerstenberg nourrit presque du respect pour le Don Quichotte : « Les folies d'un Espagnol sont peut-être comiques, elles ne sont jamais méprisables » (3). Ksestner regrette que Cervantes n'ait pas vécu dans nos temps éclai-
(1) Lettre de Wieland à Zimmermann. Ziirich, 5 déc. 1768, citée dans Rius, op. cil. III, p. 2o/j et Eichendorff : Der deutxche Roman des wm. Jhs. etc. Leipz. i85i, p. i63. Le Tentscher Merkur (juillet 177,3, III, p. 201) déclarait que le Don Quichotte à lui seul valait la peine d'apprendre l'espagnol.
(2) Aufsalz iiber die spanische Schaubuhne, dans Schrijten, II. p. 38g (1760-1). Voir sur J. Fr. v. Cronegk, A. Farinelli, Zeitschrift, etc., 1892, p. 289 et C. Pitollet, Contributions, p. 192 sq.
(3) Briejt iiber die Merkwiirdujkeiten der Litteratur, 1766-67, 22* lettre (v. Berger, l. c. p. 9/»).
i). L'admiration pour le poète espagnol croît rapidement.
L'influence de Fielding ne fait qu'accentuer l'influence de Cervantes. Fielding avait emprunté à Cervantes bien des motifs; son action se confond vite avec l'action du Don Quichotte. Fielding et le Don Quichotte des traductions françaises pouvaient, nous assure un homme de lettres du temps, réconcilier avec la réalité et toutes ses vulgarités les jeunes gens en mal de poésie, et voici le remède conseillé à ceux que tourmente la mélancolie : « Une portion de feuilles de Lucien, quelques onces de Don Quichotte, ou quelques gros de Tom Jones, Tristam Shandy et autres semblables » (2).
Dans la lutte et la crise d'idées que traverse l'Allemagne de 1770, Fielding et Cervantes sont pour tous les partis des exemples et des alliés précieux. Nombreux sont les romans qui s'inspirent plus ou moins directement de Cervantes 3). Le Don Sylvio de Wieland( 1764) n'es! point le cas le plus pendab!. \ Dans toutes les imitations, les
(1) Gesammelte poetische und prosaische schrpnwissensehaftliche Werke. Berl. 18/u, IV, p. i'|t; (écrit en 1763).
(2) Neue Bibliothek der scliœnen \Vissens<fiaften und der freien Kiinste, t III, 1. fasc. Leipz. 1766, p. 1-12, Uber die Laune.
(3) Sur l'influenre do Fielding, en Allemagne, V. Berger op. cit. p. 45. ch. 9 et suivant-: mr les imitation* allemand.'? du Don Quichotte, voir ib. p. 48 sq. On a cru découvrir une influence de Cervantes mit la Minaa de Les>iii^ : voiï C. F. Mkhaelia, letnnat Minna von Barnhelm und Cervantes D. Q. Berlin, i883, dont les conclusion! discutée* dam le Lit. Centralbl., i883. i«i3 (C.) I- lltdcm. Blœtter, I, :,, s,,. (\\ . Brandea), le Corresp. fur Gelehrte der Reubch. W&rlt., i883, la Bcilagt mr Paed. M. a' i8,s.3 (B. v. d. I..) et la Deutsche Liltey., .883, ,■,.;;< (E, Schnrfdt), tonl aujourd'hui généralement abandonné
■ h, Wielandt Don Sylvio and Cervantes' /'. <j. Suphorion, izungshefL !.. Hinel, Wietand* Beziehungen :u den deutschen Romantikern, ioo4. et T. \V. Berger, op. rit. p. 48 iq.
mêmes motifs reparaissent : un esprit, d'ailleurs bien fait, s'enthousiasme pour une idée ou un héros, jusqu'à devenir plus ou moins fou, et se met à son tour en quête d'aventures; les heurts avec la réalité produisent les mêmes accidents. L'art véritable du roman cervantesque échappe à tout le monde. Seul le Siegfried von Lindenberg est une satire intéressante et une peinture vivante de son époque (i). Les autres Don Quichotte sont pleins de réminiscences de détail : longues dissertations sur les mœurs actuelles, déformations de mots dans la bouche des écuyers, comique des noms propres, comique des costumes, épisodes; mais la richesse et la puissance réaliste de la peinture, l'ampleur et la délicatesse du style de Cervantes restent des secrets insoupçonnés.
Au théâtre, c'est une succession de pièces cervantesques, dont il ne reste plus que les noms (2).
Cervantes et son Don Quichotte attirent donc de plus en plus l'attention des écrivains. Il offre à l'inspiration satirique, qui se réveille, des cadres, des procédés, des effets; mais l'intelligence de son œuvre ne fait point un pas. Il fallait, pour comprendre le Don Quichotte, aborder enfin l'œuvre espagnole de front, dans sa forme originale; il fallait se défaire de certaines suggestions traditionnelles, étudier l'œuvre et l'homme, sans préjugés, scientifiquement, historiquement, avec amour et largeur d'esprit.
Ce fut un savant professeur qui eut l'audace du premier effort. J. A. Dieze (né en 1729, mort en 1785), professeur de philosophie, en 176.S, à l'Université de Gœttingen,
(1) Cf. R. Furst, Don Q.s Spuren m der WeltlitUratur. lirilage :ur Allg. Littg. n' 61, 1898.
(2) L. Rius, liibliografia crltica, etc. t. II (Barcelona, 1899) p. 3;i.
<( custos » à la bibliothèque académique, entreprit de fonder décisivement les études hispaniques. A une science débutante il fallait, avant tout, un ouvrage d'ensemble, une histoire général»' de la littérature. Dieze crut en avoir trouvé le meilleur modèle dan- 1rs Origenes de la Poesia Castellana, de Don !.. .1. Velésquez (i). 11 ne s'agissait plus que de traduire cet ouvrage, le mettre au point et au courant, à l'aide de tout un appareil de notes, d'éclaircissements et commentaires. Su propre bibliothèque espagnole, le la bibliothèque 'de Goettingen, ainsi que les arrivages d«-s livres espagnols par l'intermédiaire de Hambourg, facilitèrent grandement sa tâche
Le travail de Dieze parut en i~ . L'ouvrage de
Velâsquez se divise en quatre sections : dans la première étudiées les origines de la poésie espagnole, les poésies latine, arabe, provençale, limousine, gallicienne, portugaise et basque; la deuxième esl consacrée à la poésie gnole proprement dite, de ses débuts à nos jours; dans la troisième. Velésquez trace l'histoire particulière des différents genres; dans la quatrième, il fait entrer tout ce qui n'a pu trouver place dans les autres chapitres, les éditions, commentaires de- œuvres de- grands écrivains, les traducteurs espagnols des poètes étrangers, les critiques et historiens de la poésie espagnole. I>ieze suil fidèlement ce plan ingrat et confus, mais l'enrichit et le développe tellement par ses notes et ses remarques qu'il en renoui elle
'i. in-4*.
1 : • I î - . 1 1 1 .' - . 1 1 1 » • royale <\<- Brrlin, enliv anb
traduction de Bertuch (1775), aeublenl appartenir au fonda Dièse.
(3) . Au- dem
i/i und mit tanaerkongen erkentert. von Johann V Gœttingpn. \ I
BKRTRAND 2
totalement l'intérêt scientifique. Il n'a point considéré cette œuvre comme définitive. « Elle n'est, disait-il, que la préparation et l'introduction d'un autre ouvrage où je présenterai à mes compatriotes les écrits des auteurs cités dans cette histoire et les plus belles pages espagnoles dans leur forme originale, avec une traduction et des remarques critiques sur leur valeur » (i). Le premier tome aurait traité des plus anciens poètes du Cancionero General (2). Dieze est mort trop tôt pour achever son œuvre (1786) (3). C'est à propos de la Comédie (III 5) que notre auteur rencontre l'œuvre de Cervantes et s'y arrête. A la notice sèche de Velâsquez qui énumérait les ouvrages du poète et ignorait tout de sa vie et ses romans (4), Dieze ajoute un intéressant supplément, où il signale la Vie de Cervantes, par de G. Mayâns y Siscar, parue en 1738 (et pas en 1731 comme il le prétend) et en cite les principales données biographiques (5); Dieze connaît même le document publié par Blas Nasarre sur la mort de Cervantes (6). En passant, il donne ses propres jugements littéraires, qui ne sont pas très personnels, mais font date. Il n'insiste pas sur la Gala-
(1) Pref. p. 9.
(2) C. Pitollet. Contributions, etc., p. i83 n. assure que le premier tome fut certainement rédigé. Dieze, lui-même, p. 299 n. a, parle d'un ouvrage traitant du théâtre espagnol, en vue duquel il recueille depuis longtemps des notes.
(3) Dieze traduisit encore le Voyage en Espagne de la Puente, avec des commentaires et des additions, Lpz. 1775 et 1776, et enfin une œuvre géographique sur l'Amérique de A. de Ulloa. Lpz. 1781.
(/1) Dieze ib. p. 3a3 sq.
(5) Dieze indique, sans la défendre, la date de i54o, faussement assignée par Mayâns à le naissance de Cervantes. L'acte de naissance authentique (de 1.V17) avait élé publié eu 175s par Montiano. Cf. L. Rius, op. cit. II, p. 7. Autre erreur de date : la deuxième partie de Cervantes fut publiée en [6l5, non en 161/4.
(ti) Comedias y Enlremeses de Cervantes. Madrid, 1749, t. I, fin du Prologue.
tée qui contient, dit-:l d'après Mayâns, quelques poèmes tout à fait charmants. Il admire en Don Quichotte un des livres les plus excellents qui aient jamais été écrits (i). u Quoique cet ouvrage ait été surtout destiné à ridiculiser le goût pour les livres chevaleresques et les aventures qui régnait alors dans sa nation, la satire qui s'y trouve ne étend pas moins à tous les temps et à tous les états; nos Don Quichottes d'érudits y peuvent trouver beaucoup de choses qui les édifieront » (2 . C'esi l'opinion même du traducteur anonyme de i~?>!i. Dieze n'étudie pas ici les différentes éditions et traductions du Don Quichotte, mais annonce qu'il le fera plus tard, « les traductions françaiî allemandes étant très mauvaises . Aussi faut-il lire le Don Quichotte dans le texte; c'est la langue qui en fait un ouvrage classique. Les Nouvelles sont à tous points de vue excellentes, mais leurs traductions, tant franc qu'allemandes, sont pitoyables. Son Voyage au Parnasse esl une mordante satire. Dieze ne risque aucun commentaire sur Persiles; mais il attire l'attention sur l'hypothèse de Blas Nasarre au sujet du théâtre de Cervantes : « Que. rantes ait écrit ses pièces dans le but de ridiculiser Lope ei ses admirateurs, voilà ce qui semble a-sez vraisemblable, l'uni' irrégulières que soient ces pièces, on > reconnaît cependant le génie de Cervantes
Unsi, Cervantes n'est pas envisagé seulement comme auteur de lh,u Quichotte; ses autres œuvres ><>nt signalées et apprécié.-., et Dieze. en cela, dépasse son temps. Dieze mourut trop tùl pour assurer à son œuvre l'influence
., utese, 1. c, \>.
qu'elle méritait (i). Et pourtant sa voix ne fut pas entendue. Schiebeler étudia l'espagnol à Gœttingen sous sa direction; el ses jugements se ressentent des leçons de son maître. Le Don Quichotte, dit-il, dans la Bibliothek der schœnen Wissenschaften (2) est un des meilleurs romans; son utilité s'étend non seulement à sa nation, mais à tout le genre humain. Schiebeler admire particulièrement la morale et la langue de Cervantes; en plus du roman et des Nouvelles, il connaît la Galatca et le Viajc. Ilamann signale à son tour la haute valeur scientifique de Dieze (3); Herder regrette sa mort (4). Dieze avait apporté, non pas certes des points de vue nouveaux, mais le goût de la recherche scientifique, de vastes matériaux bibliographiques et historiques et un outil de travail qui, malgré ses imperfections, allait permettre de fonder l'histoire de la littérature hispanique. Même ceux qui récusèrent son goût littéraire durent beaucoup à son érudition.
Son exemple fut d'une fécondité presque immédiate. C'est Weimar qui reçoit le bon grain. Bertuch, remuant et ambitieux, jaloux des lauriers et surtout des profits que la traduction de Shakespeare a rapportés à Wieland (1762-66), cherche un domaine encore vierge où pourra prospérer son talent adroit et souple. Ce terrain qu'il saura bientôt faire sien, est la littérature espagnole (5).
Il avait obtenu un emploi de précepteur chez Backhof, l'ancien ambassadeur danois à Madrid. « Le vieux Back-
(1) G. Pitollet, op. cit. p. 201, proteste hautement contre l'injuste i>ubli de celui qu'il appelle : « Le père de l'hispanisme scientifique en Allemagne ».
(■>) I. [>. 'mi gq. (1766) Cf. \. Farinelli. Zeitschrift, etc.. 1893, p. ''o'i 0.
(3) Hamanns Schriften. Hcrl. 1 821-43, t. IV, p. 469 (écrit en 1776).
Ci) Briefe :«r Befœrderang ilrr Humanitœt. Ed. Suphan, t. XVIII, p. 137; Bertuch connaissait Dieze, comme en témoigne Ba déclaration du Teuttcher Merkar, 177'!. 1" partie, p,
hof, rapporte Bœttiger. parlait plusieurs langues et s'était acheté dans ses voyage- une collection complète d'ouvrade littérature étrangère i . Un valet de chambre de Baekhof, qui avait beaucoup vécu et beaucoup vu en Espaça Bertuch aux détails de la vie populaire de ce i 'vhof fut longtemps cloué sur son lit de ma-
lade à Hartmannsdorf: c'est alors que Bertuch lui demanda, pour le distraire, de lui donner des leçons d'espagnol. A Hartmannsdorf se trouvait la bibliothèque espagnole du ■ mate. « Le soir, Bertuch s'as<eyait au chevet du père, et il lui lut d'emblée le Don Quichotte, qui devint ainsi maître d'espagnol et son livre familier » (2). Bertuch manifesta beaucoup d'ardeur, travaillant très avant dans la nuit, et termina sans désemparer trois livres du Don le furent pour lui, dit Bœttiger, des nuits divines. Mais, à ce surmenage, il attrapa une fièvre violente, qui affaiblit considérablement son œil droit. I
i Bertuch avail l'habitude de dire, en manière de plaisanterie, qu'il avait payé de son œil droit ses études espagnoles
Herder conte que Bertuch ne savait pas l'espagnol i .
■ -t volontiers mauvaise langue. Quoi qu'il en
' mli travaille. D il manifeste une activité
nlinaire. Il traduit le- Lieder de Villegas el écrit une
: théâtre espagnol et de ['Esprit m Europe, dont
! pas beaucoup d'élog II s'adapte, étend
rs handsch.
Vi> hl. Voir K W . Bo
un llamtutn, Berlin,
! • lire du T .mil
scs relations et acquiert vite une grande notoriété. Il collabore au Teutscher Merkur (i), puis en homme d'initiative, il fonde sa revue propre : Magazin der spaniselicn und porlugiesischen Liiterafur (,1780-2) (2 . Il publia une Anthologie : son Manual de la kngua espanola 11790 el surtout la traduction de Don Quichotte. Cette tâche de vulgarisation était essentielle. Sollicité par des amis de la langue espagnole, Bertuch résolut de publier une édition correcte et bon marché des meilleures œuvres espagnoles. 11 se contentera, dit-il, de quelques poètes principaux. mais donnera ces poètes tout entiers. El ce seront uVs auteurs épiques ou lyriques, des erotiques, des didactiques. Projet purement mercantile qui n'eut pas de suites, mais qui trahit un besoin nouveau, une adhésion sympathique à la littérature espagnole, en particulier à la littérature réaliste 3 .
C'est le Don Quichotte qui l'avait initié à la langue espagnole. Quelle que fut sa reconnaissance à l'égard de Cervantes, Bertuch n'avait point d'abord l'intention de traduire son œuvre pour le public. Or, en 1772. il donnait à
les admet comme « notes littéraires », mais point comme « iitstructi< : préceptes de l'art dramatique. »
(1) Il y publie, en 177/4 (1. Teil. p. 237), un Yersuch sur Ville.
une traduction des poèmes de Villegas (signés B — eh.\ W /. < .. p. z38i trouvait que « l'harmonie du vers disparaissait dans la traduction. »
(2) Le Magazin publia de Quevedo, der Traum nom jûngsien Gericltl ']. 'i- sq.), Briefe des RUlers Don Spahrguth (I. >ji sq.). Geschichle des :• Tarano (II, 1 sq.), de Cervantes : das uundertœtige PuppfnspiV/. II.
de- Dotes sur la vie de Lope et la Gatomaquia (I, 11g sq.). Le. t. III «st consacré au théâtre et donne, entre autres : der TeufeX VU </<r kuhUnkammer (La cueva de Salamanca), p. 168 sq.
(3) Cf. sur ka autres travaux de Bertuch relatif- à !a littérature espagnole, A rarinelli, Zeilsch., etc., 189a, Y F. \. p. Y.
Scfamid, ami d'université ei bibliothécaire à Weimar, des leçons d'espagnol. Comme ils lisaient les premiers chapitres, Schmid déclara qu'ils étaienl intraduisibles. Bertuch, piqué au jeu, reprit sa traduction du début, puis en lit la Lecture à Schmid, en la confrontanl méthodiquement avec celle de Wolf. Schmid approuva (i). Bertuch soumit à Wieland un échantillon mis au point avec un soin particulier; Wieland le trouva digne d'un maître et décida Bertuch à mener son entreprise jusqu'au bout (a). Ce sont là, du moins, les explications que Bertuch donnait lui-même i'i ses amis. En réalité, Bertuch, en homme avisé, eut le sentiinenl de la nécessité de celte traduction et de l'impatience du public. De là son zèle ei 8a hâte.
Le traducteur s'inspira aussi des conseils de Lessing, qui lui lil parvenir une traduction hollandaise et l'engagea
à en l'aire usage (3). Dès novembre 177/1, Bertuch animu
eail sa traduction. Elle parut en 1775 sous le titre de : Leben nnd Thaten des incisai huiliers Don Quixote von Mmiiliti. \ciic iusgabe, aas der Vrschrift des ('.errantes, nebsi der ForUetzung des [veUaneda (4).
L'ouvrage est précédé d'une abondante introduction (5)
(1) Bœttiger, "/-. <<'., p. a68.
fo. p. i0q<
vergl, Lllteraturgeschichte V P., \ (1896), p. i4g< Lettre de \\ . !-/•■ .1 Bertut h (mari 1776).
lu lechi Boenden von Friedr, Juit, Bertuch. Weimar nnd Leipzig, Pritachiache Buchandlung. A partir du 1. III, daté «le 1777. Bœttiger, '. c, 1, conte lea déméléi de l'auteur avec le libraire Pritach, qui, ayant publié nue traduction de Cervuntei (la traduction anonyme de 17.1 '1 > , revendique le droit de publier la nouvelle traduction. Bertuch lit bien de* difflcul- ' 'ii'/ lui" li que paraiaaenl la première el deuxième édition, cependant '|ur> Schmieder, il'' Carlsruhe, donnail deux autrei édition*, 1 blemenl non autorisée* (en 1-77*» el 1786). Datée de WeUnai , ""> août 177.'!.
sur la vie de Cervantes et l'interprétation de son œuvre. Tandis que la plupart des critiques ont trop étudié en Cervantes l'écrivain, Bertuch s'intéresse à l'homme. Aussi eonte-t-il longuement son existence tourmentée et obscure; Mayâns y Siscar et Dieze font tous les frais de cette érudition biographique.
Plus intéressants sont ses jugements littéraires. Ses appréciations n'ont point régénéré la critique, mais elles restent remarquablement intelligentes et parfois annoncent l'avenir.
La Galatée, dit-il (i), est une histoire d'amour; tout y respire l'amour, mais un amour pudique et décent, qui causerait maintenant un mortel ennui. Le style en est affecté, les épisodes innombrables, qui s'emmanchent les uns dans les autres et n'ont pas de fin. C'est là l'appréciation de Mayâns (2); comme Mayâns encore, Bertuch préfère quelques petits poèmes, d'une beauté extraordinaire; malgré tout, dit-il, Galatée ne saurait nous plaire car elle n'est pas de notre temps.
Ses Nouvelles sont plutôt des récits moraux et, à ce titre, elles ont plus de valeur que comme histoires d'amour. Souvent il s'y mêle une satire très amère contre les mœurs décadentes et les abus de son époque (3).
Le Persiles (4), Bertuch avoue n'avoir pu le lire. Les piè-
(1) Bertuch Leben and Thaten, etc., 1. I, p. vi, sq.
(2) Cf. Mayâns > Siscar. .le cite, faute d'autre, d'après l'édition de Madrid, 1771 (.1. de [barra, '1 vol.), t. I, p. ;->i : « Il inséra dans son roman tant d'épisodes que leur multitude confond l'imagination dv^ lecteurs... c;ir, rnlrelacés les 1 i 1 1 — avec les autres, ils ne permétlenl pas de suivre le lil de la narration... Dans la Galatée, il > a des Copias de arte menor d'une extrême Finesse H douceur... »
(M) Voir Bertuch, Leben m><i Thaten... t. I, p. iih. 0) Ibid p. \i\ .
ers de Cervantes (i) sont introuvables; ce sont de simples satires ton Ire le goût corrompu de la scène de l'époque, et des fantaisies plus irrégulières encore que toutes celles de ce temps.
A propos de toutes ces œuvres. Bertuch fait doue des réserves considérables. Toutes lui semblent influencées par le goût de l'époque. Pour leur temps, pense-t-il en somme avec presque tout le xvme siècle, c'étaient des productions convenables. Mais notre goût est plus cultivé et se refuse à admettre ces bizarreries. Notre admiration pour Cervantes n'en est pas diminuée; un maître ne fait pas que <h-> œuvres maîtresses. Pour découvrir la vraie grandeur d'un écrivain, il faut prendre comme base son œuvre principale, son chef-d'œuMe. Le seul ouvrage de Cervantes qui puisse nous Bervir à mesurer son génie est Don Quichotte
bon Quichotte est une œuvre de combat. Cervantes y livre une lutte décisive contre les romans de chevalerie, et il arrive à les extirper tout au moins des bibliothèques des - cultivés; la plèbe lit toujours les aventures des pairs de France 3 . Mais Don Quichotte est plus qu'une satin': s'il n'était pas davantage, il serait oublié depuis I temps, sans avoir Laissé aucune trace. Il a une valeur humaine: il semble écrit pour tous les pays, pour tous les âges, 1 1 sa satire atteint toute- les catégories de fous 1 .
I.a critique de l'écrivain anonyme de i ;.V| et de Dieze inspirent donc le jugement de Bertuch, mai- elle est, chez lui, déjà plus élaborée, plu- consciemment philosophi-
p. vu.
que, et d'une envergure plus ample. Plus que ses prédécesseurs et maîtres, Bertuch met en relief le réalisme et la portée universelle de la création cervantesque.
Ce que Bertuch aime en Cervantes, c'est qu'il peint les hommes comme ils sont partout, comme ils seront toujours. Bertuch manque d'envol et de folie : il a, par contre, un sens très exact des réalités de la vie et de la vérité des types littéraires. Don Quichotte lui paraît admirable, parce qu'il est d'une vérité générale.
Son jugement sur le caractère de Don Quichotte et de Sancho s'inspire directement de Mayâns y Siscar. « Don Quichotte, dit-il, est l'image et le miroir de l'exalté de tout genre » (i). Tout passionné a sa Dulcinée, garde la même assurance et confiance en soi devant les invraisemblances de son rêve et les obstacles de la vie. Tout passionné est aussi un brave et noble cœur et, tant qu'il n'a pas enfourché son dada, un bon esprit (2). Sancho est, au contraire, « l'image vivante et fidèle du peuple, crédule, superstitieux, cupide, trompeur, bavard, menteur, glouton, paresseux, poltron comme un lièvre, sans noblesse, ignorant, mais d'un jugement très juste dans le domaine de ses cinq sens, agissant plutôt par habitude que par raison, reconnaissant ses erreurs, mais s'y livrant aveuglément » (3). Il y a peu de livres qui soient plus sérieux et méritent d'être relus plus souvent.
(1) Bertuch, ibid. p. \\. Cf. Mayâns y Siscar, <>/>. cit. 1771 (J. de I barra, li vol.), t. I, p. '|(i » En D. QI IXOTE se nos représenta un valiente maniitico... »
(■>) Bertuch, ibid. p. i\. Cf. Mayans \ Siscar, ib. p. .\- : « Puera de sus manias babla I). Quixote como hombre cuerdo, i son bus discursos mui ((informes â razon ».
(3) Bertuch, ib. p. i\ ><|. Cf. Mayânt y Siscar, ib. p. \- : « En Svncho Panza se représenta la simplicidad de] vulgo( ijue aunque conozca lot errores, cie« gamente los sigue... »
La langue en est naturelle et caractéristique, elle renferme nombre de mots anciens, empruntés au style des romans chevaleresques, et qui donnent à l'œuvre un colons agréable i .
Ces opinions étaient, en somme, celles de Mayâns y Si — car. Mais, tandis que le critique espagnol approuvait partout rve, Bertuch est trop de son siècle pour avoir cette foi aveugle. Avec Wieland, avec l'AufklaBrung tout entière, il croit au progrès intellectuel, au progrès du goût en particulier; il est donc convaincu que le goût moderne est très supérieur au goût de Cervantes et d> ~ contemporains : il consent bien à pardonner toutefautes de goût, imputables au temps, mais il ne veut pas être dupe et admirer les yeux fermés. Comme Wieland devant Shakespeare, Bertuch s'attribue le droit de critiquer, d'élaguer, de faire un choix.
L'œuvre d'arl élanl - - eux l'expression la plus parfaite de la raison, elle devra manifester d'un bout à l'autre la puissance et la rigueur logique d'une pensée bien faite. Toute digression est donc mal venue. Don Quichotte renferme trop d'épisodes et de noinelles intercalaires, qui interrompent l'action et éparpillent l'intérêt. S, m- doute, le hou Quichotte aurait moins plu en 160."», s'il n'y avait eu de ces halte- agréables. .N(»u> sommes plus impatients et maudissons toutes ces histoires interminables et ennuyeu-
l.e roman de hou Quichotte n'es! donc point parfait; mais, tel qu'd est, il mérite d'être, avec quelques retou-
:utiiral... »
ches, recommandé au public allemand. Et c'est pour le mettre à sa portée que Bertuch publie sa traduction. Que vaut cette traduction de Bertuch ?
Tout d'abord, elle n'est pas complète. Bertuch opère ses coupes sombres avec sérénité. Il supprime les sonnets préliminaires de la première partie, le chant de Chrysostome, el le discours de Marcella, la nouvelle du Curieux, la préface de la deuxième partie, divers poèmes : Quien menoscaua mis bienes (I, chap. 27), Aimas dichosas (I, 40), la sixième épitaphe de Don Quichotte (I, ch. 52), Marinero soy de amor (I, ch. 43), la glose (II, chap. 18) etc.; il ne donne de l'histoire de Cardenio et de Dorothée et de celle du Captif qu'un court sommaire (1). De là, une distribution nouvelle des livres et chapitres; le premier livre comprend vingt-quatre chapitres; le deuxième n'en a que vingt et un; ce qui donne pour la première partie un total de quarante-cinq, huit de moins que le texte original. Les deux livres suivants ne sont pas plus fidèles; tel chapitre de Bertuch chevauche sur deux chapitres de Cervantes : le
(1) -le cite Cervantes d'après l'édition originale de Barcelone (1617) : EL INGENIOSO HIDALGO DON QVIXOTE de la Mancha. Compuesto por Miguel dt- Cernantes Saauedra. DIRIGIDO AL*DVQVE DE Bejar, etc... Afio 1617. Impresso con licencia, en Barcelonn, en casa de Bautista Soritu, en la Libreria. A costa de Miguel Gracian Librero.
8EGVNDA PARTE DEL INGENIOSO CAVALLERÙ Don Quixote de lu M.-.nchà. POR MIGVEL DE- SERVANTES Saauedra, autor de m. primera Parte. Dirigida ;> Don Pedro Fernande* de Castro, conde de Lemos, etc« Afin 1617. Km BARCELONA, en casa de SEBASTIAN MATEVAT. A costa de Rafel Viuea mercader de Libroa.
3 tomes, pet. in-8*. Les deux parties se trouvent à la Bibliothèque Municipale de Carcassonne, s<ms le jf .i 'm<j. '/..-■>. Gel exemplaire oui n'est pas signalé par I.. Rius (Bibliografla 1 rliiet </<■ ha obras de Miguel de Cervantes Saavedra, l. I, Madrid, 1895. p 31 sq.) esi conforme .'1 la description des autres exemplaires connus : dans le imne II, les *i\ premiers feuillets sont, par une transposition de ta reliure, passés après le feuillet 34-
cli. xi du 1. II commence au beau milieu du eh. 3; du texte l même livre).
Le détail de la phrase n'est pas respecté plus scrupuleunt. Des membres de phrase on des phrases tout entières disparaissent plus ou moins totalement. On peut en juger d'après les exemples suivants :
lo que es peor de todo, fallo de und znweilen gar meines Yerstandes
juyzin. i>ue- nu le lengo sino beraubt (i).
quando al Ciek) m le antoja darmele por algun breue espacio.
a<no ère*, y asno lia* de <cr. y en Du bïsl ein Esel, und ein Esel wir-t
Mno lias de parar, quando se te du seyn, und bit an dein Ende
arabe el curso île la vida, que para blciben, und nie erkennen, da*s du
mi tengo que antes llegarâ ella à mi ein dumme- Vieh bi-t » (a), vltimo termino que lu caygas, y des en la cuenla de que erea betlia.
Les titre- des chapitres sont partieulièrement sacrifiés :
<\\c trahi de la l.raua y desromunal Fernerer Verlauf der Sachen in der
batalla que doa Quixote tuuo ci. n s. lienke (3).
rnoi cnerot de rino linto, con otros ni»- en la venta le gucedleron.
Mais ce qui est traduit est en général d'une ti es minutieuse exactitude. Bertucfa s'est donné beaucoup de mal pour arriver à des traductions satisfaisantes. Cependant, il lui était, quelles que fussent ses ressources lexicographie ques, bien malaisé d'éviter toute erreur. On n'a pas de peine à glaner des contre sens :