‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 8 sur 77 · li. II · texte numérisé non relu

li. II

(6) C. I. : ••<>. 1;. il. |

(7) C. I. l'rul. p. j, B. I. p. XMII.

■ntnun

vayasse el muerto a la sepultura, y el viuo a la hogaza.

de mis vifias vcngo, no se nada.

Medi os... con vuestro estado.

Al hijo de tu vezino limpiale las narizes, y metele en tu casa.

juntate a los buenos, y seras vno dellos.

no con quien naces, sino con quien paces.

don Toten iris Grab mil Sang, den Lebenden an den Brodschrank (i).

ich stecke meine Nase nicht in andrer Leute Brodsack (2).

streok dich doch nach deiner Decke (3).

freye iiber den Mist, da weisst du wem (sic) du kriegst (4).

halte dich zu guten Leuten, so bist du auch einer davon (5).

nicht mit wem du gebohren bist, sondern mit dem du taeglich isz'st (6).

Par là sa traduction acquiert une allure plus libre et plus vivante. Ses effets, particulièrement ses effets comiques, s'en dégagent immédiatement, sans aucune atténuation. L'œuvre ne s'adresse donc pas au philologue, mais au grand public.

Aussi Bertuch a-t-il sans crainte repétri la prose même de Cervantes. Disciple de Wicland, il a du maître la phrase claire, animée, spirituelle, volontiers arrondie, mais point périodique, la phrase héritée de la tradition française. Ce n'était point là le style du Don Quichotte.

De là des libertés nouvelles de la traduction. Sa phrase y est coupée, la belle et ample période de Cervantes est rompue :

(3) C. II. f. o2) B. III. 76.

Ci) Ibid.

(ô) C. IL f. i55, B. III. .188.

(6) Ib.

AVANT LE HOMANTISME

no Sancho anrigo, respondio don Quixote, no me estaua â mi bien hazer e>so : porque estamos todos obligados a tener respeto a los anci,tii"s, aonque no sean Cavalleros, y principalmente a los que lo son, y estan encantados.

Nein, Freund S.incho, ver*etzte Don Quixote, das durft ieh nicht thun.

Die Alten muss man ehren; zumal wenn sie Ritter und noch dazu verzaubert sind (i).

antithèses bien balancées, la redondance admirable, les larges mouvements de phrase qui donnent au style du Don Quichotte sa noblesse et sa puissance, tout cela s'éparpille en menues phrases, courtes et vives, rapides et vivantes.

Le ton populaire convient parfaitement à Sancho. Le Sancho de Bertuch est le paysan traditionnel, joyeux vivant, spirituel et grossier, naïf et roué tout ensemble, d'un parler cru et savoureux. Il est plus plébéien encore que le Sancho authentique :

? — imiit.ir jiialquiera injuria.

kano Bchon einrn Puff vortragen (2).

~i ruestra mened passant 000 Bettef Ilir den Dreck nicht

ello. gerûhrt (3).

rillana, bjja do destripa terronea > Banernknoll, Histfiackeo, DorfLe-

de la pela nv the (/j).

Celui de Cervantes parle de « rodeada manera »: le Sancho allemand « Bprichl n>t\vaclsch »

Don Quichotte .-'exprime parfois comme lui et beancoup de mots détonnent <)an< sa bouche :

(1) C. II. f. m.., H. III. p. 358.

(2) C. I. p. i43, B. I. p. ao3.

('.) C. II. f. 22, li

(5) C. II. f. 21, B. III. p. 72.

Buelue las riendas, o el cabestro al Pack dich fort mit deinem Esel,

ruzio y buehiete a tu casa. gehe heim (i).

Cependant, Bertuch a senti ce que le langage du chevalier avait d'élevé et cherche à donner à son style quelque chose d'archaïque et d'un peu solennel. Du reste, le début de la traduction de Bertuch est plus fidèle que la deuxième partie. A mesure que son travail avance, son tempérament personnel s'affirme et domine bientôt les scrupules du traducteur. Dès le troisième livre, Bertuch prend toutes sortes de libertés, ajoutant même et supprimant sans remords. Nous trouvons ainsi dans le même passage les retouches suivantes :

fue con mucha cortesia â pedirle las gieng er zur Seiîora Dona Christian

manos para besarselas. (so hiesz die Frau vom Hause) hin,

und bath, ûberaus zierlich und hœflich, von ihr zum Handkusze gelaszen zu werden.

une addition au discours de Don Diego :

und machet ihm den Auffenbalt bei uns angenehm.

qui est tout à fait injustifiée; enfin une suppression de détails incommodes :

el cuello era valona â lo esludiantil. einem Priesterkragen (2).

qui en dit long sur la hâte de l'écrivain à voir paraître la fin de l'ouvrage. Les trahisons que nous avons constatées se multiplient dans les derniers livres et en accentuent l'infidélité.

(0 C. II. f. i',o, B. III. p. 44o.

(2) Les 3 paaaagei dans C. II. f. 83 et Bertuch III. 267-8. Les noms propre» sont soulignés par Bertuch.

Quant au Don Quicliotic d'Avellaneda (i), il fut traité avec moins de respect encore. Bertuch ne s'inquiéta guère du texte espagnol; mais il se contenta de traduire l'adaptation française donnée par Lcsage en 1704 (2). Je n'en citerai comme exemple que le passage suivant du chapitre I :

Va no le llamaban don Quijote, >ino el sefior Martin Quijada, que era su propio nombre; aimque en amenda suya tenian algun pasatiempo

cnii lo que dél se decia, y de que se acordaban b lo deJ re>eatar ô

libertar de los galeotes...

SAGE : Enfin le Seigneur Martin Quexada, car on ne l'appeloit déjà plus

Quichotte, passoil pour un homme enlieremenl revenu dans «on bon sensi

rendoil grâces au ciel. Personne toutefois a'osoil encore lui dire aucune

. qui eût du rapport avec sa folie passée: en quoy, certe>, on faisoit panjî-

tre bien de la prudence. Il es! \ray que les rieurs du village $e dédomma-

it entr'enx de celte discrétion en * 'entretenant de ses avantures (3).

BERTUCH : kur/uni, aile seine Freunde hielten Herrn Martin (Juixada (denn

nun hieszer oicht mefar l'on Quixote) wieder fur rœllig rernûnflig und dank-

■ m Hinimel dafiir. Docfa wagte noch niemand mit ibm von Dingen zu

sprechen, die seine rorigen Narrheiten angiengen; und diesz war auch sehr

trut. Im Dorfe /.war und in der ganzen Gegend umlier war er mit seinen Abcn-

tlieuem /uni Mashigeo worden; allein daron erfubr er docfa nichts (aj).

La méthode de Bertuch et celle de Lesage se couvrenl donc exactement. C'est bien au nom d'un idéal, de L'idéal de toute Bon époque que Bertuch retoucha le Don Quichotte avec liint de décision. < >n Minait tort de voir en lui un pédant étroit et désagréable. Il a cru pouvoir suivre la

und Thattn, et» . \ . I .il. Je <ite d'après la Zwote lusgabi . Leipzig, ritgch 1781. La 6* partie parai la même anni

VmdminbU l>"" Quichotte •<>• la Mai

Uaneda, >i Induite* <!<• Cespagnol en fnnçaii f><>nr la première foie. \ Paria. Claude Baxfain, 1704. La m m de ui .->t donné 1 la lin du tome 11 dan- l<- texte du Prfrii

. eU. \ . p. 3.

voie tracée par la traduction de Shakespeare, avoir le droit de corriger Cervantes et de l'approprier à son public : il voulut faire un Don Quichotte allemand.

La traduction fut accueillie d'abord avec des sentiments divers. Le public, malgré les efforts d'une réclame diligente, ne s'était pas pressé de souscrire (i). Dès que le travail a paru, la critique s'en empare; YErfurter gelehrie Zeiiung approuve, déclare que Bertuch a su rendre parfaitement l'original (2). Hamann reconnaît les mérites du traducteur, mais fait des réserves (3); Herder estime ce qu'il connaît de la traduction de Bertuch tout à fait insupportable (/i). Murr porte des accusations plus précises, trouve la notice littéraire trop maigre, la traduction assez superficielle, semblable vraiment aux tapis retournés; il reproche à Bertuch de travailler trop vite; ses premiers volumes auront à ses yeux de la peine à mettre dans l'ombre le travail de Wolf. 11 se plaint des lacunes trop nombreuses, énumère des fautes, mais reconnaît que Bertuch a su à l'occasion rendre tout le comique de Cervantes avec sa saveur première, et il ajoute: « Un des meilleurs connaisseurs de la littérature espagnole me disait récemment : « Je dois avouer franchement que je considère comme une entreprise difficile et presque impossible de traduire le Don Quichotte sans que l'original y perde rien » (5). La méthode de Bertuch n'échappa pourtant point à l'attention,

(0 Zeit. fur vergl. Litgesch. X, a48. Ch. Weiaze h Bertuch : .">o jany. 177.V

(•;) Cité par Murr, Journal zur Kunstgeschiclile und allgemeinen Liiieratur, i. Teil 1775 p. 397. Nûrnberg.

(3) Kœnigsberger Zeitung. k mars 1776. Schriften IV, ',t;:.

(/1) Lettre de Herder à Hamann (Berlin 1889), écrite en août 1-77.

(;>) Murr. Journal zur Kunstgeschichte und alhj. Litteratur 1. Teil 177.") p. .mj") sq. Nûrnberg. Ou trouve un autre compte rendu .le la traduction de Bertuch dans la Neue allgemeine D. Bibliothek. AU. VI, p. 33y't sq.

et la revue de l'Aufklœrung félicitait hautement l'éditeur du \Iaga:in de son talent à donner si fortement « l'illusion de l'original », à faire disparaître « toute odeur de terroir exotique » (i). Bientôt les mérites de l'ouvrage furent reconnus, et les éditions se succédèrent.

Dès i-| une réédition, ornée de quelques mauvaises gravures de F. Contgen, paraissait, à l'insu, semble-t-il, de Bertuch, à la librairie Schmieder de Carlsruhe (2). La deuxième réimpression autorisée fut donnée encore par G. Fritsch, en 1780-81; c'est dans cette édition que parureni les belles estampes de Chodowiecki. Le libraire Schmieder fit paraître, en 178."), une reproduction, plus mal imprimée encore, de son édition, en ajoutant quelques gravures de Chodowiecki. L'Autriche ne resta pas en arrière : une réimpression de l'édition de Carlsruhe parut en 1798, à Vienne et Prague, chez Fr. Haas, avec quelques estampes de Chodowiecki, gravées à nouveau par YYeinraucfa (3).

fui donc un grand succès. Bertuch y gagna beaucoup d'argent. Bœttiger pouvait constater ironiquement que le Don Quichotte, qui n'avait pas empêché son auteur de mourir de faim, avail rapporté à un Allemand de quoi s'acheter une maison i . Sa traduction, dit M. A. Farinelli, lit époque : grâce à elle, l'esprit de Cervantes put pénétrer dans toutes les couches du peuple allemand

Mais il était entendu, depuis Dieze, que le Dni, Qui. chotte n'était pa- le seul ouvrage remarquable de Cervan-

"■ iUg. !•■ itiothek, 1. ."xi. Berlin-Stettia,

dernier tome esl 'I- :

V poui cet diverse* «'• • 1 i 1 1 • • 1 1 ~ I.. Rhii <■/■ Ltiger. Zastatndi uad /• itgeooe» n 1. {jj Zell. jùr vgl lÀlçuch, iSyâ. p. 3ai,

tes et que ses autres écrits portaient, parmi beaucoup de mauvais goût, les marques indubitables de son génie. 11 fallait conquérir ses autres œuvres au public allemand (i). L'initiative de Bertucb prvta ses fruits.

F. J. H. B. von Soden travaille sous la direction et dans l'esprit de Bertuch. C'est sur ses conseils qu'il traduit les Nouvelles sous le titre : Moralische Novellen Des Miguel de Cervantes Saavedra, Verf assers des Don Quixote (2). Le travail est dédié à Bertuch, dont il applique les principes; Soden renonce au secours des traductions françaises et traduit sur l'édition de Bruxelles de 1 6 1 4 . Malgré son intention de rendre le ton de l'original, Soden a dû rompre le rythme oratoire de l'espagnol et revient à la phrase courte, parfois haletante, mais vive et dégagée, qui avait, depuis Wieland et Bertuch, pris droit de cité dans le genre narratif. Aussi Wieland félicita-t-il vivement l'auteur d'avoir si bien su rendre l'esprit de l'original (3). D'autres mêmes

(1) Aucune édition complète des Nouvelles avait été donnée en Allemagne. Celle de Conrad! (1752) ne contenait que 5 nouvelles, el n'était qu'une adaptation d'après Chassonville.

En 17'iji, avait paru une traduction de Persiles sous le litre : Persilu» und Sigigmunda nordi*che Historié etc. Ludwigsburg. G. II. Ptotenbauern (l'exemplaire de la Kœnigl. Bibî. de Berlin a appartenu à Braunfels). C'est en réalité une traduction du Français, d'après l'édition de 17.H8, de Madame L. G. D. B. (Le Givre de Bichebourg). Le traducteur allemand l'ail à son tour d'amples coupures, qu'il essaie de justifier au cours même de sa traduction « wir wollen in dieser tlbersetzung eine so lange als verdrieszliche Brklœrung auslassen, utn /in- Erzœblung «1er Geschichte zu kommen, von welcher Erkenntniss zu erlangen es itzo viel gelegener ist, alseinem Skribenten in seiner Philosophie zu f"igen, welcher seine Malerie zu verlassen scheinet... als wenn der Léser ebenso gut als er pliilusupliieren luennte » (p. 216. Ch. I, liv. H)!

(2) Zum ersten mal ans dem Originale Qbersetzt. Lpz. Dodslej et Oie. 1779, 2 vol.

(.H) \. A. Farinelli. Revue Hltpanisque. 1889. Art. sur Humboldt et l'Espagne p. 243 n. L'article dé Wieland est dans le Teutscher Mcrknr de 1S00 seulement, p. a54 (Bilanz).

reconnurent tout de suite cette parenté. Ces nouvelles, .'■•rivait le duc de Weimar en 1780, « m'intéressent beaucoup. Le ton en est étrange, le style et la langue sont extrêmement beaux. Mais il me semble y voir apparaître le grand âge de l'auteur, car ça et là, au milieu de belles - d'ardeur, on en trouve d'autres qui sont d'un froid insupportable; j'ai été surpris d'une étrange similitude avec les imperfections de Wieland » (1). Quant au public, il accueillit les Nouvelle* avec faveur et ce succès encouragea Soden.

En 1782, il publie une traduction de Persiles : - \bentheuer des Persiles und der Sigismunde, rine nordische Geschichte von Miguel de Cervantes Saavedra, etc. (2 . La préface du Persiles contient des jugements assez dévelopsur ce roman : « On admirera dans cette œuvre la richesse de l'imagination, le plan tout ensemble compliqué el naturel, le style souvent luxuriant, maintes situatiens poignantes, la profonde connaissance dc< cœurs » Mais il avoue que le Persiles •< n'offre ni la force du style, ni l'exacte peinture dv> caractères, qui font du Don Quichotte le chef-d'œuvre de l'esprit humain ». Il a les défauts ordinaires de l'auteur : l'excès des épi-ode-, les contradictions, les invraisemblances; il a ses défauts propres : abus des antithèses, jeux dé mots, fades raisonnements, lieux tmuns, extravagance monstrueuse <\c> avenl - toul cela esl excusé par l'espril de son siècle et de sa

k. I.. von Kntbel» Literarischer VachUm und Briefwechul I. 116

/mu enteiunal aui déni wpan. Originale rerdeuUcht. Anspach cha B. F.

m de l'auteur n'eal donné <i"'!i ace. La rignette

tente un Mteau tecoué pu ta rague* courroucée! el un pèlerin tenant

1111 In

nation, et Cervantes n'en témoigne pas moins dans sa dernière œuvre d'un talent encore très estimable.

Soden fit sa traduction d'après l'édition de Bruxelles (1618), dont il avoue qu'elle est incorrecte, et une traduction française, celle, dit-il, de 1688, en 4 tomes (1). Le principe de cette traduction dépasse déjà Bertuch. L'auteur se soucie de donner au public, non pas un roman espagnol sous un costume allemand, mais le roman de Cervantes lui-même, tel qu'il est, avec toute sa saveur originale, ses antithèses et jeux d'esprit, ses mérites et ses défauts (2).

Soden continua, après ces deux publications importantes, à s'intéresser à Cervantes. Poète dramatique, il tenta même de mettre à son tour le Don Quichotte sur la scène. La préface témoigne qu'il ne se faisait guère d'illusions. <( Je n'ai, disait-il, emprunté au roman que les personnes, et pas le sujet : c'est une bouffonnerie musicale, qui tire toute sa valeur de la musique, du décor et des danses » (3).

(1) Quelle est eette édition ? On ne connaît mienne traduction française de 1688. L. Kins, liibl. I p. 368 note 2, suppose que Soden ;i en vue la traduction de 1618 en [\ livres. Soden fait à la traduction française le reproche d'être « trop libre et infidèle, à la mode française ». Il s'agit donc, non pas de l'édition de Rosset, mais de celle d'Audiguier qui parut la même année, et ajoutait en effet ou supprimait arbitrairement des passades entiers.

(2) Soden. Abentheuer, etc. p. if>. La préface est datée du 28 janvier 1782. (S) .liiliii> Freiherr Soden von Saszanfart. Schauspiele Berlin. Maurer

t. I, 1788. La 2' pièce est Don Qttixotte p. 101 sq. Opérette en 3 actes. Don Quichotte est à la cour du duc, bafoué, aimé; mais il repousse Eugénie, ['audacieuse rivale de Dulcinée, cl décide de partir pour mettre fin à tous les enchantements. Pour sécher les larmes d'Eugénie, on essaie d'une nouvelle ruse. Acte 11 : l'rgande, sur un char traîné par des escargots, remet à Don Quichotte le portrait de Dulcinée, c'est-à-dire d'Eugénie. Mais on annonce que Dulcinée esl morte. Le chevalier, écrasé d'un morne désespoir, ne Quitte plut le mausolée où elle repose. Acte III : Urgande reparaît, cl promet de rendre Dulcinée oi Don Quichotte vainc les dragons et le géant ses ennemis, et s'il

L'activité de Bertuch et de Soden est proprement vulgarisatrice. Parallèlement à leurs traductions, le filet d'érudition hispanique, qui avait pris naissance avec Dieze, poursuivait son cours parmi les obstacles.

Murr fut un érudit assez considérable, niais ne fut qu'un érudit. Ses connaissances sont souvent confuses ou fragmentaires, mal élaborées, désordonnées et superficielles. II a élargi le cercle des études littéraires; il y a fait entrer, outre L'Espagne, le Portugal, les cultures lointaines, la Chine même et l'étude des arts plastiques.

Il lisait, disait-il, de l'espagnol depuis l'âge de vingttrois ans (i); il voyagea beaucoup, entretint des correspondances suivies avec de nombreux savants, Isla, J. Macedo, Lopez, Capdevila a), qui le tinrent au courant.

Son moyen d'action 1<- plus puissanl fut son : Journal zur Kunstgeschichte und zur allgemeinen Litteratur. Nûremberg 1775-1789 . suivi, en 1798, du : NeueS Journal jiir Litteratur und Kunstgeschichte 1,1798-99). C'est une revue encyclopédique. .Murr y signale tout ensemble l'état de l'agriculture; de la physique, (U'< manufactures, la

i|nit!.- la chevalerie errante. Don Quichotte sort vainqueur de toutes ces épreuépouse Eugénie-Dulcinée : la pièce finit -ur une apothéose du héros. Les images Boni des sentimentaux. Sancho est 1>' bouffon populaire, gourmand et grand diseur de proverbes. Don Quichotte esl I. ii'n un malade, m;iis pas un incurable; il esl l>r:i\i-. bon, lc,\,,|, sensé el savant, tous travaillent ■ sa guérison. Le monde de Soden esl donc aimable, policé et idéalisé. Ces! un premier essai de réhabilitation.

(1) Ch. Gottlieb ron Murr, né en ■ t;*-; •' Nuremberg, \i~it.i rAngleterre, la

Hollande, Vienne, Venise, Vér (pas l'Espagne), correspondu jusqu'avec des

Chinois et fut membre de nombreuses mtes; m..rt en 1811 (d'après

ehrUnUxikon \. 11S iq. . L'oeuvre de Murr el ses relations avec

- • l"'" «tUré l'attçptJoH des érudits modernes. \ . . i r quelques in.li-

• ili. Z,it. /. vgl. Ugtch, \. p. Sao. (a) Y. Journal, etc. V, 3o; et 3n, Mil. uu6. et X, 31a.

bibliographie scientifique, les caractères généraux et la situation actuelle de l'art espagnol. Il s'intéresse à la littérature contemporaine, appelle l'attention sur les œuvres d'Yriarte (i), de Figueroa (2), de Luis Munoz, Don Francisco Pérez Bayer, Isla (3), L. Velasquez, suit les publications espagnoles et catalanes, annonce des livres nouveaux, donne des nouvelles politiques, parfois des textes rares ou des traductions (4). Gomme la revue française de la même époque : VEspagne littéraire, politique et commerçante, le Journal de Murr a la prétention de tenir le monde érudit au courant des progrès de la science et de la civilisation espagnoles dans tous les domaines. Si vaste qu'elle soit, son érudition manque fréquemment d'intérêt cl riste toute de surface : il utilise trop souvent des lettres personnelles, fait état de ses relations, régente le monde des hispanologues. Mais sa recherche désordonnée et éparpillée donne, dans son ensemble, l'impression profonde que l'Espagne a une vie intellectuelle très active, un passé littéraire très riche et qu'il y a là un vaste champ de recherches inexploité. La critique de Murr, si pédante soit-elle, ne manque point de bienveillance, ni de bon sens, et elle a répandu autour d'elle, en même temps que des connaissances, une curiosité avisée et avertie pour les choses espagnoles. Il est dommage que sa personne ait été peu sympathique.

(1) II,. V, j78 »q. et X, 197.

0>) Ib. I, 169-181.

(3) Ib. 1780, VII, p. 396; 178', X, p. aia; 1788, XL p. aSi.

Ci) De l'espagnol, Murr traduit encore Pater Joseph Torrubia : Vorbereiiung zur Naiurgeschichte von Spnnicn mil l'i Kupferlafeln (mil Anrmrkungen, nebsi Zusœtzen und Naehrichten, rite neuesle pqrlugiesische LÀtteràtur betreffend. Halle 1 7 7 3 . gr. I\° ■ Il donne des Naclirivhltn vota P. J. Torrubia dans

ton Journal. V, p. 3ou (1777).

AVANT LE ROMANTISME o7

Cervantes fui son écrivain favori (i). Il se tint assez au courant de la littérature eervantesque, connut les travaux de Mayâns > Siscar *3t même l'ouvrage de Pelliccr : Ensayo de una Bibliotheca de traductores espanoles, etc., 1778, qui contient des documents biographiques, des indications intéressantes el nouvelles sur Cervantes (2). En 1771, il :ya à traduire les deux premiers livres de Don Quichotte, mais il trouva qu'on devait savoir beaucoup de c( Localspanisches » et se découragea. « J'ai lu, disait-il, bien souvent le Don Quichotte d'un bout à l'autre, et j'y ai découvert chaque fois de nouvelles beautés, et chaque fois de nouvelles difficultés » (3). Don Quichotte lui paraissait proprement espagnol; il faut avoir été soi-même en Espagne pour comprendre et rendre la force de l'expression espagnole el de l'honneur espagnol (4).

Et pourtant, le D<>n Quichotte est une œuvre vraiment européenne : c'est à elle que l'Europe tout entière doit son bon goût (5).

Murr n'abandonne donc pas l'opinion traditionnelle, qui voit en Don Quichotte un chef-d'œuvre humain, écrit pour tous les hommes, mais il entrevoit une conception nouvelle : il comprend ce que Don Quichotte a de vraiment espagnol, de pittoresque vivant, de réalité nationale. Celte idée n'es! ches lui qu'indiquée, mais fera bientôt chemin.

Des autres parties de l'œuvre eervantesque, Murr connut le PersUes, qu'il déclarait excellent. Il se proposait, dès

(1) Journal I, 177.^, p. 396.

(?) Ib. \. p. g '1 îq.

Ci) Ib. I, 39;.

Ci) /''• I, 3i4 n.

(5) Ib. I, 395.

le premier numéro de sa Revue (i), d'en donner des spécimens en allemand, mais retira plus tard sa promesse, quand il apprit que l'ouvrage avait déjà été traduit en 17/16 (2).

Malgré ces indépendances de son goût, Murr n'en fut pas moins un homme de 1' « Aufklœrung ». Son Cervantes est un véritable philosophe. Ce fut, dit-il d'après les renseignements de Pellicer (3), un homme brave et loyal, un cœur sensible aux malheurs du prochain; il ne flatta jamais les grands ou les ministres. Convaincu qu'un homme probe est plus grand qu'un prince, il dédaigna les oripeaux des noblesses orgueilleuses. Il détesta la cruauté, la persécution, tout abus de la puissance, toute ambition. Seuls, Isla et Fielding se rapprochent de lui.

Dans un exemplaire de son Don Quichotte, Murr notait ces vers :

Lies Freund ! was hier der Lehrer Fieldings schreibt, Den Spanien darben sah, das seiner unwert bleibt; Und hast du ihn empfindsam durchgelesen, So seufze, dass du nicht Cervantes bist gewesen. Du bist fùrwahr, wenn er dir nicht gefaellt Noch thœrichter, als Don Quixot' sein Held (/))•

Murr n'assigne donc aucune limite à son admiration. Rien, dans ses jugements, ne nous permet de croire qu'il a su apprécier l'artiste; mais il a déjà deviné l'homme derrière le masque satirique. La voie est ouverte à Herder.

La réputation de Murr ne fut pas incontestée : on se moquait volontiers de ses manies de collectionneur misérable et impénitent et de ses ridicules personnels. On

(1) Ib. I, 21/,.

(2) Ib. VIII, p. 323.

(3) 7b. X, p. 23i sq.

(4) Journal X, p. a3a.

reprochait à son érudition d'être envahissante et désordon-

née ii). Quoi qu'il en soit, elle eut pour réel mérite de créer un courant de relations entre L'Espagne et l'Allemagne. Pour la première fois depuis de longues années, on retrouvait l'élite intellectuelle de l'Espagne et on renouait les anciennes sympathies. Avec Murr, l'Aufklœrung dit son dernier mot sur l'Espagne et sur Cervantes. Elle a, grâce à Dieze surtout, élargi considérablement son horizon; elle ne peut aller plus loin sans se ruiner. Don Quichotte apparaît comme un roman satirique, le roman satirique par excellence, qui met en scène la lutte de la folie contre la raison, et le triomphe définitif de la raison contre 1rs [déjugés, les intolérances et les bassesses.

L'érudition studieuse et désintéressée des premiers hispanologue<. de Dieze et de Murr, fait place désormais aux admirations plus vagues et moins savantes de Butenschœn, Calvi et Fr. von Kleist. Butenschœn témoigne de quelque information, d'un enthousiasme trouble et prétentieux, mais sincère. Dans un poème amphigourique qu'il écrit en l'honneur de Cervantes 2 et qu'il met, avec une Biographie, en tète de la traduction de Persiles (i~ Cervantc- *•-.) comparé à Shakespeare, ('.'est déjà une \éritable apothéose.

Kbet beym \N ink<- de* gantera Cervantes lachl Hoch «1er Greâi and du kiml...

kbet im Himmel amarmen aun Sel .

Den Rètter roui Tajo, der -'w dem Schlunde Fine- tchwaran Drachen entrÏM Der <li>' eddaten Beneo lerfleischte.

(1) P. ex. dam Der Teutsche Mrrkur i--\. I. partie, l'.irf..^. en

troore igl eewama dam te* tutrei écrita <l<- Murr, dea remarquei qui ne tonl pat .1 leur place. »

(a) Titre : Empfindui i UHglOckl

Lœchelad steho sic mn ilm, lechelnd mnnrmen Sic oun don, der ans ihren diirstern Gesichtern Sonoen bervomef, sic jauchzeo, Und <'oii reichl ihiu Ischelnd die Krone !

Cervantes est ainsi considéré comme un bienfaiteur du genre humain, qu'il a guéri d'un mauvais rêve (i).

La biographie du poète est puisée dans la préface de Florian et la notice de l'Académie (2). Les jugements littéraires ne sont pas personnels. La Galatée, dit-il, est un poème où domine l'amour ou plutôt la galanterie et où se font remarquer quelques chants ou sonnets (3). Butenschœn fait des réserves au sujet des Nouvelles, dont deux seulement.: Rinconete y Cortadillo et le Dialogue des Chiens lu? semblent dignes de leur auteur.

C'est le Don Quichotte que Butenschœn admire en phrases ambitieuses : « Don Quichotte est une œuvre qui défie le temps destructeur, un roman plein de morale, une satire qui s'applique à tous les temps et à tous les pays, également propre à distraire et à instruire l'homme sérieux et l'esprit gai, le philosophe et l'ignorant (den Idioten) » (4). C'est un livre classique, et qui mériterait d'être expliqué aux jeunes gens. Ces conférences, ajoute Butenschœn (5) seraient aujourd'hui plus indiquées que jamais, car l'imagination exaltée et le faible cœur l'emportent sur la raison presque chez tous. Parmi les obscures pauvretés du style, on distingue, chez Butenschœn, le point de vue de l'Auf-

(1) Ib. Nachrichten von dem Leben und dru Sehriften des berûhnxten Cervantes, p. IL

(2) Butenschœn regrette, p. XVIII, de n'avoir pu se procurer la biographie de M;i\;ins y Siscar.

(3) Ibid. p. XVI.

(/.) 1b. p. XXIX.

(5) Ib. p. XXXVI.

klœrung : le Don Quichotte est une satire encore actuelle et encore efficace contre les excès de tous les Stiirmer und Di.enger.

La traduction du Persiles i marque volontairement un retour en arrière (2). Tandis que Soden traduisait mot à mot, Butenschœn supprime sans scrupule : « Il y a des choses qu'on pouvait, au temps où Cervantes écrivait, dire et lire, mais qui nous rendraient aujourd'hui parfaitement ridicules . S . Butenschœn concentre le deuxième liv; quatre chapitres, les deux derniers livres en deux courts chapitres, supprime les poèmes, sauf quatre, dont il ne prend ni le rythme, ni le ton, supprime les épisodes, et change même la marche de l'histoire j». << Ainsi, disait-il. li- tout gagne incontestablement en intérêt, l'esprit de Cervante-, qui repose aussi sur cette œuvre, apparaît moins environné de nuages ». Sans admettre le principe de Floriai» : « Quand on traduit un ouvrage d'agrément, la traduction la plus agréable est à coup sur la plus fidèle » (5), Butenschœn prétendait pourtant plaire au public et s'ar- :it donc le droit de refaire l'œuvre de Cervantes selon

(t) Elle paml en 178c khu le titre : Lci>i tnden, n<i<h

ïptnùchen des Don Miguel de Cervantes Saavedra, nebst dem merkwiidi-

berûhmten S[ianiers und tinem Vermehe iïber die Spanische

• Lifleratar. Reidelberg. Pfahler. La dédicace e>t datée de juin 1788.

(2) A. Farinelli. Zritsch. f. vgl. UtQesch. t. Mil. p.

I'. XWII iq. A. 1 1 — i Batenuchcen appelait-il lui-mémi :.ige un « extrait ».

livre I. CI.. IX. p. 68, I. CI.. XVIII. p. lia, livre II. Ch. II. p et !i\re II Ch. IV, p. t63. \,,i.i l>- début du poème liv. I. Ch. XMII (Ceri Ed. Un. h >) :

lluve el rigor de la ioreucible n

Advertiiln y et \l- V..i in die \r. h.' giog Frlflde uni ilm her.

/' ïd p KZXXD. ,

BKRTBA>D |

le goût allemand, c'est-à-dire selon son propre goût. Par malheur, le sien était détestable.

Le Chrestomathie de Calvi (i) donne à Cervantes la place d'honneur dans la poésie espagnole. Calvi tient toute sa science de Bertuch et de Dieze. L'admiration qu'il a pour le Don Quitxote (sic), il la reporte sur les ouvrages secondaires. Il reproduit le Retablo de las maravlllas (2) et la Fuerca (3) (sic) de la Sangre. Les intermèdes lui plaisent par leur « brièveté et l'intérêt de leur intrigue, l'humour original, l'esprit délicat et l'exacte imitation de la nature » (4). Dans les Nouvelles, il aime la pureté classique du style, la philosophie de la vie, la peinture profonde des passions humaines, ses traits satiriques et la marche rapide du récit (5). Cervantes excelle dans ses Nouvelles comme dans Don Quichotte à saisir certains traits de la nature, que tout le monde remarque, mais que personne ne songe à représenter. C'est pourquoi, ajoute-t-il, « je voudrais comparer le style de Cervantes à un lac, au bord duquel fleurissent les fleurs et les arbres, que tous aperçoivent, mais oublient aussitôt à cause de la banalité du spectacle. Soudain, on en voit se refléter l'image dans l'eau, et voilà que le spectacle nous frappe » (6). Tout cela est évidemment un peu gros, mais l'intention y est.

Une autre des anthologies qui fleurissent à la même époque,, le Spanisches Lesebuch fur Anfœnger donne, sous le titre de : Historia muy divertida, la quatrième nouvelle

(1) Spanische Sprachlehre and Chrestomathie, von J. B. Calvi. Leelor de? spanischea und italienischen Sprache m Gœttingen, Helmstœdt, Fleckoiten, 1790.

(■') Ibid. Prosaischer Theil p. 3 sq.

(3) La Fuerzà de la Sangre p. 3o-64.

(4) Ibid. p. 4.

(6) Ib. p. 29,

du livre II des Nouvelles exemplaires (i). Le zèle pour Cervantes ne faiblit pas.

Après Butenschœn et Calvi, c'est Franz von Kleist qui rompt une lance en l'honneur du poète espagnol, dans la Deutsche Monatschriji de 179:^ (2). 11 prend comme épigraphe le vers de Florian :

Il corrigea son siècle et mourut de misère.

La biographie s'inspire plutôt de Florian que de Bertuch. Kleist professe une grande admiration pour l'héroïsme de la vie de Cervantes et maudit l'Espagne, ce pays « où les grands esprits sont si rares » (3), d'avoir Cervantes mourir de faim. Les jugements littéraires sont peu originaux : la Galatée lui semble remarquable par quelques beaux chants et la peinture de chastes amours: dans les Nouvelles, il note surtout le tableau de Séville et ses vives couleurs (4); pour Les pièce-, Klri<t adopte la thèse de Nasarre (5) L'œuvre capitale de Cervantes est, à sr< yeux, le Don Quichotte. Le roman est aussi beau que sa vie et reflète sa vie. Cervantes, comme Leasing, a droit, à défaut de la reconnaissance qui- leur devait leur temps, à l'admiration de la postérité. Car il- furent de vrais prince- de l'humanité, plus ml- que ceux même- qui portent «le- couronnes (6).

Calvi, Butenschœn, Kleist oe prétendaient point faire autre chose que de la vulgarisation. Mais la critique cci-

(1) Par J. I> Wagener i-,.. Ilnuliiirg, Hoffmann p. 66 sq. !.<• texte de II noureUe cerranteaque est mutilé et défiguré par les faute* d'impression,

(2) 179a. II. i>. Sg sq. •< Dai Leben des Cervantes ».

Eirhliom. LiÙerœrgeMehlchte. 1. Helfte 1- ' partie ne

parut qu'en i8ta) citera Cervantes comme représentant de la sitire, de la nou- Telle et du roman espagnols ($ a3<y.

vantesque avait accompli en Espagne, dans la deuxième moitié du siècle, des progrès importants. De belles édK tions comme celles de l'Académie ou de Sancha, d'imposantes recherches biographiques comme celles de Pellicer ou de V. delos Rios avaient renouvelé l'intérêt pour le poète du Don Quichotte. Une grande étude d'ensemble sur Cervantes semblait nécessaire pour rassembler cette science un peu dispersée. Les Allemands en éprouvèrent le besoin, mais ils étaient trop dépourvus des matériaux bibliographiques indispensables pour se risquer dans une tâche aussi considérable. Cependant l'essentiel de la science des choses hispaniques fut recueilli et présenté, sans ordre du reste, dans un travail assez considérable de Friedrich von Blankenburg : Litterarische Zusœtze zu Johann Georg Sulzers Allgemeine Théorie der schœnen Kùnste 1796-98 (1). Blankenburg donne, mais au hasard de l'ordre alphabétique, des renseignements assez nombreux sur les œuvres espagnoles, en particulier sur celles de Cervantes. 11 a lu Mayâns, Signorelli, Pellicer, Nasarre, et parmi les érudits allemands, Dieze, Schiebeler, Bertuch, Denina, Butenschœn. 11 fournit des dates, des références bibliographiques, cite les traductions allemandes du Don Quichotte de Bastel, de Wolf, de Bertuch (2), les Nouvelles de Conradi et de Soden. Les jugements n'ont rien que de traditionnel. La Galatée (3) lui paraît d'inspiration trop jeune; les nombreux épisodes en compliquent le plan, le style est affecté, mais les poèmes sont excellents. Quant au

(1) 1" tome, 1796; t. II, 1797; t. III, 1798. Blankenburg était mort peu ■Tant l'impression du i" volume. La préface de l'éditeur est datée du ■jo mai 1796.

(■.>) LitterarUche Zuswtze... III, 35 b.

(3) Ibid. I, 121 (a-b).

théâtre i sur lequel Blankenburg insiste particulièrement, il est moins original qu'on ne le croit. Nasarre est à la fois trop prévenu pour sa patrie et trop aveuglé par les préjugés français. Cervantes ne semble à notre auteur avoir rien inventé. La division des comédies en trois journées pourrait bien avoir été tentée avant lui, les allégories étaient certainement acclimatées sur la scène avant ses essais. Les pièces n'ont de valeur que si on les considère, ainsi que le fait Nasarre, comme des parodies des œuvres de Lope ».

Blankenburg commit nombre d'erreurs matérielles (2); son érudition est souvent de deuxième main. C'est ainsi qu'il avoue ne pas connaître La \umancia et El Trato de irgel, mais sur la foi de Huerta il déclare, à son tour, qu'elles eussent gagné à rester inédites. Malgré ses ignorances el ses étroitesses de goût, Blankenburg offrait aux jeunes incompétence-, une science accessible et en somme respectable. A toul ce groupe d'érudits et d'écrivains qui gravite, ;'i la lin du xwu" siècle, autour du rationalisme philosophique, Cervantes apparaît donc comme un génie lumineux, victime des forces obscures du passé, adversaire dangereux dans les luttes nouvelles. Son œuvre reste aux yeux du plus grand nombre ce qu'elle était pour Dieze et Bertuch, l'épopée de la lutte entre la raison et la folie, un riomphes les plu- splendides de l'espril moderne.

éralemenl dédaignées; les Nouvelles Boni acceptées en partie. Gelatée plaît davantage aux admirateurs de Gessner et de Florian. El (iessner luimême disait : " ( ',(1 lu tée es! arrivée et m'a remis la guir-

temple 1 l'édition .!-• lu Induction \\ • .If m

DI, i .m lien .le : Lterfer /. heen (II,

faut lire : Leidtn Zueyer Liebenden.

lande que son père m'avait destinée. Ah ! qu'elle m'a fait passer des heures délicieuses pendant l'hiver !... Quelle naïveté ! Quelle grâce ! Quelle sensibilité dans tout ce qu'elle dit ! Espagnole d'origine, cela lui donne un air romanesque qui la rend encore plus intéressante » (i).

La renommée de Cervantes profite de la renaissance de l'idylle; en 1787, la Galatée de Florian est traduite par Mylius (2). En 1799, paraît, à Baie, la même Galatée, à la fois en français et en allemand. Meiszner s'inspire tout ensemble de Cervantes et de Florian dans sa Joséphine (3).

Mais la fin du xmii" siècle est avant tout une ère de conflits littéraires et sociaux; nulle époque n'est plus propice à la satire. Elle prend bien souvent le masque redoutable de Don Quichotte. Elle s'attaque à des courants nouveaux et troubles, qui inquiétaient les esprits pondérés des philosophes.

Contre les sociétés secrètes et les Cagliostros du néomysticisme est dirigée VErscheinung und Bekehrung des Don Quixote de la Mancha im letzten Viertel des achtzehnten Jahrhunderts (1786) (4), dont la pointe se tourne plus

(1) Voir dans les Œuvres complètes de Gessner. Nouv. Ed. Paris. Duprnt- Duvergier, 1812. t. II, p. 216 et Dorer : Cervantes und seine Werke. p. 100. Lettre à Florian qui lui avait envoyé sa Galatée. Il semble bien, à voir l'enthousiasme de Gessner, que la Galatée lui ait été révélée par Florian. G. Schlcgel, Charakteristiken und Kritiken, II, p. 335, déclarait plus lard que » Gessner aurait pu beaucoup apprendre dans Galatée ».

(2) Berlin, Maurer, avec la traduction de la préface de Florian sur la vie et les œuvres de Cervantes.

(3) Parue dans Apollo. Prag 11. Leipzig, Mai 1793 (Cf. Goedeke. Grundriss VI. 701) et dans les Skizzen de Meiszner, t. XI et XII, Sammlung-Verlag der Dykischen Buchhandlung 1796. p. 3-34.

Ci) De Ma». Nolehart Steimer (Leonhard Meister). Wesel auf Koaten des Verfauert gedruckt. Cf. Biua Biblfografia, etc. Il, 3og. Troie ont avant, avait paru une autre satin sociale : Don Quixotlc, der irrende Hitter unserer Zeii, Oder Beilrag zu Sulzers Ulerrarisclien lieisen, Main/. 1783 (Durer, /. c. p. 3o).

spécialement contre les Jésuites. Les Freimaurerische Wanderungen des weisen Junkers Don Quixote von Manche und des groszen Schildknappen, Herren Sancho Pansa i-"-- i vise la franc-maçonnerie dont le but : liberté, culture, philosophie est admirable, mais les moyens : magie, alchimie, théosophie sont dangereux: le héros se laisse mourir de faim.

Wendelin von Karlsberg, oder der Don Quixoti der 18. Jahrhunderts (187 es! un épisode de la polémique

contre Basedow : le nouveau Don Quichotte, poussé par sa foi philanthropique, part en guerre contre la méchanceté et rencontre toutes sortes de mésaventures. C'est par avance la raillerie îles enthousiasmes révolutionnaires.

La satire sociale s'inspire encore de la forme et des motifs de Don Quichotte dans l'épopée comique du Wiener Mmanach 170.V94 : Melchior Striegel 3 : Melchioresl un idéaliste qui se fait beaucoup d'illusions sur la société : auprès de lui, chemine son Sancho Pansa, Krummschna-

l.el.

Flaming, dans le roman de <i. Freier \. Lafontaine Leben unit Thaien des Freyherrn Quinctius Heymeran von Flaming \) esl une parodie des aristocrates du temps. Le héros ne parle que libellé, égalité, critique de la morale.

(1) F.ino Jahrmarkupoaae. DeuUchland, ohne Erlaubnisder Obérer* (anonyme. L'auteur 1-1 a. Gœchhausen (Cf. T. IWger, Don Quixote in Deutsch-

Iniul, cU., p. 81).

(•') Leipzig. Heinsit». Cf. Rira, Biblioçraflt, etc. H. p. 3og el T. 1 "/'. cil. \>. 7") tq.

Voir article de 0. Rorarod dam Ergenzungsheft, igoo1 M.

I If. 8trfegel, de .1. F. Ratachky, paru! en rolome en 1709. Le même

itenail d'autra réminiace 1 du /'••" 1 l. I.

Hatchka : Vbei <l<-i, Runm rappelle diveri raotifi du romau (ibid. M. ■

" partie \- ■ !.. iiui. Vota. ' éd.

raison, est tout plein de grandes idées dont il ne comprend que la caricature, et tout entiché de sa noblesse qui n'est rien moins qu'authentique (i).

D'autres parodies s'adressent plutôt au goût renaissant pour les romans de chevalerie. Kuhnemund von Thorcneck (1795) est fondé sur les données même du Don Quicliotte et met en scène un gentilhomme que ses lectures ont rendu fou et qui veut restaurer la chevalerie, la vaillance allemande, la vieille langue (2).

On s'accorda donc, dans le monde des « lumières », à considérer le Don Quichotte avant tout comme une satire, comme une œuvre de la raison. L'AufkLnerung n'était point capable d'autre conception; aussi défendit-elle aprement ce Cervantes qui était le sien. Cependant, autour d'elle, le nombre de ses ennemis croissait. Un esprit nouveau souffle à travers la littérature allemande; on se passionne de moins en moins pour la vérité générale de l'œuvre d'art, de plus en plus pour son pittoresque actuel, pour ses réalités populaires, pour ce qu'elle a d'original et de poétique. Les voyageurs qui parcourent l'Espagne, Herder, les Stûrmer und Drœnger, Schiller et Gœthe préparent des voies nouvelles où s'engagera hardiment le romantisme tout entier.

(1) Citons encore d'après L. Rius, Bibliografia, etc.. II, p. 3io : der brlmgene Landjunker, oder Geschichte eines deutschen Don Quixoltr. Hirschburg 1791, bey C. (!. Ussner.

(2) D'après T. Berger, op. cit. p. 82, qui rite lui-même d'aprèa K. Miiller- Fraureulh (die Ritter-und Rcuiberromane. Hall 1894. p- jr>0- Berger ib. cite encore (huis ce genre les romans suivants : Ekto non Ardeck und Rlika von Rollerhaasen, Ritterroman aller Riterromanf (179/1); Leben und Thaten des geittréichen, beleterun, edlen FraeuJeins Karfunkelstein von Ofenloch. (Erluugcn 1801.)

Il était malaisé d'atteindre à cette culture lointaine et longtemps dédaignée. Les livres espagnols étaient rares : seules quelques bibliothèques universitaires, Gœttingen, par exemple, recelaient des collections importantes d'ouvrages espagnols. Presque tous les érudits font entendre les mêmes plaintes. Schiebeler attribuait son ignorance des choses d'Espagne aux difficultés matérielles, presque insurmontables, que rencontraient tous ceux qui voulaient se tenir au courant de la production littéraire de ce pays (i). Dieze constate la rareté des textes espagnols en Allemagne (2). Murr précise encore ces griefs : « Quel bibliophile, dit-il, ignore-t-il combien il est difficile et coûteux en Allemagne de se procurer une poignée de bons auteurs espagnols ?... des fascicules tout entiers à demi déchirés, décousus, pleins d'annotations manuscrites illisibles, imprimés en partie sur du papier buvard jaune, dans un formai désagréable et incommode, voilà comment l'amateur reçoil les plus beaux fruits des muses espagnoles, - une longue attente, beaucoup de peine et de grands frais. Heureux encore s'il les reçoit ! » (3). Aussi demandait-on que les libraires allemands éditassent les textes espagnols j : le plan de Bertuch fut accueilli ,

i.nfinx and d,-, fnUn Kiiufe. Einige ' <"• Bûhne bétrtffend. Lp/. I. Bd.

C. PiloUct, Contribution*, etc., p. ,,,'. ,.| „,,t.\ (3) Gttehichte der Dicktkansi... préface f.

1 1 tfi rkui 1. III. foc. I. p. iq5 juillet ,--

faveur (i). Malheureusement, on s'en tint à des projets, ?t cette pénurie de livres influa gravement sur les recherches hispaniques (a).

Cependant, la connaissance de la langue espagnole se répandait lentement (3). Quelques efforts de vulgarisation furent tentés. En 1778, parut, à Erfurt, la grammaire de Bahrdt, qui contenait des extraits espagnols (4); une deuxième édition, très augmentée, fut donnée en 1788, une troisième en 1797. Bertueh, en 1790, publia, pour illustrer la grammaire de Bahrdt, son Anthologie : Manual de la Icngua espanola. La même année, un lecteur d'espagnol et d'italien à Goltingue, J. B. Calvi, iit paraître sa Spanische Sprachlehre und Chrestoinatliie (5). C'esl avant tout une chreslomathie. Le lexique et la grammaire n'ont d'autre but que de préparer à la lecture des auteurs. Un autre recueil faillit voir le jour vers la même époque à Lunebourg, plus spécialement destiné aux jeunes gens qui se destinent au commerce; mais l'impression de ces : Vermischle Aufsœtze (6) fut interrompue on ne sait par quel

(1) Murr. Neues Journal, etc. X. 1783 p. 28g Bq.

(■>,) C'est ainsi que Butenschœn, dans le Versuch tiber die spanische scheene Litleratur, qui accompagne son Persiles (p. XXXVI el p. L) el VAllgemeirii Literaturzeitung f]gà n° 317 p. 17, 11° du 2 juillet, se plaignent Je la rareté du Nie. Antonio.

(3) L'A. L. Z. disait encore en 1788. IV p. 5a6 r<> nov.) <• Quant à l'espagnol, personne ne le connaît. »

(/1) kurz gef assit spanische Grammatik, worinnen die richtige Aussprache and aile zar Erlernung dieser Sprache nœtigen Grundscetze abgehandeli und erlœuteri sind, <I<i*h ein Jeder, der lateinisch versleht, dièse Sprache in ein paar Wochen bhne Lehrmeister zu lernen im Stande isl, nebsl einigen Gesprœchen und kbtinen Gedichten ilrs l illejas, Boucan und Garcilasso.

(5) Chez G. Fleckeisen, Uelrastaedt, qu'il <!«'•<! i«* à Martens. P. 1 7 ti jusqu'à la fin, lexique contenant un certain nombre des mots de la Chrestomaihie.

(6) Vtrmischtt lufsicetze in spanischer Prosa, etc., par C. D. Ebeling, 1807 (d'après le Vorbericht).

accident, et ne se termina que seize ans plus tard. In Spanisrlu's Lesebuch fur infœnger parut cependant à Hambourg, en 1793 1 . L'auteur, J. D. Wagener, s'était contenté d'une compilation d'extraits, mal gradués, mutilés '•t enrichis de fautes d'impression : Le succès en fut médiocre 2 . Wagener ne voulut pas rester sur cette défaite, et composa un travail plus solide : sa Spanische Sprachlehre (3). Le nouvel ouvrage marque un progrès sur les précédents, par l'importance qu'il attribue à la prononciation et à l'accent, par les exercices d'application, lettres et versions, petits poème-, conversations qui l'agrémentent et I'étayent.

Les dictionnaires se firent attendre : ce n'est qu'en 1796 que parut le premier essai : Diccionario Espemol y Alcmân, de Er. Aug. Schmid, l'ami et le disciple de Bertueh, qui n'eut pas un succès immédiat i .

Grâce à tous ces efforts, la langue espagnole devint d'étude plu- aisée et plus répandue. Les poètes eux-mêmes

l'apprirent. Bûrger étudiait l'espagnol avec Boie; Goethe le lui s;m> doute aucun (5 . Cel intérêt pour la langue espagnole est l'indice d'un intérêt plus large pour la culture espagnole toute entière. Presque tous ces travaux linguis-

(1) Aviv un lexique contenant des mots dîfCcilet

L'A. L. Z. i- , déclarai) : <• II faut avouer qu'un

livre n'eal pai fait pour attirer il.- admirateur! 1 la lai . Leipzig i T'< * - " ',^•,', p-Tii en 1789 i Vienne un essai sur les synonymes

ois, d'un se rétaire d'ambassade Don I. I.. .1.- la Huerta (Cf. l. /..

partie paru) en 180S cl trineili ZeiUt >>.. . i d'antres travaux : un dictionnaire hispano-allemand \. \'<>

fnmdtn und allg. Spnehkunde, III Leipz. 1- <•! des

und -i. r Handlui \ ! rinell

tiques visent à donner de la langue une connaissance pratique. On se prépare à voyager.

Quelques esprits, Murr par exemple, avaient soupçonné l'intérêt que pouvait offrir la patrie de Don Quichotte, mais on se contenta longtemps de traductions de voyages étrangers. Barelti, R. Twiss, G. Ch. Pluers, Thicknesse, W. Dalrymphle, Fr. Carters, Dillon, d'Aulnoy, Carbonnières et bien d'autres vinrent éveiller l'imagination allemande (i). Gerstenberg écrit une correspondance imaginaire de l'Espagne (2), .1. J. Volkmann compose, sans avoir vu le pays, un Guide consciencieux, très au courant, et qui eut de la vogue (3). On publie même un récit de voyage ancien (4).

Bourgoing eut en Allemagne une influence particulière, peut-être un peu parce que l'auteur séjourna lui-même en Allemagne, et qu'il y était quand parut son livre (1789) (5), mais surtout par l'intérêt, l'information et l'esprit même du récit, qui allait inspirer toute la littérature allemande de ce genre. Bourgoing est un homme de l'ère des lumières, qui déplore bien des retards et des fautes de

(1) Pour le détail, Y. A. Farinelli. Zeitschrift, etc., fSg5, p. 3i3 sq.

(2) Suite des Bride liber Merkw&rdigkeiten dér Littemiur (1767) dans B. Seufferls Neudrucke. S t » 1 1 1 pr . 1890, II, p. af>8 sq.

(3) Joh. Jak. Volkmann. Neueste Reisen durch Spanien vorz. in Ansehung dcr Kûnste, Handlung, Qeconomie mut Manujakturen ans den besten Nachrich- Icn and neueren Schriftcn zusammengetragen. Leipz. 1785 (nebsl einer neuen Reisecharte durch Spanien. a" partie 1786).

(4) Fteise elnes Vngenannten durch Spanien im Jahre 1655 im deutxcnen Auszuge. 1786. Trad. de J. Makle. CI'. 1. L. Z. 1787, 1. IV, p. 681.

(5) Nouveau voyage en Espagne ou Tableaa de l'état actuel de cette monarchie, par J. Fr. Bourgoing. Paris, 178g. Recommandé très chaudement et analysé avec force détails dans 11. /.. '/.., 1780, p. 6.65-70 (aa juin).

l'Espagne, blâme ses préjugés religieux, l'imprévoyance

de ses gouvernants, la multitude des prêtres « qui vous scandalisent et vous dévorent i . mais qui insiste avec une sympathie souvent admirative sur le climat, la richesse du sol et les qualités de la race. Il s'attache à peindre ['Espagne tout entière sous la forme d'un vo> qui commence à Bayonne, fait le tour de la péninsule et linit à la frontière catalane; c'est à propos de Madrid que le voyageur étudie la littérature, l'art et toute l'activité intellectuelle du pays. Chemin faisant, nous trouvons toutes sortes de détails techniques sur l'industrie, le commerce, la géographie de l'Espagne. Ce récit de voyage imposera sa forme, sa méthode et souvent son esprit aux récits allemands qui vont paraître.

Le voyage est pénible : on le faisait de préférence sur la carte. Les premiers récits dont se repaissaient les curiosité- du public étaient des compilations plus ou moins artificieuses, plus ou moins érudites. Grosse encore vit dans le tableau de l'Espagne, qu'il n'a jamais connue, un prétexte à vains effets de style (2). A défaut d'autre valeur, récits ont au moins l"a\antaj.r<' «le prouver la popularité du genre. Mai- à l'exemple d>-< Anglais et des Français, les Allemands s'élancent à leur tour, parcourent l'Espagne.

(1) J'analy>f <•( cite d'après la Y édition 1807, Paris, Iborneisen, 3 roi., qui reproduit à peu prèa l'édition <\>% 17M7 (la a') Le Tableau de VSsp*gru moderne fut traduit en allemand soua le titre: de» llrrrn Hitler son Roarpoing Reise durch Spenien 00m Jahre I . AfU dem Franz. Mil einer

illuminierten Charte, Plunen, Kupfem und cinem Anhang des Herrn f'r,,f. Tyçtuen &ber den gegenweertigen Zusland der spanischen Lilteralur. 1" t. 17NJ, / t. i;v" Le Supplément de lychees est proprement bibliographique.

(a) / 3panien. Halle i-ii \ Parinelli, Zeilt. i8o5, p. 5a5,

Schlckeaie ui«i \ erfoigungen in Deolachtend und Spenien 1792.

s'étonnent, critiquent, regardent et s'acclimatent, et finissent par comprendre.

Fr. G. Baumgsertner n'est point auteur : il ne se décide à noter ses impressions qu'après son retour, et sans autres documents que ses propres lettres écrites d'Espagne. Son ouvrage : Reise durch einen Teil Spaniens nebst der Geschichte des Grafen von S. (i) renferme tous les traits de mœurs, jalousie, orgueil, etc., que contaient les autres récits étrangers, mais marque déjà une réaction contre la vision romanesque : l'Espagnol, dit-il, qu'on se figure volontiers armé de sa dague, enveloppé dans sa cape, circule dans ses rues aussi bourgeoisement que le bourgeois d'Allemagne. Le récit de voyage repose désormais sur des événements vécus. C'est le seul intérêt du livre de Baumgœrtner.

Un autre voyageur a habité Madrid en 1790 et décrit ce qu'il a vu, dans la DeutscJie Monatsciirift (2) : la vie y est, dit-il, misérable, le peuple est gai, aime les fêtes et les courses de taureaux, le fandango et les castagnettes, mais la ville est malpropre, et les maladies, principalement les maladies vénériennes, y sont à demeure.

Tout cela est sans doute superficiel, mais sincère. On avait peint l'Espagne comme un pays de rêve, romanesque et brillant; les Allemands commencent à y découvrir, à côté des manifestations curieuses d'une culture exotique,

(1) Reise durch einen Theil Spaniens nehst der Geschichte des Grafen von S. Leipz. 13aumga?rtner, sans date. Le voyage signalé dans 1*1. L. Z. 1793, n* 3a3 (22 nov.), fut, d'après la table des matières de VA. L. Z, effectué en 1788.

(3) Dans le t. III de 1702, p. 327 sq. (déc.) L'auteur signe II. ..r; le titre est : Beitrœge zur Charaklerislik der spanischen Nation.

ls de la réalité vulgaire et parfois vile, une Espagne plus vivante et plus saisissante.

Le voyage en Espagne devient désormais un genre littéraire, où s'affirme pleinemenl la personnalité des auteurs. Selon -"ii tempérament, chaque \<>yageur observe tels caractères saillants du pays et de la race: mais de toutes ces images diverses se dégage spontanément pour le public une vision d'ensemble.

Kaufhold publie à Pâques 1797 son : Spanien wû gegenwœrtig ist (1). II ne veut pas, dit-il, parler de l'Espagne « comme <i elle en était encore au temps de la chevalerie » (2), mais il s'efforce de saisir la vérité actuelle, de comprendre l'âme de l'espagnol : le type de la rac brun chez les hommes, pâle chez les femmes: leur regard esl ardent : l'esprit, la satire, la ruse, la fourberie et l'inimitié jaillissent dc> yeux. L'Espagnol aime le chant, la guitare et les castagnettes, mais ignore tout de la politique (3).

Malheureusement, l'ouvrage était mal composé et mal écrit. Il fut presque aussitôt éclipsé par de- travaux plus littéraire-. La deuxième édition de Bourgoing, corrigée <| augmenter, paru! la même année et fut couverte d'éloges.

(1) In physischer, moralischer, potitùeher, religiœser, ttatmtischer une lil<rarisrinr BUuichi nu •)>■„ Bemtrkungtn eines Deutachtn wœhrend AufenthéUê in \1a<lri<l in ,/r/i Jnhnn 1790-91-93, i tomes, anonyme. \. l-.niti.-lli n'a pu ru découvrit I.. paternité1 m la Yen* àUgtmeine deaitche

Biblioihek I.Y. ', r - . et Kayser : Bûehetit3%kon \ I •■ nom de l'autan]

d'ailleun inconnu de toute ton époque; la /en. lUg. Zeitung de 180g in

'■•il I propoa de roumgc .1.- Kanfhold •■ .-m Priratgelehrter in Krfuri . que ce nom n'était encore indiqué nulle part. L'exemplaire de i nigliche Bibliothek de Berlin porte 1 l'encre le nom de Kaufhold.

(j) Vorbtricht, p. N .

(3) Spaiiien, etc., II, p. ig$.

C. A. Fischer se fit une productive et populaire spécialité du récit de voyage espagnol. Il partit pour l'Espagne en 1796, en revint en 1798. Les Allgemeine geographische Ephemeriden (1) YArchiv der Zeit (2) donnaient des. extraits de son premier ouvrage avant même sa publication. Ainsi annoncé par cette habile réclame, il parut, en 1799, sous le titre de : Reise von Amsterdam ïiber Madrid und Cadix nach Genua in den Jahren 1797-98 (3). C. A. Fischer y donne des renseignements très précis sur la vie espagnole, les conditions du voyage, le caractère des habitants, l'état présent de la littérature; il décrit les scènes de la vie quotidienne, les jeux de tambourin, les courses de taureaux, les costumes de marin, les danses sensuelles et tout le pittoresque troublant de Séville et de Valence. L'ouvrage suivant, le Gemœlde von Madrid (4), est plus technique, et abonde en renseignements précis sur ia géographie, la topographie, la population, le commerce; le voyageur a regardé la rue, les processions, les retraites, écouté les guitares, parcouru les musées et les palais, observé le climat et ses effets sur la santé publique. La critique accueille avec enthousiasme les livres de Fischer. Aussi se hàte-t-il de publier un troisième tableau : Ge-

(1) Mars 1799, p. 217-538 et mai, p. &4i-46i : Ansichten von Madrid.

(2) Avril 1799, I> 309-19 : Voyage de Bayonne à Bilbao.

(3) Chez Unger, Berlin. Avec un Anhan<i iiber dos fteisen ii> Spanien Annoncé on outre par le Teutsclier Merkur 1799 3. tue., p. 217 M}. La 2' édition parut en 1801 (Préface datée de la foire de Pâques, 1S01).

Ci) Chez l'nger (l'avis au lecteur est daté de la foire de Pâques 1802). Plusieurs extraits parurent dans la Zeiliinij filrdie élégante Weli à partir du 6 octobre 1801, X0' 120, p. 960; 139, p. 112/1; i4i» p. n38; lia, p. 11S9 sq.; [5o p. i3or>; i5l, p. 1219 sq.; i56, p. 1259. L'ouvrage était alors sous presse. La Zeitung fiir die el. Well donne encore en 1802, n* 71. p. 571, V Art ;u reisen in Spanien.

AVANT LE ROMANTISME Dé

mœlde von Valencia i d'un caractère tout à fait différent. Tous ceux qui ont écrit sur Valencia n'ont, dit-il, qu'un défaut : ils ont négligé la vie même et l'âme. C'est la vie de Valence que Fischer va tâcher d'exprimer dans une peinture vivante et passionnée. Son admiration pour Valence esl sans bornes : il chante le « climat ravis sant » 2 . le pays, vrai paradis, et la beauté des femmes; « leur idéal climat, leur poétique religion, leurs légendes romantiques, tout donne à leur imagination un e-sor, une richesse, une vivacité indicibles... Heureux qui peut aimer sous ce climat ! Trois fois heureux qui peut être aimé do m mes » (3).

On admira dans Fischer cet élan de la description, l'enthousiasme et la tenue du style i . !;i précision des connaissances et la sûreté de l'information 5 . la vie et l'animation de son tableau (6).

H. F. Link, qui visita l'Espagne el le Portugal vers la te époque, en lit une description d'un esprit tout dift 7 . Dans ses Bemerkungen auf eincr Reise durch Frankreich, Spanien und vorzûglich Portugal (1801-18

1 " 't II' partie, Leipzig i8o3. Gneff (la préface esl datée de la foire de La Zeitung fur die élégante Welt de iNd-' publie de* extrait* dm- n" -\. [.. juin I; l 'n , p. m

rb. 11 116.

; . vi iq., qui donne, à ce point de vue,

lnhl,,iu ,1,

il. .ut dans la Leîpz. LUtzg. 180a. H \r dit .■/. Welt. \-. \ .

ueur 1 Roatock, accompagna dana la péninsule Ibérique le Hoffmannsegg. <•,, partil de Hambourg -n 1-

!• comte reata r étudier la faune du

i.-nt .mi i>-..i . ena Fleckei- Helmsla dt,

Hoffmannaegg fut publié à ki.l

BKRTHAND 5

Link parcourt le pays en naturaliste, et intéresse de préférence le monde savant. Il se passionne plus particulièrement pour le Portugal, dont il vante la douceur du climat, la beauté des choses, l'amabilité des habitants et la richesse de la faune.

Tous ces voyageurs eurent, par leurs ouvrages, une action immédiate et féconde sur le public (i). Les revues s'emparèrent de leurs récits, critiquèrent et applaudirent; Knebel, Goethe, les Schlegel, les lurent avec intérêt. On se plut à voir en l'Espagne une race incomprise et calomniée. On dégagea la couleur et le pittoresque original de sa vie et l'intérêt de sa culture encore jeune (2).

(( Allez tranquillement en Espagne ! disait Fischer, les temps des ténèbres sont passés, les autodafés sont oubliés. » Les curiosités s'éveillèrent. D'une part, les savants allemands, Moll entre autres, s'inquiétèrent des richesses scientifiques du pays. C'est à Herrgen, professeur de minéralogie à Madrid que Moll s'adressa; Herrgen, convaincu que « l'Espagne est fort mal connue à l'étranger » accepte de mettre le public allemand au courant de la minéralogie espagnole et de la littérature, principalement scientifique, du pays (3). Il n'a point le bel optimisme de Fischer : « Vous ne sauriez, dit-il, vous faire aisément une idée de ce malheureux pays » (4).

D'autre part, les relations se renouèrent plus étroites.

(1) En 1802, paraissent les : Briefe meines Aufenthalts in Enyland und Par- 'uijiil de M"" Bernard. Hambourg. Campe.

(a) Le.ipz. Littzg., i8oa, n° 60 p,. 3g8.

(3) Herrgen étail en Espagne depuis i-K>. Il traduisit le manuel de Wiedemiiim en espagnol. Voir ses lettres dans : des Freilierrn Cari Erenbert von Moll Miitheilungen nus seinem Briefwechsel., i83o. Augslmrg. II, p. 3i3 sq.

('i) Ibid. p. 322 (9 juillet 1801).

ainsi que des voyageurs de marque, comme Bu dorff et les Humboldt curent à leur tour la nostalgie de l'Espagne. Alexandre de Humboldt y séjourna tout l'hiver de 1798-99 et s'j lit de précieuses amitiés. Guillaume et Caroline, accompagnés de Burgsdorff, s'arrêtèrent plus longuement à Paris. Burgsdorff s'ennuya vite. mars 170*. il écrivait à Rahel qu'il ferait à l'automne son voyage en Espagne et en Portugal (1). En août, il remet son départ à l'hiver; « l'Espagne, dit-il, pays nouveau, n'a pas à me- yeux une importance sans bornes, mais j'y tiens beaucoup » (2). Son plan est fait : il visitera le- provinces méridionales, Lisbonne et Madrid. A la fin du mois, il balance encore (3), puis se met en route pour l'Angleterre, change d'avis et s'achemine vers le sud de la France amis, Caroline entre autres, apprennent avec quelque sur- (en novembre seulement) qu'il était en Espagne. Caroline, qui l'aimait, en eut le cœur brisé (4). Pourtant, il ne regrettait pas son coup de tète. << Mon voyage, écrit-il, fut heureux et agréable... Les Espagnols m'étaient devenu- si chers que la première vue des Français me fit une impression antipathique 5 . i.e voyage de Burgsdorff eut son importance. Burgsdorff exerça autour de lui, sur Tieck H toute une partie dr> cercles romantiques, une influence silencieuse <'t profonde, qui ne fut certainement léfavorable à l'expansion hispanique.

Les Humboldt -•• laissent tenter par les admirations

W. ton H: Hrgg. \.in \ F. o Im. Deutsche Literotur-

denkmatUr III. n>. Berlin Behr 1907 — p. i.;<> (1a m Ibid. p. 11 • < ', »©ot).

/'.. p. i4fl ( ... août 1- .

I iroline 1 Rahel, M.

. p. i5a v tel . i-

d'Alexandre et de Burgsdorff. Au lieu de l'Italie, que leur ferme la guerre, on se décide pour l'Espagne. Guillaume apprend l'espagnol et même le portugais. On invite Rahel avec insistance, mais elle hésite, objecte sa santé difficile (i). En avril 1799, les décisions sont définitives. « C'est, une fois pour toutes, l'Espagne qu'on a choisie, et même si vous ne saviez pas, chère amie, écrit Burgsdorff à Rahel, quelles joies nouvelles on trouve dans le beau Midi, vous le trouveriez naturel » (2). Alexandre se lasse d'attendre, et quitte l'Espagne (en août). Guillaume et les siens ne se mettent en route que vers la fin du même mois. La caravane se compose de Guillaume, Caroline, les enfants et Gropius. Burgsdorff et Schweighseuser rentrent en Allemagne, Rahel ne vient pas (3).

Humboldt est le type du grand voyageur, qui s'intéresse à toutes les faces d'une civilisation, aussi bien à ses paysages pittoresques qu'aux œuvres de son art et de sa littérature, aussi bien à ses mœurs populaires qu'aux splendeurs de ses héroïsmcvs. 11 fut accueilli avec sympathie, visita couvents et musées; sa femme, Caroline, se consacra plus particulièrement à l'étude des collections d'art espagnoles; mais son manuscrit, confié à Gœthe, a disparu. Nous n'avons pas davantage le Tagebuch où Guillaume de Humboldt consignait ses observations, mais on peut, d'après sa correspondance, suivre ses courses à travers l'Espagne et constater le travail profond de son esprit.

(1) Ibid. p. 161 0*7 mars 17(10).

(a) Ibid. p. 162 (avril 1799).

(3) Le voyage de Humboldt en Espagne a élé décrit par M. A. Fnrinclli dans la Revue Hispanique : Article sur Guillaume de Humboldt el VEspagne, c8q8, p. h) sq. Je me garderai de refaire ici cette belle étude, et me contenterai de la résumer en y ajoutant quelques détails fournis par de récentes publications.

I sous forme de lettres, de lettres à Goethe qu'il eût voulu publier le récit de son voyage i . Il y aurait dédaigné les statistiques, tous les détails qui ne sont pas caractéristiques et se sérail attaché à donner surtout des vues d'ensemble. On ne saurait, en effet, comprendre des faits isolés; chaque chose ne prend son sens et sa valeur que dans l'ambiance mémo de la nation. Une connaissance c'est suffisante que si elle est complète. Humboldt jouit avec tous ses sens, il est à la fois poète, philologue, philosophe, historien et homme tout simplement. C'est pourquoi il s'intéresse avanl tout à l'homme et à la vie. Le but dernier de sa recherche est de connaître l'humanité, d'établir une analyse comparée des différents peuples, pourquoi il s'occupe particulièrement de l'Espagne, qui a gardé tant de caractères archaïques, et qui donne un tableau assez fidèle de l'Europe du wf siècle.

Il lâcha de comprendre les mœurs et la vie de l'Espagne, sans partialité, avec le simple désir de comprendre, et d'aller jusqu'au fond de cette culture singulière. Mais il ^'attacha surtout à la langue. rlumboldi avait recueilli la pensée de Herder et \ oyait dans la langue l'âme même du peuple el la cl< f de -'in génie. •■ Ce qui m'intéresse le plus, avouait-il, c'esl la littérature el la langue espagnole, qu'on ne peut étudier qu'en Espagne 2 . La poésie espagnole lui apparaît comme incontestablement belle, d'une adminie, d'une étonnante liberté de 35 ntaxe; ce qui aux poèl esl la chaleur ei le vérita-

ble esprit poétique. Leurs fantaisies les plus folles ne sont qu un jeu de la raison. Les jugements littéraire- de Hum-

«xi, i.,i". 1 Briefe W. non HamboldU an Goethe. roo li. Bbrard, p. 55 iS ioâl 1 -

iaelll "/». n'(., p.

boldt sont rares et peu caractéristiques; il connut Calderon, surtout Cervantes, et les poètes contemporains. La littérature ne l'intéressa que comme expression de l'âme espagnole, comme une confession qu'il faut interpréter.

Mais Humboldt avait formé des plans trop ambitieux, et, comme toujours, le meilleur de sa puissance créatrice s'est dépensé dans sa correspondance et quelques essais fragmentaires. Le Voyage qu'il projetait aurait souffert du même manque de composition : ç'auraient été de simples morceaux détachés, exposés dans l'ordre géographique : « Bourdeaux et ses antiquités, la Biscaye et sa langue, Burgos et le Cid... la Vieille Castille, Madrid et l'état actuel de la littérature, du théâtre, etc., l'Espagne mauresque, le théâtre de saynète; après ou avant, des généralités sur le caractère des Espagnols, leur histoire, leur art, leur poésie, un chapitre détaillé sur les langues espagnole, valcncicnne, catalane, toulousaine et provençale » (i).

Mais Humboldt n'aspirait pas aux succès bruyants et ne réalisa pas ses plans de publication. Sa correspondance fut suivie par ses amis de Weimar et de Berlin avec un intérêt passionné. Pour Bahel, cette Espagne que parcourt Caroline est une révélation (?.). Gœthe et Schiller doivent à Guillaume le meilleur de leur science et de leurs curiosités hispaniques : Gœthe n'avait-il pas affiché une carte d'Espagne dans son cabinet, afin de mieux suivre les pérégrinations de son ami ! (3). Schiller, à qui Gœthe communiqua le Montscrrut, trouvait la description fort à son

(i) Gaethe-Jahrbuch i. c, p. .">t>.

(a) Briefwechsel twisçhen Karoline von Humboldt und Rahel. \. Leitzmann, \\ c iniar 1896.

(5) Werke. Abt. IV, i5. Lettre à W. von Humboldt, 4 janvier 1800.

goût (i). F. H. .Tacobi, F. A. Wolf se tinrent au courant de l'expédition. A leur retour, les Humboldt contribuèrent à répandre en Allemagne l'amour de l'Espagne et des notions saines et précises sur ce monde lointain, mais plus poétique que la nation française, et apparenté à l'Allemagne par les liens du sang et de l'histoire.

En 1801, Humboldt retournera en Espagne, mais le nouveau voyage a un but strictement scientifique : Guillaume tient à étudier sur place les langues des Pyrénées (2). Il part en compagnie de Bokelmann. Bokelmann, commerçant qui se rend à Cadix, ne sait pas d'espagnol, et ses premières impressions en Espagne sont pénibles; Il ne s'amuse guère en Espagne, disait Humboldt... hors la nature, rien ne lui plaît » (3). Son opinion n'est pas indifférente, car Bokelmann est un des correspondants de Rahel; ■ Les descriptions, lui écrit-elle, que vous me faites de celle Espagne malpropre. me plaisent infiniment. Il me semble que je la vois »

D'autres Allemands séjournèrent plus ou moins longuement en Espagne et purent étudier à loisir le pays el l'habitants. Le baron de Vincke est chargé, en 1801, d'aller acheter mille moutons mérinos pour le compte du gou-

W. von Humboldt» nu St'nillrr : 1796-1803. Hrg. von Bbrard,

I !■ gt basque (1801) que l'on croyail perdu ;i été découvert

m rgia, il. m* la Bibliothèque de M. il<- Laocken-Wackenitz, i Gfinthersdorf,

NeuMlz, >-i ;i été dèe 1 rvé poui le p •' volume dea Wei

Humboldt. Ni>ir BQcherfrtand, l\ . toii-i3, rue. i, p.

u ilhelm and CaroUnt •■•.!, Hamboidi in ihrtn Brieftn. Hgg. ron A. roo Sydow. Berlin 1907, II. p. ■>.'■ (g mai 1-

tterun ■■■ und Tagebaehablœtter. //;;•;. Don

1 1-1... ,,M parlail .1— ■ ichart* li/.-n .. .1.- '.. .i.- Humboldt, J. \. !.. '/... 1810 III. n

vernement prussien. Il amène son ami Hecht, botaniste, s'arrête à Paris pour apprendre l'espagnol, arrive à Madrid le 27 mars 1802. Les recommandations d'Alexandre de Humboldt lui ouvrent les portes; il parcourt l'Espagne, mais rencontre toutes sortes de désillusions; le pays est pauvre, sans journaux, et sans traces de vie intellectuelle; de Vincke se félicite d'être prussien. Ses impressions ne seront publiées que beaucoup plus tard (1). Bœhl von Faber fit de même de longs séjours en Espagne, mais il ne crut pas nécessaire d'écrire ses récits de voyage (2).

A. côté des auteurs qui cherchent dans le voyage en Espagne une renommée facile, il y a donc nombre de voyageurs plus modestes, qui réservent l'épopée de leurs aventures espagnoles pour le petit cercle de leurs amis. L'action des Herrgen, Burgsdorff, Humboldt, Vincke, Bœhl, pour n'être pas tapageuse, fut pourtant considérable. Grâce à eux, de nombreux groupes de l'élite allemande curent des nouvelles fraîches et des opinions originales sur l'Espagne.

Aussi l'Espagne trouva-t-elle des admirateurs et d'ardents défenseurs. On l'aime avant tout dans son passé et contre la France. Quand l'Encyclopédie méthodique eut publié (1782) la célèbre diatribe de Masson que domine la formule : « Que doit-on à l'Espagne ? Et depuis deux siècles, depuis quatre, depuis dix, qu'a-t-elle fait pour l'Europe ? » la réplique la plus vigoureuse vint de l'Académie de Berlin (1786) (3).

(1) Le n'cii du royage ;i paru dans : Leben des Ober-Prœsideriten Freiherrn Bon Vincke. Nach seinen Tagebùchern, Ton E. von Bodelschwingh, tome I, 1 7 7 '1 - 1 s 1 < > . Berlin, Reimer, t853.

(:>) Cf. C. Pitollet, Querelle Calderonienne, p. 18 a. 2.

(3) L'article de Masson de Morvilliers provoqua même une protestation diplo-

L'abbé Denina prononça, dans un discours lu à 1" Académie en séance publique, un panégyrique enthousiaste de l'Espagne i . I! avait.de ce pays, disait-il, la même

Monarque philosophe ». C'est donc la conception même de Frédéric II que nous expose Denina et, à ce titre, elle est doublement intéressante. 11 démontre que la civilisation moderne doit autant à l'Espagne qu'aux autres nations. Sans parler du commerce espagnol qui fournit en abondance miel, vins, brebis, cacao, sucre, etc., et bien qu'on ne puisse nier que l'Espagne n'ait pendant quelque temps disparu du théâtre des sciences et des arts, il faut reconnaître les services importants que ce pays a rendus dans tous les domaines, jurisprudence, médecine, physique, mathématiques, belles-lettres et beaux-arts: parfois, dans les sciences botanique et géographique, elle l'emporte sur la France. Dans certaines branches de la littérature, la poésie épique par exemple. le! fiançais sont

matique, l'auteur fut réprimandé officiellement, et l'Encyclopédie plu> on ttée ;i Madrid. J. Ca vanilles, savant espagnol qui résidai! à Paris, répondit dans un panégyrique plein de <li'-t.iil> i ii visait à détruire les préjugés français ~ur Observation» sur l'article Espagne de la nouvelle Encyclopédie, imbert, 1784 'i56 p.). L'ouvrage fut aussitôt traduit en alternas

. 0 il>' l'ambassadeur berlinois de las C.i>.i~ : U^n 1. J. .' ufand Don Spanien, ans drr fr.c iirift des spanischen Verf assers, Berlin, l ii^t, 1l ne aiiirf protestation parut plus tard dans le Tableau de VEtpagi Bourgi Sur cette querelle, et en général

mit l'influence de l'Espagne en 1 1 \. Uorel-Fatio. Stades sur V Espa-

gne, :

(1) Réponse à lu question ^„\s\ de l'Oraeidn an^.-

mériio liirrari». l'ara qat sirva

■■■• leido \,.,r ,1 abate Denina... Par D. Juan Pablo F.. ruer, Mi.tr ii même 1 anniversaire du

distancés de loin. Les Français eux-mêmes ont reconnu la grandeur de Cervantes et de son roman. Denina affirme en concluant que « la France doit plus à l'Espagne que les autres pays ne doivent à la France ».

On avait donc commencé, presque sans la connaître, par défendre la culture espagnole contre les incompréhensions ou les partialités françaises. Mais l'opinion allemande s'instruit. On se représente volontiers encore une Espagne à demi sauvage, intolérante et fanatique, une Espagne inquisitoriale, pittoresque et farouchement romantique; on la plaint d'être déchue de sa suprématie littéraire, de gémir dans les chaînes du despotisme et du cléricalisme (i). Mais celait là l'Espagne du passé. Les voyageurs, qui la visitent jusque dans des provinces reculées, apportent de tout autres renseignements. De leurs récits se dégage une image générale de l'Espagne actuelle qui va s'imposer aux générations montantes.

L'Espagnol est d'une race ardente et passionnée, vive, spirituelle et malicieuse : peuple orgueilleux, il vit misérablement, dédaigneux de la propreté et du bien-être. La femme est ardente aussi, admirablement faite pour l'amour, sensuelle, capricieuse et entêtée : reine des hommes, qui acceptent le joug. Le pays est heureux, malgré sa pauvreté : patrie de l'amour, des guitares et des chansons, il y a de la joie partout, chez tous, même parmi les enfants de la rue.

Les anciennes horreurs ont disparu : les lumières ont pénétré jusqu'ici. La religion n'est plus atroce; l'Inquisition y gêne encore la pensée, mais elle épargne l'étranger.

(i) Vas i< li am Wcgt fond, \<>n k. Th. Gaedertz. Neue Folge. Leipz. , 1905. Neaes von einem Hamburger Dichter., p. i3i. Conférences de Griea ;'i léna,

Seulement, elle interdit les livres de littérature étrangère. Aussi !. sens des choses politiques et sociales y est-il rudimen taire. La science compte des hommes remarquables, mais qui ne sont pas encouragés. Les Universités sont pau- \ res et ne cultivent que sottise et superstition. Et pourtant, quelle race intelligente ! La moindre impulsion y produit résultats merveilleux. Quand l'Espagne se réveillera, elle étonnera lf monde i . Telle qu'elle est, elle est pour l'historien, le pli et l'artiste un champ d'études

admirable, et digne des curiosités de la savante Allemagne (2).

Désormais. l'Espagne ne sera plus honnie comme la terre de toutes les barbaries. I. Yufkl.erung » elle-même 1 plaisir à constater ses progrès nouveaux, qu'elle eonsidère comme ses propres conquêtes.

On s'intéresse à la géographie même du pays 3 . à la rich I et de son sous-sol i . Tel homme d'af-

faire- essaie d'attirer des capitaux allemands dans entreprises de mine- g revues analysent avec soin

; la valeur économique de l'Es

' le tableau détaillé île l'Espagne d'apri allemands,

dam A. Farinelli

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