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gne (i). Le Journal fur Fabrik, Manufaktur and Handlung donne, dès 1792, une Ùbersicht des Commerces, der Fabriken und Manufacturer! zu Valencia.
L'attention du monde savant et même du public cultivé se porte à ce moment sur la propagation de l'une des découvertes les plus admirables de l'époque, de la vaccine. Que va faire l'Espagne ? On constate avec surprise qu'elle accueille, avec autant de sympathie que toute autre nation, la nouveauté médicale (2); la presse périodique signale les efforts des savants espagnols et leurs succès. De façon générale, on encourage toutes les tentatives que fait l'Espagne pour se mettre au niveau de la civilisation européenne : réforme des plans d'études dans les collèges (1788), mission d'astronome espagnol auprès des observatoires allemands (1792); les efforts du comte de Florida Blanca furent particulièrement remarqués (3).
On s'inquiète bien de l'Inquisition <et des résistances de la Congrégation (4); on étudie la politique intérieure et
(1) P. 0. l'A. L. Z., 1798, t. II, p. 3o, qui analyse l'ouvrage de Cavanilles : Observations* sobre la historia natural, géografta, agricultara, poblatiôn y frutos del Reyno de Valencia, Madrid. 1795-97. A. J. Cavanilles jouit d'une grande renommée dans le monde des savants allemands.
va) Physisch-medicinitche Beobachtungen an verschiedenen Qrten in Spanien gesammelt won Thiery. iSchsi einigen Betrachtungen iiber den Aussaiz, die Pocken und die Luflseuche. Ans dem Franz. iil>. von D. C. P. Fischer, Uildburghausen 1 79/1, Cf. A. L. Z., 1795, n" 190, p. 8a (i3 juillet).
(3) La numismatique elle-même employait à l'occasion la langue espagnole. En 1786, 0. G. Tychsen écrit sa Réfutation de los argumenlos que cl Sn. D. Franc, Perez Bayer lia alegado naevamente en favor de las monedat samaritanas. Plusieurs autres œuvres de l'illustre orientaliste de Rostock furent traduites en espagnol.
(4) Instruktionen des span. InquuiUo/tsgeriçhts. Ans dem Sp. ron Reass. Pref. de Spittler. — Hannovre, 1784. — Cf. G. von Murr. Geschichte dcr Jesuiteti in Portugal unter der Staatsverwaltung des Marquis von Pombal, 1788, ■2 parties, Nûrnberg.
tpériences du Prince de la Paix (i). De toute cette enquête se dégagent une admiration intense pour le? ressources du pays et de la race et l'espoir d'un avenir fécond.
-t une nation qui s'est toujours distinguée par sa valeur et son génie », dit VAUgemeuie Literaiurzeitung <■> : et Schubart : ■ La lumière de la philosophie se répand de plus en plus en Espagne. » 3)
-t dans le même esprit qu'on aborde sa littérature. Tychsen joignit à la traduction du voyage de Bourgoing un supplément bibliographique qui signalait un certain nombre des récentes publications espagnoles. Son Anhang tiber den gegenwœrtigfin Zustand der spanischen Litteratur (1790) l i citait quelques recueils intéressai!!- et témoignait de quelque information. Ce n'était qu'une bibliographie, mais elle donnait l'impression que l'Espagne travaillait. 1 geurs qui la virent à l'œuvre rapportèrent et répandirent la même conviction. Kaufhold n'aimait pas la littérature espagnole, et trouvait que les drame- espagnols manquent de naturel, de profondeur morale et de vraisemblance, mais il reconnaissait que l'Espagne a été la première à avoir une grande littérature. Kischer continue et met au courant l'œuvre bibliographique de Tychsen, applaudit aux pi 'cents, invite l'Espa-
(1) Titaere StaaUkw Ipanien, Beriin-Stettin, 1785-1787. — Hûioriand iif'W- MonaUchrift, 1788, 1 fuc. Bemerkangcn ûber SpanUn
i. J. i->?, p.ir an homme d'étal qui a bablté louytempa !>' pays. — Einleitun- ;/e;i in die àUgemeine une b\ Steuiskunde, \ éd. revue put
\ V Ili-in/.'. Ki-I. i-.," il. I).
(2) -1. /.. /.. 1787, Mi. p ùt).
(3) Ces. Werke, Mil. 19 (m 1790).
(i) Th. Ch. Tychsen, né en 1768 dam k Sleawig-Hoktefai, f. • ï 1 . grâce i une -in-, puis, rentré en Aliéna .>. gne la lln'-.i-
Ltingen. Il ■ publié p*i exemple : l>< inacriptionibus in Hltpuni* Il imiirt en [£
gnc à se défaire de ses « autos » et de ses excentricités indigènes, à se mettre à l'école étrangère. Par toute cette propagande, C. A. Fischer inspire un vif intérêt pour la culture nouvelle de l'Espagne; Guillaume de Ilumboldt constate à son tour que ce pays est bien déchu de son ancienne grandeur, mais que notre civilisation moderne doit beaucoup à l'Espagne du xvie siècle. La littérature contemporaine compte d'excellents esprits et permet d'espérer une résurrection prochaine.
De toutes manières, par les récits des voyageurs et les études de ses savants, l'Allemagne s'instruit rapidement des choses d'Espagne; et, dès lors, les œuvres qu'elle connaissait déjà dans sa littérature prennent un autre sens, une autre portée, une autre valeur. Le Don Quichotte cesse d'apparaître exclusivement comme une œuvre humaine et générale, et dévoile désormais ce qu'il a de proprement national, de vivant et de réel. L'Espagne tout entière ressuscite dans le roman toujours actuel de Cervantes.
Du reste, un esprit nouveau tourmente la jeune génération. Le mouvement littéraire qu'on appelle le « Sturm und Drang » va se lever contre le culte trop strict de la raison, proclamer les droits de l'inspiration et du génie, célébrer à son tour l'enthousiasme. La nouvelle école affecte une prédilection marquée pour l'Espagne sombre et ardente du passé, pour les héros de son histoire médiévale, la sonorité de leurs noms et la terrible grandeur de leurs exploits (i). On fera presque aussitôt des réserves sur les droits de la satire cervantesque. On reconnaît la puissance de l'œuvre, mais-on en signale le danger. Aussi
(i) Voir le Simsonc Grisaldo de F. M. Klinger par E. Vermeil, F. Alcan i<)i3, p. i38 sq.
bien n'est-ce plus la satire elle-même qu'on aimera en Don Quichotte, mais la noblesse et la beauté grave de la forme et la peinture pittoresque de l'Espagne.
Le précurseur du « Sturm und Drang » fut Hamann. Le Mage du Nord ne renouvela pas les théories relatives à I vantes. Cependant, il rencontra sur >a route le Don Quichotte. Dès 177a, il avait, dit-il lui-même, eu grande envie de se procurer la jouissance d'une idéale félicité en lisant le Don Quichotte. Ce n'est qu'en 1776 que la traduction de Bertuch, une maladie et le mauvais temps lui rappelèrent ancienne- résolutions « de carnaval ». Il lut Bertuch et l'annonça dans la Kœnigsberger Zeitung du 4 mars 1776 (1).
II possédait une édition espagnole, celle de ia Haye (1744), trouva la traduction anglaise de Jarvis (17.56 (2) et dans cette dernière, la vie de Mayans y Siscar. 11 put donc se rendre compte que la biographie de Bertuch est toute entière puisée dans Mayans.
Dans l'œuvre elle-même, il voit une satire de la folie érudite et spirituelle dv> Espagnols, mais il donne à cette satire une tout autre portée : « Ce chef-d'œuvre satirique a peut-être privé l'Espagne à la fois de ses chimères et de la générosité de sou naturel; -il en est aiu>i. Cervantes a été bien vengé. Malheur au public qui pèche conli génie original d'un écrivain n (3). Le Don Quichotte commence donc à apparaître comme une œuvre dangen
(1) Hamann» Schriften, Berlin i8ai>43, i. I\. p. \<<- tq.
'•• Rio». '• '■ I. p. '«u, doute, malgré l'affirmation de Fitemaurice K.-ll>, <pic cette édition ail exiaté. Le témoignage de Hamann vient 1 l'appui .1— dira dn grand hiapanologue anglais. Reate mie ce aoil U une édition apocryphe.
(3) Hamanrw Schriften, l. c p. (71.
Cependant, Ilamann admire franchement « la beauté et la plénitude des périodes du style cervantesque, qui donnent à la forme magistrale de ses récits tant de calme et de dignité grave. » (i)
Hamann ne développa point ses idées; mais Herder, qui lui dut tant à tant d'égards, leur apporta l'appui d'une haute raison et d'une vaste science. Le but de la recherche de Herder fut de pénétrer l'âme de tous les peuples, de comprendre leur langue et leur poésie. Il considéra l'œuvre d'art, non pas comme un miracle splendide et isolé dans une nation, mais comme l'expression de cette nation elle-même.
Aussi le Don Quichotte, qu'il lut de bonne heure, mais dans une mauvaise traduction, lui apparut-il comme une œuvre proprement espagnole, comme une merveilleuse peinture de l'Espagne. « Quand je lus mon Dante, dit-il, Pétrarque, l'Arioste, Cervantes, je me plaisais à les considérer comme des individus isolés, je ne voyais qu'eux, mais je m'aperçus aussitôt que ces génies ne sont pas seuls, qu'ils suivent d'autres poètes, qu'ils sont suivis à leur tour de poètes » (2). Il faut les replacer dans leur nation et dans leur milieu.
Des allusions dans les Fragmente iiher die neue teutsche Literatur (1766-67) associent Cervantes aux humoristes anglais et dénotent une connaissance superficielle. Dans sa correspondance avec Hamann (vers 1769-73), Herder manifeste beaucoup d'intérêt pour les romans (3), pour Cervantes en particulier, don» il cite à l'occasion quelque
(1) Ibid. p. /170.
(a) Briefe zur Befœrderung der Uunuuiiint (*793-96), Ed. Suphail 7VIII, p. 57.
(H) Herders Briefe an J. Hamann, Berlin i&£r), p. i>~ (176g).
aventure (i). En 1772, il est tout plein du Doiï Quichotte qu'il commente à sa fiancée (2). Ce qu'il y admire avant tout, c'est l'Espagne : « Les scènes champêtres ou amoureuses y ont, dit-il, quelque chose d'étrange, d'à demi féerique, d'espagnol et d'enchanteur... et j'ai eu la même impression en lisant dernièrement un voyage en Espagne... on trouve tant de calme et de douceur dans 1 champs espagnols: nous chercherons à notre tour à vivre ainsi. » (3) Herder découvrait donc une Espagne nouvelle, aventureuse et douce, où allaient déjà ses rêves.
Des personnages du roman, c'est Sancho qu'il aime le plus, précisément à cause de ce que Sancho a de plus rivant, de plus cru : Sancho, dit-il, le brave homme, paisible, bon et heureux et tout son bagage de sensations matérielles, reposent les yeux fatigués des folies du hé
La figure principale du roman a pour lui quelque chose de désagréable, malgré la beauté de la peinture. Herder se sentait lui-même un peu Don Quichotte, et se trouvait ïé dans ses plus respectables sentiments. « .le fus intimement fâché de voir qu'où pouvait ridiculiser tant de qualités bonnes el belles chez un homme. Quant à la deuxième partie, ajoutait-il, elle est illisible; elle n'est pns du même auteur. Les petites histoires intercalaires -ont. dans le Don Quichotte comme dans (lit nias, du beau eu miniature » (4).
(1) lb. p. ~<- (mari 1769). I! faut remarquer cependant que la plupart idée* -nr Cervantes tonl exprimées dam dei correspondance* particulières.
/ nerungen oui dtm Leben Joh. '-'. oon //. immell und
beschrieben \ n Maria Carolina ron Herder, geb. Flacbsland. Hrg. ron J. C. affilier, 3 t., Stuttg. A Tfibingeo, 18 (3) /'<. |>. ïag sq. f 177 '. lin de l
J'appartiens moi-même, •'■ rivait il ;. Caroline, .1 cette clasi Erinnerungen, etc., I. B). Dès ib. II, p. i8q), Herder
BKRTRAND 6
En 1773, Herder veut, dit-il, se remettre à Cervantes (1), pour imiter l'exemple de Hamann. Pourtant, il n'en aura encore rien fait quatre ans plus tard. Mais le désir de connaître le plus de langues possible l'emporte sur ses hésitations, et pendant l'hiver de 1 777-1778, il étudie l'espagnol sous la direction de Bertuch (2). Et peu après paraissent ses Volkslieder aus dem Englischen, Schottischen, Spanischen ptc, où résonnent presque pour la première fois en Allemagne les voix des héros de Grenade (3). Sauf la langue italienne, il n'y a, disait la Préface, aucune autre langue, qui liesse des couronnes poétiques plus jolies, et qui soit plus sonore que la langue ibérique. L'Allemagne a beaucoup à apprendre de la poésie lyrique espagnole. Dès lors, et pour de longues années, Herder se désintéresse un peu de l'Espagne et de Cervantes.
Son action sur la critique cervantesque fut indirecte. Son jugement le plus important reste enseveli dans sa correspondance particulière. Mais il avait renouvelé la critique tout entière, il lui avait donné une âme. Il eut l'intuition de la Vie universelle et de l'harmonie organique du monde. Il vit dans l'œuvre d'art la manifestation supérieure de la vie de l'époque et du pays où elle naît. Considéré de ce point de vue, le Don Quichotte n'était donc plus un acte de polémique passagère, mais une œuvre nationale; et le devoir de la critique était désormais de ne |>;is
rêvai) d'un Don Quichotte qui aurait, non pas raillé, mais analysé la croyance dans le rêve, la légende, la fable.
(1) Briefe an Hamann, etc., p. 75, Bflckeburg, a janvier 1 7 7 .S : « Je pense me mettre comme tous à Rabelais, ainsi qu'à Cervantes; l'un et l'antre si .ut à la bibliothèque d'ici ». Il s'agit, selon toute apparence, du texte espagnol.
(■>) II). p. |35 (30 mars i 7 7 S) .
(.'i) Lpz. 1778-79, :> tenues.
séparer l'élude de l'Espagne de l'étude de Cervantes, de se défaire de tous les préjugés allemands et des traditions littéraires, et d'aborder, avec toute la naïveté de son cœur, la poésie originale du Don Quichotte.
L'Espagne est, par sa culture jeune et imparfaite, également intéressante pour les amateurs d'archaïsme et d'exotisme et pour les philosophes du progrès. Herder ne connaîtra guère de la poésie espagnole que des cantilènes du Romancero, c'est-à-dire les premiers monuments du génie de ce peuple. Il y verra, dans ses Ideen zur Philosophie der Geschichie der Menschlieit (1784-91) les origines mêmes de la poésie moderne. C'est en Espagne, dit-il, que se fondirent deux civilisations : la culture sarrasine et l'esprit chrétien et roman. Son Volkslied a peut-être quelque chose du Volkslied gothique. Ces éléments arabe et germanique rendent sa littérature doublement curieuse et originale. L'Espagne est, disait encore Y Allgemeine Literaturzeitung << le seul peuple avec lequel se soit faite l'expérience qui consiste à fondre ensemble deux esprits ; » * 1 — î différents «pie le ><>nt l'esprit germanique et l'esprit arabe pour voir quelle individualité allait en sortir » 1 . C'est donc une vraie parente, une parente oubliée, que l'Espagne, mais d'autant plus digne d'être réhabilitée qu'elle retrouve ses titres de noblesse. Sa pensée se réveille, et se sent tout de suite i iche de t<.ul l'héritage *h'> siècles anciens. Cette civilisation nouvelle, toute faite de contrastes, allait provoquer en Allemagne des sympathies nouvelles. Il se manifeste dans la critique et la science allemande un effort pour rendre justice aux progrès lu présent ■•! aux splendeurs du pas*