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dirigés ostensiblement par les Jésuites, la maison de la rue des Postes, à Paris, n'est-elle pas, de l'aveu et à la connaissance de tout le monde, le quartier-général des révérends Pères dont l'action occulte, incessante, se fait toujours sentir en France, en contravention aux lois qui les ont proscrits?
3° Ne professe-t-on pas, à ciel ouvert et avec une ostentation qui est presque de l'insolence , les doctrines de l'ultramontanisme \ Les mandements de plusieurs évêques, les tendances du jeune clergé en faveur de la royauté temporelle du Pape, ne prouvent-ils pas que le jésuitisme triomphe et qu'il y a presque danger pour les libertés de l'Église gallicane ?
4° Enfin , le parti prêtre , sous prétexte de sauvegarder le catholicisme, qui ne jouit jamais d'une plus grande sécurité, n'a-t-il pas des tendances d'envahissement beaucoup plus accentuées qu'en 1826?...
Ahl M. de Montlosier, si vous étiez encore de ce monde, vous pourriez recommencer votre œuvre généreuse, nationale; les Jésuites sont revenus, ou plutôt ils ne sont pas partis, et la Grande-Congréga-
tion qui vous effrayait tant, De fut jamais si savamment organisée, si influente, rusée et audacieuse que la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
Voilà pourquoi nous avons voulu continuer votre œuvre, bien que dépourvu de votre talent et de votre autorité; mais nous avons autant de sincérité que
vous, autant de dévouement à la patrie, à nos libertés , puisse votre ombre sourire à nos efforts! nous avons aussi affaire à très-puissante partie; la Société de Saint- Vincent-de-Paul embrasse toutes les nations du globe ; les Jésuites semblent lui avoir légué non-seulement leurs traditions, mais encore leur ambition ; ils lui ont dit comme Satan au Christ, lorsqu'il le transporta sur une haute montagne :
« — Regarde... les royaumes de la terre sont à - tes pieds et je te les donnerai. »
Et la Société de Saint- Vincent-de-Paul a daigné accepter cet opulent cadeau pour ses fiançailles avec le jésuitisme.
Donc, Congrégation, Jésuitisme et Société de Saint- Vincent-de-Paul, sont une seule et même chose : le nom a changé, les traditions et les statuts sont restés les mêmes.
Reprenons maintenant le récit des faits et gestes de la Compagnie de Jésus pendant les dernières années de la Restauration; ils compléteront notre démonstration.
A l'appui des assertions que nous venons d'énumérer et d'apprécier, M. de Montlosier recueillit et cita des faits très-nombreux ; il offrit son témoignage et celui de diverses personnes qui lui avaient fait des révélations.
Il invoqua un discours prononce* à la Chambre des oéputés, le 25 mai 1826 , par l'évêque d'Hermopolis, ministre des affaires ecclésiastiques, discours dans lequel M. de Frayssinous avait avoué l'existence de congrégations religieuses , sans avouer cependant l'existence de* congrégations politiques ; [il avait de plus reconnu qu'il y avait en France plusieurs établissements de Jésuites, etc. , etc.
En même temps qu'il présentait sa dénonciation à la Cour royale, il s'adressa de nouveau aux plus célèbres jurisconsultes, à l'effet de savoir si les faits dénoncés avaient le caractère légal de criminalité, et si l'autorité judiciaire était compétente pour les réprimer.
Après une délibération solennelle, les principaux avocats du Barreau de Paris donnèrent une réponse affirmative et abondamment motivée; des copies furent envoyées aux divers Barreaux de France et revinrent couvertes des plus chabureuses adhésions.
Le 18 août 1826, la Cour royale de Paris, toutes Chambres réunies, sous la présidence de M. Séguier, se déclara incompétente.
Ainsi délaissé à se pourvoir devant l'autorité administrative, le comte de Montlosier porta sa dénonciation devant la Chambre des pairs.
M. le comte Portalis fit son rapport à la séance du 18 janvier 1827 , il établit les deux propositions suivantes :
1* La déclaration de 1682 n'a jamais cessé d'être tenue et considérée comme loi de l'État, devant être enseignée dans les écoles ;
2° Les congrégations anciennes ont toutes été abolies et supprimées, notamment celle des Jésuites ; pour des motifs particuliers elles ne pourraient être rétablies qu'en vertu d'une loi spéciale : la défense aux membres de l'institut jésuitique de s'immiscer dans l'enseignement subsiste dans son entier. Cependant, en fait, l'existence des Jésuites en France et leur immixtion dans la direction de quelques séminaires avec l'approbation des évêques, a été avouée à la tribune par un ministre du roi.
« Ainsi, continuait M. Portalis, il est avéré qu'il existe, malgré nos lois et sans autorisation légale, une congrégation religieuse d'hommes.
« Ce n'est pas la sévérité des lois que votre commission invoque, c'est le maintien de l'ordre légal.
« Les tribunaux se sont déclarés incompétents, l'administration seule peut procurer en cette partie V exécution des lois.
« Nous vous proposons donc de renvoyer à M. le président du conseil, la pétition de M. de Montlosier, en ce qui touche les Jésuites. »
Ici, nous copions le Moniteur.
A la séance du 19 janvier, M. le vicomte Dambray
propose de passer à Tordre du jour sur la pétition.
M. le vicomte Laine appuie les conclusions de la commission.
M. le vicomte de Bonald défend les congrégations, comme étant, dit-il, une conséquence de la liberté des cultes; il insiste pour l'ordre du jour.
M. le baron de Bavante vote pour le renvoi au ministre.
M. le ministre des affaires ecclésiastiques fait une longue apologie des Jésuites anciens ; il essaie de légitimer l'existence des nouveaux membres de cette Société, ainsi que leur immixtion dans la direction des séminaires, avec l'approbation des évêques, qu'il trouve suffisante ; il vote pour Tordre du jour.
M. le baron Pasquier resserra et précisa la question :
« On a cherché, dit-il, à faire entendre que les Jésuites, dont l'existence est aujourd'hui avouée, ne sont plus de véritables Jésuites, parce qu'ils n'ont pas les mêmes prérogatives dont ils jouissaient autrefois ; il me paraît impossible d'admettre une telle distinction. La Société est toujours la même; son Institut ri a pas changé ; les inquiétudes qu'elle inspire aux plus fidèles amis du roi subsistent toujours.
« Il y a ici plus qu'une loi ; c'est un principe étemel et indépendant des lois positives que celui qui ne permet pas qu'une Société quelconque se forme dans un
Etat, sans l'approbation des grands pouvoirs de la nation.
« A la vérité, ce n'est pas une existence légale et régulière que l'on sollicite pour les Jésuites ; mais la tolérance dont ils sont l'objet n'est-elle pas plus dange- , reuse et plus sujette à l'abus qu'une reconnaissance patente et dont le roi fixerait les conditions? C'est pourtant cette tolérance que la Chambre établirait pour toujours, si elle ne renvoyait pas la pétition au ministre... »
On alla aux voix; la Chambre rejeta d'abord l'ordre du jour ; le renvoi au ministre fut ensuite ordonné...
Cet exemple de généreuse indépendance, de dévouement aux libertés gallicanes, donné par une Chambre presque toute composée de royalistes dévoués sinon convaincus, aurait dû être imité par les sénateurs en 1861, puisqu'il s'est agi et de la Société de Saint- Vincent-de-Paul et des innombrables congrégations religieuses qui se sont implantées subrepticement au milieu de nous. Mais au Luxembonrg il y a des ultramontains, et sous Charles X, la majorité des députés se prononçait nettement, ouvertement, pour le gallicanisme, contre les Jésuites et la Grande-Congrégation.
Cependant les ultra-royalistes s'indignèrent, le roi fut circonvenu et prononça la dissolution de la Cham-
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bre : faute en quelque sorte irréparable, car elle fut une des principales causes de la chute de la branche aînée de la maison de Bourbon.
Les élections de 1827 amenèrent à l'assemblée un puissant renfort pour le parti libéral ; le roi entrevit le gouffre où on voulait l'entraîner, et dans son discours à l'ouverture de la session, il annonça une ère nouvelle pour la France, celle du retour à l'ordre légal.
M. de Villèle, à la fois créature et victime de la Grande-Congrégation, fut remplacé par M. de Martignac : le 20 janvier Ï828, une ordonnance du roi chargea une commission spéciale d'examiner les faits relatifs aux établissements connus sous le nom d'i5coles secondaires ecclésiastiques, et d'indiquer les dispositions qui seraient reconnues indispensables au maintien du régime légal.
L'insertion de cette ordonnance au Moniteur terrifia tous les Jésuites et congréganistes de France, qui avaient espéré que les Bourbons les soutiendraient quand même; ils attendirent dans l'anxiété, ils doutaient encore; ils se croyaient inattaquables, même invulnérables, tout comme vous, bons Messieurs de Saint- Vincent-de-Paul, avant la circulaire de M. de Persigny avec décret y annexé.
On forma donc la commission, qui se trouva composée de M. l'archevêque de Paris, de M. l'évêque de Beauvais, du vicomte Lainé, du comte Monnier, pairs de France.
De M. le premier-président Séguier, de MM. Alexis de Noailles et Dupin aîné, membres de la Chambre des députés.
De M. de Courville, membre du conseil de l'Université.
M. Feutrier, évêque de Beauvais, fut appelé au ministère des affaires ecclésiastiques et remplacé dans la commission par M. l'évêque d'Alby.
Cette commission tint un grand nombre de séances, d'abord au Louvre, dans une des salles du Conseil d'État, ensuite au palais de l'archevêché.
D'accord sur tous les points, les membres s'étaient trouvés divisés sur la question principale, celle de l'illégalité de la présence des Jésuites et de leur immixtion dans la direction des petits séminaires.
Cinq voix avaient opiné pour la négative, et quatre pour l'affirmative.
Les membres de la minorité, qui étaient MM. Lainé, Monnier, Séguier et Dupin, exigèrent que mention de leurs noms et de leurs votes fût faite au procès- verbal. Deux d'entre eux, MM. Séguier et Dupin, déposérent leur opinion écrite et signée, et en demandèrent l'annexe au procès- verbal; ce qui fut accordé.
Cependant, au fond des souterrains de Montrougeet dans les ténébreuses chapelles de Saint-Sulpice, tout le ban et l'arrière-ban jésuitique avait été convoqué. La Grande-Congrégation aurait eu recours au tocsin, comme les Ligueurs de l'horrible nuit de la Saint-
Barthélémy, si elle n'eût redouté des manifestations trop hostiles.
Peu de jours après, à la suite d'un rapport de M. Feutrier, évêque de Beauvais, ministre des affaires ecclésiastiques, parurent les ordonnances du 16 juin, qui plongèrent le parti-prêtre dans la stupeur la plus profonde.
Ces ordonnances avaient pour but :
L'une d'exclure les Jésuites, et en général les membres de congrégations non autorisées, de la direction des petits séminaires.
L'autre, de ramener ces écoles à des limites que leur essence même a fait assigner à leur création.
En voici le texte :
« Art. 1 er . A dater du 1 er octobre prochain, les établissements connus sous le nom d'Ecoles secondaires ecclésiastiques, dirigés par des personnes appartenant à une congrégation non autorisée, et actuellement existants à Aix, Billom, Bordeaux, Dole, Forcalquier, Montmorillon, Saint- Acheul et Sainte- Anned'Auray, seront soumis au régime de l'Université.
« Art. 2. A dater de la même époque, nul ne pourra être ou demeurer chargé, soit de la direction, soit de l'enseignement dans une des maisons d'éducation dépendantes de l'Université, ou dans une des écoles secondaires ecclésiastiques, s'il n'a affirmé par écrit :
— Qu'il n'appartient à aucune congrégation reli- « gieuse non légalement établie en France. »
Le jour même où cette ordonnance parut au Moniteur, un rédacteur de la Quotidienne, de l'école de Martainville, s'arrêta au Palais-Royal, dans la fameuse Galerie de bois, aujourd'hui Galerie d'Orléans, chez un négociant fort connu pour son royalisme exalté, bien que peu sympathique aux Jésuites, et par conséquent à la Congrégation.
— Très-cher Monsieur, s'écria le publiciste, affilié à toutes les congrégations, le roi vient de creuser un abîme.
— Vous êtes par trop pessimiste, répondit le négociant; vous voulez parler de l'ordonnance; eh bien ! je la connais et je l'approuve.
— Vous l'approuvez ! Vous êtes donc Jacobin?
— Non, je suis royaliste, mais libéral ; il faut savoir être de son temps.
— Vous approuvez aussi ce Gascon trois fois damné qu'on appelle Martignac?
— A mon avis, Monsieur, le nouveau ministre de l'intérieur sera plus utile au roi que ne l'a été M. de Villèle. Il a des vues élevées, il professe des opinions modérées qui sont tout à fait de mon goût; il est libéral, conciliant, bien intentionné, et il montre une riche et brillante éloquence.
— Martignac est un traître, vous dis-je ! par ses
insinuations, le roi a eu la faiblesse d'expulser les Jésuites.
— Monseigneur l'évêquë de Beauvais, dit le négociant, y est aussi pour quelque chose.
— Ne me parlez pas de cet abbé Feutrier, s'écria le journaliste ; il a rempli dans cette circonstance le rôle de Judas.
Cet entretien, que nous trouvons dans des papiers et notes d'un des collaborateurs de Châtelain, alors directeur du Courrier Français, démontre à quels excès de colère durent se livrer les ultrà-royalistes. La Chambre leur fit, du reste, boire le calice d'amertume jusqu'à la lie. Le 21 juin, il y eut une séance mémorable : on présenta des pétitions qui signalaient :
1° L'existence illégale des Jésuites ;
2° Leur immixtion dans l'éducation de la jeunesse de plusieurs collèges.
La question fut portée à la tribune et chaudement appuyée par tous les libéraux. M. de Sade, rapporteur, conclut à ce que les pétitions fussent renvoyées, sur le premier chef, au garde-des-sceaux ; sur le second, au ministre de l'intérieur, qui était alors M. de Vatimesnil.
' MM. de Conny, de Sainte-Marie et de Montbel combattirent les conclusions du rapporteur et demandèrent l'ordre du jour sur le renvoi proposé. M. Dupin aîné appuya les deux renvois, qui furent successive-
ment mis aux voix et adoptés à une immense majorité. Dix-huit ou vingt membres du côté droit se levèrent seuls pour répondre.
Les Jésuites étaient proscrits, chassés pour la troisième fois par ordonnance d'un roi de France; ils n'étaient pas vaincus, ils ne l'ont pas encore été, parce qu'ils n'ont jamais engagé de lutte ouverte; „ mais il leur devenait désormais impossible de dominer les familles par renseignement, et la France entière par les affiliations religieuses.
La Grande-Congrégation avait vécu ; ne venaitelle pas de perdre sa boussole. . . le Jésuitisme.
Malheureusement, congréganistes et disciples de Loyala, bien que frappés par la loi, purent encore empoisonner la France de leurs pernicieuses doctrines et de leurs idées anti-nationales, Beaucoup moins atteinte, la Grande-Congrégation conserva toutes ses ramifications et fit même de très-grands progrès pendant les dernières années de la Restauration. Guidée par les hommes noirs dont elle était la milice active et dévouée, elle gagna d'un côté peut-être plus qu'on n'avait perdu de l'autre.
En effet, la^ Grande-Congrégation ne s'était guère occupée jusqu'alors que de questions politico-religieuses ; le trône et V autel étaient sa seule devise, et l'ultramontanisme son but principal, sinon avoué; mais l'ultramontanisme se trouvait alors battu en brèche par les membres les plus distingués de l'épis-
copat français. M. Frayssinous, évêque d'Hermopolis, avait dit dans son Traité des vrais principes de VÊglise gallicane :
« Les ultramontains portent plus loin que nous la « puissance du chef du catholicisme et en font un mo- « narque absolu ; quant à nous, nous ne regardons pas « le Pape comme l'unique législateur dans la Société •< chrétienne ; nous n'en faisons pas le principe unique « de toute juridiction ; à nos yeux l'Église n'est ni une « monarchie pure, ni une démocratie ; c'est une mo- « narchie tempérée par l'aristocratie et qui a cela de « populaire, qu'une de ses règles capitales, c'est que « les emplois doivent être donnés au mérite. »
Ces doctrines, professées alors par la majorité de l'épiscopat français (il n'en est pas de même aujour* d'hui), étaient tout à fait contraires aux principes jésuitiques ; les Pères de la Foi, qui espéraient, malgré les Chambres, malgré le roi et ses ministres, se maintenir clandestinement, frauduleusement en France, avec le concours et l'appui de la Congrégation, durent donc changer complètement de tactique. Us se gardèrent bien de protester contre l'ordonnance de Charles X, il y avait déjà dans l'air des signes trop évidents d'une tempête politique; les hommes noirs firent comme certains oiseaux maritimes qui, guidés par l'instinct
de la conservation, quittent les grandes plaines de l'Océan aux premiers symptômes d'orage, et se réfugient vers la terre en poussant des cris sinistres.
Les hommes noirs imitèrent les goélands et les mouettes ; ils cherchèrent un refuge contre la tempête du libéralisme qui menaçait d'engloutir à tout jamais l'immense trirème de Loyola. Ce refuge, cet abri, fut la Congrégation, dont ils devinrent les directeurs d'autant plus actifs, que le besoin de son concours leur était devenu indispensable. Un nouveau mot d'ordre fut donné aux principaux initiés qui se trouvaient seuls dans le secret de la perfidie jésuitique ; car l'immense majorité des affiliés ignorait le but réel de la Congrégation ; les uns avaient consenti à en être membres, parce qu'on leur avait persuadé qu'il leur serait plus facile de pratiquer la religion et de la propager, les autres avaient demandé l'affiliation, par ambition, par intérêt, parce que, jusqu'aux journées de 1830,1a Grande-Congrégation disposa de toutes les places les plus élevées de l'administration, comme des emplois les plus infimes, tels que ceux de domestiques, de laquais de bonnes maisons.
Eh! bon Dieu! la Société de Saint-Vincent-de- Paul, cette fille de la Congrégation, n'agit-elle pas absolument comme sa mèrel En 1863, les principaux directeurs de Conférences n'emploient-ils les mêmes moyens que les chefs des congréganistes de 1820 à 1830 1 La plupart des membres de la Société de
Digiti
Saint- Vincent-de-Paul savent-ils que l'œuvre dépend des Jésuites, qu'elle a été créée sous leur inspiration et qu'ils n'ont jamais cessé de la diriger! Non, non, ils ne le savent pas, et ils sont presque tous convaincus que leur mission est purement de charité. C'est pour ceuxlà que nous avons écrit ce livre, parce qu'il est douloureux pour nous de voir des concitoyens, de tous points estimables, servir d'instruments à des intrigues religieuses, et être dupes de procédés dont la loyauté a toujours été jugée fort contestable.
Parmi les Paolistes, il en est d'autres (et c'est malheureusement le plus grand nombre), d'autres, disons-nous, qui s'affilient par intérêt et avec la certitude d'obtenir par les hautes protections des chefs de l'œuvre les emplois et les honneurs qu'ils solliciteront soit pour eux, soit pour leurs familles. Qui ignore aujourd'hui que le certificat de membre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul est le meilleur passe-port dans les administrations publiques et privées? or, tout cela se fait au nom et sous l'influence apparente de la charité.
De temps immémorial, le parti dit ultramontain a abusé avec audace, avec impudeur, des choses les plus sacrées : les assassins de la Saint-Barthélemy ne marchaient- ils pas sous la bannière de la vierge Marie! La Société des Missions, dont fit partie Louis XIV, ne se proclamait-elle pas charitable, tandis qu'elle n'était qu'une immense conspiration? Plus tard, les
Paccanaristes n'ont-ils pas aussi pris pour devise : Religion et charité ?
Les mêmes causes ayant toujours amené les mêmes effets, nous retrouvons les mêmes hypocrisies de 1828 à 1830. Les Jésuites, afin de mieux masquer leurs projets et dissimuler plus sûrement leurs intrigues, donnèrent donc à la Grande-Congrégation un nouveau programme où les œuvres de charité figuraient en première ligne ; les affiliés reçurent injonction de visiter les pauvres familles, de s'établir distributeurs d'aumônes dont un budget occulte faisait les frais. De plus, comme les questions politiques se trouvaient débattues avec beaucoup d'ardeur à la Chambre et par les journaux, la Congrégation se fit ultrà-royaliste, et Charles X, circonvenu par le jésuitisme, congédia M. de Martignac qu'il n'aimait pas, parce qu'il était libéral, et qu'il n'avait pris que par nécessité. Le8 août 1829, il appela au ministère le prince de Polignac, qui ne tarda pas à être nommé président du conseil. Ce ministre, aveugle adorateur de l'ancien régime, ignorant absolument la marche des esprits et ne se doutant pas des besoins nouveaux, était depuis longtemps un des principaux directeurs de la Congrégation, qui le récompensa largement de son zèle et de ses services, en lui facilitant l'entrée au pouvoir.
L'installation du cabinet réactionnaire présidé par M. de Polignac irrita les libéraux parce qu'elle rendait aux Jésuites et aux congréganistes toute leur au-
dace ou plutôt toute leur insolence. Charles X, soit par faiblesse, soit par un dévoûment secret à la secte de . Loyola, fit parade d'une dévotion tellement exagérée, que le bon sens public, secondé par la malice gauloise, le poursuivit des plus vives épigrammes : les mots jésuite et calotin furent considérés comme des injures très-grossières ; une puissante réaction voltairienne s'organisa dans toute la France, et la Congrégation, un instant effrayée, recula devant ses propres excès. Mais vers la fin de 1828, les ultra-royalistes s'en servirent pour lutter contre les libéraux et engagèrent le roi à prendre part aux processions qui se faisaient alors dans Paris.
On vit un jour ce pauvre héritier d'Henri IV et de Louis XIV suivre à pied, dans les rues de la capitale, la milice congréganiste, un cierge à la main et en costume violet, c'est-à-dire de deuil. Un travailleur, étonné de voir le roi ainsi habillé, s'écria, dit-on :
« — Quel malheur ! le roi va se faire capucin. « — Non, non! répondit un autre, il est jésuite pour son malheur et pour le nôtre ! »
En effet, Charles X était retombé depuis l'avénement de M. de Polignac, sous la domination des. hommes noirs, des missionnaires, et par conséquent de la Congrégation. La campagne d'Alger préoccupait alors beaucoup l'opinion publique, et il y eut
quelques instants de trêve entre tous les partis. La Congrégation en profita pour circonvenir le roi de plus près ; la nouvelle de la prise d'Alger raviva toutes les fibres nationales, à tel point que le jésuitisme jugea qu'il pouvait sans danger frapper un grand coup, au milieu de l'enthousiasme général.
Charles X signa les ordonnances de Juillet sous la dictée des Jésuites, des congréganistes, dont les .funestes conseils devaient précipiter du trône la branche aînée de la maison de Bourbon.
Les combattants des trois grandes journées chassèrent à coups de fusil, famille royale, ministres et autres coryphées de la réaction politico-religieuse, qui avait voulu asservir de nouveau la France au cagotismele plus stupide, le plus abrutissant.
Quel fut le cri des patriotes armés au nom de la démocratie :
Vive la Charte ! — A bas les Jésuites, les Calotins et les Congréganistes!
Le peuple de Paris se vengeait ainsi par une causticité accompagnée de balles et de coups de sabre, de la pression qu'avaient exercée sur lui les hommes dont Béranger avait caractérisé les doctrines dans ce refrain :
Eteignons les lumières, Et rallumons le feu.
Sur le dernier pavé qu'il souleva pour faire sa dernière barricade; il écrivit l'épitaphe suivante :