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CHAPITRE VIII

Le lendemain, au grand étonnement de Telcide, de Rosalie et de Jeanne, Marie connaissant seule la raison de ce miracle, Ariette s'est levée, très gaie, un peu plus pâle seulement que de coutume. Dans ses yeux brûle une flamme ardente.

Ernestine lui annonce que, pour fêter sa guérison, elle servira un gâteau de semoule aux raisins de Corinthe.

11 n'en faut pas plus pour que Rosalie, Jeanne et Marie, dont c'est le régal, soient en effervescence. Mais Telcide garde sa mine renfrognée des mauvais jours. Elle n'a rien abandonné de son projet. Pour l'instant, elle se contente de manifester à Ariette le mépris du silence. Elle affecte de ne lui point parler... Mais elle se réserve pour une offensive nouvelle et définitive :

— Cousine Telcide me boude, confie Ariette à Marie.

— Elle ne boudera plus tout à l'heure quand je lui annoncerai la réparation prochaine de la nochère.

— C'est au dessert que vous lui ferez cette surprise ?

— Oui...

Jusqu'à ce moment, la fiancée de M. Hyacinthe ne tient plus en place. Son secret l'étouffé. Elle aimerait presque que l'une de ses sœurs le lui arrachât. Ainsi elle glisse à Rosalie en confidence :

— Tantôt je vous apprendrai une chose qui vous étonnera beaucoup...

Rosalie, qui est amorphe, répond :

— Ah!

Elle ne sollicite aucune autre explication... Enfin voici le dessert. Le gâteau de semoule est sur la cable. Sous les yeux attendris d'Ernestine, qui sur-

veille l'effet produit par son œuvre, comme un auteur dramatique surveille sa pièce au bord des coulisses, ces demoiselles se délectent.

Soudain Marie déclare :

— Mes sœurs, avant que de vous quitter pour vivre sous le toit de M. Hyacinthe, j'ai voulu combler un de vos vœux...

— Vous? lance Telcide sur un ton qui dénote à quel prix elle évalue l'intelligence de Marie.

— Oui, moi... J'ai obtenu de M. Fleurville qu'il fasse réparer la nocbère...

— Ah!

Toutes ensemble, ces demoiselles ont eu la même exclamation. Telcide en avale un raisin de Corinthe qui demeure incrusté dans sa gorge. Elle devient rouge et a des gestes éplorés. On lui présente un verre de vin. Elle le vide. Le fruit passe. Et Marie continue :

— Il n'y aura plus de grandes lignes noires sur le mur de votre jardin, M. de Fleurville ordonnera tous les travaux nécessaires. Cet après-midi, vers deux heures, il viendra lui-même se rendre compte de ce que les ouvriers devront faire...

— Lui-même... ici?

— Oui.

— Enfin, je triomphe... La lutte aura duré huit ans... Peu importe!... A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire... M. de Fleurville s'incline... 11 daigne se soumettre... Parfait!... Je ne serai pas intransigeante... J'accepterai la réparation qu'il m'offrira... Je l'accepterai... avec dignité, et non sans ironie, mais je l'accepterai... Allons! ma bonne Marie, venez dans mes bras... que je vous embrasse...

Avec expansion, Telcide colle ses lèvres minces sur le front de sa sœur. Et Rosalie et Jeanne imitent à leur tour son geste de reconnaissance émue.

Ernestine prend évidemment part à la joie unanime, mais elle déplore qu'on ne parle pas davantage de son gâteau de semoule...

— Et maintenant, mes sœurs, s'écrie Telcide, dépêchons-nous. Il faut mettre la salle à manger « en état » pour que tout soit en ordre quand arrivera

M. de Fleurville. Que ce monsieur constate que nous entretenons convenablement sa maison!...

Ariette et Marie se chargent de secouer les miettes de pain de la nappe dans le jardin. Elles ont hâte de bavarder ensemble.

— Si Jacques de Fleurville vient vous voir, c'est qu'il vous aime.

— Sans doute I

— S'il vous aime, c'est qu'il a l'intention de vous épouser.

— Probablement!

— Ah! que je suis contente! Nous nous marierons le même jour, ma petite Ariette. C'est demain jeudi que M. Hyacinthe doit venir me faire sa cour. Songez que je ne l'ai pas vu depuis notre fameux dîner! 11 se réjouira beaucoup quand je lui annoncerai que vous aimez Jacques de Fleurville. Il est si bon et si intelligent! Il comprendra tout de suite que vous n'hésitiez pas entre un Parisien fringant et Eugène Duthoitl

— Oui, ma cousine, M. Ulysse se soumettra... Mais croyez-vous que Telcide accepte aussi facilement?...

Marie ne répond pas. Elle connaît trop sa sœur pour n'avoir pas contre elle toutes les méfiances. Elle est optimiste parce qu'elle se croit certaine d'épouser le professeur. Que dirait-elle si elle savait les transes que celui-ci éprouve devant les deux sommations contradictoires qu'il a reçues?...

Dès deux heures moins le quart, Telcide est au salon. Elle essaie des mines de dédain et d'ironie. Bien peu de personnes ont des attitudes spontanées. Inconsciemment, elles répètent, avant une circonstance, les gestes qu'elles y feront, les mots qu'elles y prononceront. Telcide veut que M. de Fleurville sente bien qu'elle condescend à ce que la nochère soit réparée.

C'est à deux heures et demie seulement que le coup de sonnette attendu fait sursauter les quatre sœurs :

— Quittons le salon, dit Telcide. Il ne faut pas que ce monsieur nous trouve ici. Ce ne serait pas élégant. Montons dans nos chambres...

Précipitamment elles gravissent l'escalier et s'arrêtent au sommet. En se penchant sur la rampe, elles surveilleront l'entrée de leur propriétaire. Ariette, bon-

teuse de cette comédie, s'est réfugiée dans le jardin...

— Voulez-vous annoncer M. de Fleurville à Mlle Telcide Davernis?

— Oui, oui, messieurs, entrez, répond Ernestine. Mademoiselle va venir dans une minute. Elle était dans le salon. Je ne sais pas pourquoi elle s'est sauvée quand elle vous a entendu sonner...

En traversant le couloir, M. de Fleurville jette autour de lui l'oeil du maître. 11 observe l'état du dallage, la peinture des murs, l'effritement du plafond. Lorsqu'il arrive au pied de l'escalier, il lève les yeux. Jacques l'imite. Qu'aperçoivent-ils? Quatre têtes qui sont alignées sur la rampe comme si ces demoiselles étaient décapitées.

D'avoir été ainsi surprise, Telcide est furieuse :

— Rosalie, croyez-vous qu'il ait pu nous voir ?

— 11 n'a pas eu le temps,

— Et vous, Jeanne?

— La cage de l'escalier est trop sombre.

— Et vous, Marie?

— M. de Fleurville n'a pas pu ne pas nous voir.

— Marie, vous êtes une sotte.

— Mam'zelles! Mam'zelles!

De toute la force de ses poumons, Ernestine, qui ne connaît pas les usages du monde, appelle ses maitresses. Quatre « chut I » lui ordonnent de baisser la voix.

— Prévenez ces messieurs que nous descendons... Marie ne peut s'empêcher de constater que cette

réponse de Telcide est banale. Combien elle lui préférerait celle-ci : ■

— Ces demoiselles prennent leur douche et leur friction et vous prient de les attendre un instant!...

Ce serait autrement moderne et aristocratique !

Comme les quatre sœurs ont toutes manifesté le désir d'assister à l'entretien, il a été convenu que Telcide et Rosalie entreront les premières. Telcide fera passer Rosalie, comme, une minute plus tard, Marie, qui a été la provocatrice de la réunion, fera passer Jeanne.

Devant Telcide et Rosalie, M. de Fleurville et son fils se lèvent :

— Nous avons l'honneur, mesdemoiselles, de vous adresser nos hommages... En vous faisant cette visite, mon seul but...

La porte s'ouvre. Marie et Jeanne paraissent Nouvelles salutations I nouveaux salamalecs 1

— Mon seul but est de vous présenter votre nouveau propriétaire : mon fds...

ïelcide, qui a tout prévu, sauf cela, demeure interloquée. Elle s'attendait à ce qu'on parlât aussitôt de la nochère. Elle était prête à recevoir la soumission de son adversaire. Et voici que la situation est différente :

— Comment? votre fds? murmure-t-elle.

— Eh oui! mademoiselle, je deviens vieux. Les affaires d'intérêt m'ennuient. Mon fds, qui est jeune et actif, et qui est censé connaître le code, puisqu'il est avocat, veut bien accepter la charge de s'en occuper. Je lui en suis très reconnaissant. 11 aura tous mes pouvoirs. Si vous avez quelque réclamation à lui adresser, je suis convaincu que vous trouverez toujours auprès de lui le meilleur accueil. Ne craignez jamais d'en abuser...

Ce disant, M. de Fleurville sourit, d'un sourire qui agace Telcide parce qu'elle croit en comprendre la signification :

— Oui, oui, vieux finaud, pense-t-elle, je vois clair dans ton jeu. Tu veux te retirer indompté de la lutte. Mais rira bien qui rira le dernier!... Je me moque pas mal de ta nochère. J'étais assez riche pour payer moi-même sa réparation si j'avais voulu l'ordonner. Mais si tu as ton amour-propre, j'ai le mien... Tu crois me réduire au rôle de solliciteuse. Tu espères que je m'humilierai devant ton fds sous tes propres yeux... Non, non, je ne suis pas si bête... Je suis comme toi... Je préfère la retraite à la soumission... la retraite stratégique!

Comme Jacques de Fleurville lui annonce qu'en don de joyeux avènement il lui accordera tout ce qu'elle peut désirer, elle réplique :

— Ce n'est pas à moi, messieurs, qu'il faut vous adresser. Notre sœur Jeanne est pour ainsi dire la gérante de notre ménage. Elle vous exposera ses

doléances. Pour ma part, je me désinte'resse depuis longtemps de ces questions d'économie domestique...

A son tour elle sourit d'un sourire qui agace M. de Fleurville parce que celui-ci n'en comprend pas du tout la signification...

Jeanne, avec sa brutalité coutumière, prononce :

— Il y a la nochère !

Cette phrase tombe dans le salon comme une pierre dans la mare aux grenouilles. Mais loin de s'efiaroucher, au contraire, tout le monde rit. Même Telcide, qui est d'excellente humeur depuis qu'elle a découvert son ingénieuse riposte :

— Je me suis permis, intervient Marie pour qu'on ne lui retire point sa part du succès, de dire à mes sœurs que vous aviez bien voulu me promettre...

— Certainement. C'est une chose entendue. Les ouvriers viendront quand il vous plaira. Est-ce que vous permettez que je me rende compte de l'importance des travaux qu'il y aura à effectuer?...

Jacques, dès son entrée dans le couloir, a aperçu Ariette au fond du jardin. Il est pressé de l'y rejoindre.

— Rien n'est plus facile. Vous verrez que la pluie, en coulant, trace de longues lignes noires sur le mur...

Telcide, se faisant grande dame, mène ces messieurs dans la cour. Ariette s'y trouve comme par hasard. Il n'y a pas besoin de présentation. M. de Fleurville se dirige vers elle :

— Mademoiselle, mon fils m'avait si souvent parlé de vous que je croyais vous connaître sans vous avoir jamais vue. Ses éloges, que j'estimais excessifs, me paraissent maintenant avoir été au-dessous de la vérité...

— Oh! Ariette est une jeune fille très simple ! lance perfidement Telcide.

— Eh! mais... c'est son mérite... La simplicité est la chose du monde la plus difficile à porter... Elle suppose tant de qualités naturelles...

— La nochère est de ce côté, signale Jeanne qui prend la tète du mouvement.

— Nous vous suivons...

Ariette et Jacques marchent à quelques pas en arrière du groupe :

— J'espère que vous n'êtes plus souffrante.

— Non.

— Vous vous ennuyez dans cette maison?

— Peut-être.

— Vous paraissez avoir perdu votre belle insouciance?

— Qui sait?

Il lui parle pourtant avec une grande douceur. Elle ne lui répond que par monosyllabes. Maintenant qu'il est là, elle ne peut pas ne pas se rappeler son long silence inexplicable.

Or voici qu'il lui demande :

— Avez-vous aimé les cartes que je vous ai adressées, qui représentaient le bois de Boulogne?

— Le bois de Boulogne?...

— Oui. Je les ai choisies pour qu'elles vous parlent de jadis.

— Je ne les ai pas reçues...

On est arrivé devant la nochère. Il est décent d'écouter les explications de Telcide :

— Il y a un trou à cinquante centimètres du toit. L'eau, qui descend avec force, car le grenier est très élevé, bouillonne dans ce trou et se déverse sur le mur. Les jours d'orage, c'est effrayant à voir...

— Depuis deux mois, je n'ai reçu aucune carte, précise Ariette à mi-voix...

— Quelqu'un donc a intercepté votre correspondance.

— Qui?...

— Peut-être une forte soudure suffira-t-elle, propose Jeanne. Il y a cinq ans, pour étudier la question, j'ai grimpé sur une échelle. A présent je ne le pourrais plus, j'ai des rhumatismes! J'ai constaté alors que le zinc était seulement gondolé. Le plomb qui réunissait ses deux bords a sauté. J'estime qu'il suffit d'une demi-heure de travail pour que tout soit -remis en état...

Amour-propre et vanité, qui inspirez quelquefois de si grandes choses, que de crimes on commet en votre nom, quand on vous place mal! Telcide et M. de

Fleurville ont été des ennemis mortels pendant huit ans pour une question qui peut être résolue en trente minutes I

— Nous ferons mieux qu'une soudure, annonce Jacques. On mettra une gouttière neuve du haut en bas et on blanchira le mur. D'ailleurs, pour signaler aux ouvriers l'importance du travail, si vous le permettez, je vais prendre quelques mesures...

— A votre disposition...

Jacques saisit une échelle double, appliquée contre la porte de la buanderie, la dresse devant le mur taché et franchit ses échelons.

Comme, au sommet, il essaie de noter des indications sur son calepin et éprouve des difficultés à maintenir son équilibre, Ariette, légère, escalade l'autre côté de l'échelle :

— Je veux vous aider. J'inscrirai sur votre carnet...

Telcide se récrierait si M. de Fleurville ne lui demandait alors de visiter le jardin. Elle y consent. De loin, elle pourra surveiller les jeunes gens...

D'ailleurs son impression sur son adversaire se modifie beaucoup. Du moment qu'ils n'ont été vaincus ni l'un ni l'autre, il n'y a aucune rancune. Rien ne s'oppose à ce qu'ils soient amis. Il est aimable, élégant. Elle le juge très sympathique. Comme les allées sont étroites, elle marche seule auprès de lui. Rosalie, Jeanne et Marie la suivent, piteuses dames d'honneur...

Pour ménager les apparences, Jacques commence par prendre réellement quelques mesures. Mais vite il s'inquiète :

— Dites-moi... qui a pu intercepter mes cartes? Vous devez soupçonner quelqu'un"?

— Oui, Telcide!... J'en aurai le cœur net.:. Je l'interrogerai...

Ce disant Ariette fait mine d'écrire. Elle se doute qu'on ne la quitte pas des yeux...

— Le plus grave, reprend Jacques tout en frappant sur le zinc, comme pour en apprécier la solidité, c'est que vous avez dû m'accuser de négligence. Peut-être avez-vous cru que je vous oubliais...

— Mais non, mais non...

Par un retour d'esprit, fréquent chez les êtres qui ont souffert, Arlelte prend plaisir à jouer au jeune homme une comédie cruelle. Peut-être veut-elle l'éprouver?

— Je n'ai pas eu ces mauvaises idées... De quel droit les aurais-je eues?... Vous étiez bien gentil de m'envoyer des cartes... Mais enfin ce n'était qu'un jeu... Je ne devrais pas y attacher plus d'importance que vous-même...

— Un jeu, mais...

— Ne bougez pas tant, vous allez faire culbuter l'échelle...

— Je vous assure...

— Faites semblant de prendre des mesures. Telcide regarde si nous sommes sages sur notre perchoir...

— Mais vous avez dit que c'était un jeu!

— Depuis quelque temps j'ai été extrêmement prise, d'ailleurs... Oui... Très prise!... 11 y a eu d'abord les fiançailles de ma cousine Marie avec M. Hyacinthe... Vous vous souvenez de la tombola? C'était le début de leur roman! Et puis ensuite il y a eu... il y a eu... Je ne sais trop comment vous expliquer cela... Enfin on m'a présenté un jeune homme... un jeune homme charmant. 11 n'est peut-être pas très beau, ni très élégant... Mais il est fort instruit et poète... Il s'appelle Eugène Duthoit... Je crois que je serai très heureuse avec lui...

— Comment?... vous... vous l'avez acceptée'

— Mais oui... Cela vous étonne?

— Un peu.

— Pourquoi?

— Votre cousine m'a dit hier autre chose... Voyons, voyons, ce n'est pas sérieux, mademoiselle Ariette... C'est impossible...- Vous vous moquez de moi...

Jacques, très sincèrement désemparé, fait de grands gestes. Elle, imperturbable, trace des hiéroglyphes sur son carnet...

— Vous ne pouvez pas épouser un Eugène Duthoit. D'abord, t Eugène », c'est un nom ridicule!

— Ah! bah!

— Absolument!... Chaque nom a sa destinée... Les parents, lorsqu'ils baptisent un garçon, sentent incon-

sciemment par qui celui-ci sera plus tard aimé. Ils approprient en conséquence son nom aux lèvres de femme, qui le prononceront.

— C'est paradoxal, mais ingénieux!

— Eugène! évidemment il y a des femmes charmantes, qui peuvent se dire ce nom-là avec un accent d'amour, des femmes charmantes et.même jolies, mais des femmes... des femmes... enfin quoi? pas vous!

— Vous êtes drôle...

— La preuve, tenez, la voici : Je vous défie... vous m'entendez bien?... Je vous défie de dire devant moi, sur un ton passionné, en me regardant : « Je vous adore, Eugène. » Vous poufferez de rire...

— Non.

— Essayez.

Ariette relève le défi :

— Je vous adore, Eugène... s'écrie-t-elle avec emphase...

Mais au lieu de pouffer de rire, elle éclate en sanglots.

Se penchant vers elle pour la consoler, au risque de compromettre la stabilité de leur installation, Jacques lui murmure alors :

— Ma petite Ariette, vous voyez qu'il ne faudra plus jamais répéter cette vilaine phrase. Elle vous fait pleurer. Tandis qu'il en est de si douces que je vous apprendrai! J'en sais d'harmonieuses, que votre cœur écoutera comme des musiques. J'en sais d'odorantes, qui vous griseront, comme des tubéreuses. J'en sais d'éternelles, que nous répéterons en litanies d'amour... Ayez confiance en moi... Ne protestez pas...

— C'est que je suis très hésitante...

— Pourquoi?

— Parce que je me demande si vos lèvres sont bien celles que mes parents ont imaginées pour prononcer mon nom lorsqu'ils m'ont baptisée Ariette...

— Il vous est très facile de vous en rendre compte. . . Écoutez : Je vous adore, Ariette... Je ne pense qu'à vous. . . Je vous aime ! ... Et ce disant, je n'éclate pas de rire... Je ne pleure pas... Je souris au bonheur de ma vie... de notre vie... Vous ne répondez plus rien?... Ne sommes-nous pas d'accord? Ariette, je suis anxieux...

La jeune fille va parler, lorsque la grosse voix de M. de Fleurville retentit :

— Eh bien) là-haut... avez-vous fini de prendre vos mesures?

Telcide, Rosalie, Jeanne et Marie sont au pied de l'échelle. Ariette et Jacques descendent en affirmant que les travaux seront très peu compliqués et qu'en effet le zinc est très gondolé.

— Il ne me reste plus, mesdemoiselles, qu'à vous remercier de votre fort aimable réception.

M. de Fleurville prend congé. Vainement son fils essaie de se rapprocher d'Ariette. Leur conversation a été coupée juste au moment décisif. Devra-t-il partir sans avoir entendu la phrase suprême, qui établira mieux son bonheur? Machinalement, mais peut-être pour mieux garder la jeune fille près d'elle, Telcide a posé son bras sur l'épaule d'Ariette. Mais celle-ci, en rendant à Jacques son carnet, lui indique :

— J'ai noté à la page 7 tous les renseignements qui pourront vous être nécessaires...

Dans la rue, Jacques ouvre le carnet à la page dite.

Il lit :

* Jacques, je vous adore... »

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