CHAPITRE DOUZIEME
xu
La cause des meurtriers était perdue; César mort triomphait de ses assassins, comme César vivant avait triomphé de ses ennemis. Non^seulement Rome, mais l'univers pleurait César. Les étranger^
avaient pris le deuil : ils avaient fait le tour du bûcher, chacun marquant sa désolation à la manière de son pays. Les Juifs avaient veillé plusieurs nuits près des cendres.
Sans doute, ces dçrniers voyaient-ils déjà en lui ce Messie tant annoncé.
Les conjurés avaient cru qu'avec vingttrois coups de poignard on tuait un homme.
. Us vir,enl; qu'en effet rieij n'était fjlus facile que de tuçsr Je Qorps,
Elf BOQK DE CUAMBRE ^55
Jamais César n'avait été plus vivant qvie depuis que Brutus et Cassius l'avaient couché au tombeau.
D «Tait laissé la vieille dépouille; Id YieiUe dépouilte, c'était cette robe umn giante et percée de coups, qu'ABtoiht avait secouée au-dessus de son cadavre, et qu'il avait fini par jj^ter dans le bûcly^r.
La vieille dépouille, la flamme l'pvajt consumée, et le spectre de César, ce même spectre que Brutus vit une première fois
à Abjdos, çl une seconde fo^s àPhilippes,
apparut épuré aux yeux du monde.
6S)oi) ^'mi} éfé quç rhpmpe ^^ la Joi.
César avait été rhomme de rhumanilé.
Puis César ~ abordons la question du christianisme, c'est-à-dire de Tûvenir — César avait été un instrument de la Providence.
Nous ayons dit ailleurs que, depuis deux mille ans, apparaissaient, à neuf cents ans de distance, trois hommes qui, n'étant peut-être qu'une seule âme, avaient été, sans se douter eux-mêmes de leur mission, les instruments de la Providence.
Ces trois hommes, c'étaient César,
Charlemagne et Napoléon. '
EN nOBG DE CHÂBfBRS 237
César, païen, préparait le christia- * nismé.
Charlemagne, barbare, préparait la civilisation.
Napoléon, despote, préparait la liberté.
Bossuet Ta dit avant nous à propos de César.
Ouvrez YHistoire Universelle :
€ Le commerce de tant de peuples di'^ vers, dit-il, autrefois étrangers les uns aux autres, et réunis sous la domination ro-
2^8 LES GUANOS rtOnilttE§
màîné, a été un des grands rtid^enS dbht la Providence se soit servie pour dotttltf cours à V Évangile.
Et en effet, César qui, tombant A^ ^ cinquante-six 9ns, ne pouvait pas prévoir la naissance de Tenfant divin quarantequatre ans après sa mort, César quittait
la terre juste à Tépoque où la Providence
allait se rendre visible au râondé.
Toutes les plaies du monde, qu'il avait, lui, doux, mais ignorant médecin, tduchées du doigt, sans pouvoir les guérir, jme main divine allait les fermer.
Oue t)leuraît donc le nïotrdè-eh lui?
Ulie espérance.
En effet, le monde tout entier attendait.
Qu'attendait-il?
11 lui eût été difficile à lui-même de désigner l'objet de son attente. s
Il attendait un libérateur.
César, qui n'était pas ce libérateur, fut un instant — objet d'une douce erreur — salué comme tel.
Sa douceur^ sa clémence, sa miséri-
240 LES 6RANDS HOMMES
corde, semblaient l'avoir désigné à rameur des peuples comme le Messie universel.
C'est que, quand Theure des grandes révolutions sociales approche, les peuples en ont le pressentiment; la terre, cette mère commune, tressaille jusqu'au fond de ses entrailles.
Les horizons blanchissent et se dorent, comme pour le lever du soleil, et, se tournant vers le point le plus brillant et le le plus radieux,* les hommes attendent anxieusement l'apparition .
Rome attendait cet. homme ou plutôt ce Dieu attendu par l'univers, ce Dieu que
ENROBE DE CHAMBRE ^41
préparait César par Télargissement de la cité romaine, par le droit de citoyen donné à des villes entières, à des peuples entiers, par ces vastes guerres qu'il mena sur la surface du globe, par ces populations armées qu'il transporta du Nord au Midi, de l'Orient en Occident, La guerre, qui semble séparer les peuplies, — et qui les sépare, en effet, quand elle est impie, — les rapproche quand elle est providentielle. Alors tout devient un moyen :
guerre étrangère et guerre civile. Voyez, après les quinze ans de lutte dé (^ésar, ce qui arrive, c'est que les Gaules, c'est que la Germanie, c'est que la Grèce, c'est que l'Asie, c'est que l'Afrique, c'est que l'Espagne, sont italiennes, c'est que Lulèce, Alexandrie, Carthage, Athènes et Jérusa-