LE TUEUR DE LIONS
Tarrivai tout essoufflé.
Je dînais chez mon vieil ami Porcher, rhomuie de Paris qui m'a rendu le plus de services , et qui croit toujours que je le paie de tout cela, quand je rembrassé en
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le rencontrant à cinq heureià, ou quand je tombe dans la salle à manger en disant :
— Porcher, je viens dîner chez vous.
Madame Porcher, vos belles mains, que je les baise.
Mais hier, peste! il y avait grand dtner.
Je crois que c'était un peu en l'honneur du succès de Diane de Lys.
J'étais assis près de Roger de Beauvoir, Tititarissable et charmant improvisateur; les femmes venaient de quitter la table; chacun tirait son cigare de sa boîte et commençait de le rouler entre ses lèvres.
Je cherchais, moi , un prétexte honnête de me soustraire à Tempoisonnement par la nicotine , lorsque la porte s'ouvrît et que notre garçon de bureau vint me dire :
~ Monsieur, ils sont rue Laffitte, n® 1 ,
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et VOUS altendent déjà depuis une demiheure.
Je pris mon chapeau, je serrai la main de Roger, j'embrassai Alexandre et je sortis,
— Qui donc attend votre père rue Laffilte, n® 1? demanda une voix.
— Gérard, le tueur de lions, et son spahis Amida, répondit Alexandre.
Je refermai la porte, et je n'entendis plus rien.
Dix minutes après, j'entrais rue Laffitte, n® I.
Ils étaient effectivement là tous deux.
Assis chacun à un coin de la cheminée, Gérard à droite, Amida à .gauche; Gérard avec son élégant costume de sous-lieulenant, rouge brodé d'or, enveloppé dans
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son grand burnous noir, son képi bleu de ciel posé sur la grande table où nous travaillons le soir et où j'écris en ce moment, c'est-à-dire à deux heures du nuatin , les lignes que vous avez lues, que vous lise?
et que vous allez lire.
Gérard est un homme de trente ans, au visage fin, étroit, allongé; il a les cbôveux châtains, la barbe presque noire, les yeux bleus, les dents belles, le front découvea't.
Je le connais depuis longtemps, l'illustre dompteur de monstres ; je l'ai manqué d'une demi-heure à Guelma. Il venait de partir pour aller tuer une lionne et ses deux lionceaux ; une demi-heure plus tard je faisais la campagne avec lui.
Il était donc, comme je l'ai dit, assis
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h droite de la cheminée; à gauche était
Ainida.
Amida est un bel Arabe de vingt-cinq à vingl-six ans; les Arabes ne savent pas leur âge, et jalonnent leur vie par les grands événements qui leur sont arrivés.
Le grand événement de la vie d'Amida est d'avoir rencontré Gérard.
Amida est le vrai type de l'Arabe ; il était superbe dans son coin, enveloppé dans son burnous blanc, la tête ceinte de sa corde de chameau, serrée sur son haik pendant, et encadrant sa figure.
Une belle figure, par ma foi, je vous en réponds, d'un ton de bistre clair, magnijGlque et chaud, entre l'ocre et la sépia, avec des yeux de velours marron, noyés dans la nacre; de longues paupières qui
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semblent peintes^ sa moustache à poils un peu rares et crépus, ses dents blanches et aiguës comme celles d'un cheval.
Il avait les pieds posés sur le bâton de sa chaise, de manière à ce que les genoux fussent à la hauteur de sa poitrine.
On eût dit le cavalier du déserl, cherchant, môme dans une chambre, l'appui de ses é trier s élevés.
Celte position, gauche pour tout autre, lui donnait à lui une grâce parfaite.
Autour d'eux étaient nos amis, nos collaborateurs, ceux qui se dévouent comme moi et avec moi à l'œuvre que nous venons d'entreprendre, et qui ont pris comme moi et avec moi l'engagement d'avoir de l'esprit tous les jours.
Gérard et Amida se levèrent; les autres
étaient debout , les regardant et les écoutant.
La dernière occupation était la plus facile. Gérard parle peu, Amlda ne parle pas du tout.
Ce n'est point qu'Amida ne sache pas le français; il le prononce au contraire avec cette douceur et ce charme particulier à l'idiome arabe.
Gérard me tendit les deux mains.
Âmida croisa les siennes sur sa poitrine et inclina la tête.
Moi arrivé, il fallut bien que Gérard parlât.
Nous parlâmes de Constantine, de Bone, d'Alger, du camp de Smindoux ,^ de Yussuf, le beau général; — de Levaillant , lO' colonel botaniste et explora-