‹ cesarChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

César voulait donc être roi.

Au reste, il est curieux de lire ces quelques lignes dans Suétone :

Cependant on lui reproche des actions et des paroles qui ne sont rien autre

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chose qu'an abus de pouvoir et qui peu vent justifier sa mort. »

Voyons donc ces actions et ces paroles qui peuvent justifier la mort de César sous la plume de Ce narrateur indiffèrent, de cet homme sans passion qu'on appelle Suétone, et qui, après avoir perdu sa place de secrétaire de l'empereur Adrien pour s'être permis des libertés peu respectueuses avec rimpératrice Sabine, se mit à écrire sans s'étonnner, ni s'indigner jamais, ad narrandum, non ad probandum, l'histoire des douze Césars.

Ce qu'avait fait le divin Julius, comme on l'appelait, je vais vous le dire :

SN ROBfi DE CHAMBRE If.i

« Non content d'accepter des honneurs excessifs, comme le consulat prolongé,' la dictature perpétuelle, les fonctions de censeur, les noms d'empereur et de père de la patrie, non content de permettre que sa statue fût élevée parmi celles des rois et d'occuper une chane dam VorcheUre, il alla jusqu'à excéder les bornes de la grandeur humaine : il eut une chaise d'or dans le sénat et dans son tribunal; sa statue fut portée dans le Cirque avec la même pompe que celles des dieux; il eut des temples, des autels, des prêtres ; il donna son nom à un mois de Tannée : juillet ; il se joua également des dignités qu'il prodiguait et de celles qu'il recevait. »

Tout cela valait-il la mort?

LES «BàNDS HOMMSS

Il est vrai qu'il avait fait encore autre chose.

Un tribun avait refusé de se lever sur son passage.

— Tribun, avait-il dit, viens-tu me redemander la république ?. . .

Et comme (îe tribun se nommait Pontius Aquila, il prend, chaque fois qu'il donne un ordre, l'habitude de dire :

— Si toutefois Pontius Aquila le permet.

Un jour qu'il revenait d'Aibe, des amis

]£N llOB£ DK CUÀMBUli;

par trop pressés vinrent du*devant de lui et lui donnèrent le titre de roi.

Mais César, voyant le trouble que ce titre excitait parmi le peuple, fit semblant d'être offensé et dit :

— Je ne m'appelle pas roi, mais César.

Et Toi) remarqua que César poursuivait son chemin d'un air mécontent.

Un autre jour que le sénat lui avait décerné des honneurs extraordinaires, les sénateurs se rendirent sur la place pour lui taire part du décret.

vu 8

m LBS GRANDS ItOMMËS

MâiË lui^ leur dotifiant a^dienc» conime à de simples particuliers^ leur répondit^ sans se lever, qu'il fallait diminuer ces honneurs plutôt que de les augmenter.

Maintenant, pourquoi rie se ieva-t-U point dans le sénat ?

Plutarque dit que ce fut l'Espagnol Balbu& qui le retint assis en disant :

— Oublies-tu que tu es César?

Dion Cassius donne une raisoA qui bous paraît meilleure r

U dit que celui qu'on venait de faire

EN JM9M D8 CffiUOWK fl?$

Dieu airaitia gotique >6t eraigoait^ «n sê le-* vant, de donner une preuve flagrante d'humanité.

' Lui;€ésar, allègue la crainte d'une attaque d'épilepsie.

Unautrejour enfin, le jour des Lupercales, fête qui avait été autrefois une fête de bergers, le jour des Lupercales, où les jeunes gens dBS premières maisons de Rome et la plupart des magistrats couraient nus par la ville, armés de bandes de cuir, dont ils frappaient, en cette occasion, tous ceux qu'ils rencontraient, César, asaîs sur un $iége d'or, assistait à cette fête.

116 LES QRlNnS HOMMES

Ce siège d*or revient bien souvent.

C'est que les sièges d'or étaient réserves pour les cérémonies religieuses^

César, assis sur un siège d'or, assistait donc à celte fête, quand Antoine qui, en sa qualité de consul, figurait dans la course sacrée, se haussant dans les bras de ses amis, lui présenta un diadème enlacé d'une branche de laurier.

— Quelques hommes, apostés à cet effet, ;jat tirent des inains.

£N KOB£ D£ CHAMBRJS 117

Mais César repoussa le diadème et tout le monde applaudit.

Alors Antoine lui présenta une seconde fois le diadème et les mêmes maigres applaudissements se firent entendre de nouveau.

Une seconde fois César repoussa le diadème et cette fois les applaudissements éclatèrent plus universels encore.

Alors César se leva.

— Portez ce diadème au Capitole, dit-iL

ils us GRANDS HOMMES

Quelques jours après, les partisans de César, n'ayant pu le couronner lui-même, couronnèrent ses statues.

Mais dtoux tribuns du peuple^ Fiaviuael Maroellus, arrachèrent de leurs maiie ces diadèmes, et, ayant rencontré ceux ^eî avaient salué César roi, à son retour d'Âlbe, les firent arrêter et conduire en prison.

Le peuple suivait ces magistrats en bftlh tant des mains et eu les appelant des Brutus, en souvenir de Tancien Brutus, qui avait mis fin à l'autorité monarchique et transféré au peuple le pouvoir des rois I

On rapporta ces propos du peuple à César.

£N HOME P£ CUIMBIUB 1 19

r^ Des BrutuS) répéta-t*il, ils veulent ()îrç dos brme$ et p^fi autre chose.

Quant aai deux tribuns, il les cassa.

Mai$ cela ne décourage pas les amis.

Ils découvrent dans les livres sibyllins qu'un roi seul peut vaincre les Parthes.

Donc y si César entreprrad la guerre parthique, il faut qu'il soit roi, ou il risque d'y laisser sa tête^ comme Crassus.

^^ fe§^ cb^ la dictature k vi» à la royauté, il i>*y a qu'u» pas.

120 LES GlUNDS UOMMES

Quant à Rome, à peine s'apercevrat-elle de la différence. Tout ne prend-il point la forme des royautés d'Orient ; César n'est-il pas Dieu comme les rois d'Asie? n'a-t-il point son prêtre Antoine? Anloine qui marche près de la litière impériale, la tête avancée dans la portière et demandant humblement les ordres du maître.

Croyez-vous que ce soit le peuple que tout cela révolte?

Non, c'est l'aristocratie.

Croyez-vous que ce soit pour tous ces méfaits que César a été tué ?

UN.ROBE DE CHAMBRE i^l

Non, à noire avis, cent fois non.

Pourquoi il a été tué?

Je crois que je vais vous le dire.

Gassius, l'envieux Gassius, en voulait à César pour avoir donné à Brutus une préture plus honorable que la sienne, et parce que, pendant la guerre dvile, César lui avait, en passant à Mégare, pris des lions qu'il y nourrissait.

Les lions, — tuer ou prendre les lions d'un homme, c'était lui faire une mortelle injure.

112 LBS GRANDS HOMMES

Les trois seuls hommes auiquels César ne pardonna pas, lui qui pardonna à tout le monde, ce fut au jeune Lucius' César et à deux autres pompéiens, qui avaient égorgé ses affranchis, ses esclaves et ses lions.

CJhe;} nous, tout n^arquis vQulait avoir ses pages; à Rome, tout patricien voulait avoir ces lions*

*^ Hèlas ] dit Juvenàl, un poète insfice moins pourtant.

€aseéti& aHft tr^tuv/^r iBrutus.

Il avait besoin d'un honnête lietume

EN ROBl DB GHAMBKK 125

pour proposer la terrible action qa'il âièditait.

grand Shakespeare, comme tu as compris celé, toi, mieux que tous nos pauvres professeurs d'histoire romaine !

Relisez dans le grand poète anglais cette scène entre Cassius et Brutus.

Si Brutus voulait attendre tranquillement la mort de César, Brutus était son Btïccess^ttr nattirel.

Peut-être eût-il attendu, pcul-^e eût-il

rendu la liberté à Rome sans les instances de Cassius.

Mais Brutus ne haïssait que la tyrannie, tandis que Cassius haïssait le tyran.

Au reste, un seul trait indiquera ce qu'était Cassius.

Étant enfant, Cassius allait à la même école que Faustns, fils de Sylla.

Un jour, Faustus se mit, parmi ses jeunes camarades, à exalter son père, et à applaudir à cette puissance absolue dont il avait joui.

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GassiuS) qui l'eûtendait de sa place» se ' leva, alla à lui, et lui donna un soufflet.

L'enfant [[revint se plaindre à ses parents.

Ceux-ci voulurent poursuivre Cassius en justice.

Mais Pompée intervint, et fit venir les enfants chez lui pour les interroger.

— Voyons, dit Pompée, racontez-moi comment la chose s'est passée ?

— Allons, Faustus,^ dit Cassius, répète

devant Pompée^^ » ta Toses^ Iw méiiœs propos qui t'ont valu un premier sou^eC^ pour que je t'en applique un second.

Brutus était une grande âme, mais im esprit étroit. Il était de l'école stoïque et grand admirateur de Caton, dont il avait épousé la fille. Il y avait chez lui un étrange besoin d'efforts douloureux et de sacrifices cruels; il haïssait Pompée, qui avait èn^utaiement et Gïnielleft^nt tué son père, et nous l'^wns vu^tefr rejo*nâî«e Pbm^ en Grèce et combattre sous lui à Pharsale.

César, qui le croyait son fils, Taimaît et il aimait César, et cependant il avait combttttti eiontré JCéMir.

ÏNROBï DÉ CHilMBftfe 127

Notrs ûTonè vu atec quelle inquiétude il l'avait fait chercher après la bataille de Pharsale

De retour à Rome, il lui avait confié la province la plus importante de Tempire, la Gaule cisalpine. -

Brutus avait un remords, il ne pouvait haïr César.

Cassius avait essayé de tout mener sans Brutus ; il n'avait pu y réussir.

Il avait visilé Tunaprès Tautreses amis, à chacun~il avait exposé son plan de conjuration contre Gésar, et chacun avait répondu :

I^ÎS LES Gll. HOMMES KN ROBV Dfi CHAMBRE

— J*eû suis, si Brutus consent à être notre chef.

^ Comme nous Tavons dit, Cassius alla donc trouver Brutus.

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