‹ César FranckChapitre 5 sur 23 · L’ŒUVRE · texte numérisé non relu

L’ŒUVRE

On énumérera ici, par ordre chronologique, les œuvres principales de Franck. Leur description échappe aux dimensions comme aux intentions de cette étude. A cinq d’entre elles seulement sera consacrée une analyse sommaire, moins pour en mettre en évidence le « métier», qui est accompli, que pour en marquer la valeur expressive.

C’est avec les VI pièces pour grand orgue J (1802) que l’organiste de Sainte-Clotilde, stimulé par l’admirable « Cavaillé-Coll », — entendez les grandes orgues — de son église, révèle la noblesse de son art. Cette œuvre-ci, après une période confuse, de vingt années, est l’épanouissement des musiques annoncées par les premiers trios (1842), qui avaient tourné court. Non que dans les pièces de piano , dans les mélodies , dans les motets , et dans la Messe à 3 voix publiés dans cet intervalle, il n’y ait çà et là des trouvailles ; mais des fautes de goût, des trivialités, quelque mièvrerie désorientent l’attention que les réussites, dispersées, peuvent retenir. La Grande Pièce Symphonique , dédiée à Alkan, Prélude ,

1. Fantaisie. Grande pièce symphonique. Prélude , Fugue et Variation. Pastorale. Prière. Finale.

Fugue et Variation , offerts en hommage « à son ami M. C. Saint-Saëns », sont déjà des ouvrages accomplis. Il semble toutefois que ce beau recueil, où la langue propre à Franck et son chromatisme se précisent, n’ait pas encore installé Fauteur dans la certitude de sa voie. Durant dix années encore il se contentera de productions secondaires, parfois faibles, où l abondance mélodique n’est pas assez sévèrement contrôlée.

Il faut arriver à Rédemption , poème symphonique pour soprano, chœur et orchestre, sur un poème (!) d’Edouard Blau, pour rejoindre enfin le vrai Franck, qui dorénavant ne défaillira plus.

L’auteur travaillait déjà aux Béatitudes lorsque fut exécutée Rédemption au concert spirituel du 10 avril 1873, sous la direction de Colonne, à FOdéon. L’œuvre ne

révéla la puissance créatrice du musicien qu’à un petit nombre d'auditeurs. Insuffisamment « répétée », compromise par des fautes de copie dans les parties d’orchestre, elle mit en fuite le public; l’exécution s’acheva dans une salle vide. L’auteur crut devoir remanier son ouvrage : l’orchestre s’était plaint d’avoir à jouer dans des tons « difficiles » ! Malgré sa répugnance à sacrifier un plan fortement conçu, Franck bouscula sa partition et refondit entièrement le Morceau Symphonique qui ouvre la seconde partie et qui, avec F Air de F Archange, jouit encore des faveurs du public. Les chœurs sont beaux et mériteraient de revivre. Mais Paris n’a plus de choristes.

Les E o lide s (i816) 9 poème symphonique, commentaire de Leçon le de Lisle, sont un direct hommage rendu par

' • < i . /. . . .•.* A<Vt\ «V. , /.ViVà . uni . â t A .V. a.». . Li-4-i i wA —> • • i**

Franck à Liszt, créateur «lu genre et dont les ouvrages similaires, bien <|ue parfois assez indisciplinés, étaient fort admirés par notre sévère mais libéral technicien. Il parlait avec enthousiasme du maître de Weimar, de toutes ses œuvres, y compris les œuvres pour le piano. Dans une lettre adressée à l’un de ses amis, le colonel Carré de Malberg, en 1883, à une époque où l’organiste de Sainle- Clolilde pouvait se sentir l’émule du grand Allemand, il explique et justifie son admiration pour lui : « Liszt est la plus riche imagination musicale de notre temps. Ses ouvrages sont au piano comme à l'orchestre, une mine de trésors mélodiques et harmoniques ; son Faust est le plus beau de tous ceux qu’on a pu écrire... » Dans les Eolides, une grâce exquise, sans maniérisme, se dégage de trois thèmes essentiels, dont les deux premiers, à intervalles serrés, marquent l’installation définitive de l’auteur dans le chromatisme qui lui est propre.

Trois pièces pour grand orgue' (1878), dans un tout autre style, parlent un langage analogue. Mais c’est éminemment dans le Quintette en fa mineur pour piano , 2 violons, alto et violoncelle (1879), que César franck étalé les splendeurs de sa palette sonore (v. plus loin, p. 79).

Page 1