LA NUIT, UN SENTIER
CÉSAR, CURION, quelques soldats, puis LE VIEUX CENTURION.
CURION
Nous sommes bien perdus; maudite nuit qui voile Le ciel et le chemin. Eh quoi, pas une étoile !
Ces astres, Curion, dont les cieux sont semés, Pour nous, mortels d'un jour, ne furent pas formés.
DE1 \II.Mi: PARTIE.
Quelques sages ont cru qu'il était là des mondes, l).' l'espace emplissant les régions profondes; Ki l'on dit qu'Alexandre un jour fut attristé,
Contemplant cet espace et son immensité,
Qu'à ces monde- lointains qui roulent sur nos tètes Ne pût s'étendre aussi le vol de ses conquêtes.
C'était noble douleur, magnanime regret;
Mais des rêves pareils pour moi n'ont point d'attrait :
La terre me suffit, je suis fils de la terre ;
Sa conquête pourrait fort bien me satisfaire.
Il ne me faut pas plus; quand je gouvernerai
Tout le monde romain, je m'en contenterai.
Ah ! l'aube luit enfin, et sa lueur me montre
Des Romains, l'on m'a vu, l'on vient à ma rencontre
Et voilà mon armée en bataille.
Arrivent plusieuis soldats romains et avec eux le vieux Centurion. CÉSAR.
Le nom De ce petit torrent, quel est-il ?
LE VIEUX CEXTURIOX.
Rubicon, César.
Le Rubicon, c'est l'extrême limite De ma province, et là l'Italie...
LE VIEUX CEXTURIOX à part.
Il hésite.
Haut.
César, ne vois-tu pas comme une femme en pleurs, Dans un habit de deuil, le front plein de douleur?, Et qui te dit : mon fils, je suis la vieille Rome, Mon fils, épargne-moi.
Je ne vois rien, bonhomme, La vieille Rome est morte.
César, n cheval, va se placer à la U'-te «le ses troupes et reste immobile.
Ah ! ce n'est pas cela
Qui me retient, mais c'est un grand pas, celui-là ;
C'est la guerre civile et je songe à l'histoire.
Quel sera son arrêt, sera-ce opprobre ou gloire?
Si j'échoue, on dira... mais je n'échouerai pas...
Il en est temps, je puis revenir sur mes pas.
Si j'avance, combien de malheurs pour le monde
Peut-être, mais pour moi que de grandeur!., profonde
Anxiété, seul doute en mon cœur éprouvé !
Préjugés et remords, ce cœur a tout bravé;
Et voilà qu'un ruisseau de douze pieds m'arrête!
Allons vers lui... j'avance en détournant la tête.
Il aperçoit le Centurion qui le suit.
LE VIEUX CENTURION
Tu balances, César.
Ah ! j'ai trop hésité.
LE VIEUX CENTURION
C'est un crime, Cé*ar.
Le sort en est jeté.