‹ CésarChapitre 119 sur 223 · LA NUIT, UN SENTIER · texte numérisé non relu

LA NUIT, UN SENTIER

CÉSAR, CURION, quelques soldats, puis LE VIEUX CENTURION.

CURION

Nous sommes bien perdus; maudite nuit qui voile Le ciel et le chemin. Eh quoi, pas une étoile !

Ces astres, Curion, dont les cieux sont semés, Pour nous, mortels d'un jour, ne furent pas formés.

DE1 \II.Mi: PARTIE.

Quelques sages ont cru qu'il était là des mondes, l).' l'espace emplissant les régions profondes; Ki l'on dit qu'Alexandre un jour fut attristé,

Contemplant cet espace et son immensité,

Qu'à ces monde- lointains qui roulent sur nos tètes Ne pût s'étendre aussi le vol de ses conquêtes.

C'était noble douleur, magnanime regret;

Mais des rêves pareils pour moi n'ont point d'attrait :

La terre me suffit, je suis fils de la terre ;

Sa conquête pourrait fort bien me satisfaire.

Il ne me faut pas plus; quand je gouvernerai

Tout le monde romain, je m'en contenterai.

Ah ! l'aube luit enfin, et sa lueur me montre

Des Romains, l'on m'a vu, l'on vient à ma rencontre

Et voilà mon armée en bataille.

Arrivent plusieuis soldats romains et avec eux le vieux Centurion. CÉSAR.

Le nom De ce petit torrent, quel est-il ?

LE VIEUX CEXTURIOX.

Rubicon, César.

Le Rubicon, c'est l'extrême limite De ma province, et là l'Italie...

LE VIEUX CEXTURIOX à part.

Il hésite.

Haut.

César, ne vois-tu pas comme une femme en pleurs, Dans un habit de deuil, le front plein de douleur?, Et qui te dit : mon fils, je suis la vieille Rome, Mon fils, épargne-moi.

Je ne vois rien, bonhomme, La vieille Rome est morte.

César, n cheval, va se placer à la U'-te «le ses troupes et reste immobile.

Ah ! ce n'est pas cela

Qui me retient, mais c'est un grand pas, celui-là ;

C'est la guerre civile et je songe à l'histoire.

Quel sera son arrêt, sera-ce opprobre ou gloire?

Si j'échoue, on dira... mais je n'échouerai pas...

Il en est temps, je puis revenir sur mes pas.

Si j'avance, combien de malheurs pour le monde

Peut-être, mais pour moi que de grandeur!., profonde

Anxiété, seul doute en mon cœur éprouvé !

Préjugés et remords, ce cœur a tout bravé;

Et voilà qu'un ruisseau de douze pieds m'arrête!

Allons vers lui... j'avance en détournant la tête.

Il aperçoit le Centurion qui le suit.

LE VIEUX CENTURION

Tu balances, César.

Ah ! j'ai trop hésité.

LE VIEUX CENTURION

C'est un crime, Cé*ar.

Le sort en est jeté.

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