SCENE II
LES MÊMES, LE CHEVALIER, entrant par la porte latérale à droite**.
LE CHEVALIER
Ah! mon général... c'est vous! Je suis bien malheureux !
GEORGETTE
En quoi donc, monsieur le chevalier?
LE CHEVALIER
Je ne sais où donner de la tète.
* Georgelte, le général.
** Georgelte, le chevalier, le général.
Eh bien! me voilà!... je suis de bon conseil.
LE CHEVALIER
Oui, en présence de l'ennemi... mais avec des amis, avec une famille, que faire?... quel parti prendre ?
GEORGETTE
Est-ce que vous auriez quelques doutes sur le nouveau cousin qui vous arrive, sur monsieur Arthur de Caradec?
LE CHEVALIER
Eh ! non, morbleu !.,. c'est bien lui... il n'y a pas à en douter... Il nous a montré les lettres et le portrait de son père, le marquis.,, les lettres de l'abbé Saint-Yon, son gouverneur... 11 nous a fait la relation détaillée de leurs aventures, lorsque, échappés de Saint-Domingue et débarqués en Bretagne dans le plus fort de la Terreur, le pauvre abbé fut arrêté, emprisonné comme prêtre, puis déporté à Cayenne, tandis que son élève, errant à l'aventure, s'est caché, déguisé, a fait je ne sais quel métier... Là-dessus il a été plus sobre de détails... mais c'est lui... c'est bien lui, par malheur... Non que je lui envie ses biens et sa fortune... le ciel m'est témoin que mon plus grand désir était de le revoir dans le château de ses pères, dans ce domaine que mes soins et mes démarches ont contribué à lui faire rendre... mais, je l'avoue, je m'attendais à trouver dans un cousin... dans un parent, plus d'affection, plus de générosité.
LE GÉNÉRAL
Comment cela ?
LE CHEVALIER
La comtesse est décidée à lui donner sa fille ; c'est convenu depuis longtemps, c'est juré entre les deux familles... je le sais; mais, en apprenant que j'aimais Amélie, que peut-être j'en étais aimé, ne devait-il pas plaider pour moi auprès de la comtesse, et, si elle résistait, lui rendre sa parole, renoncer à ce mariage ? C'est du moins ce que j'aurais fait à sa place, c'est ce que j'espérais de lui... Eh bien! non !... j'ai trouvé une sécheresse , une froideur que j'étais loin d'attendre... et qui ne me présagent rien de bon.
GEORGETTE
Comment! vous croyez?...
LE CHEVALIER
II m'a répondu qu'en neveu soumis il obéirait à sa tante, et qu'il ne voulait pas, le jour même où il rentrait dans sa famille, y donner l'exemple de la rébellion...
LE GÉNÉRAL
Eh bien! par exemple...
LE CHEVALIER
Siience ! les voici.
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