DEUXIÈME PARTIE
Quelques sages ont cru qu'il était là des inondes,
De l'espace emplissant les réglons profondes;
Et l'on dit qu'Alexandre un jour fut attristé,
Contemplant cet espace et son immensité,
Qu'à ces mondes lointains qui roulent sur nos têtes
Ne pût s'étendre aussi le vol de ses conquêtes.
C'était noble douleur, magnanime regret;
Mais des rêves pareils pour moi n'ont point d'attrait :
La terre me suffit, je suis fils de la terre ;
Sa conquête pourrait fort bien me satisfaire.
Il ne me faut pas plus; quand je gouvernerai
Tout le monde romain, je m'en contenterai.
Ah! l'aube luit enfin, et sa lueur me montre
Des Romains, l'on m'a vu, l'on vient à ma rencontre
Et voilà mon armée en bataille.
Arrivent plusieuis soldats romains et avec eux le vieux Centurion. CÉSAR.
Le nom De ce petit torrent, quel est-il?
LE VIEUX CENTURION
Rubicon, César.
CÉSAR
Le Rubicon, c'est l'extrême limite De ma province, et là l'Italie...
LE VIEUX CENTURION A part.
Il hésite.
Haut.
César, ne vois-tu pas comme une femme en pleurs, Dans un habit de deuil, le front plein de douleurs, Et qui le dit : mon fils, je suis la vieille Rome, Mon fils, épargne-moi.
206 cr.SAR.
Je ne vois rien, Ijonlinmmc, La vieille Rome est morte.
Ct'siir, Il rlu'Mil, va se |iliic«;r /i lu XiHe de ses troupes et reste linnioblle.
Ail ! ce n'est pas C(;la Q)ui me relient, mais c'est un grand pas, celui-là; C'est la guerre civile et je songe à l'histoire. Quel sera son arrtH, sera-ce opjtrobre ou gloire? Si j'échoue, on dira... mais je n'échouerai jias... Il en est temps, je puis revenir sur mes pas. Si j'avance, combien de malheurs pour le monde Peut-être, mais pour moi que de grandeur!., profonde Anxiété, seul doute en mon cœur éprouvé! Préjugés et remords, ce cœur a tout bravé; El voilà qu'un ruisseau de douze pieds m'arrête ! Allons vers lui... j'avance en déloiirnnnt la tétc.
Il aperçoit le Centurion qui le suit.
LE VIEUX CENTURION
Tu balances, César.
CÉSAR
Ah ! j'ai trop hésité.
LE VIEUX CENTURION
C'est un crime, Cé.'^ar.
CÉSAR
Le sort en est jeté.