TROISIÈME PARTIE. 2i
Un jour, César ouvrit son cœur, c'était faiblesse A lui. « La tyrannie est la grande déesse, » Dit-il; il ajouta : « Dès mes plus jeunes ans, Soigneusement j'ai lu l'histoire des tyrans. »
MÉTELLUS
Ce ne fut pas du temps perdu, je te le jure, Car il a profité beaucoup à la lecture.
CIMBER continue.
« Je les ai vus périr tous par la cruauté, Et j'ai résolu, moi, d'essayer la bonté. »
MÉTELLUS
De cette bonté-là je veux avoir la preuve. Et quand je le verrai, je la mets à l'épreuve.
CIMBER
Il faut, tant que la haine est stérile, cacher Sa haine; moi je pars, à César vais chercher Des ennemis partout.
Ici, moi je demeure.
CIMBER
J'y serai quand les dieux auront marqué son heure.
214 CÉSAR
LA SALLE DES ASSEMliLEFS DU SENAT AU CAl'llULE
CÉSAR srul.
Voilà les sénateurs sortis, ali ! (piil séiial!
A Rome sa présence ajoute peu d'éclat.
nii('li|uos poltrons restés cl quelques créatures
De Pompée ou de moi, de tous deux; des natures
D'esclaves ou de vils et vaifis ambitieux.
Je les ai méprisés toujours : le peuple est mieux;
Il ne calcule pas toute chovse, il admire.
Il s'enflamme à mon nom et m'appelle à l'empire.
Tourtant l'estimer trop serait fort peu sensé,
Car il n'est pas non plus très-désintéressé;
Avec moi follement espérant le bien-être,
Ce peuple aime en César ce qu'il lui faut, un maître,
Et si l'on me tuait demain, applaudnait,
Pour un moment du moins, à qui m'égorgerait.
Voilà mon seul ami, car personne ne m'aime
Aulour de moi. — César, aimes-lu donc toi-même
Quebpi'un?... non, quelque chose... et cette chose-là
Je l'aurai; je la tiens déjà; car me voilà
Au Capitolc et nul encor ne se présente
Pour m'eji faire sortir. — J'étais mieux sous ma tente;
Oui, je respirais mieux, dans mes jours de combats,
Avec mes lieutenants et mes vaillants soldats.
Ici je suis bien seul, — pas un homme honorable,
Par le rang, par l'éclat du nom considérable.
J'ai des hommes perdus, Anloine, Curion ;
Mais Pomjtée aBrutus, Caton et Cicéron,
Même Labiénus; — lui, c'est ingratitude.
Je pourrais m'enfermer dans cette soUlude,