CÉSAR, ANTOINE
CÉSAR seul.
Oui les choses vont mal et je ne fus peut-ôtre,
Sans être encor battu, jamais si près de l'être.
Nous faisons une faute étrange en attaquant
Un ennemi plus fort, retranché clans son camp
Qui domine le nôtre et dont une partie
Seulement peut par nous être à peine investie,
S'appuyant à la mer, en vivres abondant,
Quand nous manquons de pain. C'est vrai, mais cependant
Je ne puis en chemin laisser mon entreprise,
Et reculer devant Pompée, afin qu'on dise
Qu'il a fait fuir César. Ce bruit-là répandu
Détruirait mon prestige et je serais perdu...
Il faut tenir toujours, tout essayer, tout faire,
Et courir jusqu'au bout les chances de la guerre.
ANTOINE entrant.
César, d'un grand péril nous sommes menacés.
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ANTOINE
Tes soldats, do partout rfpoiissês, Revionnont vers le cum|i. (Iniignaiil d'être coupée, Ta cavalerie...
ci^:sAn, Elle!
ANTOINE
A fui ; soudain Pompée S'est mis à sa poursuite et, dans le même instant, L'aile droite ébranlée en a fait tout autant, • Puis le reste a suivi. Le trouble, le tumulte Sont partout...
CÉSAR
Ce n'est pas un temps oîi l'on consulte.
Au milieu de la déroute, s'efforcant d'arrêter les fuyards.
Arrêtez, arrêtez! Pour la première fois
Je ne puis rien sur eux, on méconnaît ma voix.
A un porte-enseigne qui fuit.
Honte sur vous, .soldats ! Donne-moi cette enseigne. Lâche !
LE PORTE-KNSEIGNE furieux.
Lâche ! eh bien ! meurs !
CÉSAR le tue.
Que sa mort vous enseigne A me désobéir... Suivez-moi... Nul ne suit Son général... Soldats!., tout se débande et fuit.
Si cette fois Pompée, assurant son ouvrage, Sait user de sa force et de son avantage. L'armée aura péri, péri honteusement !
0 puissé-je mourir sans voir un tel moment !
CÉSAR seul dans sa tonte, après la défaite.
Eh bien ! c'est un revers, — c'est plus, c'est une faute.
Oui, pour me l'avouer, j'ai, moi, l'àme assez haute.
Contre toute raison je me suis obstiné
A ce plan que j'aurais, plus sage, abandonne...
11 faut qu'elle me serve ; un général vulgaire
Se sent découragé par un malheur de guerre.
Mais moi je les méprise et j'en sais profiter.
Ce que j'aurais dû faire il faut l'exécuter.
Il faut, tirant Pompée enfin de ses murailles.
Le forcer à tenter le destin des batailles.
Par cet échec il croit que je suis abattu.
Pour peu de jours encor César sera vaincu.
Non, tout n'est pas perdu pour un revers, la gloire
Peut naître d'un revers comme d'une victoire.