CI CE BON
Tous deux nous dûmes suivre, Le parti de Pompée, il semblait le meilleur.
BRUTUS
C'était le vrai parti, celui des bons.
CICÉRON
Le leur.
Sans doute; mais combien de dégoûts, de mécomptes I Nulles décisions énergiques et promptes, Des fautes, des lenteurs et des airs de Sjlla.
BRUTUS
Si Pompée eût vaincu, nous n'en serions point là.
CICÉRON
Ah ! peut-être pas mieux.
BRUTUS
Je n'aimais pas Pompée, Dans le sang paternel sa main s'était trempée;
QUATRIÈiME PARTIE. 353
A lui je n'adressais ni discours, ni salut; Il n'était dans son camp rien qui ne me déplût. Mais je cherche avant tout ce que veut la justice Et de mes sentiments lui fais le sacrifice. Je le ferai toujours.
Être amis de César,
Nous avons dû tous deux
BRUTUS
Ceci, j'en suis honteux.
Par ses fautes Pompée avait perdu sa cause. Je crus que l'on pouvait attendre quelque chose De César; je l'aimais; tout bas, en rougissant, Je te le dis : je l'aime encore.
CICÉRON à part.
C'est le sang Qui parle.
BRUTUS
Mais je hais, Marcus, sa tyrannie.
De là tous mes tourments. Oh ! c'est une agonie Vers ce que l'on maudit se sentir entraîné ! Pourquoi les dieux l'ont-ils de la sorte ordonne? Pourquoi lui l'ennemi de l'État, et le nôtre? Que l'Elat ne fût-il opprimé par un autre ! Je n'hésiterais pas... Mais faut-il hésiter?
CICÉRON
A quoi, mon cher Brutus?
BRUTUS
Que sais-je ? à tout tenter. . .
Non, je w tciilfiMi rien; ce si»iil dos paroles Kii l'air, n'atlaclio pas ù ces discours frivoles Trop d'iiiiporlaiico, oublie un discours furieux. Je ne songe, à celle heure, ù rien de sérieux..
cici;uo.\.
Dans tes secrets toujours de moitié je veux être, El lu m'associerais à les desseins?
BRUTUS il part.
Peut-être.
CICÉIlOxN.
Son pouvoir est solide, on ne peut espérer De l'abattre.
BRUTUS à part.
Peut-être.
CICÉRON
Il le faut endurer.
Peut-être.
BRUTUS à part.
CICÉRON
Au moins César fonde la tyrannie, Il faut en convenir, ii force de génie; Cet homme est sans pareil, jamais être mortel Ne reçut tant de dons et de faveurs du ciel. Le plus grand général de ce temps oîi nous sommes. De tous les temps, je crois,
BRUTUS
Oui, des millions d'hommes Sont morls... pour lui.