QUATRIÈME PARTIE
CICÉRON
Poète, un orateur divin, Et dans le genre simple un très-bon écrivain, Aimable, généreux, aimant les arts, l'étude, Sachant tout.
BRUTUS
Il faut bien, pour que la servitude Nous atteigne, un César. Il faut que sa grandeur Prête à notre esclavage un faux air do splendeur : Toute autre tyrannie est impossible à Rome. Et comment les Romains serviraient-ils un homme Sans gloire, sans génie? Ah! sans doute... Mais nous Même du grand César embrasser les genoux, Nous n'y consentirons jamais.
CICÉRON
On doit se prendre A l'espoir qui nous reste; oui, César peut nous rendre Un jour la liberté, nos droits...
BRUTUS
Je le voudrais, Je ne l'espère pas, car je l'ai vu de près.
CICÉRON
Eh! bien, moi, cher Brutus, d'espérer je commence; Parlant pour Marcellus et louant la clémence De César.
BRUTUS
Beaucoup trop.
Mais c'était obligé.
356 CKS.vn.
IJUUTUS.
3o ne saurais l'admettre et je fus all1i,Lj:('', .le (lois le l'aNOiier siiieèreiiieiil, (l'ii|i|)reiulrc Qu'il celle liuuiililc le sénat pùl (lescen(lr(î; Aux genoux de César que Gains Marcelliis, 0 honte! soit tombé pour son frère Marcus, Que tous les sénateurs se levant de leur place Lâcli(>ment de César aient imploré sa grâce. Je n'eus pas fait comme eux, ni comme loi vanté En des termes si forts sa magnaniniilé. Ce droit de pardonner, ce droit (jui le lui donne? Il faut d'abord savoir à lui si l'on pardonne El je ne le sais pas encore.
CICÉRON
Eh ! quoi, blâmé Par Brutiis un discours dont chacun fut charmé, Dont la péroraison enleva le suffrage De tous les gens de goût!
BRUTUS
C'est un fort beau langage, Fleuri...
CICÉRON
Ce ne fut pas le style seulement Qu'on admira, Brulus; ce fut également Le courage discret, l'audace tempérée Avec lesquels ma voix hardie et mesurée Fit entendre le vœu, manifesta l'espoir Que César, déposant son absolu pouvoir, La liberté...