PREMIÈRE PARTIE
LExNTULUS.
D'odieux jugements, Des condamnations, des avilissements.
ANTRONIUS.
Je maudis ces tyrans.
GABINIUS
Et chacun les abhorre.
CATILINA
Jusqu'à quand voulez-vous les supporter encore?
TOUS
Plutôt mourir, plutôt
CATILINA
Il ne faut pas mourir, Il faut vaincre, et venger ce qu'on vous fait souffrir. La victoire est à nous, nous avons le courage. Nous avons la vigueur et de l'âme et de l'âge ; Cliez eux tout a vieilli. — Mais, quelle indignité D'abandonner toujours à leur avidité Des richesses par eux follement dépensées A bâtir dans la mer des villas insensées, A niveler des monts pour se faire un jardin, Quand notre pauvreté soulève leur dédain ; Leurs palais contigus bordent la rue entière. Et nous seuls n'avons pas pour dormir une pierre A nous, pas un foyer. Ils payent à prix d'or Les vases, les tableaux, l'airain... que sais-je encor? Abattent leur maison pour en construire une autre. Fatiguent un trésor qui devrait être nôtre, El ne peuvent, malgré leur prodigalité.
Epuiser ce trésor vainement tourmenté.
iri CI- s A II.
Et nous, sous notre loil ikuis lidindiis l'iiuligenco,
Les dettes au dehors, nulle pail IVs|i(''i;nice.
Tls ne nous ont l;iisst'' poui' se l'aire ser\ir
W'wn (lu'iiii souille im|)uiss;uil qu'ils n'diil pu nous rnvir
LECCA
Nous n'endurerons plus ce destin misérable.
TOUS
Non, non.
BESTIA
Nous briserons un joug intolérable.
CATILTNA.
Eh bien ! rcvcillez-vous, voici la liberlé, Le triomphe, que tant vous avez souhaité. Et de plus, la richesse et l'éclat et la gloire, Ces biens par qui le sort couronne la victoire. Prenez-moi pour soldat, pour chef, à votre gré, Moi, du cœur et du bras je vous seconderai; Ma vie est désormais à vous, ma main est prête. C'est là ce que bientôt, consul, à votre tête, Je veux exécuter pour vous, si toutefois Vous n'aimez mieux subir que de dicter des lois.
CÉTHÉGUS
Courons dès ce moment, égorger les infâmes, Main basse sur eux tous.
ANTRONIUS.
Sur leurs biens.
LENTULUS
Sur leurs femmes.
PREiMlÈRE PARTIE. 47
CATILINA
Je choisirai l'instant qui doit nous les livrer; Mais avant de sortir et de nous séparer, J'exige qu'un serment formidable nous lie.
PLUSIEURS VOIX
Par Pluton, par le Styx, par Hécate...
CATILINA
Folie!
Nul de vous, je le sais, ne croit à tous ces dieux , Nul ne croit aux enfers.
LENTULUS
C'est vrai.
CATILINA
Nous ferons mieux.
Nous nous engagerons par un sombre mystère. A cette heure la nuit enveloppe la terre. Vous voyez cette coupe, il nous faut y verser Un peu de notre sang... et je vais commencer.
Il se blesse légèrement; le brnsavec un poi^nanl
Amis, imitez-moi.
Tous l'imilent.
CATILINA
Ce sang qui fume encore Est ma libation aux dieux que l'on ignore , S'il en est, ou plutôt au seul Dieu, le destin. Nous sommes tous unis par un péril certain. Soyons-le par le sang qui coule de nos vemes, Buvons donc à la mort des riches, à nos haines.
18 CÉSAR
TOUS se iinssjiiit l.i l'oiipc.
JJU\0I1S.
LKNTULIJS à |..ni.
l-'adc bieu\agt' el iicu R'juuissaiil!
CATILINA
Jurons par celle coupe, et jurons par ce sang, nue nul ne Iraliira noli'c sériel lerrihle. Tu pàlis, Leiilulus.
LENTULUS
A (jiut.
Moi, non. — Mais c'est horrible.
Haut.
.Te jure le premier, ici sous ton regard,
Je maudis le paijure cl le voue au jjoignard.
TOUS
Au poignard le parjure.
CATILINA
Allez, qu'on se relire, El, le moment venu, je vous le ferai dire.
Tous soitciil.
CATILINA seul.
J'attends ici César. Combien j'aimerais mieux Ce César à lui seul que tous ces furieux ! Mais il vient.