PREMIÈRE PARTIE
CÉSAR
Ceci n'est pas très-sûr. J'estime la clémence Et j'en veux essayer quelque jour.
CATILINA
Bah ! démence.
Si tu veux pardonner, tu seras renversé.
CÉSAR
Nous verrons.
CATILINA
Quant à moi, je me suis adressé A ce que Rome avait d'actif, d'ardent, d'infâme ; Les hommes ruinés au jeu, par une femme, Ceux qui par jugement étaient déshonorés, Qui par une injustice étaient exaspérés. Qui convoitent de l'or, des voluptés, des charges. De qui la bourse est mince et les dépenses larges. Qui d'un vieux père, aux jours par ses enfants comptés Redoutent de se voir, s'il vit, déshérités. Qu'un opprobre a flétris, qu'un créancier menace. Qui veulent à tout prix au soleil une place. Ces gens-là sont à moi.
CÉSAR
C'est une légion A qui pour me fler, je voudrais caution. Et je préférerais en commander une autre. Mais qui te répond d'eux ?
CATILINA
Même espoir est le nôtre,
sa CES AH.
Mr'iiKMMiïo (M il'ailltMirs cIkuiih iii'(Sl encliiuiié r,ir ([iioltiiic iKiMid puissant. Car, à l'ini j'ai (loiiiir l'iu^ maîlivsso, à l'aiiliv nu (-Iioval, iiii chien iniMnc, Tan! la j(Minoss(î osl folle, ot pour loul ce (jn'clic aime, Vil ou non, loujours pivlc à so préci|iil('i' Au uiilieu des pi^rilsoù l'on vont la jeter. Oiitrniïcs aux passants et querelles hardies, Viols, assassinats, pilla;jjes, incendies, Le mépris de l'honneur, le mépris de la niorl, .Ti^ leur ni tout appris. César, je suis bien fort.
CÉSAR
Je me crois l'Ame ferme et pourtant je frissonne D'horreur en t'écoutanl. .
CATILINA
Nous ne craignons personne, Les hommes ni les dieux, ni les mœurs, ni la loi ; Entre nous seulement nous respectons la foi.
CÉSAR
Je ne suis pas Caton, ce fou que l'on encense, Mais ce n'est point ainsi que je veux la puissance.
CATILINA
Je félonne, César.
CÉSAR
Tu m'attristes.
CATILINA
Merci .
Cependant une fois déjà j'ai réussi A l'engager toi-même en ces plans détestables, Tu .sais, avec Cras.sus....
PKEMIÈKE PARTIE. 53
CÉSAR
Tous deux fûmes coupables DW'outer tes conseils, mais, sans y consentir, Du moins, tous deux à temps sûmes nous repentir Et nous arrêter.
CATILINA
Bien, mais tu connais nos trames Et tu peux nous trahir, César...
CÉSAR
Il est des âmes Qui ne trahissent pas; à moi tu t'es fié, Je ne divulgue point un secret confié; Je te protégerai, toi comme tes complices, Et je vous sauverai peut-être des supplices.
CATILINA
Ah ! je veux bien la mort si je n'ai la grandeur. César, fais-moi consul, je te fais dictateur.
En me parlant ainsi, Sergius croit peut-être Me tromper?
CATILINA avec colère.
Que dis-tu?
CÉSAR
Dictateur, je veux l'être, Un jour je le serai par un autre moyen.
CATILINA
Et i)Ourrait-on savoir quel secret est le tien?
54 CÉSAR
CÉSAR
La gloire. Qunnd j'aurai .sous l'empire do Rome
Mis plus (le nations que n'en mil aucun homme,
Vaincu dans cent combats, construit vingt nidnuments,
Des âges qui naîti-ont futurs étonnemenls;
Porté de sages lois, sans négliger de plaire
Aux gens d'esprit, surtout à l'instinct populaire ;
Triomphé constamment et toujours pardonné, ,
Et si je ne suis pas avant assassiné ,
De Rome et de la terre alors je serai maître.
CATILINA
Sous quel nom ?
Je ne sais.
CATILINA
Celui de roi?
CÉSAR
Peut-être.
CATILINA
Fou, ton ambition bien longtemps attendra.
CÉSAR
Je sais attendre.
CATILINA
Adieu.
CÉSAR
Cet homme périra.