‹ César, scènes historiquesChapitre 29 sur 261 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

CÉSAR

Ceci n'est pas très-sûr. J'estime la clémence Et j'en veux essayer quelque jour.

CATILINA

Bah ! démence.

Si tu veux pardonner, tu seras renversé.

CÉSAR

Nous verrons.

CATILINA

Quant à moi, je me suis adressé A ce que Rome avait d'actif, d'ardent, d'infâme ; Les hommes ruinés au jeu, par une femme, Ceux qui par jugement étaient déshonorés, Qui par une injustice étaient exaspérés. Qui convoitent de l'or, des voluptés, des charges. De qui la bourse est mince et les dépenses larges. Qui d'un vieux père, aux jours par ses enfants comptés Redoutent de se voir, s'il vit, déshérités. Qu'un opprobre a flétris, qu'un créancier menace. Qui veulent à tout prix au soleil une place. Ces gens-là sont à moi.

CÉSAR

C'est une légion A qui pour me fler, je voudrais caution. Et je préférerais en commander une autre. Mais qui te répond d'eux ?

CATILINA

Même espoir est le nôtre,

sa CES AH.

Mr'iiKMMiïo (M il'ailltMirs cIkuiih iii'(Sl encliiuiié r,ir ([iioltiiic iKiMid puissant. Car, à l'ini j'ai (loiiiir l'iu^ maîlivsso, à l'aiiliv nu (-Iioval, iiii chien iniMnc, Tan! la j(Minoss(î osl folle, ot pour loul ce (jn'clic aime, Vil ou non, loujours pivlc à so préci|iil('i' Au uiilieu des pi^rilsoù l'on vont la jeter. Oiitrniïcs aux passants et querelles hardies, Viols, assassinats, pilla;jjes, incendies, Le mépris de l'honneur, le mépris de la niorl, .Ti^ leur ni tout appris. César, je suis bien fort.

CÉSAR

Je me crois l'Ame ferme et pourtant je frissonne D'horreur en t'écoutanl. .

CATILINA

Nous ne craignons personne, Les hommes ni les dieux, ni les mœurs, ni la loi ; Entre nous seulement nous respectons la foi.

CÉSAR

Je ne suis pas Caton, ce fou que l'on encense, Mais ce n'est point ainsi que je veux la puissance.

CATILINA

Je félonne, César.

CÉSAR

Tu m'attristes.

CATILINA

Merci .

Cependant une fois déjà j'ai réussi A l'engager toi-même en ces plans détestables, Tu .sais, avec Cras.sus....

PKEMIÈKE PARTIE. 53

CÉSAR

Tous deux fûmes coupables DW'outer tes conseils, mais, sans y consentir, Du moins, tous deux à temps sûmes nous repentir Et nous arrêter.

CATILINA

Bien, mais tu connais nos trames Et tu peux nous trahir, César...

CÉSAR

Il est des âmes Qui ne trahissent pas; à moi tu t'es fié, Je ne divulgue point un secret confié; Je te protégerai, toi comme tes complices, Et je vous sauverai peut-être des supplices.

CATILINA

Ah ! je veux bien la mort si je n'ai la grandeur. César, fais-moi consul, je te fais dictateur.

En me parlant ainsi, Sergius croit peut-être Me tromper?

CATILINA avec colère.

Que dis-tu?

CÉSAR

Dictateur, je veux l'être, Un jour je le serai par un autre moyen.

CATILINA

Et i)Ourrait-on savoir quel secret est le tien?

54 CÉSAR

CÉSAR

La gloire. Qunnd j'aurai .sous l'empire do Rome

Mis plus (le nations que n'en mil aucun homme,

Vaincu dans cent combats, construit vingt nidnuments,

Des âges qui naîti-ont futurs étonnemenls;

Porté de sages lois, sans négliger de plaire

Aux gens d'esprit, surtout à l'instinct populaire ;

Triomphé constamment et toujours pardonné, ,

Et si je ne suis pas avant assassiné ,

De Rome et de la terre alors je serai maître.

CATILINA

Sous quel nom ?

Je ne sais.

CATILINA

Celui de roi?

CÉSAR

Peut-être.

CATILINA

Fou, ton ambition bien longtemps attendra.

CÉSAR

Je sais attendre.

CATILINA

Adieu.

CÉSAR

Cet homme périra.

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