DEUXIÈME PARTIE
CI CE R ON souriant.
Moi... sans doute je l'admire.
CATON
Je l'admire et le crains, car il vise à l'empire. Qui ne l'admirerait? Mais, toi, tu fais bien plus, Tu défends ses amis, jusqu'à Vatinius; Car jamais de ta part un refus il n'essuie. Au sénat chaque jour ton suffrage l'appuie. Tu le chantes.
CICÉRON
Les vers aiment la fiction.
CATON
Tes lettres sont en prose. A chaque occasion. Pour quelque ami nouveau réclamant des services, Tu t'engages à lui, toi, par ses bons offices. Qui lui résistera quand il a Cicéron?
Qui? peut-être Brulus, cerlainement Caton.
CICÉRON
Et crois-tu que mon œil n'aperçoit pas le gouffre Où nous allons, je cherche à m'étouidir, mais souffre Au fond autant que toi. Je .souffre de penser. Et, ces mots je voudrais ne les pas prononcer, Qu'il n'est phis de sénat et plus de république; Que me voilà perdu pour la chose publique; Qu'à l'âge où je devrais agir et gouverner. Dans les soins du barreau je dois m'emprisonner; Moi, de tout temps jaloux de jouer un beau rôle, A de mesquins procès ravaler ma parole ! Avoir pour seul emploi l'élude au coin du feu! A ce vers que j'aimais, tout enfant, dire adieu I
118 CESAR
« Toujours an promior rang, loujours avant los autres! »
Vous avez vos oniluis ; ah I nous avons les noires !
Mes ennemis, île moi je les vois triomiiliaiils,
Ne puis les atlaipier... parfois je les (iéleiuls !
Tout est pour moi soulTrance, embùelie, obslaclc, entrave;
Mon âme n'est pas libre et ma haine est esclave.
Ail ! faut-il ipie César ait été fait exprès
Pour que lui seul im peu songe à mes intérêts!
Seul s'occupe de moi, me recherche, m'honore,
Quand les miens m'ont Iralii, joué, fait pis encore.
CATON
Calme-toi, Cicéron, je t'ai vu quelquefois Plus ferme en tes pensers qu'ici je ne te vois.
CICÉRON
Caton, je vais t'ouvrir mon àme tout entière.
Lorsque assez jeune encor j'entrai dans la carrière,
Je voulus, vain espoir dont je m'étais flatté,
Entre tous les partis marcher en liberté ;
Pour but uniipie avoir le bien de la pairie,
Et mon àme au péril s'est montrée aguerrie;
Car, tandis que César et Crassus hésitaient
Entre les factieux et le sénat, flattaient
Tout bas Calilina de lui venir en aide
S'il était le plus fort, — moi, je fus ferme et raide
Comme Caton.
CATON
C'est vrai, ce fut là ton grand jour.
Pour me remercier, on m'exile; au retour.
On m'abandonne, seul ou presque seul, je trouve
Mes amis dispersés, indifférents; j'éprouve,