L'ARGENT
; dormit mai celle nuit-là au Ramaïrel; Guiral pensant aux dépiquaisons commencées depuis deux jours; Césette achevant à son idée les propos du Pré-Raïnal; Rouzil retournant en songe à la fontaine de Frégines, et Jordi repensant encore à ce coup de fortune qui avait jeté dans ses bras la fille la mieux dotée du pays.
Quelle aventure! Elle en tenait pour lui, la brune; pas de doute, elle le voulait. Et lui? Lui
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ne savait trop que faire ni que penser. Certainement il préférait la pastoure, et l'autre, plus vieille que lui de quelques mois, lui paraissait un peu mûre pour un garçon de dix-neuf ans. Oui; mais l'argent, le Ramaïrel à hériter plus tard!
L'affaire évidemment demandait réflexion.
« Jordiî » Guiral le secouait. « Allons vivement, dormeur. A la gerbe! Tâchons de pousser la besogne avant le chaud de la journée. On entend chanter les coqs de Ginibrède; signe de vent d'autan. Descendons! »
On y voyait tout juste dans la cour. Déliant et répandant les gerbes, couche par couche les hommes bâtissaient l'airée, et, pendant qu'ils travaillaient, les femmes, déjà levées, remuaient dans la maison close, avec le bourdonnement léger d'une ruche qui s'éveille.
Césette sortit la première.
Timide, elle jeta son bonjour à la hâte et tira vers l'étable avec un visage rougissant, un peu
de honte, un peu des reflets de l'aube qui naissait.
L'airée cependant était montée, le lit de gerbes étalées en cercle n'attendait plus que la foulée du rouleau.
Jordi attela les bœufs maladroitement; ses mains tremblaient la fièvre. Deux fois il dut s'y reprendre avant d'avoir les juilles aux cornes des animaux.
« Are Guinet! âré Caillol! »
Paisibles, les bonnes bêtes se laissaient imposer le joug, et la lourde machine se met en branle, Jordi dessus, juché sur le siège, l'aiguillon en main.
(( Aré! are! »
Menés par le cordeau qui les rejoint au pal de chêne fixé au centre de l'aire, les bœufs enfoncés jusqu'au fanon dans la paille, tournent lentement, rétrécissant, puis élargissant leur cercle, et le rouleau de pierre glisse d'un mouvement insensible, écrasant la litière et faisant jaillir le blé des épis.
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Le chariot glisse, le soleil monte, l'air s'embrase et bientôt dans le silence de la campagne à perte de vue déserte, immobile, ces deux mouvements seuls se poursuivent, évoluant l'un dans l'autre : en haut, la grande roue du soleil qui tourne en faisant de la lumière^ en bas, le rouleau qui marche en faisant du blé.
<( Are Caillol! âré! »
Radieuse sous l'averse du soleil, le front haut, les yeux brillants, Rouzil descend à petits pas l'escalier de la maison. Elle chante. La lumière ne lui fait pas peur à celle-là, ni l'amour. Ohî la superbe fille, franche de collier, voulante et hardie. Ce qu'elle souhaitait, elle le tient; sa fantaisie à demi contentée, sa volonté obéie lui mettent le sang en feu et le cœur en fête. Les mouvements aisés, la tête libre, elle travaille à son habitude, les yeux sur les yeux du bouvier.
Mais Jordi ne s'occupait pas de Rouzil. Tout à ses idées d'argent, il envoyait ses regards pardelà le mur du jardin, vers les terres du Ramaï-
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rel qui s'étageaient en cercle devant lui, les prairies en bas, les vignes et les labours audessus.
Un riche coup d'œil! Là se courbait en gradins réguliers le chaume du Siréjol, tout ponctué de gerbes blondes, — et elles se touchaient presque, tant cette terre forte et rude est bonne nourricière du froment. La jachère de Dodœii qui la confronte, blanche de pierrailles et verte de ronces, porterait bien sa récolte comme une autre, une fois épierrée et affranchie de l'ombre de ces trois noyers qui l'épuisaient. Des noyers très vieux et très sains, qui feraient, débités en planches, un belle armoire et une porte neuve pour remplacer celle du chai qui ne tenait plus.
« Are Guinet! âré! »
Le rouleau tournait, et au delà de la pommeraie close qui touche à la maison, la vigne des Àméliés se découvrait encadrée entre les bois de Frégines et les friches de Querbes-Lougues. Une vigne jeune, en pleine fougue et toute en
pied de perdrix, le meilleur cépage et le plus renommé de l'endroit. Guiral en avait tiré l'an passé dix bonnes barriques sans compter le demi-vin et les pannerées de figues et de bigarreaux. Si goulu de vin fût-il, certes, il ne souffrirait jamais du mal de la soif, le maître des- Améliés.
« Are Caillol! âré Guinetî »
Les bœufs, rebutés, s'arrêtaient un moment, et Jordi, les laissant souffler, toisait d'un coup d'ceil la bâtisse du Ramaïrel. Une solide bâtisse,, toute de main d'ouvrier; les murs alignés au cordeau; le pigeonnier à droite, blanc comme neige; et des deux côtés de la cour, de plain-pied avec le sol, la grange, le hangar, la bergerie, tout; une maison au grand complet, bien aménagée, soigneusement close, avec la date de la construction sculptée au linteau de la porte, une porte de chêne armée et ferrée du haut en bas de gros clous.
Les bœufs repartaient, le chariot évoluait en-
CESETTE.
core, et les champs, les parcelles, les enclaves du Ramaïïel se levaient l'un après l'autre dans la lumière, fascinant le bouvier, l'enveloppant d'une ronde où sa tête se perdait, virait à son tour. Tout ça à lui I la terre, la maison, le bétail! Quel rêve! Ah! celui-là n'eût pas été paysan, conçu en justes noces de père et mère campagnards, qui eût résisté à si pressante tentation.
Une fièvre de convoitise allumait le bouvier; des frissons de plaisir le secouaient à l'idée ou plutôt à l'odeur de la bonne terre qu'il humait à pleins poumons. Le cœur lui sautait bien plus que la veille à la fontaine des Frégines, quand il accolait la Rouzil. Trente mille francs! le Ramaïïel les valait au bas mot, et qui sait combien d'écus le vieux Guiral entassait là-haut dans son armoire? Trente mille francs!
« Are! âré! »
Pressés de l'aiguillon, les bœufs secouaient le joug et soulevaient le rouleau d'une forte poussée. La masse de pierre se déplaçait brusque-
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ment, et entre les cornes des bœufs, au bout d'une allée de pruniers, Jordi apercevait un morceau d'herbe verte, le Pré-Raïnal.
Gésette était là sans doute. Césette! Ce nom sonnait comme un reproche. Césette! Ah! tant pis ! Pour deux mots qu'il lui avait dits en passant, l'autre dimanche. L'avait-elle compris, seulement? Elle aurait, en tout cas, bientôt fait de l'oublier. Un nouveau galant viendrait, au lieu de deux mots lui en dirait quatre, et en avant le vielleur!
Pourvu que la Rouzil ne se dédise pas maintenant, concluait le bouvier.
Foulée, écrasée pendant des heures, l'airée était au point. A grandes fourchées, les gens avaient enlevé la paille qui prit le chemin de la grange, tandis que la balle et le grain étaient raflés ensemble et poussés à la pile qui montait, croulait, montait encore, allongeant le noir de son ombre sur le blanc de l'aire, battue et nette comme le pavé d'une maison.
« Après manger, sitôt que l'autan soufflera, nous vannerons, » dit Guiral.
Le vent se levait; de courtes risées d'abord qui venaient soulevant des fétus de paille, promenant une pincée de poussière dans la spirale d'un tourbillon blanc; mais à chaque retour le souffle s'enforcissait, prenait de la voix, élargissait son coup d'aile; des musiques passaient en l'air, de plaintes qui tombaient aussitôt évanouies dans le lointain des bois.
On vannait.
Debout contre l'autan, Jordi envoyait en l'air des pelletées de blé qui s'égrenaient en pluie noire; Rouzil balayait; tous deux enveloppés de poussière, les yeux brûlés, la gorge sèche, échevelés, agacés aussi par les barbes envolées qui leur chatouillaient les narines.
Le vent augmentait. Des montées d'air brûlant arrivaient en tempête, une tempête sèche, une galopée d'orage qui chassait devant elle, au lieu de pluie, des poignées de rayons; un
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assaut; les volets battaient souffletés; la maison tout entière, cinglée, brutalisée, se lamentait comme une âme en peine.
Puis l'autan fléchissait, et seule, dans la lourde accalmie, une porte, avec un grincement monotone, chassait sur ses gonds.
Rouzil s'ennuyait. Toute soulevée vers Jordi, elle s'étonnait de le voir si peu ocupé d'elle, la regardant à peine, et d'un air si dur.
C'est qu'une idée hantait maintenant le bouvier qui lui gâtait son bonheur.
Réflexion faite, il trouvait la mariée trop belle, c'est-à-dire trop riche. Qui sait si la brune ne badinait pas à ses dépens? Elle si fortunée, lui pas trop, et elle se jetait à sa tête; cela n'était pas naturel. Bien futée la fille ou bien amoureuse; lequel des deux?
Jordi réfléchissait, et, dans cette inquiétude, un pli naissait à son front, marquant le premier souci de l'homme fait sur un visage qui n'avait reflété jusque-là que les fantaisies de l'adolescence.
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S'assurer de Rouzil, la tenir à sa merci, il le fallait. Mais comment?
Sans le chercher, il avait trouvé le moyen. Son inattention avait exaspéré l'envie de sa maîtresse et mis, comme on dit, le feu aux étoupes. De pied en cap, elle brûlait la Rouzil! Ah! ce bouvier, cet endormi, ce sang glacé, elle le voulait à tout prix.
Et Jordi la quittait; tranquillement, à l'heure coutumière du pansage, le bouvier gagnait l'étable. Les bœufs, debout devant le râtelier vide, beuglaient, la tête tournée vers la porte, queiant la paille. Et pendant que Jordi garnissait la crèche, une ombre tout à coup boucha l'entrée de l'établc. Rouzil! Ému, le drôle la regardait venir en dessous, et jamais elle ne lui avait paru si haute, ni si large, ni si riche.
Elle avançait en se dandinant, vaguement inquiète de ce qu'elle allait dire, et ils demeuraient un moment l'un devant l'autre sans paroles, pareils à des ennemis qui vont se battre
<)2 CESETTE.
plutôt qu'à des amoureux pressés de s'accoler. « Tu ne me parles pas... Qu'as-tu contre moi, Jordi? interrogea Rouzil.
— Rien.
— M'aimes-tu, au moins?
— Oui; et toi?
— Tu le demandes? Douterais-tu de moi, bouvier?
— Oui.
— Après ce qui s'est passé à Frégines?
— Oui.
— Tu es difficile à contenter, mon galant. Alors que veux-tu que je fasse et que prétendstu faire?
— Parler à l'ancien en ton nom et lui demander s'il veut que nous épousions ensemble. Pas plus.
— Oui, mais attends. Peut-être, pour le quart d'heure, serais-tu le mal reçu; et qui sait s'il ne te renverrait pas pour nous séparer?
— Soit; mais pour me donner la patience
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d'attendre, fie-toi à moi et viens me trouver la nuit prochaine. Nous nous parlerons dans le jardin, derrière le rucher.
— Non, ça ne se peut pas. »
Elle se taisait, mourant de honte et de désirs, tête basse avec des montées de flamme à ses joues.
Très perplexe, Jordi la regardait.
A côté d'eux, dans l'obscurité de l'étable, les bœufs ruminaient et les hirondelles, avec des cris aigus, voletaient aux solives.
Ne sachant plus que dire, Jordi avait saisi Rouzil et l'attirait vers lui. Elle se débattait; mais lui, fier de montrer sa force, l'emprisonnait comme dans la serrée d'un étau.
« Viendras-tu cette nuit? lui demandait-il.
— Non. »
Il redoublait l'étreinte, jusqu'à ce que, fermant les yeux, elle eût fait : Oui.
Il la laissa partir alors, et tout en caressant du plat de la main la croupe d'une jeune vêle :
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<( Cette nuit! répétait-il; cette nuit! »
Mais la nuit, ce soir-là, tardait à venir. Le soleil parti, le jour durait encore. La lumière emplissait tout, pénétrait tout, s'étalait d'un bord à l'autre de l'horizon.
On eût dit que la terre, imbibée de rayons, envoyait à son tour de la clarté vers le ciel!
Lentes à s'allumer, une à une les étoiles pointaient, si pâles qu'on ne savait si elles venaient de naître ou si elles allaient mourir.
Assis tous les quatre sur le banc de pierre, Guiral somnolent, Jordi inquiet, Rouzil impatiente, Césette songeuse, muets tous les quatre, ceux du Ramaïrel attendaient.
La nuit venue, Guiral le premier prit le chemin de sa chambre; Jordi partit un moment après, bientôt suivi de Rouzil, dont le lit était dressé près de la chambre de l'ancien.
La ménagère montée : Sans doute il va venir, pensait la pastoure demeurée seule sur le banc.
Depuis la veille au pâturage, elle n'avait fait
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qu'imaginer ce qu'ils se diraient, elle et le bouvier.
Une fois la maisonnée au lit, il viendrait là, près d'elle, et à voix basse :
(( Dis, tu l'avais deviné, celui que je t'offrais pour galant. Me veux-tu, Césette?
— Si tes parents y consentent et les miens, répondrait-elle, je dirai oui de grand cœur. »
Peut-être alors, s'enhardissant, le bouvier lui prendrait les mains; et qu'il ferait bon rester là, appuyés l'un à l'autre, tous deux seuls!
L'heure était arrivée et Jordi ne venait pas.
Bientôt, les gens étant couchés, la maison se fit silencieuse, endormie, et la bergère, vaguement soucieuse, écoulait encore, attendait toujours.
Ses pensées l'empêchaient de languir et toutefois lui tenaient tristement compagnie.
Que se passait-il?
Jordi peut-être ne l'aimait plus.
Pourquoi?
96 GÈSETTE.
C'était donc un mensonge ce qu'il lui avait dit au Pré-Raïnal.
Hélas!
D'angoisse, de chaud, la petite suffoquait. Il faisait lourd. Le vent apaisé à la tombée de la nuit avait laissé de la torpeur en l'air. La treille au-dessus du banc pendait inerte et sur le noir de l'horizon, au-dessus de la grange, la force du temps soulevait avec de brusques palpitations la lumière blanche des éclairs. Les tempes moites, la peau brûlante, les mains à plat cherchant la fraîcheur de la pierre, la pastoure s'oubliait là, immobile, et ses yeux par moment se levaient vers le ciel, comme si quelque réponse à ses doutes lui devait tomber du vague de la nuit.
Il était tard quand elle se décida à verrouiller la porte et à se jeter dans ses draps, plus tard encore quand elle s'endormit. Court sommeil; elle tressaillit tout à coup.
Il lui semblait entendre quelqu'un, Jordi,
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sans doute, sautant par la fenêtre de l'étable dans le jardin. Et maintenant... chut! On remue là-haut, Rouzil quitte sa chambre. Les mains en avant, tâtant du pied chaque marche, elle glisse le long de l'escalier, elle touche la porte qui s'ouvre en grinçant. Où va-t-elle?
Bien éveillée cette fois, Césette court vers l'étable. La porte béait à demi poussée, et dans la tiédeur émanée des bêtes ruminantes, la fenêtre ouverte recevait l'air plus frais du dehors.
Retenant son souffle, étouffant ses pas, la pastoure se glisse jusque-là et, tendant le cou, écarquillant les yeux, elle regarde.
Quoi? rien d'abord; le noir, l'obscur de la nuit, et pendant que, anxieuse, elle s'obstine à fixer les ténèbres, le ciel longtemps fermé soulève le bord de sa paupière, une large lueur éclate et tout un morceau d'horizon jaillit sur le blanc de l'éclair. Loin, très loin, une crête de coteau frangée d'arbres et, tout près, le jardin en entier : la treille verte, la tête ronde des
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choux, tout, jusqu'à la bordure taillée de romarin, jusqu'au luisant d'une bêche oubliée dans un carré d'oignons.
Et comme Césette éblouie fermait les yeux, un second éclair lui montrait à dix pas d'elle assis devant le rucher, sous le couvert des buis, un homme et une femme, Rouzil et Jordi sans doute qui s'embrassaient.
L'éclair avait disparu et Césette, jetée en avant, les mains crispées au rebord de la fenêtre, regardait encore.
Et tandis qu'elle épiait, essayant de douter et ne pouvant pas, voici quedans la tiédeur de la nuit un lis fleuri sous l'évier lui envoyait une odeur si douce, si pénétrante, que son cœur défaillait; sa volonté déraidie, son angoisse s'en allaient tout à coup en pleurs.
Et pleurer, et pleurer! une pluie de larmes qu'elle essuyait de temps en temps avec sa manche et qui renaissait comme une source.
Pourquoi attendre? Elle en avait assez vu
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comme ça. Doucement, tout doucement, comme si elle avait peur de les déranger, eux, elle se retira de la fenêtre et regagna sa chambre. Puis, distraite, avec des gestes lents, elle fit tomber sa jupe et se jeta sur son lit.
Ses yeux étaient taris; ses idées fuyaient à la dérive. Elle ne se défendait pas; elle ne songeait pas à lutter. À quoi bon? Rouzil n'était-elle pas l'héritière du Ramaïrel, et elle la pastoure de Rouzil? Cela l'écrasait; elle se sentait jouée, trahie, perdue et consentait à tout. Jordi faisait bien; Rouzil avait raison. Seulement elle aurait voulu dormir, les oublier tous deux, et elle se forçait à cligner les paupières. Le sommeil boudait. Alors, pour tenir ses pensées éloignées de ce qu'elle venait de voir, elle prit le chapelet glissé chaque nuit sous son traversin; et à voix basse, sans discontinuer, elle balbutiait ses oraisons.
Elle en était au Pater.
« Pardonnez-nous nos offenses... »
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La porte s'entre-bâilla discrètement et se referma dans le bruit d'un baiser.
Rouzil rentrait.
Césette l'écouta monter l'escalier, ouvrir sa chambre; et quand tout fut rentré dans le silence, la délaissée, soulevée un moment pour voir passer l'autre, se laissa retomber, syllabant entre deux sanglots :
« Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »