LA CABANE AUX FEUILLES
[e se souciant pas de se rencontrer avec le bouvier ni avec la fille de Guiral, crainte de leur laisser voir son chagrin sur son visage, Césette se trouva bien contente, les dépiquaisons finies, quand la saison fut venue de garder aux friches de Querbes-Longues, qui sont un pâturage communal de Saint-Ongé.
Là, du moins, elle avait sa journée franche et sa liberté complète.
Laissant au bord des plateaux dont ils ne
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s'écartent guère les pastours et pastoures de l'endroit, Césette menait ses ouailles au plus âpre du pays, aux entours du Moulin-Rompu de Nantuech, qui dresse sa carcasse démembrée et le moignon de son aile pendante sur l'aridité des pierrailles à perte de vue désertes.
Le lieu est mal famé et peu fréquenté à cause du dernier meunier qui s'y pendit faute de pain, dit l'histoire; qui fut enlevé par son compère le Drapet (le diable), raconte la légende.
La pastoure ne trouvait là d'autre compagnie que celle des lézards gris et des couleuvres, ni d'autre abri, par les brûlantes après-midi d'août , que l'ombre du moulin, laquelle, faisant l'office d'un cadran solaire, marquait les heures sur la rondeur des plateaux.
De ci, de là, les ouailles paissaient le serpolet et la marjolaine, et Césette, libre de ses mouvements, sûre de n'être vue ni entendue par personne, pleurait ou chantait, ou s'ennuyait à sa fantaisie.
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A de certains jours, elle mettait dévotement les genoux en terre et priait, les yeux fixés sur le clocher de Notre-Dame-des-Misères qui sort tout blanc au-dessus des noirs mamelons de la forêt de Grésine, ou bien sur la grosse tour noire de Saint-Amadour qui domine à l'opposé les montagnes blanches du Haut-Quercy.
« Secourez-moi, grand saint Amadour! ôtezmoi mon chagrin, Bonne Dame! »
Mais les saints et les vierges du Causse, riches, puissants, bien rentes, allaient bien s'occuper d'une pastoure du Ségala, travaillée du mal d'amour!
La guérison ne lui tombant pas du ciel, la petite regardait alors du côté d'une courte masure qui saillait à quelques jets de pierre du Moulin-Rompu, au-dessus des rochers noirs. Là, gîtait la Ramonde, une sorcière fameuse pour guérir les maladies, donner ou retirer les sorts.
Si elle allait la consulter!
Tout à coup, comme obéissant à son appel,
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elle la vit, un jour, surgir entre deux pierres. D'où venait-elle? Suspecte d'allures, rôdant, tournant comme un lièvre en train de mêler ses voies, elle apparaissait, disparaissait avec le déhanchement grotesque, la boiterie douloureuse d'une bête écrasée. Où allait-elle? Un moment, elle approcha de la bergère, qui se fit petite, petite, rasée derrière un genévrier, morte de peur. Mais, faisant volte-face, l'autre s'en retourna comme elle était venue, festonnant et sautelant parmi les broussailles et les rochers.
A prier, à filer, à ne rien faire, le temps passait. La rosée commençait à mouiller les herbes, quand Césette s'en retournait au Ramaïrel en compagnie de son ombre démesurément allongée vers l'horizon.
Et le lendemain ressemblait à la veille; les journées se suivaient toutes pareilles; des journées plates, nues, silencieuses; tellement mortes qu'elles s'animaient au bourdonnement d'une abeille, tellement vides que la marche d'un
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nuage au ciel ou d'un passant sur la route suffisait à les remplir.
Césette s'ennuyait.
Par delà le morne pays dont elle connaissait par cœur chaque clocher, chaque maison, chaque arbre, elle arrêtait souvent ses yeux sur la ligne familière du Ségaia, qui sortait en bleu sombre au-dessus des croupes grises de Béduer. Et, regardant de ce côté, l'envie la prenait de retourner là-bas, de s'en aller voir ce qui se passait aux Amarines.
Mais Guiral refusa net la permission. L'ouvrage pressait trop et personne, elle partie, ne pourrait garder à sa place. Plus tard, à la cueillette des châtaignes, il lui donnerait le temps de s'amuser au pays.
« Que te manque- t-il ici? ajoutait le vieux. N'as-tu pas du pain de blé à ta faim et même un peu plus, car je t'ai vue plus d'une fois en jeter à ta chienne, à ta Charmante. Si tu as à te plaindre de quelqu'un, que ce soit du bouvier
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ou de Rouzil, parle, nous y mettrons ordre. Mais te donner un congé, bien fâché, je ne puis pas. Patiente un peu, ma fille. Trois mois ne sont pas finis depuis que tu as quitté le pays, et déjà tu trouves le temps long; ça va mal. Si c'est ta grande amitié pour tes parents qui te met en souci, tu n'as que quelques jours à espérer. La foire d'Anglar-la-Cramade tombe à la fin août. Là, tu trouveras certainement ta mère ou quelqu'un de tes frères et tu les embrasseras à loisir. »
Césette n'avait rien à répondre aux raisons de Gui rai; mais ce projet manqué la laissait plus triste, plus désolée qu'avant.
Avec le temps son chagrin avait perdu sa pointe, mais non pas son venin. Une espèce de langueur la tenait âme et corps comme morte, engourdie dans un mauvais sommeil. Une étrange maladie ! S'allonger, elle n'avait pas d'autre désir; et une fois allongée fermer les yeux, ne rien entendre, ne rien voir. Partie pour
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le pays des songes, rien n'avait le pouvoir de l'éveiller. Les bouviers des environs avaient beau s'évertuer dans les trompes et corner les soupes; le tonnerre avait beau gronder et rouler dans le ciel, Gésette n'y prenait pas garde, el plus d'une fois ces orages d'été qui arrivent on ne sait d'où et vous tombent dessus sans crier gare la surprirent au pacage et donnèrent de la mouillure au troupeau.
Plus d'une fois aussi, Guiral secoua et semonça rudement la pastoure. Mais elle écoutait tranquillement la semonce sans marquer ni bravade ni repentir.
Tout glissait sur elle maintenant; même les œillades de Rouzil et de Jordi, qui la révoltaient tant les premiers jours, la laissaient presque indifférente.
Et Dieu sait qu'ils ne se ménageaient pas, nos galants. L'ayant tant voulu et le tenant enfin, son bouvier, la fille de Guiral n'épargnait rien pour le retenir. Ah! l'heureux garçon!
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Le secret à garder le gênait bien un peu, par exemple : la vanité rentrée l'étouffait et la langue lui démangeait furieusement. Ne pouvoir pas triompher à Taise, quel dommage! Il se trahissait par des airs capables, des mines d'autorité qui étonnaient les gens chez lui comme au Ramaïrel; et quand on lui demandait à qui il en avait et sur quelle herbe il avait marché, il prophétisait des événements extraordinaires et clignait de l'œil de manière à faire croire qu'il avait perdu l'esprit.
Cette contrainte à la longue lui devint insupportable; elle corrompit son bonheur et lui mit sur le visage quelque chose d'inquiet qui alarma Rouzil.
« Mais qu'as-tu? l'interrogeait-elle; où as-tu pris cet air-là? Parle, raconte; on t'écoute.
— Rien de nouveau; toujours la même histoire.
— Quoi?
— C'est qu'il me tarde d'être en règle avec
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ton père et d'avoir son consentement pour te parler. Tôt ou tard, vois-tu, nous serons découverts, et alors que dira l'ancien? Mieux vaudrait, je crois, qu'il fût instruit de notre amitié par nous que par les autres. »
Rouzil se trouva bien embarrassée de répondre, n'osant pas déclarer à son galant le peu de chance qu'il avait d'être agréé par son père, lequel ne s'était pas gêné pour proclamer devant sa fille qu'il voulait marier le Ramaïrel avec une terre d'égale valeur et même qui fît bon poids dans la balance.
Elle demanda un peu de temps à son galant pour aviser et le dédommagea de son mieux de l'ennui d'attendre.
Leur querelle en resta là pour le moment; mais, chantant toujours la même antienne, le bouvier s'y prit un jour de telle façon que le propos finit par tourner à l'aigre.
« Parle, parle! disait le garçon. Il ne me plaît pas à moi d'être ton galant rien que la nuit; je
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prétends l'être au grand jour, au vu et au su de tout le monde. Ceux de la Colombarié valent bien après tout ceux du Ramaïrel.
— Mauvaise tête! de quoi te plains-tu? Ne t'a-t-on pas donné des arrhes? Quel péché, bon Dieu! de s'être livrée à un homme qui ne se fie pas à vous.
— D'autres s'y sont fiés avant moi et ont eu tort. On sait qui tu es, Rouzil, et que si tu as coutume de te passer tes fantaisies, tes fantaisies te passent vite.
— Je serais donc une perdue à ton idée! Et c'est toi, toi qui m'en fais le reproche! Ah! c'est trop fort! »
Rouzil allongeait la lèvre et boudait un quart d'heure pour se raccommoder ensuite avec son galant et se quereller avec lui le lendemain.
Un soir que nos jeunes gens n'ayant rien de mieux à se dire, parlaient affaires et tiraient des plans pour l'avenir, Jordi dénonçait le projet de défricher le bois de Frégines que sa défunte mère avait laissé à Rouzil.
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« Le bois de Frégines? Un bois qui vient de coupe tous les quinze ans! le meilleur bois du Ramaïrel! Et tu crois que je vais te laisser faire? répondait la fille de Guiralj; nani. Le bois m'appartient; personne n'y touchera.
— Les femmes, vous n'entendez-rien à la culture, insista le bouvier. Mettons que nous en vendions vingt cannes tous les quinze ans. A une pistole et demie, fais le compte. Un fameux rapport pour une terre où tout viendrait, le blé, le maïs, tout! Une terre noire de sucs et douce à s'émietter dans les doigts. Et tu ne veux pas défricher ?
— Non.
— Enfin, nous verrons bien, plus tard.
— Plus tard? Prends garde, Jordi; je ne suis pas encore tienne.
— Et bien, tant mieux! risposta Jordi se mettant sur pied et faisant claquer ses doigts d'un air de défi. J'aime mieux en prendre une pauvre qui me laisse gouverner à ma guise, qu'une
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riche qui m'impose ses quatre cents volontés. Sandiou! un homme comme moi n'est pas fait pour se laisser maîtriser par les cotillons.
— S'il te la faut pauvre, ton ancienne bonne amie Gésette fera ton affaire. Toute sa fortune, elle la porte sur son corps, à savoir : sa robe, sa chemise et ses souliers. Une sans argent et un sans esprit, à vous deux, vous ferez une jolie paire.
— Ne parle pas de la pastoure. Son petit doigt vaut mieux que toute ta personne. Gésette! eh bien tu as raison de me la remémorer. De ce pas, je vais à sa recherche, et si elle me veut...
— Oh! sois sans crainte. Tu seras le bien reçu; je t'en réponds. Hep? où passes-tu? Tu te trompes, l'ami; la pastoure ramasse la feuille au bois de Ginibrède. Un bon endroit pour se réconcilier; bien couvert, loin de tout. Bien du plaisir je te souhaite, bouvier. »
Rouzil s'attendait à voir Jordi revenir sur ses pas, soumis et repentant. Gageons qu'il n'ar-
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rivera pas jusqu'aux Abéianes, se disait-elle.
Mais le bouvier avait pris la mouche pour tout de bon. « S'il la laissait faire, elle le mènerait par le bout du nez, cette Rouzil. Doucement, s'il vous plaît! On verrait aujourd'hui qui des deux mettrait les pouces. Ah! tu m'envoies vers la pastoure, suffit; on va se raccommoder avec elle. Eh! eh! j'en sais une qui pourrait bien déchanter avant ce soir. »
Raisonnant ainsi, Jordi touchait le mur de pierres sèches qui emprisonne les cépées de Ginibrède. Le bois maigre, avec ses bouquets de chênes allongés en quenouille, s'espaçait en avant dans le soleil. On y étouffait dans ce bois; l'air brûlait enfermé sous les verdures immobiles; un brouillard lumineux, une flambée d'étincelles tremblait au-dessus des pelouses flétries que mordaient çà et là des ombres courtes et dures. Un silence accablant pesait d'en haut sur l'assoupissement des choses. Le bois dormait bercé au bourdonnement des insectes,
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au vol vibrant des cigales et des frelons lancés comme des flèches d'or dans l'éther incandescent.
Jordi songeait. Pour la première fois depuis qu'il s'était donné à Rouzil, le bouvier allait se trouver seul à seul avec la pastoure, et cette rencontre, qui d'abord lui avait paru si simple, en y réfléchissant, l'inquiétait bien un peu. Qu'allait-il chercher là? Pourquoi tourmenter cette fille
Jordi s'arrêtait, repartait incertain.
Déjà les chênes émondés de frais, nus comme des potences, marquaient la place où travaillait Césette, qui liait les broutilles coupées en fagots et les charriait sur son dos à la cabane où l'on a l'habitude de garder cette ramée emmagasinée pour l'hiver. Le bouvier l'aperçut bientôt gravissant au-dessus de lui la pente du bois, pliée sous son faix de verdure qui traînait derrière elle, balayant les mousses et envoyant en l'air l'odeur acide et savoureuse des feuillages flétris.
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Une lourde charge! Elle en avait, la menue, autant qu'elle en pouvait porter. Suffoquant de chaud, butant aux racines, deux ou trois fois Jordi la vit chanceler, prête à s'abattre sur le sol. Marchant presque sur ses talons, il l'entendait ahaner de fatigue et jeter des soupirs.
« Césette?
— Jordi? »
Il l'avait dépassée, et bien en face, il la dévisageait longuement, plus longuement qu'il ne l'avait fait depuis un mois.
Oh! la chétive figure, vannée, flétrie, réduite à rien! Hélas, mon Dieu! qu'était-elle devenue la Césette blanche et rose de jadis, le frais bouton d'églantier qui fleurissait à travers la haie du Pré-Raïnal! Pauvrette! Le chagrin sans doute l'avait mise en cet état. Délaissée, trahie, elle regrettait encore, elle aimait peut-être son ancien galant. Césette! Et dire qu'avec un mot de lui, un seul mot, il la ressusciterait s'il voulait, il ferait d'elle à sa volonté! Le pleurant, séchant
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d'amour pour lui, elle ne demanderait pas mieux, la petite! Et lui-même, pendant qu'il la regardait, troublé subitement, attendri, l'envie le tentait de lui mettre les bras autour du cou!
<( ïl pèse deux fois comme toi, ce fagot, dit-il à Césette. Donne; on va te faire voir la manière d'enlever ça; donne donc. »
Mais la figure de la charrieuse s'était rembrunie.
Avançant d'un pas et secouant la tête :
<( Merci, bouvier, répondit-elle. Garde tes honnêtetés pour d'autres; je me passerai de ton secours.
— Pourquoi? tu tomberas, bien sûr, avant d'arriver à la cabane.
— Moi? Ne te mets pas en peine. On ira jusqu'au bout et on recommencera, s'il plaît à Dieu.
— Alors, tu ne veux pas que je t'aide?
— Non.
— Tu me hais donc bien?
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— Je ne te hais ni je ne t'aime. Mais tu nie fais parler. A quoi bon? je ne vais pas te chercher; que ne me laisses-tu en repos?
Très déconcerté et plus touché qu'il n'aurait voulu des refus de la pastourc, Jordi essayait de faire bonne contenance.
(( Comme ça se rencontre mal, ricanait-il. Moi qui te trouve tant à mon goût aujourd'hui et qui venais exprès, oui, tout exprès pour te le dire! »
Montant touiours, Césette était arrivée iusqu'à la cabane; elle avait jeté son fagot sur le tas dans le noir de l'ombre et s'apprêtait à ressortir.
Mais Jordi, adossé à la porte, barrait le seuil.
a Reste donc un peu, disait-il; on est mieux pour parler ici qu'au soleil, — et plus secrètement, ajouta-t-il d'un air fin. Reste. Allons, petite, finis de me regarder de travers. Ce qui est passé est passé, que diable! Tout le monde se trompe et moi comme les autres. Pardonnemoi, voyons, et mettons-nous d'accord. »
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Gésette n'était pas d'humeur à rire.
<( Tais-toi, menteur, riposta-t-elle en parant du coude un baiser que lui envoyait le galant. Tais-toi. N'as-tu pas honte? Après la maîtresse,, tu viens en conter à la servante! Quelle espèce de chrétien es-tu donc? Laisse-moi passer; vat'en! »
Jordi ne s'en allait pas. Il suppliait maintenant pour tout de bon la pastoure. Oubliant Rouzil, oubliant ses projets, oubliant tout, il ne pensait plus qu'à ravoir celle qu'il avait aimée et qu'il aimait bien encore un peu — un grospeu.
« Césette! ma Césette! »
Elle était très pâle, la figure tirée, l'air méchant; lui très agité, les mains tremblantes,, l'oeil trouble. Il fit un pas vers elle.
Mais d'un mouvement brusque elle l'évita et s'enfuit.
« Tant pis pour elle et tant mieux pour moi, concluait le bouvier en rentrant seul au Ramaï-
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rel. Si elle m'avait pris au mot, j'aurais fait une belle affaire. »
Mais malgré qu'il en eût, il demeurait triste et mécontent.
C'était fini pour lui d'être heureux avec Rouzil. Son ancien goût était revenu.
Le jour, la nuit, au travail, au repos, seul aussi bien qu'avec sa maîtresse, il ne pensait plus qu'à la pastoure.
Ame et corps, la blonde l'avait repris, le possédait tout entier.
Dépité, furieux, détestant sa lâcheté, pestant contre sa bêtise, en fin de compte il se laissait entraîner.
« Qu'est-ce que je veux donc, qu'est-ce que je cherche, soupirait-il un jour en mettant la bêche au champ de Dodœli. Ingrat! On m'aime, on me caresse, on m'argentera plus tard, et je ne suis pas content. Mais vautre-toi donc dans ta litière et tire au râtelier pendant qu'il est garni, inbëcillas!
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La friche très rude, embroussaillée de ronces, résistait à la pesée de l'outil, et Jordi, déracinant à force et retournant par tranches les mottes argileuses, s'étonnait grandement.
« Eh quoi? songeait-il, effaré. D'un coup d'épaule, j'ai pu soulever ce bloc de terre, et, le voulant, je ne puis pas chasser hors de moi ce guenillon de Césette ! Qu'est-ce donc qui se passe, et quel pouvoir a-t-elle pris sur ma volonté, cette fille! »
« Ah! d'être à une, et d'aimer l'autre, quel malheur! »