VINS ET SALAISONS
Ainsi de nombreux petits facteurs ont autrefois contribué à la prospérité du commerce de Cette. Nous en rappeions encore un se rattachant au petit armement. Dans les documents de l’époque, les commerçants locaux portent le nom de « négociants en vins, eaux-de-vie et produits du pays ». Cette désignation est bien exacte car, outre les produits faisant l’objet de notre étude, nos négociants ne dédaignaient pas de gagner de l’argent et de faciliter leurs opérations principales d'exportation en fournissant à leur clientèle des pacotilles de toutes sortes. Nous avons relevé, en 1699, les peaux de chevreau et les fromages de Roquefort; on a pratiqué ce genre d’opérations avec l’Algérie qui manqua de tout, à l’origine, mais aussi avec l’Argen- {ine et les Colonies.
Ces sortes d'opérations eurent leur contre-partie à l’importation. Pendant longtemps, jusque vers 1870, et le souvenir n’en est pas encore perdu ici, les petits voiliers qui mettaient le can sur Cette, pour y charger des vins ou autres produits spiritueux, venaient avec des produits divers de leurs pays d’origine: ceux du Nord apportant des salaiï-
1864 de
sons (lard, harengs, morues, stok-fish), ceux d'Italie, surtout des salaisons de porc (jambons, lards, saucissons, etc). Ce qu’il y a de curieux, c’est que ces cargaisons étaient achetées par les négociants qui faisaient les vins, remisées dans leurs greniers et puis écoulées à l’intérieur du pays. Cette souplesse, favorable au commerce, n’a pas été conservée. À n’en pas douter, les petits voiliers italiens qui ont longtemps chargé des vins au port de Cette desservaient, non seulement les régions maritimes de l’Italie sur la Méditerranée, mais aussi les rives de l’Adriatique, y compris la côte orientale (Ilvrie, Dalmatie, Albanie et les Fes). Ils remplissaient, dans la Méditerranée centrale et orientale le rôle de distributeurs qu’avaient les Hollandais dans les mers du Nord; de manière que les sorties pour l’Italie, comme les sorties pour la Hollande, avaient souvent d’autres destinations finales.
Les chais d’alors devaient, au genre de commerce que nous évoquons, un aspect particulier dont le souvenir s’efface, mais la tradition rappelle encore les escouades de chats que l’on entretenait pour mettre les produits d’échange importés à l’abri des rongeurs, dans les maisons faisant les salaisons comme dans celles qui faisaient les grains, les peaux, ete.
Ayant déposé leurs produits, les petits chargeurs ita- Biens mettaient à l’eau, dans le canal même, les tonneaux vides en chapelets pour les étancher. Souvent, pour réduire le nombre de futailles, ils arrivaient avec des foudres montés dans leurs cales, qu'ils soignaient et pouvaient remplir bord à quai. Il est déjà question de ces tonneaux montés ainsi, en 1736 (affaire de la jauge des tonneaux) {.
Vous Ep. chap: TIT$.9.