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qué ne pouvait être déclaré abusif, car il était pratiqué depuis plus de 80 ans. Pour elle, il avait été établi originairement du consentement réciproque des Fermiers et des négociants ». Ceux-ci protestaient que l’exemption de droits dont le procédé les faisait bénéficier n’était qu’une juste indemnité pour la grosse lie. L’argument était peu sérieux puisque cette prétendue indemnité qui eût dû être proportionnelle à la contenance du fût était la même, les épreuves l’avaient fait ressortir, pour un fût de 2/3 de muid et pour une tiercerole. Et le directeur des Fermes de faire observer, avec juste raison: que les droits sur les vins étaient assez modiques, surtout étant donné la valeur des muscats et des vins blancs qui se chargent en grande quantité à Cette, pour qu’on réclame une indemnité sur la lie ».
Selon les Négociants le nouveau système était même dangereux, car l’introduction dans le vin de la verge en fer pouvait porter, disaient-ils, préjudice au vin. Le Directeur répondait que le procédé était absolument inoffensif, puisqu'il était suivi à Marsellle et à Toulon. |
Enfin les Négociants, pour démontrer l’inutilité du nouveau système de jaugeage, n’hésitaient pas à affirmer que les seules futailles admises à Cette étaient le demi-muid, le ‘tiers de muid, le douzain, le Sixain, et qu’elles n'étaient pas renflées outre mesure. Lors des épreuves, les délégués du Commerce avaient protesté de voir mettre en ligne le baril génois (€ qui avait contenu de l’huile », et la vicille futaille provençale ventrue, que le Directeur était allé chercher dans (un coin de magasin ». C’étaient là, prétendaient-ils, des tonneaux qui n’avaient pas cours à Cette. Ils ajoutaient même que les barils et autres futailles italiennes ne pouvaient entrer en question, car les Génois louaient à Cette des futailles du pays pour aller chercher les vins aux lieux de production. Il y avait là une ingénieuse équivoque que le directeur des Fermes releva aussitôt, en précisant que les Génois louaient parfois, il est vrai, des futailles à Cette, mais seulement lorsqu'ils avaient des tonneaux fixés dans leurs bâtiments et pour servir à les remplir. Lorsque
nie leurs fûts étaient mobiles, c’étaient ceux-là même qui étaient envoyés sur les lieux de production, aux fins de remplissage, et qui subissaient la visite de la douane avant l’embarquement. Ainsi ces fûts étrangers et bien d’autres tonneaux, non conformes aux prescriptions de l’arrêt de 1729, circulaient dans la Province.
dre $ 10. — LA MAUVAISE FUTAILLE
À cette époque, les tonneliers des Cévennes et de Saint- Gervais sont entre les mains de commissionnaires qui profitent parfois de leur misère et « à la faveur de quelque ergent qu’ils leur avancent, leur font passer des polices devente d’un certain nombre de futailles à vendre dans la saison à 8 et { livres le muid, alors que ces mêmes futailles valent 14 et 16 livres du temps de la récolte ». Les tonneliers lésés emploient de mauvais bois, travaillent mal et font de mauvaises futailles. «Cette mauvaise futaille à bon marché abonde dans la Province, c’est Grangent qui parle ainsi en 1752, et les particuliers ne s’embarrassent aue de la mettre en état de contenir leurs vins jusqu’au port de Cette, de telle sorte que lorsque les négociants reçoivent ces tonneaux, c’est une pitié de voir en quel état ils sont, les rabattages leur coûtent des peines et des soins immenses ».
« Les tonneaux destinés aux vins du Rhône sont de si mauvaise qualité que le vin, qui est sans contredit un des meilleurs et des plus chers de la Province, est exposé à des coulages prodigieux qui dégoûtent l’étranger de commercer avec nous sur cet article » écrit encore Grangent.
Ces derniers tonneaux étaient fabriqués: dans le Lyonnais et en Bourgogne par des tonneliers qui n'étaient pas soumis au Règlement. On les faisait avec des douelles très jarges, épaisses au milieu, mais très minces sur le bords. « L’assemblage d’un assez petit nombre de larges douelles compose des tonneaux qui sont aussi peu solides que mal
tournés... ; le bois qu'on emploie pour les fonds est si mince et le jable si peu profond que la grande force du vin les emporte ». Enfin, ils sont d’une telle irrégularité que « si on faisait servir de bonde chaque douelle d’un même tonneau, on aurait autant de jauges différentes qu'il y a de douelles ». Douelle remplace douve sans nous empêcher de comprendre l’exposé.
Devant pareille irrégularité, on était obligé de recourir à l'office de jaugeurs jurés et ceux-ci, moins connus des acheteurs que des vendeurs, jaugeaient, paraît-il, au bénélice de ces derniers.
La fabrication des futailles d’eau-de-vie, elle aussi, donnait lieu à certains abus. Celles qu’on fabriquait dans la région de Lunel étaient de bonne façon, mais l’épaisseur du bois employé permettait au tonnelier de creuser l’extrémité des douelles et, comme il vendait à tant la verge, il bénéficiait ainsi d’un certain nombre de verges, et le fabricant bénéficiait aussi, au détriment de l’acheteur étranger, d’une certaine quantité d’eau-de-vie que la futaille ne contenait pas en réalité.
Tous ces abus étaient prévus et punis par l’Arrêt, mais à cette époque, vers 1750, le commerce cettois se développait de plus en plus; les chargements de vin et eaux-de-vie étant considérables, l'inspecteur avait peine à assurer son service, et encore toutes les infractions relevées n'étaient elles pas punies, dans la crainte de & paralyser le commerce ». [l arrivait même que les vérifications, au moment des embarquements, étaient si nombreuses, que la marque ne pouvait suivre assez rapidement l’inspecteur et restait à la merci des tonneliers et des commis € qui pouvaient, c’est Grangent lui-même qui le dit, tout aussi bien marquer les futailles mises au rebut par l’Inspecteur ».
D'ailleurs, lorsqu'on saisissait des futailles pour infraction à l’Arrêt, on laissait les vins saisis dans les magasins du négociant qui pouvait ainsi transvaser les vins dans des fûts réguliers. La chambre de commerce de Motnpellier conseillait une certaine tolérance à l’égard des futailles de Saint-Georges, Saint-Christol et Saint-Drézéry, car sou-
PACA () D ton
vent elles n'étaient, disait-elle « destinées qu’à transporter je vin jusqu’à Cette; les propriétaires des vins, incertains s'ils les vendront pour l'Etranger ou s'ils les consommeront eux-mêmes, les logent dans les futailles qu’ils ont !.
Mais il arrivait cependant que la répression fut plus sévère. En 1754, Jacques Vérand, tonnelier de Lyon, se voyait saisir 144 futailles défectueuses à destination du Languedoc. La même année, à Roquemaure, 106 futailles défectueuses furent incendiées, sur l’ordre des officiers de la Bourse de Montpellier, et ce fait émut les habitants au point qu’il y eut une véritable révolte ?.
En 1767, Grangent, dans un nouveau mémoire, rapportait que les propriétaires négligeaient de passer au tamis les vins blancs et les muscats (art. 4 du règlement de 1729) ct les mélangeaient parfois pour en rehausser la valeur.
En 1780, des négociants du Brabant et de la Flandre autrichienne avaient remis au consul français à Ostende une lettre de protestation contre les négociants méridionaux ; ils se plaignaient notamment: € de ce que les futailles sont de beaucoup inférieures à ce qu’elles sont annoncées devoir contenir, et cette diminution de jauge fait des progrès incessants ». L’intendant de Saint-Priest, auquel le ministre de Sertine avait communiqué la protestation, informa la chambre de commerce de Montpellier, les divers délégués et l’inspecteur des vins et eaux-de-vie à Cette, qui était alors Mauclerc. (Ya bonne foi des commerçants, écrivait-l dans ses instructions ?, étant la base la plus solide du commerce, leur propre intérêt exige qu’ils agissent loyalement avec leur correspondant et qu'ils donnent, aux futailles renfermant leurs vins et eaux-de-vie, la jauge qu’elles doivent comporter, suivant l’usage établi où en conformité de leur facture et lettre d’avis ». C’étaient là
1 Arch. dép. Hér.; C, 2684. Lettre de la Chambre de commerce, 30 juin 1749.
2 Arch. dép. Hér.; C, ,2685. Lettre du subdélégué à l’Intendant, 17 septembre 1734.
8 Arch. dép. Hér.; C, 2685. Lettre du 6 août 1780.
des conseils pleins de sagesse, on en conviendra sans peiné:
Il ne faudrait pas mesurer l'importance des abus au développement que nous avons donné à l’étude de ces diver-ses questions. Si nous nous y sommes arrêtés aussi longuement, c’est que nous avons pu glaner au cours de ces débats, de ces plaintes, de ces revendications, des vues intéressantes sur la vie commerciale du temps. Nous avons reproduit, autant que possible en les expliquant, les opinions des diverses parties en cause, sans prendre toujours au pied de la lettre toutes leurs conclusions, dont les rivatés d'intérêts faisaient souvent la force et en dictaient la conviction, Ainsi, malgré l'autorité qui s'attache au nom de Grangent, nous n’avons pas toujours souscrit à ses idées, en raison même des fonctions qui, tout en lui procurant une ample connaissance du débat, y prédéterminaient sa position.
Mais les vues de l’Intendant, de l’Inspecteur, de la chambre de commerce de Montpellier et du Subdélégué, vues que nous avons recueillies, n'étaient pas les seules à se maniester. À cette époque où la presse n’avait pas le prodigieux développement acquis de nos jours, les particuliers qui avaient à demander quelque chose ou à se plaindre de quelqu’ur rédigeaient des mémoires à l’adresse des ministres et d intendants. Signés ou anonymes, leur lecture est, sinor oujours fructueuse, au moins intéressante. Le point important est de savoir la créance qu'ils méritent. Donnons un exemple.
En 1788, un mémoire adressé au ministre Loménie de Brienne expose qu'il y aurait lieu de réduire les droits sur les vins et les eaux-de-vie à Toulouse, pour que les expéditions prennent la voie Toulouse-Bordeaux, au heu de la voie de Cette. Quelles étaient les raisons de ce détournement de trafie dont la proposition aboutissait au reniement d’une œuvre déjà séculaire? Les voici telles que le mémoire les expose: « Les fermiers du Roï ÿ gagneront trois fois plus que par la voie de Cette ce qui. fait une diminution, considérable dans les droits du Roi et porte d’ailleurs un préjudice considérable aux propriétaires car les spécula-
PDA ER teurs se rendent les maîtres du prix de la denrée parée qu'ils sont les seuls à portée d’en procurer la consommation. Les négociants de Toulouse et de Bordeaux y gagne: raient et ceux-ci ne feraient pas de mélanges désavantageux comme l’on a éprouvé que le pratiquaient journellement les négociants de Cette ».
Tout ceci n’était pas bien sérieux. Le mémoire était signé Lagarde de Béziers, habitant Toulouse depuis 24 ans, ct ces deux titres revendiqués par l’auteur lui-même suffraient pour nous rendre suspect le programme exposé, D'ailleurs, de l’aveu du subdélégué de Toulouse, l’auteur était un original et un intrigant !. La fin du mémoire qui était une demande de secours en était la preuve, et le Ministre écrivait à l’Intendant qu'il (n’attachait pas une grande importance à ces élans de vues patriotiques dont les auteurs se persuadent avoir mieux vu qu’on n’a fait avant eux et dont la conclusion ordinaire est la demande d’une place ou d’une gratification » ?.
Si les abus et les frandes que nous venons d’examiner ont été la plaie du commerce de Cette à l’époque étudiée, il faut reconnaître que celà n’avait pas empêché le développement de ce commerce. Les incidents signalés n’eurent donc au’une importance relative et le bruit fait à ce sujet, dont l’écho nous est parvenu, montre que l’opinion du temps s'élevait contre les entreprises des malhonnêtes trafiquants qui ont toujours tenté de se mêler aux commerçants loyaux.
1 Arch. dép. Hér.; C, 2687. Lettre du 15 septembre 1788. 2 Arch. dép. Hér.; C, 2687. Lettre du 10 juillet 1788.