‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 53 sur 159 · L’ABANDON DU PORT ET LES REVENDICATIONS CETTOISES · texte numérisé non relu

L’ABANDON DU PORT ET LES REVENDICATIONS CETTOISES

Le Port, toujours négligé, continuait à s’ensabler ; bien plus, en frimaire an VIF, une terrible tempête avait causé de nombreux dégâts à ses ouvrages: le Môle portait deux grandes brèches, les banquettes du canal étaient endommagées en de nombreux endroits, la route de Montpellier jusqu’au pont de la Peyrade était si détériorée que les charrettes y passaient fort difficilement, les francs-bords du canal de la Peyrade étaient écroulés en deux endroits f. Aussi continuait-on änlassablement à demander des fonds pour le recreusement du port.

Au fait, il semblerait que le pouvoir central eût complètement oublié l’existence du port languedocien, puisqu'on trouve, à la date du 11 frimaire an VIT, une longue délibération du Conseil Municipal au sujet de renseignements demandés par le ministre de l’Intérieur sur une grande rade aux environs de Montpellier. On déclara ne pas connaître pareille rade; il est fort probable que le Ministre avait voulu désigner l’étang de Thau, que des Parisiens peuvent fort bien en effet placer dans le voismage de Montpellier.

än l'an IX, le recreusement du port est toujours l’objet des soucis du Névoce; sa situation était fort mauvaise puisque le maire prenait la peine de documenter abondamment le pouvoir central sur l'utilité du port de Cette: & Le port de Cette, après ceux de Bordeaux, Marseille, Nantes, est le plus important de la République pour le commerce; la recette des Douanes s’élève année commune de 400.000 à 500.000 francs et a plusieurs fois atteint le million. C’est par le port de Cette que les objets d'importation et d’exportation de la plupart des départements méridionaux passent ; son commeree s'étend sur tons les points de l’Europe,

1 Cons. Mun. Délibération du 28 frimaire an VII,

souvent sur les trois autres parties du globe, et l’on peut assurer que la fortune de nos contrées tient uniquement à Ja conservation de ce port. S’il devenait impraticable, par cù ferait-on déboucher les denrées, les vins et eaux-de-vie surtout, qui constituent aujourd’hui la richesse de ce pays? Le ci-devant Etat du Languedoc appréciait si bien l’importance du port de Cette, qu’il affectait annuellement une somme de 60.000 francs pour l’entretien de machines et le recreusement, aussi des navires de 700 tonneaux entraient et sortaient par tous temps ». Il en était tout autrement en l’an IX puisque, pour faire sortir un navire de 100 tonneaux chargé, on était obligé d’attendre que les eaux soient «pleines », à cause du banc de sable qui s’était formé dans la passe. En effet tous les travaux avaient complètement cessé depuis cinq ans, et le conseil faisait prévoir la ruine définitive de l’industrie et du commerce, disant notamment: &« L'Espagne fixera chez elle le commerce de l’eaude-vie que la supériorité de celles du ci-devant Languedoc a rendu presque exclusif au pert de Cette ». Et le Conseil proposait, solution assez logique, d’affecter une partie des recettes douanières aux travaux d'entretien et de réparation !. Une commission fut nommée avec tâche de démontrer l’importance du port et son utilité. Elle déposa. le 29 pluviôse an X, un rapport, sorte d'historique du port, qu’il convient de citer en partie: « L’ouverture du port de Cette dévait être une source de prospérité pour tous les pays méridionaux dont les principales productions consistent en vins et eaux-de-vie qui ne pouvatent avoir de débouchés à l'extérieur ? à raison des frais de transport par terre pour Marseille, lesquels étaient hors de proportion avec le

1 Notons qu'une loi du 10 floréal an IT établit sur les vins et eaux-de-vie une taxe dont le produit était destiné à l'entretien du port. Elle était de un france par muid de 268 litres pour le vin et de trois franes pour l’eau-de-vie. Le Conseil Municipal demandait la suppression de cette taxe, ou son extension à tous les ports.

2 Ceei est trop absolu puisque un certain commerce se faisait depuis longtemps par les graus. - Ne Nes

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prix des liquides. Aussi le ci-devant Languedoc était-il très misérable et l’on n’y exploitait que la quantité de terre nécessaire pour fournir à la consommation locale. Le port de Cette ne fut pas plutôt achevé que nos fertiles contrées ne tardèrent pas à en éprouver les heureux effets; les campagnes furent cultivées, des milliers de bras furent emjloyés à planter des vignes, les exportations chez l’Etranger furent considérables, des maisons de commerce vinrent s'établir à Cette; des négociants de tous les pays et de’ toutes les nations vinrent s’v établir et y porter leurs capitaux ». Forte d’avoir ainsi démontré l’utilité du port, la C'ommissien déplore son abandon; elle signale qu’il n y a plus qu’un chenal étroit qui est difficilement praticable et que des bateaux de 200 tonneaux sont obligés, lorsque ies eaux sont basses, de compléter leur chargement Lors du port, par gabares, manœuvre difficile et dangereuse. Elle fait entrevoir la ruine prochaine de tout commerce vinicole au profit des Etats voisins, Naples et Espagne. Il convient de noter qu’en l’an IX la paix maritime était conclue, et que le ecommerce de Cette, qui avait quelque peu repris de son ancienne vitalité, avait besoin de voir ses relations par mer facilitées. Toutes ces observations et revendications fort justes firent l’objet d’un mémoire adressé au Ministre en l’an X 1 et, comme les C'ettois se défiaient des menées du Commerce marseillais, dont les députés contrecarraient souvent leurs projets, ils nommèrent à Paris deux agents, Gévaudan aîné et G. Combes, spécialement chargés de défendre en toutes circonstances les intérêts du port et de la ville de Cette.

En fait, bien que Cette plaçât ses propres revendications au premier plan, il faut reconnaître que c'était tout le Midi viticole dont l’état économique était fort précaire. C'ependant en 1802 se produisit un événement important au point de vue viticole. Edouard Adam perfectionna les Alambies employés jusque là et qui nécessitaient six distillations successives pour obtenir un alcool marchand. Il avait résoln

1 Cons. Mun. Délibération du 12 fructidor an X,. —

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ie problème « d'extraire du vin paï une seule et même distillation toutes ses parties spiritueuses et d’en fixer le titre de spirituosité selon les besoins du commerce !. Cette découverte arriva juste à temps. La guerre avec l'Angleterre et le blocus de nos ports empêchaient l’écoulement des vins et eaux-de-vie de PHérault par mer; en sorte qu’il ne restait que le débouché intérieur, mais les frais de transport étaient excessifs par le fait de l'insuffisance de la viabilité, et on ne pouvait songer à les réduire par la transformation des vins en esprits, qui était longue et très coûteuse avec les anciens appareils. Aussi les propriétaires de vignes ne pouvaient plus se défaire de leurs récoltes, ce qui frappait l’agriculture de notre département au cœur. L’invention d’Edouard Adam eut une influence heureuse et rapide sur elle; ‘les viticulteurs, rassurés sur l'écoulement de leurs récoltes à de bons prix, étendirent notablement leurs plantations; le prix des vins s’éleva, on produisit plus d’eauxde-vie et d’esprits, les prix baissèrent à mesure que la production augmenta, et, comme le bon marché fait le client, la consommation augmenta, la production aussi, au point d'arrêter tout à coup l'importation en France des eaux-devie étrangères ». Nous avons emprunté cet exposé à une brochure fort intéressants, Cle Fagnoble de l'Hérault en 1900 » ?, et nous savons, par ce qui a été dit ci-dessus, combien était exact le tableau de la décadence de la viticultur: et du commerce vinicole à cette époque malheureuse, déca. dence à laquelle venait s’ajouter par surcroît l’état d’abandon manifeste du port de Cette. Aussi 5. Martin, négociant de Montpellier, écrivait-il avec tristesse: «€ Les navigateurs n’aïordent dans le port qu’en tremblant et n°v viennent qu’avee répugnance, lorsqu'ils y sont forcés par le défaut de chargement à Marseille ou à Barcelone, et encore faut-il, dans ce cas, leur payer une augmentation de fret... Ces grands inconvénients se font chaque jour plus généra-

1 Voir 2° partie, chap. V, $ 1.

2 Historique et situat. écon. de la viticulture, par J.-E. Coste, p. 84.

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lement sentir; ils portent les habitants du Ncrä et ceux des Etats-Unis de l'Amérique à s’approvisionner en Espagne et en Sicile. Une partie même de ceux de la France tirent également de l'Etranger les denrées que leur fournissaient sutrefois le Languedoc et le Roussillon ».

En cette même année (an X11) les droits sur la sortie des vins et eaux-de-vie se montaient à 83.000 francs, ce qui était insuffisant pour envisager une amélioration sérieuse des ouvrages du pert. Le service des Ponts et C'haussées faisait d’ailleurs preuve d’une négligence manifeste: les six pontons affectés aux curages au lieu des 96 mesures prévues n’en avaient guère effectué que la moitié. Aussi le Conseil Municipal, fort mécontent, demandait-il le déplacement de l'ingénieur Hlanchard.

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