Q + — LES VINS EXPORTÉS PAR CETTE
Comme avant la Révolution, principale porte de sortie pour la production vinicole du département de l'Hérault, Cette pouvait offrir un choix varié de vins de toutes sortes. Les Saint-Georges, les Saint-Drézéry partaient pour la Hollande, les villes Anséatiques et l’Angleterre. Des vins de table ordinaires, mais d’assez forte teneur en alcool, étaient embarqués sous le nom de vins de cargaison à destination de la Hollande, du Danemark, de la Prusse. Des vins ordinaires mais fortement colorés nous étaient demandés en assez grande quantité par l’Italie. Nos muscats de Frontignan, de Lunel, de Maraussan s’exportaient partout, et la Russie, par la Baltique, venait charger surtout des vins blanes secs. Enfin les célèbres Picardans n'avaient pas perdu de leur antique renommée: la Hollande continuait à les boire et nous les exportions toujours avec succès. Nous devons également signaler que le commerce des vins d'imitation se développait et fournissait matière à exportation. Dès 1820, nous exportions des imitations de Madère aux Etats-Unis d'Amérique et des imitations de
Porto et de Catalogne au Brésil et en Argentine ‘. Dès maintenant, il convient de dire que ce commerce des vins d'imitation était parfaitement légitime, De tous temps, dans les contrées méridionales, la technique familiale avait connu les vins doux, vins cuits, carthagènes, ete. Elle avait perfectionné ses procédés et s'était étendue. Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, nous avions, pour les nécessités de la consommation francaise, su imiter les portos, les madères, les malagas qui ne rentraient plus. Ces vins étaient produits dans des conditions identiques; des cépages et des terrains analogues fournissaient la base de la préparation,-et ils étaient travaillés de la même manière. Il fallait même que nos produits aient déjà une réelle valeur, pour s'imposer aux marchés sud-américains, dont on connaît l’affinité avec l’Espagne. Si nous nous sommes arrêtés quelque peu sur cette technique, c’est que nous tenions à établir l’ancienneté des droits de Cette en matière de vins d'imitation. Cette question souleva plus tard de nombreuses discussions sur lesquelles nous reviendrons avec détails. Constatons donc qu'il y a bien longtemps déjà que nos négociants copiaient les portos et les madères ; il y à quelquefois honneur à copier, surtout lorsque la copie peut rivaliser avec l’original, et puis. on nous a souvent copiés nous-mêmes ef avec moins d’honneur.