DÉBOUCHÉS ET QUESTIONS DOUANIÈRES
e Nous avons déjà dit un mot des débouchés offerts aux
vins du Midi, lorsque nous avons traité des différentes variétés de vins sortant par Cette? à destination de l'Etranger; il convient maintenant de s’arrêter avec quelques détails à l’étude de ces débouchés, ou du moins de certains d’entre eux. Les chiffres des exportations par pays de destination nous manquent jusqu’en 1830, tandis que nous avons la série complète de 1830 à 1843. Voyons les principaux.
Les Pays-Bas. — Ces Pays continuaient d’être pour nous de bons clients. Les navires de Rotterdam, Amsterdam et parfois les navires anglais venaient régulièrement enlever les picardans, museats, ete. Cependant les douanes hollandaises n'étaient rien moins que favorables à l’entrée de nos vins et eaux-de-vie; elles agissaient, comme celles des autres nations, en représailles des mesures extrême-
1 Bul. Soc. Agr. de l’Hér., janvier 1543.
2 Voir ci-dessus, $ 4. Pope
nee
ment protectrices édictées par le gcuvernement de la Restauration. Sans doute, les vins français n’acquittaient à leur entrée en Hollande que 0 fr. 21 par hecto comme droits de douane, mais ils subissaient ensuite des droits d’accise ou droits intérieurs de 57 fr. 65 par hecto. En définitive, uos vins entrant en Hollande pour la consommation hollandaise devaient acquitter 57 fr. 86 par hecto, ce qui était énorme.
Nous donnons &i-dessons, pour Cette, les chiffres des sorties de vins à destination des Pays-Bas:
Années Hectolitres Années Hectolitres TSH DATENT 38.096 PT eee Dir 14862 LS oder Ra 32:045 LES EU 27.014 ASS SEA 29.052 HÉSO RME Er 21.670 RSA Rene 31205 LES DER ot SP JE se PME 48.387 : LATE U 500901024 SD OMR 47.669 ARRET rie 16.045 TOO Pre 31.890° Re TR TE POSE 16.582
Ces chiffres marquent une tendance à la baisse qui s’accentua d’ailleurs franchement après 1843, alors même Qu'un traité avec la Hollande eût supprimé entièrement le droit de douane de 0 fr. 21 par hecto sur les vins en futaille. Ce traité réduisait même les droits de douane sur les vins en bouteilles de 10 fr. 50 à 0 fr. 30, mais c'était là une concession platonique, puisque les 96 % de nos exportations de vins du Midi se faisaient en fûts.
Ce qu'il faut surtout remarquer, c’est que les chiffres ci-dessus sont lein de donner la note réelle des exportations de Cette en Hollande. En effet, si l’on en croit les écrits de l’époque «plus de la moitié des vins importés à Rotterdam, sont réexportés en Allemagne » ! Et ceci trouve son explication dans la puissance de la marine hollandaise qui, de tradition fort ancienne, venait chercher les vins et les eaux-de-vie de France, tant à Cette qu’à
1Bul. Soc. Agr. de l’Hér., janvier 1843. Lt
Bordeaux. À Amsterdam et Rotterdam, ils étaient transbordés, directement ou après séjour en entrepôt, à destination de l'Allemagne et de la Russie, Avec le droit de douane de 0 fr. 21, plus tard même supprimé, la Hollande jouait à l'égard de nos vins le rôle d’un véritable entrepôt franc. Lorsqu'elle supprimait ce droit de 0 fr. 21, elle donnait encore plus de facilité à son commerce, mais elle n’en donnait aucune au commerce français ni au commerce cettois ; au contraire, elle augmentait d’autant les droits intérieurs, qui étaient pour nos vins les véritables droits de douane. En échange, nous-mêmes avions octroyé de grandes concessions à la Hollande. Le fait s’est souvent produit dans les annales de nos négociations douanières, et, par une fatalité au moins regrettable, les intérêts vinicoles du Midi ont foujours été sacrifiés.
L'Allemagne. — Nous employons ce mot comme un vocable commode car, à cette époque, il n’existait pas d’Allemagne unifiée, pas plus au point de vue douanier qu’au peint de vue politique. En 1815, il y avait une Confédération Germanique de 40 Etats environ ; selon le mot de Heine, & l’Allemagne dormait sous la protection de ses 36 monarques ». Tous ces Etats avaient leurs législations douanières particulières, qui étaient fort différentes comme tendances; les Etats importants appliquaient le systèmé protectionniste, alors en faveur, les petits (contraints par l’exiguité de leur territoire et le peu de variété de leur production de laisser entrer plus facilement les marchandises étrangères » ! étaient plutôt libre-échangistes. Aïnsi si nous avions eu, pour 1815, les statistiques douanières de Cette, nous aurions vu les noms des différents Etats de la Confédération portés comme destinataires de nos vins.
Cependant, en 1818, la Prusse concluait une Union douanière avec les petits Etats voisins, notamment les Etats Thuringiens. C'était la première étape du Zollverein. Successivement, les autres Etats du Centre adhèrent à l’Union, notamment en 1823-1830 : la Hesse-Darmstadt, la Bavière,
1 Moye et Nogaro, Les Régimes douaniers; p. 39.
le Wurtemberg, qui étaient déjà unis entre eux. Ce n’est que plus tard, en 1853, que les Etats du Nord (Hanovre, Brunswick, Mecklembourg, Hesse-Cassel), qui étaient liés entre eux par le Steuerverein, entrèrent dans le Zollverein. Aussi, en 1830, voyons-nous portés dans les statistiques des sorties par mer des vins à Cette: l’Association Allemande, le Hanovre, le Mecklembourg-Schwerin, les Villes Anséatiques (le Brunswick, la Hesse-Cassel ne sont pas des Etats maritimes).
Le Zollverein réduit, qui existait déjà en 1830, avait des tarifs douaniers assez élevés pour les vins: 8 thalers par quintal (51 k. 45), soit 58 fr. 30 par 100 kg. Ils étaient même supérieurs aux anciens tarifs de la Prusse, qui appliquait le droit de 8 thalers aux importations par ses provinces orientales, mais avait établi un droit plus réduit pour les importations par les provinces occidentales, soit 6 thalers par quintal c’est-à-dire 43 fr. 75 par 100 kg. Voici le tableau des exportations de Cette à destination de ces quatre groupes: |
Aunées Zollverein Villes Anséat. Hanovre Mecklembourg SOS 13.605 40.211 » »