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LE COMMERCE CETTOIS CONTINUE A SE DÉVELOPPER

Nous avons mené le chapitre précédent jusqu’en 1843 pour la seule raison que nous avions sur cette période des chiffres suivis. Mais le commerce des vins et le Port lui-même continuèrent, après cette date, à se développer dans le sens indiqué. Cette continuait d’être exclusivement exportateur au point de vue vinicole. Et de fait, pendant plusieurs années encore, l’importation des vins étrangers pour la France entière était toujours peu importante. Le chiffre le plus élevé est celui de 1843, soit 4.425 hl; le plus bas est celui de 1849, soit 2.146 h1. Dé 1840 à 1849, la moyenne des importations françaises fut de 3.474 hl; on appréciera l’insignifiance de ce chiffre si l’on met en regard celui des exportations françaises qui était déjà de 1.335.800 Dh] en 1840 et de 1.872.426 D] en 1849, La France produisant alors, en moyenne, 40 millions d’hectolitres n’avait pas besoin de faire appel à l’Etranger.

Notre commerce d’exportation se développait done, entraînant la prospérité générale du port; et celui-6i recevait à cette époque des améliorations et agrandissements

qui facilitaient et accentuaient ce développement !. C’est l’époque où l’on se préoccupe constamment d’assurer à notre commerce des locaux suffisants pour l’entrepôt réel des douanes, qui prend d’année en année une importance plus grande. Le commerce cettois était à juste titre orgueilleux de ce développement. Le mouvement des entrepôts de Cette marquait en 1845 une progression de 135 % sur la moyenne des cinq années précédentes, alors que la proportion n’était que de 33 % pour Marseille. On concoit done que cette question de l’entrepôt réel occupât les esorits. Quelques années plus tard, elle devait d’ailleurs prendre une importance spéciale, du point de vue du commerce vinicole. L’entrepôt réel avait été créé à Cette par la loi du 8 floréal an IT: depuis cette loi, d’ailleurs, la Ville n’avait encore pu trouver un local qui satisfit aux conditions de la législation douanière, c’est-à-dire des locaux sûrs réunis en un seul corps de bâtiment: Le commerce devait se contenter de locaux de fortune que la douane agréait provisoirement à titre de tolérance. Le premier local affecté à ces fonctions fut celui du sieur Reynaud, situé sur le quai de Bosc; mais successivement la Ville dut louer des annexes, en attendant que l'Etat lui cédât les locaux définitifs qu’elle réclamait: le dock Richelieu, la Jetée 4-5, et plus tard les bâtiments désaffectés de l’ancienne Zcole navale. Cela ne s’est jamais réalisé.

Cette, fort de sa prospérité, ne craignait pas de répéter ses revendications, mais cette même prospérité Jui attirait des jalousies nouvelles, ou réveillait de vieilles rivalités. Ainsi, en 1846, lorsque fut posée la question du tracé de la voie ferrée de Bordeaux à Marseille, Montpellier voulait que Cette ne fut point sur la nouvelle ligne puisque, disaitil: « Cette ne satisfait aucun besoin, qu'il n’a avec la ligne de Bordeaux à Marseille aucun lien naturel. Si l’on est obligé de toucher à Cette avant d’arriver à Montpellier, cette dernière ville perd son importance, elle n’est plus

1 Creusement du nouveau bassin et du canal maritime, décidé en 1839. Voir Introduction p. 15.

qu'un point intermédiaire ». Eh oui! la vieille capitale languedocienne s’oubliait à rêver tristement de son ancienne hégémonie commerciale, qui n’était depuis longtemps déjà qu’un souvenir. Cette n’avait pas de peine à démontrer l'importance de son commerce : il se disait avec orgueil Le cinquième port de France. En dix ans, Son importance avait plus que doublé, puisqu’en 1835 le mouvement des entrées et sorties était de 1.762 navires et passait à 4.033 en 1844. Un commerce assez divers alimentait ce mouvement: vins, morues, bois, soufres, bitumes, minerais, charbons, grains, sels, peaux, ete. Mais c'était incontestablement l'exportation des vins qui était le principal aliment du commerce et de la prospérité du port.

$ 2, — L’OÏpIUM ET L’IMPORTATION DES VINS ÉTRANGERS

Les importations de vins étrangers étaient toujours insienifiantes, tant pour Cette que pour la France en général. Cependant, vers 1853, un fléau, l’Oïdium, envahit subitement le vignoble; le chiffre de nos récoltes diminue sensiblement. La récolte de la France entière, qui était de 46 millions d’hectos en 1850, tombe à 23 millions en 1853. Le chiffre minimum est celui de 1854, ‘soit 11 millions d’hectolitres. La production de l'Hérault subit une décroissance analcgue: 3.943.000 h1 en 1850, 2.899.000 hI en 1853 et enfin 1.629.000 h1 en 1854; de plus, les vins obtenus pendant ces années étaient faibles en alcool. Par un processus tout naturel, les prix suivaient une courbe inverse: 7 francs l’hectolitre, en 1850; 18 fr. 75, en 1853; 25 rances, en 1854; 43 francs, en 1846. Aussi dût-on recourir à l’importation des vins étrangers, principalement des vins espagnols. Alors que cette importation, pour la France entière, n’était que de 3.195 hl en 1850, elle atteint 155.179 hl en 1854. Le maximum est réalisé en 1857 avec 628.446 hl. Le même mouvement se traduisit à Cette par un accroissement subit dans les entrées des vins espagnols,

à tel poimt qu’en 1857 les importations atteignaient le chiffre de 185.529 h1 (commerce spécial) alors que les exportations n'étaient que de 158.270 hl. Pour la première fois, cette année-là, l’équilibre fut rompu au profit des importations.

Cette affluence de vins exotiques avait été d’autre part facilitée par lé remaniement de notre tarif douanier. Les . droits prohibitifs de 35 francs par hecto, édictés par la loi de 1816, pour les vins ordinaires, avaient fait place, en 1854, au droit de 30 centimes ! (25 cent. plus les 2 décimes de guerre). Ce droit très modéré s’appliquait d’ailleurs aux vins en cercles comme aux vins en bouteilles; il était la première expression du libéralisme économique de |’ Empire, qui se traduisit complètement dans le traité francoanglais de 1860. Ces droits de douane, parfaitement justifiés par les circonstances économiques de notre viticulture, avaient été établis par décret des 30 août et 25 octobre 1854, Tout le Midi, et le Commerce cettois particulièrement, était alors favorable au libéralisme économique. Notre conseil municipal, dans sa séance du 27 septembre notamment, se référant à un vœu du Conseil général de 1852, demandait l’abaissement des droits de douane, et mettait en garde le Gouvernement contre les représailles de l’ « Etranger, qui établissait des droits funestes pour nos industries, principalement notre industrie vinicole ».

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