‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 67 sur 159 · LE VINAGE EN FRANCHISE · texte numérisé non relu

LE VINAGE EN FRANCHISE

LE DÉCRET DU 17 Mars 1852

Le tarif douanier de 1854 servit donc les intérêts économiques français; il permit à nos récoltes insuffisantes de recevoir l’appoint précieux des vins exotiques, dont, pour une bonne part, l’importation eut lieu par le port de Cette, porte de l’Espagne.

1 Décret du 30 août 1854.

C’est, en effet, du point de vue purement quantitatif que nous apprécions le secours fourni par le vin étranger à notre production défaillante, lors de la crise de l’oïdium. Bien que certains de nos crus en aient également souffert dans leur composition, leur tenue, nous n’avions cependant pas un besoin urgent, à cette époque, de vins « médeeins ». On à vu plus haut que l’importation des benicarlos de coupage, même à un tarif de faveur, n’avait pas eu, à Cette, une importance notable.

Le commerce et la propriété avaient alors, en effet, la ressource du vinage en franchise. Ce droit existait pour toute la France depuis 1814. Il était de première utilité pour le Midi, dont les vins rouges courants étaient d’autant plus sujets aux altérations qu'ils provenaidnt de moûts plus épais et plus sucrés. L'alcool formé à la cuve ne les préservait pas, € parce qu'il n’est pas en quantité suffisante pour les dépouiller des ferments en excès ». Ces quantités d’alcool étaient cependant importantes; ainsi, lors de l’enquête de 1851, la richesse alcoolique naturelle des vins du Midi avait été reconnue la suivante’

Pyrénées-Orientales . .... maximum, 15° minimum, 11° AU Or SR RARE RE — 14° 8° ÉCLAIR SR TR ee — 17 0e — 9° CAE PR Len — 14° — 9° NA CRE RS SR — 14° — D

Pour éviter les altérations de ces vins on leur ajoutait, soit à la cuve, soit au moment de l’expédition, une certaine quantité d’alcool; c’est cette pratique qu’on nomme le vinage. On vinait d’ailleurs dans une proportion variable, généralement en raison de la richesse du moût en sucre: ainsi les vins de l'Hérault étaient soumis à un vinage de 1 à 2 %, alors que lé vins du Roussillon, plus corsés, étaient vinés à 3 et 4 %, quelquefois plus.

Le commerce ni pratiquait depuis longtemps | ces

1 Bul, Soc. Agr. de l’Hér., 1863, p. 109,

opérations et, par ses traditions, s'était même acquis la maîtrise dans cette industrie délicate, Il vinait, pour l’exportation, dans des proportions variant suivant la nature de vin et le goût de la clientèle; souvent, pour obtenir un produit fini, il était obligé d’opérer par vinages progressifs, suivis de soutirages. Nous nous arrêtons quelque peu à cette question du vinage, car elle devait plus tard donner lieu à d’âpres discussions, où l’intérêt de Cette était fortement engagé et où la voix de notre C‘ommerce pouvait s’élever avec une compétence indiscutable.

Le vinage, en franchise de tous droits jusqu’à 18°, existait done pour toute la France, depuis 1814; le décret du 17 mars 1852 restreignit ce droit aux sept départements viticoles du Midi: Pyrénées-Orientales, Aude, Tarn, Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône, Var. En effet, l’Assemblée législative, procédant en 1851 à une enquête sur l’impôt des boissons, crut voir dans le vinage une source d'abus ; elle proposa donc la suppression du droit de vinage en franchise. Mais. sachant bien que cette opération était absolument nécessaire à la majorité des vins du Midi, elle maintint ce droit pour les départements désignés ci-dessus. Le Midi continua ainsi la salutaire pratique du libre vinage jusqu’en 1864, date de sa suppression absolue dans des circonstances que nous étudierons plus tard ?,

$ 4. — Après L’OIDIUM

Nous avons signalé la rupture d'équilibre qui, en 1857, se produisit à Cette au profit des importations de vins exotiques. Heureusement, grâce à la découverte des propriétés curatives du soufrage, la crise put être enrayée assez rapidement; si bien que l’importation de ces vins tomba subitement, tant en ce qui concerne les entrées spé-

1 Voir ci-après ch. IV, $ 4, et 3° partie, ch. I, $ 10,

ciales à Cette que les entrées de la France entière. Le tableau suivant traduit ce mouvement:

Années Importation française Importation à Cette EST 628.446 hectos 185.529 hectos Flo DRAC 114467 — 0.13 — 180920 128.828 — 112.391 — JOUER RS RAR CRE 92.931 — HSE 901.745 — 28.724 — JC SALONS 4,829 —

On constate toutefois que l’importation des vins étrangers ne revint pas, tant pour Cette que pour la France, surtout pour la France, aux chiffres infimes de la période antérieure à la crise. Ceci était dû au tarif douanier de 1854, qui ouvrait toujours un chemin facile aux entrées espagnoles. Même après la crise, les prix intérieurs restèrent élevés, constituant par suite un appel aux vins étransers, que le droit de trente centimes grevait d’une façon insignifiante.

L’exportation des vins avait également souffert de la crise; lorsque celle-ci fut enrayée, le commerce d’exportation à Cette reprit rapidement son importance, ainsi que le montrent les chiffres suivants (quantités du commerce spécial). En:

1853... 369.444 hectos 1857... 158.270 hectos 1854... 230.336 — 1858... 343.182 — 1859.:. 213.687 , — 1859... 992.710 — 1856... 442.700 — 180071997290 1442

Le beau résultat de 1859 est sûrement dû à la récolte exceptionnelie de 1858 qui se chiffra par 53 millions d’hectolitres pour la France entière (1857: 55 nmullions; 1859: 28 millions) et 4.693.000 hectolitres pour l'Hérault.

Page 1