‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 69 sur 159 · REF · texte numérisé non relu

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ner l’alcoolicité, à peine le traité conclu et lorsque des régions administratives il dut passer à la pratique, on ne tarda pas à s’apercevoir que le but que l’on s'était proposé était complètement manqué. En effet les parties contractantes avaient eu pour point de mire de développer l’exportaion de nos vins en faisant entrer dans la consommation nos vins communs; or c’étaient eux seuls qui ne profitaient pas de la mesure. Tandis que les vins fins et délicats de certaines contrées, de la Gironde et de la Côted'Or, pouvaient être introduits en Angleterre, moyennant 27 francs par hecto, ceux de nos contrées méridionales, d’une valeur infime, dont l’alcoolicité dépassait 10°, étaient soumis à un droit de 54 francs l’hecto. Pendant ce temps, les nations rivales, mieux avisées que nous, ou plus au courant de l’usage de l’aréomètre anglais, avaient obtenu que leurs vins seraient admis au minimum d’un shiling par gallon jusqu’à concurrence de 26° Sickes c’est-à-dire 14°9 de notre alcoomètre. Des négociations furent reprises pour rectifier l’erreur commise dañs le traité de 1860; des commissaires anglais parcoururent nos vignobles pour prélever des échantillons et vérifier l’alcoolicité de nos produits ; le résultat de ces négociations aboutit à la constatation de l’erreur. I fut convenu que rien ne serait changé au traité, mais que, par tolérance gouvernementale, nos produits seraient admis aux mêmes conditions que ceux de l'Espagne, du Portugal et de l’Italie ».

En fait, à l’exposition internationale de Londres en 1862 les vins français faisaient excellente figure, à côté des vins du Portugal et de l'Espagne, grands fournisseurs de l’Angleterre. En 1859, alors que les vins français n’entraient que pour 10 % dans les importations anglaises, ces deux pays fournissaient le 68 %; aussi leurs vins pouvaient-ils prétendre à l’épithète de « British iwvines », qualification que le jury refusa d’ailleurs de consacrer. Les envois les plus remarqués, à titre de curiosité, furent ceux de l’Algérie, de l'Amérique et de l'Australie; les vins australiens devaient bientôt devenir de redoutables concurrents sur le marché anglais. A côté des grands crus francais, les vins

du Languedoc étaient en bonne place: les exposants présentaient des vins blancs ou rouges ordinaires, des clairettes, des vins blancs mousseux, des imitations de Tockay, des muscats de Lunel et de Maraussan. Enfin un Bitterrois, Bertrand aîné, exposait des portos doux, des madères doux ou secs, des xérès secs où doux, des alicantes, des chypres et des picartlans. C’étaient des produits francais obtenus avec des cépages appropriés, dans les mêmes conditions que dans les pays d’origine. L'entreprise était originale; elle fut remarquée du jury, qui notait d’ailleurs: «€ Le bénéfice commercial paraît lui manquer encore ». La vérité commerciale était, il faut le reconnaître, dans l’industrie des vins d'imitation qui se pratiquait à Cette depuis longtemps !. Cette exposition révélait d’ailleurs la faveur dont Jouissaient les vins portugais et espagnols sur le marché anglais.

Sans doute, le traité de 1860 favorisa le commerce francais d’exportation pour les grands crus, mais les vins du Midi, vins ordinaires et vins d’inutation de Cette, ne purent lutter avec les similaires portugais et espagnols, qui étaient en meilleure posture pour plusieurs causes, rotamment les prix de revient et les frets. Ceci explique que les exportations de Cette à destination de l’Angleterre continuèrent à décroitre, comme l’indiquent les chiffres suivants :

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I] s’agit là presque exclusivement de vins ordinaires en fûts, l'Angleterre ne demandant à Cette que très peu de vins de liqueur. Il faut noter que le chiffre exceptionnellement élevé de 1871 est un chiffre factice, car beaucoup de vins, pour pouvoir embarquer sous pavillon britannique, furent déclarés à destination de l’Augleterre, alors que leur destination réelle était Paris, via le Havre.

1 Bul. Soc. Agr. de l’Hér., 1863.

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Une appréciation fort juste du traité, du point de vue cettois, est fournie par la chambre de commerce de Cette dans son compte rendu de 1877: « Le traité de commerce avec l’Angleterre n’a produit aucun résultat sensible pour notre exportation. Nos vins ordinaires et communs du Midi ne sont estimés ni par l’aristocratie ni par la riche bourgeoisie anglaise. La population ouvrière, qui pourrait les consommer, leur préfère la bière, le gin, le whisky et les boissons chaudes auxquelles elle est habituée depuis l’enfance, qui sont plus appropriées à l’âpreté de son climat et qui lui coûtent moins cher que nos vins communs ou ordinaires, frappés à leur entrée en Angleterre d’une taxe de 27 fr. 50 pour les vins les plus ordinaires ».

On doit cependant reconnaître qu’au moment de sa con-. elusion, le traité de 1860 avait suscité de grands espoirs de la part du commerce cettois, et la Société centrale d’agriculture de l'Hérault, se faisant l’interprète du commerce languedocien, & solhcitait l’extension à toutes les nations de traités de commerce négociés dans le même esprit que celui qui à été heureusement conclu avec l’Angleterre » !. Ce vœu fut amplement réalisé: de 1860 à 1866, la France conclut des traités de commerce avec la plupart des pays d'Europe. Tous ces traités contenaïient la clause de la nation la plus favorisée; c’est ainsi que le droit de douane franeais sur les vins (trente centimes par hecto) ayant été inséré dans notre traité du 11 juillet 1866 avec le Portugal, devint applicable à tous les autres pays, excepté l’Espagne qui ne jJouissait pas encore de cette clause. La plupart de ces traités consacrèrent quelques lég droits sur les vins français.

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