‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 7 sur 159 · A OS · texte numérisé non relu

A OS

En somme, après des erreurs inévitables dans ce domaine, il semble bien que les fautes les plus grosses ont été heureusement évitées: celles, par exemple, qui auraient consisté à enlever la jetée 4-5 ou partie de la jetée de Frontignan après les avoir établies à grands frais, à faire des ouvertures dans le Brise-Lames ou autres encore, selon les indications péremptoires des polémistes du temps

Le port de Cette, résultat de l’empirisme, semble aujourd’hui être devenu aussi bon que possible, par suite d’un état d’équilibre entre les forces naturelles et les œuvres de l’homme.

Notons enfin les dernières améliorations intérieures qui ont eu pour résultat d’augmenter sa capacité commerciale en permettant aux grands navires d'évoluer dans ses eaux rendues plus profondes. Les lois de 1878, 1880 et 1882 ont eu pour but de répondre aux nouvelles exigences de la navigation depuis un demi-siècle. Le Nouveau-Bassin et le canal Maritime ont été approfondis à la cote — 7 m. 30; dans le Chenal, la profondeur a été portée à — 7 m., se réduisant à — 6 m. dans la partie nord; dans l’Avant-Port et la partie du Vieux-Bassin utilisée pour les évolutions et l’accès au Chenal, la profondeur a été poussée jusqu’à —8 im, dans le but de ménager une réserve pour les dépôts vaseux qu’un port entraîne toujours. En même temps, les murs de plusieurs quais ont été refaits et fondés à des profondeurs de plus en plus grandes, d’où résultait la possibilité d'augmenter la profondeur d’eau.

J’est ainsi que, sans sortir de son cadre vieux d’un demisiècle, sans modifications bien apparentes (l’œil ne permet pas d’apprécier l’épaisseur de la couche d’eau qui dans le port semble partout la même), la puissance de l’instrument économique augmentait, tandis que les navires enfonçaient leurs œuvres vives plus profondément dans les eaux du port. Le recreusement des bassins et canaux maritimes à

1 Au 31 décembre 1893 et depuis l’origine, les dépenses en travaux neufs du port de Cette se sont élevées à 36 millions, non compris les dépenses annuelles d’entretien.

late {ur es.

permis d’amener à quai des navires d’un plus fort tonnage, augmentant ainsi la capacité fonctionnelle des anciens ouvrages. Le vapeur d’aujourd’hui dépose sur le quai deux ou trois fois plus de marchandises que le voilier d’autrefois, et revient plus souvent. Ainsi la navigation s’est intensifiée et le port peut détiter un tonnage supérieur à celui d’autrefois. Mais les quais ne sont pas également extensibles parce qu'ils se trouvent enchâssés dans la ville même: de là nécessité d’un travail de manutention régulier sur les quais, dans les gares et sur les canaux de nawigation intérieure. On peut done constater ce fait que, comme tous les grands ports, celui de Cette devient un instrument de précision dont le bon fonctionnement dépend des intermédiaires qui y conditionnent les transports.

Tel qu’il est à l’heure présente, on peut fixer sa capacité par quelques chiffres relatifs à sa surface d’eau et à la surface de ses quais.

Sans que la distinction ait rien de rigoureux dans la pratique, on divise canaux et bassins en deux catégories: les canaux et bassins de navigation maritime et les canaux et bassins de navigation intérieure. Les quais subissent la même distinction.

Les canaux et bassins de navigation maritime, dont let profondeurs varient entre 5 et 7 môtres, forment un ensemble d’une surface de 358.000 mètres carrés. Les quais qui les bordent ont une longueur totale de 6.117 mètres et une superficie de 124.340 mètres carrés.

Les canaux et bassins de navigation intérieure, dont la profondeur n’est que de 2 m. pour la Darse et de 3 m. à 3 m. 50 pour Le canal de Cette, ont une surface de 92.000 mètres carrés. Les quais qui les longent mesurent ensemble 2.712 mètres avec une superficie de 42.700 mètres carrés.

Au total, les ouvrages mis par le port de Cette à la disposition du commerce mesurent: bassins et canaux, 450.000 mètres carrés; quais, 167.040 mètres carrés, sur une longœueur de 8.829 mètres.

Sa puissance (valeur nautique et capacité de débit) a été

consacrée par un événement d'importance: le débarqueè

LCR SENS ment des troupes de l'Afrique du Nord envoyées sur le front dn N.-E. au début de la Grande Guerre. D’août 1914 à juillet 1915, de très gros navires ont pu pénétrer dans ses bassins et accoster ses quais, débarquant hommes, chevaux et matériel avec une facilité remarquable, Ces puissantes unités furent (avec leur tonnage) les francais: Timgat (9232), Espagne (3952), Carthage (5275), Mont-Viso (6099), Phrygie (3854), Meinam (6149); les anglais: Irène (3563), Hawkhead (4622), Buxton (3142), Hermion (4342), le norvégien Bjôrnstjerne-Bjôrnson (3680).

& 5. — La Vice

La ville de Cette a eu le même développement que son port. Elle s’est modelée de telle facon sur ses canaux qu’on peut vraiment dire que «la ville et le port ne font qu'un », ce qui perdant longtemps a offert de grands avantagcs au commerce. Et ce point de vue paraît intéresser netre sujet.

Le premier centre de population a été sur la falaise dominant le fond du Vieux-Port. C’est là que s’établit le premier flot attiré par l’édit du 30 novembre 1673, par lequel «le roi permet à toute personne de bâtir et construire des maisons au port de Sète, vendre et débiter toutes sortes de marchandises et denrées avec exemption de tous péages, leudes et subsides ». Ces privilèges furent encore étendus en 1677. Cette a ainsi débuté comme une colonie. Mais «les colons étaient pour la plupart de petits industriels des cités voisines manquant des capitaux et de l’expérience nécessaires. Les essais tentés par ces premiers habitants ne furent pas heureux ». (Daruty.)

On reconnaît l’ancienne ville, qui n’était alors qu’un modeste village, aux petites maisons bâties sur deux ou trois modèles seulement: souvent un simple rez-de-chaussée; quelquefois un premier étage avec escalier construit à frais communs par deux propriétaires associés. Quel-

10 = ques-unes ont été exhaussées depuis sans perdre leur caractère primitif. Sur le plan, elles ne forment que des îlots excessivement réduits. De 1702 à 1713, s’éleva l’église Saint-Louis, projetée depuis 1686 sur les confins nord de la ville naissante.

Pour se développer, elle a subi quelques directions principales, des attractions qui, plus que les plans d’alignement, ont déterminé sa forme: ce sont tout d’abord les canaux dans l’ordre de leur fondation, puis les premières voies de commmunication qu’on voit figurer sur les anciens plans. Ces sentiers, sorte de chemins ruraux, étaient euxmêmes le résultat de la topographie ancienne du pays. Le plus important menant vers l’est, à la Pevrade et Frontignan, a fourni le tracé de la primitive rue du Grand- Chemin (aujourd’hui Lazare-Carnot) et la route nationale au-delà de la place Delille. La rue du Grand-Chemin a été, pendant près de deux siècles, la seule avenue de Cette. C’est au point où elle aboutissait sur le canal de Cette, au pied de la colline, que s'était élevé le premier pont, en 1682, devant le terre-plein dit aujourd’hui de «la Bourse » inenant à la rue des Hôtes!. La mer arrêtait alors son flot à quelques mètres de cette direction, tout ce qui est au sud de la rue Lazare-Carnot a été conquis sur son domaine.

Du terre-plein de la Bourse, crigine de la Grand’Rue, partaient deux voies provenant de primitifs sentiers : l’une contournant la montagne à flane de côteau, par le sud-ouest et l’autre longeant le canal et l’étang de Thau, par le nordouest. La première est aujourd’huï marquée par un bout de la Grand’Rue, la rue Ribot, la rue Garenne, la rue des Trois-Journées et la partie sud de la Grand’Rue-Haute. C’est le long de cette voie, au-dessus des carrières du Souras et du Roi et plus tard aux abords de la rue Garenne que s'étaient abrités les premiers citoyens de la colonie. La deuxième est encore désignée sous le nom peu contracté

1Ce premier pont, allongé de 1720 à 1724 pour élargir le canal, a subsisté avec las mêmes dispositions jusqu’en 1860 (Salva).

de € chemin vicinal n° 1 dit du J'our de la Montagne ». Sa direction a été fournie par le bord de l’Etang qui, encore à la fin du xvrri° siècle, occupait tout le triangle compris entre le chemin et la digue ouest du canal

Mais, à la Révolution, {a Ville était loin d'étendre ses rues jusque-là ; une maison isolée y portait le nom de « métairie Auriol ». Un plan de 1779 montre la ville limitée au nord par une ligne qui aurait suivi les rues actuelles du Musée, de Strasbourg, des Hôtes et partie du quai de Bose jusqu'aux approches de la rue des Postes-et-Télégraphes. À l’est du Canal, on ne trouvait encore que peu de constructions, mais sur le plan de 1792 figurent les bâtiments élevés, d’après un des premiers plans d’alignement, sur chacun des côtés des rues Meuve-du-Nord et Neuve-du-Sud, jusqu’à la rue de la Peyrade et au quai d’Alger, Les bâtiments du Dock et de la Douane n’existaient pas encore. En façade sur la Darse, il n’y avait que («l’Ægorgeoir », isolé: à l’extrémité du chemin de ce nom (aujourd’hui rues de la Darse et de la Peyrade, trahissant une direction anormale). Toujours en 1792, l’étang de Thau poussait ses eaux blanches jusqu'aux abords de l’emplacement de notre succursale de la Banque de France, et le dessin de sa plage se continuait vers l’est par une ligne sinueuse que côtoyait de très près le canal de la Peyrade. Le quai de La Bordigue n’était encore qu’une digue que devait plus tard ébrécher le canal latéral à la gare. Tout ce qui existe au nord de la hgne jalonnée par les rues Voltaire et Jean-Jacques-Rousseau a été conquis sur le domaine de l'étang des Eaux- Blanches. Les sables obtenus en creusant la Darse, le canal Maritime, le bassin de la Compagnie du Midi, le canal Latéral et autres produits de dragages auxquels s’est ajouté

1Les vieillards se souviennent encore avoir maraudé des raisins dans les vignes cultivées là où s'éleva plus tard la première gare de la Compagnie des chemins de fer du Midi, laquelle ayant brûlé a pu, au moment de sa translation, faire place à de grands établissements commerciaux parmi lesquels les célèbres maisons Noilly, Prat et Cie, Chauvain et Cie, Cazalis et Prats, ete.

du lest venu d’un peu toutes les parties du monde ont servi à créer ce sol vraiment international, que l’on a pu amsi élever lentement au-dessus du flot. |

La Ville s’est accrue, en s’étendant vers le nord sur le flanc de la montagne, jusqu’à l’ancien chemin de La Caraussane, et vers l’est à mesure que ses canaux en constituaient le cadre. Les plans d’alignement successifs ont souvent fléchi, et c’est ainsi qu’on voit d'énormes pâtés de construetrons, notamment sur le quai de Bose, puis à l’angle du quai Louis-Pasteur et du quai de l’Avenir, enfin sur le quai du Pont-Neuf. C’est là Surtout que se sont installés les bâtiments du commerce des liquides pendant le xix° siècle: longs € magasins » s’ouvrant sur le quai et sur la rue parallèle, coupés de cours intérieures plus ou moins étendues et assurant une aération réglée de façon à maintenir la fraîcheur nécessaire à la conservation des vins. En facade, sur les quais anciens ou nouveaux, se sont élevées de grandes maisons de rapport avec installations pour tous les genres de négoce et, de plus en plus, les palais des enrichis du commerce local ou de la spéculation sur les terrains.

La ville de Cette, d’abord confiée au service des Fortifications qui avait la direction du port, a été longtemps contrariée dans son développement !. Les quelques forts qui lui valaient le titre de place de guerre avaient fait peser sur elle des servitudes militaires plus gênantes qu'utiles. Encore en 1826, le Conseil municipal délibérait sur la fixation des trois zones établies autour de chaque ouvrage de défense. Heureusement pour notre Cité, le Gouvernement n’a Jamais pu donner suite aux projets consistant à faire de Cette une vraie place forte, selon l’ancien système, avee ceinture de remparts, bastions et fossés

1Hn 1762, Mareschal écrivait encore dans un rapport «…Cette est le seul port de ma direction qui soit demeuré réuni à la Fortification. (Archives des Ponts et Chaussées: Documents anciens.) Rappelons que l’école des Ponts et Chaussées date de

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au l’auraient étranglée pour longtemps en troublant profondément la topographie actuelle. En ce qui concerne la Ville, comme nous l’avons observé pour son port, les plus grandes fautes qu’on eût pu commettre ont été aussi heureusement évitées,

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