‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 71 sur 159 · LE DÉBOUCHÉ ALGÉRIEN · texte numérisé non relu

LE DÉBOUCHÉ ALGÉRIEN

Nous avons déjà noté l’importance de ce débouché; à peine âgé de trente ans en 1860, il s'était merveilleusement développé d’une façon continue, à part un ralentissement dû à la crise de l’oïdium. Le tableau suivant trace d’ailleurs, mieux que tout commentaire, la courbe des sorties de Cette à destination du marché algérien !:

ART RS DE PEN ee 458 hectos NÉS ni Vu PAR RON AMEN SE AS SORA ci Qt E £ JLDOT LES bot LR SCANNER VAE LEOUTONR LAS S LPS ru 137.554 — oïdium Fete ÉNERR A Le TEE JLHORRE es DDR EU hearts à 68.689 — — LR OD ER ReREE 142.73 —

DS RP PE Cr te Et 171934 — MSG A MUR à 188.827 à — SGEN RES NE NES ES ET 223.082 :1— ROUES AR ANR ENT ae Wa 141 — TRES ARMES RSR RARE AR 305.168 — RSI ER TL MO NN EE 368.477 —

On voit quelle fut la rapidité de ce développement constant; pour en apprécier toute l’importance, il est bon de le situer comparativement aux importations totales algériennes. Le tableau suivant donne cette situation: il indique les quantités expédiées de Cette, les quantités expédiées des autres ports de la Méditerranée, les quantités expédiées de l'Etranger, enfin les totaux *.

1 D’après le Bul. de la Soc. d’Agr. de l’Hér. et les An. de Cette.

2 Bul. Soc. Agr. de l’Hér., 1867, p. 255. &

LPS Es

Années De Cette Autres ports Etranger Totaux

ÉCOLE 142.730 96.108 89.793 328.631 LS GE 171.934 78.085 102.950 392.969 1 ASS ITEENE 188.827 87.704 89.661 362.192 1SHoNE a 223.582 47.617 65.422 336.621 SOLAR Ter Re 291.461 51.359 61.295 364.115 HSE ANNEE 905.168 96.861 96.397 418.386

Ainsi, en 1860, Cette fournissait 43 % de l’importation totale algérienne; en 1862, 52 % et en 1865, 73 %. Il faut retenir que ce.développement exceptionnellement rapide était lié à la progression de la consommation. Celle-ci était encouragée par un régime douanier très favorable, puisque le vin ne pajait alors, à son entrée en Algérie, qu’une taxe de 5 franes, appelée octroi de mer. Cette taxe acquittée, il n’était assujetti à aucune autre: ni droit de circulation, ni droit d'octroi. On conçoit que ce débouché fût très favorable à l’entrée des vins. Alors que la production vinicole de l’Alcérie était encore insignifiante, Cette, par sa seule proximité, devait infailliblement conquérir la première place sur ce marché. À côté de l’exportation cettoise, l’exportation marseillaise était pour ainsi dire inexistante, ainsi que le montre le tableau suivant. Il indique les quantités venant respectivement de Cette et de Marseille, en milliers d’hectolitres !:

En 1865 de Cette 305, de Marseille 1,5 AÉMSOONNEE 368 — 9,7 00e 1 — 9,0 as Pre Date D02 2 18,0 LSALSGONS RO 0S La IO en AT MS 320 — 9,3 LAIT AURA 337 — 6,7 61200 309% pt 6,9 — 1873 — 220 — 7,6 EN ie 250 — 4,5

1 D'après E. Jouhaux, Marseille, 1878.

Encore convient-il de noter que la majeure partie des auelques milliers d’hectolitres exportés par Marseille appartenaient souvent à des marchés de la Marine qui, on ne sait trop pourquoi, avait imposé à certaines époques la fournitures de vins provençaux exclusivement. Lie Commerce cettois et la Chambre de commerce de Montpellier ne se firent pas faute de protester contre pareil ostracisme jeté sur les vins languedociens. D'ailleurs, ce fait n’avait pas grande importance: la position de Cette était trop solide sur ce terrain, pour qu'il eut à craindre la jalouse rivalité du commerce marseillais.

Nous avons noté plus haut la progression constante des exportations de C'ette en Algérie; le maximum fut atteint, en 1866, avec 368.477 hl; à partir de ce moment se manifesta une tendance à la baisse. Le tableau suivant la fait ressortir :

HARAS G0) one 368.477 hl DD ie Ro (I ET AE 360.226 hl — 1867... ... 917.908 — + 1872... 321.088 — — 1868...... 324.817 — 1873.50 226.000 — ATOS 305.789 — — 1874...... 241.745 — — 1870...... 322,766 — — 1875...... 295.708 —

Ceei était dû au développement de la culture de la vigne, qui suivait celui de la colonisation. La vigne était connue et cultivée en Algérie bien avant la conquête française, mais les indigènes, à qui Le Coran interdisait l’usage du vin, ne s’intéressaient qu'à la production des raisins de table. Avec la colonisation française, la production du vin devait se développer, assez lentement d’abord, mais régulièrement. En 1866, la production algérienne était de 100.000 hl, en 1874 elle était déjà de 230.000 HI. Ceci suffit à expliquer la tendance à la baisse des exportations de Cette pour l'Algérie; bientôt même le phylloxéra allait changer cette économie et faire de l’Algérie un important marché d’exportation.

$ 4 — L’IMPORTATION DES vins À CETTE. LES VINS ESPAGNOLS ET LA QUESTION DU VINAGE. LA SUPPRESSION DU VINAGE EN FRANCHISE, 1869,

Nous avons déjà noté qu’un intense mouvement du commerce et de l’agriculture suivit l’année 1860; il ne convient cependant pas d’en attribuer exclusivement l’origine aux traités de commerce. Notre chambre de commerce, dont on connaît le Hbéralisme, écrivait avec sincérité: «Le grand développement des chemins de fer et de la navigation à vapeur, les facilités et la rapidité des communications, l'intervention de la télégraphie sous-marine et l’abaïssement général des prix de transport ont contribué à l’augmentation de nos affaires avec l’Intérieur et avec l’Etranger, autant et peut-être même plus que les traités internationaux de 1860 à 1866 ». Quoi qu'il en soit, s’il est difficile de faire une diserimination exacte des causes, le fait du développement commercial est indéniable. Il se traduisit à Cette, non seulement par le progrès dans les exportations, que nous avons étudié, mais encore par un important mouvement d'importation.

Nous avons déjà dit que, la crise de l’oïdium passée, l'importation des vins exotiques était redescendue à des chiffres plus modestes, sans revenir cependant aux chiffres d’autrefois, en raison du tarif de 1854 à trente centimes par hectolitre.

Voici qu’elles furent les entrées de vins étrangers à Cette !:

Années Commerce général Commerce spécial SOON 1e 34.883 hectos 32.531 hectos LEON D UCURUEE 28.724 — LS 4.950 — 4,289 — TOC AE 4.618. — 4,891 —

1 D'après le Tab. gén. du Com. et de la Navig. de la France.

Pole

Années Commerce général Commerce spécial SAMOA 3.028 hectos 3.869 hectos 1 0j ARE AA 2,100 2436 — 1feTE CNE Ve 3.243 — 2,568 — SON ETS 6.396. — 6.508 -— 1Ecte EN EME 14.743 — 14,499 — JOIE 29,420 — 29.933 — Lei APN SRE 9.120 — 4305 — LT EE 9.690 — 9.060 — IN D PERS TE 108.630 — 95398 ee TO TOR TR 236.474 — 206.857 — PORN ESENE 240.615 — 203.466 —

Les vins espagnols. — La majeure partie des vins importés provenait d’Espagne; en 1869, sur une importation totale de 29.420 1, 21.248 HI étaient des vins espagnols, 277 hl seulement des vins italiens. En 1868, on relevait 14.711 h] de vins espagnols sur un total de 14.743 h} de vins exotiques.

Suivant le tarif de 1871 (loi du 8 juillet), les vins espaonols pavèrent 5 franes de droit d’entrée par hectclitre. Les vins italiens, portugais, ete, en vertu du traité francoportugais du 11 juillet 1866 et de la clause de la nation la plus favorisée, continuaient à bénéficier du tarif de trente centimes. Néanmoins, ce fut l’importation espagnole qui tint dans nos statistiques la première place; la proximité entre Cette et les régions vitifères espagnoles en est la première cause, et l’on doit, d’autre part, se rappeler que l'Italie consommatrice de ses propres vins à un degré bien plus élevé que l’Espagne, n’eut jamais un stock d’exportation aussi important que cette dernière. Ce n’est que quelques années plus tard, lorsque la crise phylloxérique contraignit la France à recourir à une importation énorme, que le vin italien prit à Cette une réelle importance; on peut dire que le phytloxéra a véritablement créé l’exportation italienne; ce point de vue sera d’ailleurs étudié, plus loin, d’une façon spéciale !,

1 Voir ci-après : 3e partie, ch. III, $ 8 et 4.

Le vinage. — Cette importation croissante des vins espagnols soulevait, déjà à cette époque, de nombreuses discuss10ns. Il y avait une question des vins d’Espagne et une question du vinage étroitement liées; elles intéressaient le commerce cettois et tout le Midi vinicole, il convient donc de les exposer.

On sait que le décret de 1852 avait maintenu le droit de vinage en franchise aux sept départements méridionaux !. Ce régime spécial, nous ne disons pas de faveur, souleva de vives protestations dons les autres régions vitifères. Vers 1860, «dans un des rares moments de prospérité de la viticulture, alors que, favorisée par les débouchés nouveaux que lui donnent à l’intérieur nos chemins de fer et à l’extérieur la réforme de notre régime douanier, elle prend dans toute la France un développement jusqu’à présent inconnu »; vers 1860, disons-nous, ces protestations se cristallisèrent sous une forme plus aggressive et furent portées devant le Gouvernement. En 1863, une pétition demandant la suppression du droit de vinage en franchise était adressée à l'Empereur; elle était signée de délégués viticoles et de quelques députés. Fort habilement rédigée, elle invoquait en faveur de cette suppression les arguments suivants :

1° Le vinage en franchise, réservé aux sept départements méridionaux, était une atteinte aux principes égalitaires de 1789.

2° I] donnait lieu dans les grandes villes à la fraude par mouillage.

3° I] était inutile depuis que l’extension des chemins de fer avait abrégé les délais de transport ?.

Le commerce de l'Hérault s’émut spécialement de ces tendances ; une polémique serrée s’engagea dès lors sur la question du vinage, Notre Commerce n’eut pas de peine à réfuter les arguments, pour le moins spécieux, produits

Page 1