‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 73 sur 159 · CHAPITRE V EAUX-DE-VIE ET TROIS-SIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE V EAUX-DE-VIE ET TROIS-SIX

$ 1. Importance des Esprits depuis la Révolution jusqu'à la crise phylloxérique. — $ 2. Encore la concurrence: les alcools du Nord. — $ 3. Les anciennes fabrications. — $ 4. Prix des eaux-de-vie et trois-six. — $ 5. Les exportations d’eau-de-vie et de trois-six.

$ 1. — IMPORTANCE DES ESPRITS DEPUIS LA RÉVOLUTION JUSQU'A LA CRISE PHYLLOXÉRIQUE

La question des eaux-de-vie S’impose encore pour cette période: vins et eaux-de-vie sont inséparables, comme nous l’avons vu dans la première partie de cette étude. Les négociants cettois font encore: (les vins, les eaux-de-vie et les produits du pays ».

La production des eaux-de-vie et autres esprits-de-vin a pris une grande importance à la suite de l’arrêt du 21 juillet 1784, portant exemption des droits pour les eaux-de-vie qui sortiront du Royaume ét liberté de distiller les les, baissières et mares de raisin !, et, en 1788, Cette compte sept fabricants disposant de 41 fourneaux et 45 cucurbites. Dans la région, Lodève à trois distilleries; Clermont, six; Nébian, Canet, Ceyras, Saint-Félix-de-Lodez, deux chacun; Saint-André, quatre; Mcntpeyroux, une; Saint-Jean-de- Fos, trois; Fontès, une; Mudaison en a une très importante ?. Les environs de Nîmes et de Béziers en possédaient

1 Arch. dép. de l’Hér., À, 122.

2 Arch, dép. de l'Hér.; ©, 2739.

de nombreuses. La plupart de leurs produits passaient par les maisons de Cette. Aussi, en 1791, l’exportation était, semble-t-1l, magnifique : 80.000 barriques de trois-six, 20.000 barriques d’esprit-de-vin !. Puis c’est l’obscurité pendant vingt-cinq ans. Cependant ce fut l’époque où la distillerie transforma ses moyens, pour produire à moins de frais des esprits plus raffinés. Le normand Edouard Adan:, à qui Montpellier et l'Hérault ont témoigné, en 1860, la reconnaissance de la Région en Jui élevant une statue ?, perfec-

1 F, Gauthier. Anniversaire de la fondation du tribunal de com merce, opuscule. :

? Si une inscription rappelle que « cette statue a été inaugurée le X mai MDCCCLX, sous le règne de sa majesté Napoléon ILE, M. Billaut étant ministre de l'Intérieur, en présence de M. Gavini de Campile, préfet de l'Hérault, de M. Pagésy, maire de Montpellier, des membres du Conseil général, des Membres du Conseil municipal et des autorités civiles et militaires du département », la dédicace ne porte qu’ « à Edouard Adam ». Nous allons réparer l'oubli.

Adam (Edouard, Jean) naquit à Rouen le 11 octobre 1768 et mourut à Montpellier le 11 novembre 1807. — Fixé à Nîmes vers 1799, il y étudie les sciences physiques sous Solimani, € ..s’amusant au mois d'août 1800 avec l’Eolipile et recueillant dans de l’eau froide la vapeur aqueuse qui sortait de cet instrument; il ne fut pas peu surpris de voir le liquide arriver bientôt à l’ébullition. Les expériences du comte de Rumfort, sur l’échauffement des liquides par la condensation dès vapeurs, expériences qui datent de la même époque, ne Jui étaient pas connues ».— Enfin «il imagine dans le courant d'octobre de la même année de distiller du vin à la vapeur... Au lieu de n’avoir pour produit que de l’eaude-vie, il recueille de L'esprit à 33° Cartier ». — L'expérience du nouvel alambic eut lieu dans le local de l’école de médecine de Montpellier, le 8 germinal an IX (29 mars 1801): Adam opéra devant le Préfet et en présence d’une commission légale nommée par ce magistrat. La commission déposa le lendemain son € Rapport des Commissaires nommés par M. le préfet du département de l'Hérault à l’effet de vérifier et de constater le procédé par lequel le sieur Ed, Adam retire des vins la totalité de leurs pro-

tionna l’alambic traditionnel et obtint un titre élevé par une seule opération remplaçant les distillations successives du passé. Entre 1801 et 1826, il n’y eut pas moins de quinze demandes de brevets concernant la distillation déposées à la préfecture de l'Hérault, parmi lesquelles trois aux noms de Zacharie Adam, frère d’Edouard. Les autres étaient de Bascou, de Montpellier; Privat, de Mèxe; Pastre, de Bessan,; Varnod, de Montpellier; C'aumette et Alliez, de Saint-Thibéry; Caron, de Bessan; Bouchet, de Vias; Chassary, de Montpellier, et Flickwier,, de Cette. On voit quel intérêt nouveau la Région portait à la distillerie *.

Vers 1820, on estime le vin brûlé dans le Département à 1.280.000 h1. d’nne valeur de 45 fr. le muid de sept hectolitres =. En 1847, le chiffre s’élevait à 2.200.000 h] d’après la Régie. Vers la même époque, on estimait que, pour l’Hérault, l'Aude et le Gard, les vins allant à la chaudière s’élevaient à 3.600.000 h1 (70 h1 de vin donnant une pièce de trois-six) *. Vers 1850 enfin, H. Marès estime que ces trois départements grands producteurs fournissaient jusqu’à 80.000 pièces d’esprit trois-six à 86°, de 625 litres en moyenne, soit environ 200.000 h1 dont la moitié pour l’Hérault seul. On peut donc apprécier de quelle importance était le commerce qui avait la charge d’écouler, en grande

duits spiritueux ». Signèrent le document: L. Bérard, Virenque, Rouché, Duportal et le secrétaire général de la préfecture, Bougettes. Un brevet de 15 ans fut accordé le 21 mai 1801. — Adam avait trois frères : Frédéric, Henri et Zacharie. Il associa ce dernier à sa demande de brevet. Adam devait mourir ruiné à la suite de nombreux procès qu'il eut à soutenir contre ses contrefaäcteurs, laissant un déficit d’environ quatre cent mille francs. Il avait un fils de douze ans (Gonzalve) et une fille de six senfaines. Leur oncle Frédéric arriva à leur faire obtenir une pension impériale (1.200 francs) et l'éducation du fils aux frais de l'Etat. La fille étant morte, Gonzalve Adam recevait encore sa pension de 600 francs, en 1837. (D'après J. Girardin, notice sur E. Adam, Rouen, 1837.)

1 Annuaire de l'Hérault, 1827, p. 287.

2 Statistique de Creuzé de Lesser.

3 (Cité par Degrully. Thèse.

eds

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