Q 4 — PRIX DES EAUX-DE-VIE ET TROIS-SIX
Alors qu’au cours de notre étude il ne nous a pas été souvent possible, faute de documentation suffisante, d’envisager la question des prix, la chose serait autrement facile pour les eaux-de-vie, si nous pouvions nous attarder à toutes les considérations que l’on pourrait en tirer.
Ainsi nous savons que dans la période de 1825 à 1828 les ésprits ont été cotés assez bas, les prix, pour le quintal de #2 kgs, ayant pour le trois-six varié entre 20 fr. 85, en mars 1827, et 28 fr 06, en janvier 1827. Pour ces mêmes dates, on note que le eimq-six était à 18 fr 75 et 20 fr 19 et la preuve de Hollande 17 fr 30 et 18 fr 31. Nous avons d’ailleurs, pour les quatre années, la moyenne mensuelle des cotes sur les marchés de l'Hérault. Ces cotes multipliées par 2,5 donneraient très approximativement la valeur de l’hectolitre ?.
On comprend qu'avec ces prix, il fut facile à nos négociants d’atteindre la clientèle dans des conditions favora-
1 Bul. de la Soc. d’agr. de l’Hér., années indiquées.
2 108 2 bles, mais il convient de ne pas oublier que les vins de chaudière ne devaient pas être cotés bien haut à la propriété. Si nos clients du Nord venaient enlever des cargaisons importantes, le commerce pouvait sans doute prélever une honnête commission, mais les intérêts de la propriété devaient être en souffrance.
Ces conditions durent se modifier quand, d’une part, les chemins de fer et les canaux permirent d’enlever, dans de meilleures conditions, les vins et les esprits pour l’intérieur; aussi note-t-on des prix plus élevés vers 1845 sur le marché de Cette. On y relève la cote de 102 francs l’hectolitre pour les trois-six, au dernier marché de décembre ; la cote de 120 francs, au troisième marché de janvier 1846, et beaucoup de marchés de l’année furent nuls. En 1847, le premier marché de janvier fournit le prix de 103 francs, puis il y a chute presque régulière jusqu’à fin décembre, qui fournit le minimum de 47,50. L’année 1848 débute par 47 francs et flotte entre ce chiffre et la cote de 35 francs avec le maximum de 48 francs, en février, Les années 1849 et 1850 furent aussi défavorables, avec de nombreux marchés nuls; en 1851, la plus forte cote fut celle de 53 fr 50, à la fin de septembre. L’année 1852 vit la cote de 74 francs, en fin février, celle de 90 fr, fin juillet, et la plupart des marchés furent nuls. Ce fut le temps des ravages de l’Oïdium, et les deux années suivantes virent la cote de 145 fr, fin août 1853; celle de 186 francs, en janvier 1854, et 207 fr, en octobre, avec la plupart des marchés nuls. On comprend que, pendant cette péricde, nos clients de Hollande et d’ailleurs n’aient pas mis gaiement le cap sur Cette. Les alcools du Nord eurent donc beau jeu pour développer leur clientèle à nos dépens.
Quinze ans plus tard, c’est-à-dire en belle période de grande exportation, les prix sont redevenus plus encouraveants. La récolte de 1868 (France, 52 millions d’hl; Hérault 14) n’était dans l’ensemble qu’une récolte moyenne et succédait à une récolte déficitaire. La consommation était alers de 40 à 47 millions d’hl; les vins de chaudière devaient perdre tout ce qui pouvait aborder la vente directe.
Les marchés débutèrent, en janvier, entre 81 francs à Cette et 88 francs à Béziers. Ces prix se maintinrent jusqu’à la récolte de 1869 et, celle-ci s’annonçant comme excellente, lesacotes baissèrent jusqu’à la moyenne de 68 francs, au marché Gu 31 décembre à Béziers. Si on compare avec la période de 1848-1851, époque de détresse économique, l’écoulement des trois-six était encore avantageux, malgré la concurrence des alcools du Nord qui progressait. Notre commerce pouvait encore alimenter les plus fidèles de nos clients hollandais et autres. La crise phylloxérique approchait cependant, qui allait nous placer dans de telles conditicns que la production et la vente des trois-six allaient nous être interdites !. Voyons donc de quel secours était le commerce des eaux-de-vie et trois-six à une époque pour laquelle des indications nous ont été conservées.