LES VINS VINÉS ET LE VINAGE
L'’importation, au cours de ces années, de vins exotiques à fort degré souleva diverses questions, non seulement à Cette même, mais dans la France entière, questions dont il
1 Tarif de l’entrepôt pour les vins, à l’hectol.: 1” trimestre, 0,45; 2 trimestre, 0,35; semestre, 0.75.
2° semestre, 0,170; excédant un an, par
2 En conséquence, la Ville porta le magasinage à 0,15 par hecto et par mois.
est utile de dire quelques mots, si l’on veut donner en quelque sorte le cadre économique du commerce cettois à cette époque.
Le maintien dans nos traités du titre de 15°9 pour les vins exotiques, le renouvellement même de ces traités en 1882, l’interdiction persistante du vinage en franchise ou tout au moins avec un droit réduit donnèrent matière à de violentes protestations.
Sur la question du renouvellement des traités de commerce, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le passage suivant d’une brochure anonyme de l’époque 1. Ceci est écrit sur un ton de polémique sans doute, mais qu'il sied de noter à l’époque où les quais de Cette, prolongement de ceux de Barcelone, regorgeaient de vins espagnols. « Dans le cas spécial des traités actuels, les ministres ont montré une impardonnable légèreté, d’abord en engageant la France pour 10 ans, alors que les moyens de vaincre le phylloxéra étaient trouvés et permettaient de reconstituer le vignoble en cinq ans, si les viticulteurs eussent été encouragés, et ensuite en signant les traités autorisant l’entrée des vins à 15°9, avant d’avoir obtenu des Chambres le droit de vinage, contrepoids indispensable. La Chambre a méconnu le rôle si important de l’alcool dans le commerce des vins et fait preuve d’inconséquence en rejetant le droit de vinage à l’intérieur, après avoir voté des traités qui l’accordaient à l'étranger. Notre cause, il est vrai, a été bien singulièrement défendue. On a pu entendre dans la même séance M. Salis, député de l’Eérault, maudire les traités de commerce après les avoir votés et demander la liberté du vinage pour toute la France ; un autre député de l'Hérault, M. Vergnes, repousser le vinage et proposer la taxation au degré et M. Raspail leur répondre, à l’un et à l’autre, par la lecture d’une iettre d’un vice-président du Conseil général, toujours de PHérault, réclamant instamment le maintien du statu quo. Une quatrième proposition était soutenue par un député
1 Les vins francais et le vinage, par un Vitieulteur ancien négociant en vins, Paris, 1888.
des Pyrénées-Orientales, M. Brousse: c’est que le gouvernement était suffisamment armé contre l’introduction des vins vinés, les traités n’ayant stipulé que l’entrée des vins aaturels et qu’il suffisait d'établir aux frontières des laboratoires de chimie chargés d’analyser les vins et de repousser tous ceux qui ne provenaient pas de la fermentation du jus de raisin frais sans aucun mélange. On comprend que la Chambre ait fermé l’oreille à des démandes aussi discordantes et qu'après avoir invité les intéressés à s’entendre ensemble, elle ait adopté la solution la plus facile mais en mêm temps la plus désastreuse c’est-à-dire ie maintien du statu quo ».
On a vu ci-dessus le résultat de ce statu quo: l’envahissement de notre marché par les vins exotiques si justement eritiqués par tous les organismes vraiment compétenus: chambres de commerce @e Cette et de Monpellier, sociétés d'agriculture du Gard, de l'Hérault etc.
Ces mêmes compagnies, d’accord en cela avec toute la viticulture méridionale, avaient toujours protesté égale ment contre le maintien du titre 15°9. Nous avons vu la chambre de commerce de Cette dénoncer, à plusieurs reprises, l’entrée par notre port de vins fortement vinés à l’aide surtout d’alcools allemands. En effet, les alcools de pomme de terre jouissaient en Allemagne d’une prime d’exportation de 40 francs par hectolitre. La douane française les arrêtait par un droit de 70 francs par hecto, mais, en Espagne, ils ne payaient que 25 francs. Rapidement, l’importation des alcools étrangers (allemands, américains, suédois) prit une importance eroissante dans les statistiques espagnoles. De 82.622 hl en 1875, elle montait à 557.312 en 1880, passait à 948.139 hl en 1885 et atteignait son maximum avec 1.008.569 hl en 1886. En 1887, elle redescendait à 841.812 hl; nous verrons bientôt la raison de cette décroissance. Il est indéniable que la presque totalité de ces alcools était employée, non à la fabrication de l’anisette, mais à viner les vins espagnols exportés en France. L'opération était encore plus commode en Italie, où le vinage pouvait se faire en franchise de douane dans les