tonnes 103.490 — 35.917 — 7.3i
d'Algérie
d'Italie
de Tunisie
du Portugal
Les vins d'Espagne entrent par mer pour éviter les transbordements que nécessite, à Cerbère, la différence de largeur des voies françaises et espagnoles. La région vinicole de l'Espagne étant l'Est et le Sud, ce sont nos ports de la Méditerranée qui constituent pour cette importation, la voie la plus économique : en août 191 9, les frets pour Cette étaient de 58 pesetas par tonne, alors qu'ils étaient de i3o à i5o pesetas pour les ports de l'Atlantique, de la Manche et du Nord. Ces chiffres suffisent à mettre en relief les erreurs voulues du décret du 7 juillet, permettant la liberté d'importation des vins d'Espagne, afin de faire bais ser le prix du vin en France, et imposant à cette im portation la voie la plus coûteuse. C'est à ce décret qu'on doit de lire dans le tableau ci-dessus un chiffre d'importation des vins d'Algérie supérieur, en 1919, à celui de l'importation des vins d'Espagne. Ce n'était d'ailleurs pas la première fois, car, depuis les tarifs
LE PORT DE CETTE 6l
protecteurs de 1892, les vins d'Algérie ont souvent remplacé les vins exotiques grevés de taxes, pour compléter nos récoltes et opérer les coupages. De 1899 à 1914, les vins d'Algérie donnèrent le 5o % des importations vinicoles cettoises, alors que ceux d'Espagne qui, dans la période 1892-1898, donnaient le 64 %, ne figuraient plus que pour 28 %. La moyenne annuelle de l'importation des vins d'Espagne était en effet tombée de 2.470.000 hectolitres (période de 1882 à 1892) à i.o33.ooo hectolitres (période 1892-7898) et à 363.708 hectolitres (période 1899-1914).
Si, quantitativement, les transports vinicoles entre Cette et l'Algérie, oscillant autour d'une moyenne annuelle de 650.000 hectolitres, étaient restés les mêmes, cependant leur importance relative avait diminué. De 1873 à 1888, Cette accusait le 27 % des entrées totales des vins d'Algérie en France, de 1899 à 1914, 12 % seulement. La part de Cette dans le commerce vinicole franco-algérien avait donc diminué de moitié.
Cette et les ports méditerranéens, malgré leur situation privilégiée, étaient en effet loin d'avoir le monopole de l'importation de ces vins :
En 191 1,
Rouen recevait d'Algérie 270.817 tonnes dont 266.000 de vins
Marseille - 160.310 - 83.000 -
Bordeaux - 34.621 - 49.000 -
Cette - 52.459 - 45.000 —
Ce contre-sens géographique s'expliquait par l'étude des conditions de transport.
Marseille et Cette n'étaient pas très bien organisés pour importer ces vins.
Les Rouennais, au contraire, envoyaient à Alger et à Oran des cargos de 5. 000 à 6.000 tonnes, très
De 1892 à 1895, la crise fut terrible, parce qu'auparavant les vins alimentaient presque seuls le tonnage du port.
C'est l'industrie qui sauva Cette, en lui assurant, de 1896 à 1909, des tonnages assez élevés, alors que l'importation des vins était réduite à peu de chose. En 1920, le tonnage aurait peut-être été inférieur à 45o.ooo tonnes, si les établissements industriels ne lui avaient donné une moyenne de 200.000 tonnes.
Les industries et les commerces de Cette peuvent se classer en deux catégories : ceux qui s'y sont établis parce que c'était le port des vins (l'industrie des vins d'imitation, les industries annexes à la monoculture de la vigne) et ceux qui y furent amenés, soit par les besoins du Languedoc, soit à cause de sa situation géographique sur la Méditerranée.
La fabrication des vins d'imitation est la forme la plus originale du commerce des vins cettois. Elle fournit l'essentiel de la faible exportation vinicole de Cette, elle est née à Cette ; c'est là que les procédés de fabrication en ont été créés et y ont été améliorés. A l'époque du blocus continental, on a commercialisé cette préparation à l'espagnole des vins que pratiquaient couramment les propriétaires languedociens. Ce commerce est aujourd'hui en pleine possession de sa technique ; c'est une véritable « industrie », car il procède à des coupages, à des vieillissements, des macérations et transforme la matière première. Ses procédés techniques sont arrivés à un tel degré de perfection que les imitations de Malaga, de Madère, de Xérès, de Porto, de Tokay, rivalisent avec les vins d'origine pour le bouquet et la finesse.
Ces vins d'imitation nécessitent, depuis la crise phyl-
loxérique, des importations considérables de mistelles (en 1919, 22.997 tonnes et en 1920, 18. 524 tonnes) et des vins de liqueur :
2.290 tonnes en 1919 dont 1.547 d'Espagne, et 1.080 de Grèce 1.724 — 1920 — 376 — 682 —
La mistelle est un moût riche en sucre qu'on a empêché de fermenter en y versant une certaine quantité d'alcool. Le vin de liqueur est un moût riche en sucre qui a commencé à fermenter, mais dont on a arrêté la fermentation par une addition d'alcool. La mistelle est en somme la matière première de l'industrie des vins d'imitation. Celle-ci allait donc dépendre en partie des variations de taxes douanières qui frappent la mistelle. Or, après une période de liberté et de facilité pendant laquelle l'importation des mistelles passa de 23.885 hectolitres, en 1880, à 283.819, en 1899 (dont 8.000 de Turquie et 20.000 de Grèce), la coalition des viticulteurs méridionaux et algériens avec les betteraviers du Nord, producteurs d'alcools, allait mener contre les mistelles une lutte sans merci. En 1901, malgré l'opposition des ministres des Affaires étrangères et du Commerce, on vota le projet de loi Etienne-Thomson qui, entre autres anomalies, taxait plus fortement la mistelle, matière première, que le vin de liqueur, produit fabriqué. Or, comme il est à peu près impossible de différencier la mistelle du vin de liqueur, les importateurs se contentèrent de changer la qualification de leur marchandise. De telles mesures expliquent le déclin des exportations cettoises.
Les mesures protectionnistes de 1892, celles de 1899, marquent les paliers descendants de nos ventes à l'extérieur : en 1898, i3i.6oo hectolitres ; en 1908, 47.54o ;
en 1909, 65.420 ; en 1919, 4o.223 ; en 1920, 48.471. Le tonnage de ces exportations varie de 3. 000 à 5. 000 tonnes.
La Chambre de Commerce continue à suivre de très près les modifications des législations douanières. La plupart de ces exportations de vins fabriqués consistent en apéritifs viniques et en vermouths à destination des Amériques. Le « Noilly » y fait une concurrence justifiée au « Cinzano » italien.
Près de 80 maisons de Cette, de Mèze et de Frontignan produisent annuellement 000.000 caisses de vins en bouteilles et 260.000 hectolitres en fûts. Le chiffre des exportations de vins fabriqués ne donne qu'une faible idée de l'importance de cette industrie, qui travaille beaucoup pour le marché extérieur.
Elle marquait, ces dernières années, des progrès accusés, ce qui n'empêchait pas les élèves de nos lycées d'apprendre sur leur manuel que « ces fabriques de vins ont complètement disparu depuis le phylloxéra ».
Industrie purement cettoise, exportatrice, utile à la région et à la viticulture française, ce sont là des titres qui la recommandent à l'attention. Par elle, les vins du Languedoc, transformés à Cette, vont au secours des régions bourguignonne ou bordelaise, lorsque la production y est défaillante.
Au premier rang des industries et des commerces annexes à la monoculture de la vigne, se placent Vindustrie de la tonnellerie et le commerce des bois.
La tonnellerie languedocienne devait forcément se concentrer dans le port de réception des matières pre-
mières, si heureusement situé au centre même de la région. Le développement de cette industrie est postérieur à la création du port. Elle se développe d'abord sur les rives de l'étang de Thau. D'ailleurs, au XVIIF siècle, le bois avec lequel on la faisait était fourni par les châtaigniers des Gévennes. Vers 1787, on en était peu satisfait et l'on importait des merrains d'Amérique. Du reste, l'augmentation de la capacité des fûts allait nécessiter le recours aux bois plus solides des chênes étrangers.
La crise révolutionnaire éprouva durement les ouvriers tonnelliers qui se trouvaient à Cette et beaucoup émigrèrent à Chalon-sur-Saône.
Pour ces raisons, ce n'est qu'à partir de 181 5 que l'industrie de la tonnellerie se développa d'une façon brillante : en 1828, nous trouvons déjà 33 maisons occupant i34 ouvriers. La période d'exportation des vins fut favorable à la tonnellerie, car fabriquer des fûts pour le dehors était plus rémunérateur que les fabriquer pour l'intérieur. La période de 1880 à 1892 fut moins heureuse mais, cependant, en raison des besoins de fûts pour l'importation, la tonnellerie ne se ressentit pas trop de la crise phylloxérique. Depuis 1892, cette industrie paraît plutôt décliner.
A Cette, à Mèze et à Frontignan, il y a 120 ateliers de tonnellerie mécanique ou à la main, occupant 2.5oo ouvriers et fabriquant annuellement 45.ooo futailles et 70.000 barriques. On y trouve des ateliers qui construisent des foudres, dont quelques-uns ont été vendus en Argentine. La spécialisation de Cette dans cette fabrication est telle, qu'en 1916 le tiers des wagonsréservoirs qui circulaient en France ^appartenaient à des maisons cettoises.
Cinquante maisons vivent de la location des futailles, industrie qui s'est créée à Cette, vers 1868, et dont l'importance est telle, qu'aujourd'hui, si on alignait les fûts en location l'un contre l'autre, ils formeraient une ligne de 27 kilomètres. Pendant la guerre, le trafic des wagons-réservoirs a donné à ceux qui l'assuraient des fortunes considérables, très vite compromises d'ailleurs par les conséquences de la crise de 1920. Le commerce des bois se divise en deux catégories : les bois de construction et les bois pour futailles. La première catégorie a subi un sérieux recul.
Les bois de construction venaient de Suède, de Russie, de Finlande, du Canada. Si on excepte les travaux de quelques scieries mécaniques pour la fabrication des parquets, Cette n'avait dans ce commerce que la fonction régionale de distribuer les bois depuis Toulouse jusqu'à Vichy. Bordeaux concurrençait avantageusement Cette dans ce rôle. Cette était devenu un marché important de bois du Nord et en exportait en Algérie-Tunisie (i.oi4 tonnes en 1908, 873 en 1920).
Les bois nécessaires à la tonnellerie sont les merrains et les douelles. Cette importait annuellement pour 20 à 20 millions de douelles, dont 90 % venaient de Croatie, le reste était fourni par les châtaigniers de Sardaigne ou par la Russie. De l'importation nationale des merrains, 55 % passaient par Cette, 35 % par Bordeaux, 10 % seulement par Marseille.
En plus de la fonction industrielle représentée par la tonnellerie, Cette exerçait à l'égard des merrains une fonction commerciale : elle en vendait, en 1908, 4.489 tonnes à l'Algérie, 102 à la Tunisie, 682 à l'Espagne.
Pendant la guerre, le trafic avec la Russie et l'Au-
triche a cessé complètement et le manque de bois, bien qu'on s'adresse à la Corse et à la Sardaigne, pays riches en châtaie^niers, compromet maintenant cette industrie et ce commerce. Ces importations de bois se réduisent de plus en plus d'année en année et ce n'est pas la crise actuelle du vignoble et des industries annexes qui peut les faire remonter. De 85.407 tonnes en 1889, elles sont tombées à une moyenne de 6o.i33 pour la période de 1908 à 1918, de 10.000 pour la période 1915-1918. En 1919, elles se sont relevées à ii.o35 tonnes et en 1920, à i/i.379.
Commerce et industrie du soufre et des engrais fertilisants.
C'est encore au vignoble languedocien qu'est due la présence à Cette du commerce et de la raffinerie du soufre, ainsi que du commerce et de la fabrication d'engrais chimiques.
Depuis l'invasion de l'oïdium, en i853, Cette a servi à l'importation du soufre nécessaire au traitement de la maladie de la vigne ; il vient de l'Italie du Sud et de la Louisiane. A Cette et à Frontignan, se trouvent de puissantes raffineries en pleine prospérité.
Le commerce du soufre est un des plus importants de Cette. En 1918, le port recevait 71.000 tonnes de soufre, contre 62.000 seulement livrés à Marseille. La moyenne des importations, qui était de 60. 323 tonnes pour la période 1908-1913, est tombée à 43.002 pendant la guerre ; elle s'est relevée successivement à 54.045 tonnes en 1919 et 74.6i3 tonnes en 1920.
L'industrie et le commerce des engrais chimiques ont été développés à Cette par l'importation des phos-
phates d'Algérie. L'Afrique du Nord étant notre principal fournisseur de ce produit, de plus en plus nécessaire au développement de notre production agricole, les ports du Midi devaient bénéficier de leur situation et accaparer cette importation. Mais, à Cette, à la fonction régionale, devait s'ajouter la fonction industrielle et commerciale, le jour où le vignoble a employé les phosphates comme fertilisants. Alors s'installèrent sur les bords de l'étang de Thau d'im portantes usines (Compagnie de Saint-Gobain et Société Bordelaise) qui impori;ent du phosphate brut de l'Algérie, de la Tunisie ou de la Floride.
En 1890, elles importent 2.108 tonnes ; en 1899, 54.160 ; en 1918, 07.397 ; en 1914, 47. 800 tonnes.
Les nécessités de la guerre ont conduit l'Etat à intervenir directement dans le commerce même des produits chimiques. Des conventions avec l'Angleterre et le ralentissement de l'extraction dans l'Afrique du Nord ont faussé complètement ou même supprimé les marchés de ces produits et ont bouleversé tous les courants établis. En 191 7, nous ne trouvons plus à l'importation que 7.800 tonnes de phosphates. Les chiffres se sont peu à peu relevés, et
en 1918, on note 16.904 tonnes
Il est certain que ces importations, gênées en 1919 par la crise de la marine marchande, ne feront que s'accroître en raison des utilisations agricoles.
Ces usines importaient du sulfate d'ammoniaque d'Allemagne, qu'on fait venir maintenant d'Angleterre. Le nitrate de soude est importé du Chili, ainsi que le sulfate de cuivre.
Le sulfate de cuivre figure :
en 1913 1914 1915 1916^7 1918 1919 1920 pour (en tonnes) 2.033 1.392 1 néant 444 48 237
Le nitrate de soude ne figure dans le trafic de Cette pour la première fois qu'en igoS avec 4.5oi tonnes.
Depuis, il a donné :
en 1903 1906 1907 1908 1913 1914 1913 1916 tonnes 1.780 2.642 l.oOO 3.373 4.313 10.700 3.038 36.200
Ces usines ont plus de 8oo ouvriers et fabriquent annuellement plus de 200.000 tonnes de produits, surtout du superphosphate, qu'elles vendaient avant la guerre dans tout le bassin occidental de la Méditerranée. Ces superphosphates formaient l'élément essentiel des exportations de produits chimiques : en 1908, par exemple, ^^7.000 tonnes de superphosphates sur 52.5/13 tonnes de produits chimiques exportés par Cette.
Dans la période d'avant- guerre, l'exportation de produits chimiques fournissait le tiers des exportations cettoises.
Cette exportait (en tonnes) sur un total de :