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Vers la même époque, le progrès de la navigation à vapeur et l'emploi de bateaux de fort tonnage vint ruiner l'armement cettois, outillé seulement pour les tonnages moyens de la navigation à voile.
Cette, désormais prolongement de Barcelone pour la plus grande partie de son trafic, sera tributaire de Marseille pour les moyens de transport. L'infériorité et les conséquences malheureuses d'une pareille situation ne furent pas ressenties immédiatement, à cause de la prospérité que l'importation valut à Cette, de 1880 à 1891.
Durant ces onze années, le chiffre moyen du tonnage total est 965.217 tonnes (dont 686.687 pour la moyenne des importations et 157.685 pour celle des exportations). A quatre reprises en 1880-83-87-90, le tonnage total dépassa un million de tonnes ; alors les vins en constituaient l'élément essentiel : en i883 sur 1. 019. 000 tonnes, 35o.ooo proviennent de l'importation de 3.400.000 hectolitres ; en t888, sur 980.151 tonnes, 44o.ooo tonnes sont fournies par 3.824.000 hectolitres. Ces totaux correspondaient au tiers de l'importation nationale des vins étrangers. Grâce aux vins, cette même année 1888, la valeur du trafic dépasse 288 millions. Aussi est-ce en 1891 que
la ville connaît son plus grand développement. Elle compte y^o.ooo habitants. De 1876 à 1891, en quinze ans, elle a gagné 12.000 âmes, autant qu'en trentecinq ans, de i836 à 1871, et qu'en quatre-vingt-trois ans de 1768 à i85i.
A. cette troisième période de prospérité, succède de 1892 à 1895. une courte mais forte crise, la plus grave que le port ait jamais connue. L'activité du trafic et sa valeur venaient de l'importation des vins étrangers, or, celle-ci fut brutalement arrêtée par la loi du II janvier 1892 qui modifiait le régime douanier, dans un sens très protectioniste. Dans les polémiques et les enquêtes qui précédèrent le vote de ces tarifs, apparut nettement l'opposition des négociants Cettois aux intérêts des viticulteurs méridionaux, hostilité que leur imposait leur situation d'importateurs. La Chambre de Commerce de Cette ne craignit pas d'affirmer que parmi les différentes branches de l'agriculture française, c'était la viticulture méridionale qui avait le moins besoin de protection.
La moyenne totale du trafic de ces trois années 1892-93-9/i est de 691.037 tonnes contre 965.217 pour la période précédente. Il faut observer que ce chiffre serait encore plus faible si le cabotage n'était pas resté stable. La chute apparaît plus sensible quand ^n compare les moyennes des importations et des exportations pour les deux périodes : les totaux passent de 686.637 à fiào.']li8 tonnes pour les importations ; de 167.685 à 91.333 pour les exportations.
1894 fut l'année la plus pénible, celle 011 la crise atteignit son maximum d'intensité, elle nous donne les chiffres les plus faibles du trafic cettois pendant la période contemporaine.
Tonnage total 620.072
Importations 406.786
Exportations 71 -905
Cabotage i46.38i
L'importation des vins était la branche la plus rémunératrice du trafic, celle qui enrichissait Cette. Or, en 1894, elle tomba à 800.000 hectolitres (elle aurait été inférieure à ce chiffre si on n'avait immédiatement accordé à l'Espagne le bénéfice du tarif minimum). La crise se manifeste également si on compare les valeurs : 980.000 tonnes en 1886 valaient de 288.600.000 francs (les vins donnant le i/3 du tonnage) ; en 1894, 620.000 tonnes ne sont estimées- qu'à 98 millions, le tonnage n'est tombé que du tiers, mais la valeur est tombée des trois quarts. Un instant, on désespéra de l'avenir de Cette.
L'excès du marasme provoqua, par réaction, d'heureuses initiatives et dès 1890, les affaires vont reprendre. Mais les éléments du trafic ne seront plus les mêmes. Le port jadis importateur des vins devient un port industriel. Aidées par la renaissance de la viticulture méridionale, les entreprises de wagons-réservoirs et de location de futailles se multiplient ; l'industrie des vins de liqueur, compromise lors du phylloxéra, est en pleine renaissance malgré les barrières douanières qui étaient allées en se renforçant de 1876 à 1896 ; des industries chimiques se créent. En 1900, Schneider s'installe sur les rives de l'étang. Cette vie industrielle intense fait retrouver à Cette sa prospérité : pour 1890- 1904, la moyenne du tonnage total est 906.844 tonnes, en 1904 il atteint i.oi3.520 tonnes, dont 224. 384 pour les exportations. En 1903, avec un trafic total de 948.873 tonnes, Cette se classait le
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huitième des ports français, le second en Méditerranée, laissant loin derrière avec respectivement 390.243 et 99.000 tonnes, Nice et Port-Vendres.
Si ce nouveau caractère de port industriel a suffi pour relever le tonnage, il n'a pas entraîné un redressement parallèle de sa valeur.
En 1886, 980.000 tonnes valent 288.600.000 francs.
En 1898, 937.000 tonnes valent i64.4oo.ooo francs.
Cette décroissance s'explique : la prospérité du vignoble méridional diminuait les importations des vins ; ce sont les commerces annexes, bois, soufres et phosphates, ces derniers surtout, qui maintiennent le chiffre du tonnage. Mais ces articles sont loin d'avoir, au même volume, la valeur du vin : l'augmentation des phosphates peut amener un accroissement du tonnage, et cependant, en même temps, la valeur du trafic présentera une diminution, si le commerce des vins continue à décroître. Aussi n'est-il pas étonnant de voir que la population s'est abaissée de 1891 à 1906.
Par comparaison avec la période 1896-1904, 1906 inaugure vme courte période de marasme. La sursaturation du marché des vins amène la crise viticole. Elle a de fâcheux contre-coups sur le trafic cettois : les viticulteurs ruinés achètent moins et les commerces annexes diminuent. L'importation vinicole a décliné et n'est plus que le dixième du commerce total, au lieu d'en être le tiers comme en 1886. Bien que l'activité industrielle maintienne le trafic à une moyenne de 81 4- 352 tonnes, la valeur continue de décroître : en 1908, Cette est le neuvième port de France avec 84iooo tonnes (dont seulement 83.071 pour les vins), mais la valeur n'est que de 118.200.000
francs contre lô^.ooo.ooopour 978.000 tonnes en 1898. En 19 10, la prospérité revient : le transit avait doublé depuis 1908 ; la renaissance du vignoble méridional, l'aisance des propriétaires, le développement scientifique de la culture de la vigne intensifient les commerces annexes ; des récoltes déficitaires augmentent l'importation des vins. La guerre amène un accroissement considérable de toutes les importations. Cette devient le port de la Suisse. Tous ces faits nous expliquent que la période 1 9 10- 1 918 soit la plus brillante de l'histoire du port : la moyenne de ces dix années est de 1. 178. 01 2 tonnes ; mais il faut diviser cette période en deux phases :