CHANSON
(ci-dessus p. 39.)
' Nous publions cette chanson d'après l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale décrit ci-dessous dans notre Bibliogrcgfhie maillardine. — M. Labouderie, dans sa notice sur les ouvrages de Maillard (p. 28), dit: c Quelques c bibliographes assurent, je ne sais sur quel fondement,
< que Maillard avait chanté cette chanson piteuse dans un f sermon qu'il fit à Toulouse très-peu de temps avant sa
< mort. 1 Le fondement sur lequel repose cette assertion est le titre de la première édition, ainsi conçu :
« Chanson piteuse composée par frère Oliuier Maillard, en pleine prédication, au son de la chanson nommée : Bergeronnette sauoisienne, et chantée à Toulouse, enuiron la penthecouste par ledit Maillard, luy estant en chairre de prédication. Lan mil cinq cens et deux. Et bien tost après trèspassa. Sans lieu ni date, pet. in-S^ goth. de 3 fif. avec une figure en bois au commencement. »
Nous n'avons pas vu cette édition, mais elle est portée dans le catalogue La Vallière en 3 vol., t. II, 3907, art. 6, et mentionnée dans le Manuel de Brunet (S*' édit. III, c. 1 3 17). Ce témoignage contemporain, irrécusable, prouve que Maillard non-seulement chanta, mais composa, c'està-dire improvisa en chaire cette chanson, qui d'ailleurs, fond et forme, esprit et style, expressions et pensées, est, on peut le dire, du plus pur Maillard. Ce fut sa dernière
œuvre, son testament : en i5oo, la Pentecôte était le i5 mai (Pâques le 27 mars), et il mourut le i3 juin.
< Le grand sainet] Il faudrait le grand seingy la grande cloche (signum). M. Labouderie, qui a inséré cette pièce dans sa notice sur Maillard (p. 25-28), a imprimé saincte au lieu de 5ain<t, cequi rend le senstrè&obscur. Le grand seing, c'est la grande cloche du jugement dernier, sonnant le glas définitif du genre humain.
\ Monde y tu es bien assommé] Assommer est pris ici dans son sens ancien et primitif: écraser sous une somme, sous un fardeau. Car c'est là l'un des sens de somme, venant de sauma, qui nous est resté dans béte de somme, et même dans sommier, cheval qui porte des fardeaux. — Monde, tu es écrasé, tu plies, tu succombes sous le poids de tes crimes : voilà ce que veut dire Maillard.
* Relira, même mot et même sens que notre reliquat.
* le rCay paour que d'vn] d'une seule chose, c'est-à-dire du jugement de Dieu; latinisme, comme dans cette phrase : Porro unum est necessarium (S. Luc, x, 42).
« Lors vous aurés bel escouterl Alors, vous aurez beau écouter, ou vouloir écouter, ces prêcheurs dont vous vous moquez maintenant : pour le compte que vous aurez à rendre à ce moment, ce sera trop tard.
^ Flagellations] malheurs, infortunes, calamités.
* Nous donnent persuasions] Le sujet du verbe est évidemment remors de conscience et divines inspirations ; le sens n'est pas douteux' mais l'ellipse est un peu forte ; peut-être y aurait-il lieu de corriger et de lire : Qui don^ nent persuasions.
^ Ribleurs] Proprement, coureurs de nuit, de ribler, queFuretière (édit. 1691) donne encore comme vieux et populaire avec le sens de courir la nuit. Ribleur, par extension est un débauché, et même un fripon et un filou.
SUR LBS POÉSIES 79
10 Leuesf les cueurs et vos esprit^] Forme d'apostrophe très-£Bunilière à Maillard pour solliciter Tattention de son auditoire. On la trouve dans le sermon de Bruges (cidessus, p. i5 et 2o)y et les sermons latins sont tout émaillés de Levate capita, levaie spirituSf levate corda.
i< Et vous estes allées offrir] L'édit. originale porte : « Estes vous allées offrir i. Outre qu'il manque un pied au vers, cela n'a aucun sens; le texte est donc vicieux. Maillard veut évidemment reprocher à ces femmes d'être allées s'exhiber dans ces fêtes {festages) et banquets, et ^oŒrir/Mir acquest^ aux étrangers, qu'elles savaient y rencontrer. La correction que je propose est fort légère et rétablit le sens.
<9 Festages] M. Labouderie a imprimé c festayes >, ce qui est une faute et un mot sans signification connue.
11 Considère que Dieu le voit] M. Labouderie a imprimé c te voit 1, ce qui ne change pas le sens; mais l'édition ori^nale pdrte le,
•"^^ Mais fol ne croit tant qt^il reçoit] Proverbe recueilli par Gabriel Meurier en son Recueil ou Trésor des Sen^ tences (i568), sous cette forme : c Fol ne croit s'il ne reçoit. 1 (V. Leroux de Lincy, Livre des proverbes^ i858, 1, p. 327). Cela veut dire qu'un fou a beau être prévenu d'un danger qui le menace et du moyen de l'éviter, il méprise cet avertissement et ne croit aux coups que quand il les reçoit.
*» L'autrujr] Le bien d'autrui.
<^ Langageri me semble un mot forgé, synonyme de langage, improvisé par Maillard pour trouver plus aisément ime rime à autruy.
*7 Auej personne reuelé} Avez dénoncé quelque personne.
*• Marmiteulx] Ce mot a reçu plusieurs sens, voisins les uns des autres, qui pourtant ne se confondent pas, tels que :
obséquieux , complimenteur , circonspect, scrupuleux. Il est pris ici dans ce dernier sens.
*» Qu'en vous n'y a ne si ne qua] Qu'il n'y a rien à vous reprocher. Voir ci-dessus (p. i3) un passage du sermon de Bruges, et (p. 44) le refrain de la Ballade de frère Maillard, où le sens de cette locution, le même au fond, a une nuance et une valeur un peu différentes. Voir aussi la note 42 du sermon de Bruges, ci-dessus p. 68.
*> Et aultres de religion] Et autres (hommes ou femmes) qui faites partie des ordres religieux. En ce siècle et longtemps depuis, les ordres religieux s'appelaient des religions, on disait la religion de saint François, la religion de saint Dominique, pour désigner les dominicains et les franciscains. On dit encore aujourd'hui, d'une personne qui embrasse la vie monastique, qu'elle entre en religion.
** Et chascun pense bien de soy] C'est-à-dire, pense bien à soi.