PAR MAILLARD
|l y a tout lieu de croire que la sation quadragésimale préchée à Nantes par Maillard fut une des premières de ce fameux prédicateur. En éditant le recueil des sermons de cette station, ou plutôt des ana- Tyses latines qui les représentent, l'éditeur Jean Petit , dans un avertissement daté de i5o6, dit au lecteur: c J'ai pris soin , ces temps-ci , de faire imprimer un c ouvrage excellent pour les prédicateurs , utile et « nécessaire pour tout le monde ; c'est un Carême de c maître Olivier Maillard , cet homme si éloquent , €' prêché par lui pour la première fois à Nantes, et « qui est véritablement la base, le ferme et solide « fondement de tous les autres ^ » Tous les autres,
^tJohannes Petit, bibliopoîaParisiensisAchademieoptime merituSy lectoribus saîutem, Curavi his temporibus notis premere opus equidem excellentissimum predicatoribus, cunctisque utile et perquam necessarium, Quadragesimale videlicet disertissimi viri magistri Oliverii Maillardi, primum in Nanetensi civitate publiée ab eodem declamatum : quod quidem omnium aliorum basis extat fundamentumque stabile et solidissimum. Quod vobis destinare atque in médium prodire dignum duxi. Valete, optimi. Ex officina nostra libraria, anno Domini millesimo quingentesimo sexto. »
cela veut dire les quatre ou cinq Carêmes de Maillard déjà publiés ou qui Pont été depuis. Si celui de Nantes en est la base, il les a précédés.
Dans une épître, adressée cette même année (i5o6) au même Jean Petit, un religieux cordelier le loue du zèle mis par lui à recueillir et imprimer le plus correctement possible « les sermons prononcés d^un « si grand cœur et d^une voix non moins douce que oc sonore, à Nantes, ville de Bretagne, et ailleurs, par a frère Olivier Maillard *. » Cette épître précède un Avent prêché à Paris, il n^y avait donc là aucune raison de nommer Nantes, si cette ville n'eût été considérée comme le point de départ de la carrière apostolique du célèbre prédicateur.
Or cette carrière avait été longue. Un avertissement placé en tête de l'édition des sermons de Maillard, donnée à Lyon par Jean de Vingle en 1498, nous^ apprend qu'il avait commencé à prêcher vers l'an 1460 et que, depuis lors, il n'avait cessé de le faire presque tous les jours, non-seulement durant l'Avent et le Carême, mais tout le reste de l'année *. il ne cessa qu'à sa mort, en i5o2. Sans doute il n'est
* c Sermones illos... quos frater Oliverius Maillardus, magno cordis afFectu, Nanetis in Britannie minoris partibus, et alibi, voce non minus suavi quam sonora, propalavit. »
2 < Cepit siquidem turmis populorum adunatis , circa annum Domini nostri Jesu Chrisli lx. supra millesimum quadringentesimum, predicare. Et adusque hune annum, qui est nonagesimus octavus, indefesse instanterque desudavit. Non modo per dies singulos Adventus vel Quadragesime, sed et perquemque anni totius diem indefatigabiliter declamavit. » (Bibl. Nat. Impr. D, 8656.)
pas probable que le Carême de Nantes ait été son coup d'essai ; mais il se rattache à la première partie de sa carrière, et doit être considéré comme antérieur à 1470. Parmi les recueils de sermons de Maillard venus jusqu'à nous, ce serait le plus ancien de beaucoup: PAv^it de Saint-Jean en Grève , qui arrive ensuite, est de 1494, et la station de Laval, dont on n'a qu'un résumé (tracé, il est vrai, de la main de l'auteur} date de 1490.
Avaflt d'étudier ce Carême de Nantes, il faut d'abord expliquer ce qu'était un sermon de Maillard. Cela ne ressemblait guère à ceux d'aujourd'hui. De nos jours, pour. un sermon, comme pour toute autre pièce d'éloquence , la première loi et la plus obligatoire , c'est l'unité du sujet. Le prédicateur prend une vérité religieuse ou un principe de morale évangélique, qu'il s'attache à expliquer, développer, inculquer à son auditoire, et autour duquel gravite tout son discours. La structure des sermons de Maillard est tout autre. Ce sont de vraies pièces de marqueterie. Chacun d'eux se compose de trois parties principales , dont la première se divise en trois sections, ce qui fait dans le même sermon cinq sujets différents, et indépendants les uns des autres.
La première partie comprend d'abord l'exorde, que Maillard nomme prothema, paraphrase d'un texte des Écritures proposé par le prédicateur. Après le prothema vient Ia questio, question de
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théologie scolisdque ou de droit canon, sommairement traitée par les arguments de Técole ; puis la forabola, non plus discussion , mais simple similitude, où , par exemple, le prédicateur, comparant le pécheur à un assassin, à un rebelle, lui remontre Fénormité de son crime et de la peine que le droit romain ou le droit coutimiier y a attachée. Jusque-là, on n^est qu^au préambule. Après la parabole commence le corps du sermon, que Maillard divise constamment en deux parties, dites parties principales, la première consacrée à une exposition dogmatique, la seconde à un point de morale.
Quand il s^agit d^une suite d^instructions, comme FAvent ou le Carême, Maillard arbore, outre le texte de chaque jour développé dans le prothetna, un texte ou thème général pour toute la station , qui revient en tête de tous les sermons, que le prédicateur ramène, à travers toutes ses harangues, comme une note dominante, pour tâcher dy introduire quelque unité. Tel est, par exemple, ce texte Sit civitas Iherico anathema, placé au début du sermon français de Bruges ci-dessus réimprimé , et qui servit à Maillard pendant deux carêmes consécutifs prêches dans cette ville en i5oo et i5oi.
Le thème général du Carême de Nantes, la base et le fondement de toute cette station (basis et funda-mentum totius processtis quadragesimalis) est ce texte de saint Luc (x, 25) : Magister, quidfaciendo vitam.
CARÊME DE NANTES gS
etemam possidebo? Maître, que faut-il faire pour posséder la vie éternelle? Nous en verrons de suite 1a raison. Dès Texorde^ Maillard jette aux pécheurs cette vive apostrophe : « O mondains , tous tant c que vous êtes, examinez-vous de la plante des c pieds au sommet de la tête; cherchez en vous « quelque chose qui soit de vous : vous ne trouverez € rien — que vos péchés 1 » —
Puis il expose le plan de la station :
c Conformément à notre habitude, le présent Carême aura deux parties. Comme beaucoup de personnes désirent qu^on leur expose les Évangiles , la première partie (principale) de chaque sermon sera consacrée à Pexposition de Tévangile du jour. Mais comme on vient surtout au sermon pour être instruit des choses du salut, nous introduirons (dans la seconde partie principale) un disciple imaginaire auquel nous ferons sept leçons, quUl devra apprendre et pratiquer. » (Edit. i5o7, f. 2 r® et y^.)
C'est ce disciple imaginaire qui a déterminé le choix du thème général et qui est censé répéter à chaque sermon : Magister, quid faciendo etc. Aussi ce Carême était-il appelé le Carême du disciple. Avant de lui faire sa première leçon , Maillard — qui prêchait ce sermon le jour de la Quinquagésime, autrement le dimanche gras — lance une rude invective aux folies du carnaval et à « ces misérables chrétiens, € hébétés d'esprit et de corps, qui pendant trois jours « se gorgent de nourriture , se vautrent dans la « débauche , Pivresse et autres bestialités , et qui ne c croiraient pas faire régulièrement le jeûne du c carême s'ils ne s'étaient empiflfrés jusqu'à la minuit c du mardi gras 1 » (Ibid. f. 3 r^.)
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Puis il appelle le disciple (Ventât discipulus vélo* citer in médium) , qui accourt en s^cria^t : Maître, que fiiut-il faire pour posséder la vie éternelle? Le maître répond : Il fiaut d^abord renaître par Teau et par le Saint-Esprit [Oportet nasci ex aqua et Spiritu Sancto) ; c^é^-à-dire il faut recevoir le baptême ^t, par le baptême, la foi. Cest là sa première leçon; cette matière du baptême et de la foi est traitée dans les sept premiers sermons, dont elle i&nae la seconde partie principale (secundum principale) y c^est-^-dire environ le dernier tiera.^-* Sur quoi il 48t bon de noter que chacun des sermons de Maillard — autant qu^on sVn peut rendre compte ^*-^ devrait durer un peu plus d'une heure.
Mais, pour avoir la vie étemelle , il ne suffit pas d'être baptisé et de croire, il faut aussi accomplir les commandements de Dieu. Serva mandata, telle eex la seconde leçon du maître au disciple, et il la développe en exposant tour à tour les devoirs imposés par chaque commandement , ce qui se prolonge à travers vingthuit sermons (Sermons vin à xxxv).
Quand on a eu le malheur d'enfreindre un des préceptes de la loi, le seul moyen de rentrer en grâce avec Dieu , et par suite d'arriver à la vie éternelle , c'est de faire pénitence. La troisième leçon du maître, Pœnitentiam agite , est développée dans les sermons
XXXVI à XLI.
Mais pour que la pénitence soit bonne , sincère , efficace , la première condition est de réparer le tort fait à autrui : Redde quod debes. C'est la quatrième leçon du maître , qui l'expose avec détail dans dix sermons (xlii à li) et qui s'arrête là , ne donnant à son disciple que quatre leçons au lieu de sept promises par lui.
Évidemment le temps lui manqua. Le sermon li fut prononcé le mardi saint, et quoique le Carême de Nantes en contienne cinquante-sept (jusqu^au dimanche de Quasimodo) , le disciple ne reparaît plus dans les six derniers, tout remplis par les mystères de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur, et d^ailleurs fort écourtés dans les analyses latiiies qui les représentent aujourd'hui pour nous.
Cette série des instructions du maître au disciple est la partie la plus intéressante du Carême de Nantes, la seule qui forme un ensemble et présente un enseignement suivi. Elle fera Pobjet principal de cette étude, nous y rattacherons autant que possible les traits curieux épars dans les deux autres parties des sermons , sauf à compléter ensuite , s'il y a lieu, par des extraits détachés.
Le baptême et la loi, les commandements, la pénitence, la restitution, telles sont les quatre grandes matières de renseignement donné au disciple.
Les sermons sur le baptême et la foi n'ont rien de nature à retenir spécialement notre attention.
Sur le premier commandement (Non habebis deos alienos]^ Maillard combat la superstition, débris de l'idolâtrie païenne , et l'orgueil , idolâtrie égoïste de l'homme par lui-même.
Il y a là un catalogue curieux, quoique incomplet, des pratiques superstitieuses du temps. Maillard , très-fort sur les divisions , les range en cinq classés : !• celles des sorciers [malefici] qui passent des lettres.
des contrats avec les démons domestiques (demones privatt)y qui usent d'herbes et d'attouchements étranges, qui mêlent aux aliments, aux boissons, d'odieuses substances (horrenda)^ qui se vantent d'envoyer des maladies, d'empêcher les effets du mariage {gênera^ tionem impedire), de gagner l'amour ou la faveur d'une personne donnée ; 2® celles des charmeurs (carminatores) , qui prétendent guérir les plaies avec des signes singuliers et des paroles mystérieuses, mais qui n'ont aucune vertu. Il y a encore : 3® les devins qui découvrent les voleurs, révèlent les secrets , prédisent l'avenir ; 4® les chiromanciens (l'imprimeur les nomme par erreur geomantici) , qui procèdent par l'inspection des mains, des ongles, des épaules, et en tirent des pronostics auxquels Maillard n'attribue aucune valeur ; 5* enfin, diverses pratiques se rapportant à l'interprétation des songes , à la rencontre de certains animaux , à la prétendue vertu de divers talismans (brevia, ligaturas) y etc. (Sermon x, édit. i5o6, f. 19 v<*, 20 r®.)
Maillard décrit et proscrit l'orgueil , mais il n'y insiste guère. Il savait combien peu d'hommes sont capables de cette passion hautaine, qui se suffit à elle-même et qui est la démence des grands esprits ou la dépravation des grandes âmes. Les petites âmes, les petits esprits , infiniment plus nombreux , ont un orgueil à leur taille, la vanité. C'est contre la vanité (vana gloria) que Maillard dirige le feu de ses batteries. Vous, dit-il, qui vous vantez de vos vices et de vos péchés , de vos débauches , de vos querelles , de vos vengeances , savez-vous ce que vous faites ? « Vous agissez comme une femme qui se ferait « gloire d'être accouchée d'un crapaud 1 » (Sermon xii, f. 23 r«.)
La vanité, sous la forme la plus puérile et par conséquent la plus commune, c^est le luxe de$ habillements. Contre celle-là Maillard redouble ses coups. En principe, il est pourtant assez large ; il permet à chacun de se vêtir à la mode de son pays et de sa condition , pourvu que cette mode n'ait rien d'indécent, de trop dispendieux, ni de trop extravagant ^ Mais s'il admet, dans une certaine mesure, l'usage des parures, des vêtements de luxe, il veut savoir d'où ils viennent, comment on les a payés. « Si c'est avec le c prix de la luxure, avec le produit des vols et des « contrats malhonnêtes, ces vêtements sont souillés « de lèpre, ils doivent être brûlés 1
« Il faut (continue-t-il avec force) , il faut qu'on nous dise la vérité. Les avocats , les notaires , les officiers, collecteurs des tailles, des gabelles ou des péages, et tous mangeurs de peuple du même genre *, d'où leur viennent ces fourrures, ces soies, ces velours, tous ces ornements précieux dont ils se couvrent, eux, leurs femmes et leurs enfants? Il faut qu'ils nous le disent I Est-ce de leurs revenus et des gages de leurs offices ? N'est-ce pas plutôt de leurs rapines, de leurs fraudes, de leurs exactions de tout genre ?
« Les femmes de ce temps, elles aussi, il faut qu'elles parlent. Elles ont de riches colliers, des chaînes d'or bien attachées à leur col, pour marquer que le diable les tient et les entraîne avec lui liées et enchaînées ; elles ont une infinité de bijoux précieux que je ne suis même pas capable d'énumérer. Il y en a
^ ( Dummodo ornatus non sit notabiliter superfluus, inverecundus, nec impudicus. » (Sermon xiii, f. 25 r^.) ^ c Et consimiles populi comestores. » (Ibid. f. 24 y^.)
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d^autres^ parmi elles, qui portent de grandes coiffes, larges, hautes, ornées de cornes, et toutes sortes dUnventions de ce genre. Qu^elles nous disent avec quoi elles paient tout cela, et si c^est avec le prix de leur chair, ô honte ! de leur chair livrée par elles ou au moins promise * !
« O profond aveuglement 1 où sont ceux, aujourd%ui, qui ne dégénèrent ? Regardons autour de nous, nous ne verrons pour ainsi dire personne qui se veuille contenter de la vie et de la condition de ses parents, qui ne tende à toujours monter au dessus de son état, surtout dans le luxe des vêtements. Cest une progression sans fin, dont le terme est en enfer'... Car songez à quelles dépenses tout cela mène. Or Fabîme appelle Tabîme: Tabîme des mauvaises dépenses appelle forcément Tabîme des gains honteux et des profits malhonnêtes!...
oc Puisque nous avons parlé du luxe des femmes, racontons ici Phistoire d^une dame noble (matrona seu domina]^ riche, fort belle, honnête aussi, car elle ne voulait entendre à aucun propos honteux, mais si curieuse de parure qu^elIe donnait par là entrée au diable à la venir visiter. Si bien que partout où elle allait, elle se voyait suivie d'un affreux démon. Trèseffrayée de cette vision, elle s'en fut trouver un prêtre, se confessa de son mieux , puis se mit à s'arroser d'eau bénite... Le diable la laissa un peu, mais il revint.
1 c Dicant quam maxime hujus temporis mulieres, ferentes ita preciosa monilia, deauratas cathenas.... dicant unde comparaverunt , et si precio carnis (quod pudet dicere) exhibite vel saltem promisse. » (Ibid,^ f. 25 r<».)
2 € Et sic processus in infinitum, usque ad infernum. » (Ibid,)
Alors elle eut recours à un ermite, qui, ayant prié pour elle devant Pautel, fut éclairé d'en haut par révélation et lui dit : Si le diable vous suit encore, il faut lui crier : Prends en moi ce qui est à toi , prends tout ce qui peut f appartenir, et ensuite laisse-moi tranquille ! — La dame ayant ainsi parlé au démon , celui-ci d'une rage extrême lui arracha la chevelure, la peau de la tête, lui enleva toutes ses parures , et la laissa à demi morte.
« En vérité, si les femmes de notre temps voyaient derrière elles un tel suivant, je crois qu'elles auraient grand'peur. Mais elles n'oseraient pas lui dire ce que dit cette dame: elles craindraient d'y perdre autre chose que leur peau et leur robe. » (Sermon xiu, f. 25,r«vo.)
Les deux sermons (xiv et xv) relatifs au deuxième commandement (Non assumes nomen Dei tui in voitttin) nous offrent des renseignements curieux sur les jurements et les blasphèmes de nos pères. On jurait beaucoup au moyen âge^ parce que les mœurs étaient rudes et les passions vives ; dès qu'on lançait une affirmation, on l'appuyait d'un serment; plus raffirmation était risquée, plus le serment était gros, et souvent plus il était faux. Maillard, comme c'est son devoir, dévoile cette plaie sans scrupule. Ici, nous citerons le latin ; on a tant parlé de la barbarie de cette langue dans les sermons de notre auteur, qu'il faut qu'on en juge : peut-être, tout barbare qu'il est, trouvera-t-on à son style quelque mérite. Le passage commence par Hic exclama,,. « Ici il faut
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s^exclamer^ il faut crier fort )» : formule qui presque toujours précède chez Maillard une tirade véhémente :
c Hic exclama contra detestabiUs hujus temporis peccatores. Quis enumerare sufficeret quoi perjunoy passimy dietirriy communiter ac indistincte hibendo, comedendOj ludendOy fabulandOy emendo, vendendo, eundoy redeundo; in domibtis, in ecclesiis, in theairo, inforoj in curiis et aliis quitus libet lodSy ab omnibus personis cujuslibet status, graduSj sexus aut condi^ tioniSy committuntur? Quis cogitare valeret quotiens pejerant causa lucri, causa damni, causa discordie seminande vel sedande, jurando per Deum, perfidem, per sanctoSy per solem, per diem, per ignem, et similia dicendo?Que omnia mortalia sunty ex quo advertunt de mendacio et juramento. » (Sermon xiv, f. 27 r**.)
Voilà pour les faux serments ; voici maintenant les blasphèmes, c^est-à-dire les outrages et les injures contre Dieu. Maillard, qui divise toujours, en fait trois classes : le blasphème qui maudit, le blasphème qui ment , le blasphème qui use de paroles honteuses: blasphemia maledica, — falsidica, — turpiloqua, — La première classe renferme toutes les malédiaions lancées contre Dieu, dont Maillard donne, en français, trois exemples : « Je maulgrée Dieu ! En despit de » Dieu ! ou Mauldit soit Dieu !» — Le blasphème de la seconde classe porte contre Dieu une accusation fausse ou absurde, comme, par exemple, quand on dit : a Cur michifecit hoc Deus ? Quid feci ego mdli « Deo? Il m'a fait grand tort. Cur me habet odio? a Quel desplaisir luy ay ie fait ? » (Sermon xv, f. 28 v**).Sur ceux de la troisième classe Maillard dit : — « Blasphemia turpiloqua est quando quiSy exquisito
CARÊME DE NANTES lOI
modo, membratim dividendo humanitatem Redemp^ toris nostriy sic turpiter jurât ut sunt qui dicunt : Per oculos Deil per ventrem Dei! per sanguinem Deit per cametn, per corpus, per caput et cetera membrUy per plagas, per mortem, etc. O popule christiane, ut quid iterum vis crucifigere Redempto^ refntuMml"» (Ibid., f. 28-29; et Serm. Dominic. xxu, édit. de i5oo, f. 43 r^).
En français, on appelait cela « jurer Dieu par division de son humanité d. Maillard constate avec larmes la diffusion de cette détestable habitude , surtout chez les nobles. Il est vrai que quand , à confesse, les prêtres reprochaient à ces jureurs d^avoir de nouveau par leurs blasphèmes crucifié Notre Seigneur, ceux-ci juraient de tout leur cœur qu^oncques ils n^y avaient songé, mais que quand ils étaient en courroux, en simple vivacité, il leur fallait, coûte que coûte, jurer quelque chose. Les confesseurs finirent par trouver un biais ingénieux-: Jurez donc, puisqu'il le faut, dirent-ils à leurs pénitents, mais changez dans vos jurons une seule lettre , au lieu de Dieu dites bieu ; ce sera toujours une très-mauvaise habitude , ce ne sera plus un blasphème.
C'est ainsi que ces jurements primitifs : Par la mort Dieu, par le corps Dieu, par le sang Dieu, tête Dieu , ventre Dieu * , etc. , devinrent d'abord, au XVP et au XVI P siècle, ventrebieu, têtebieu,
1 Je ne connais pas les équivalents français de per oculos Dei, per camem Dei, mais ils doivent exister. Dans les plus anciennes éditions du Gargantua on trouve (chap. xvn) le juron c les plagues Dieu! » qui représente certainement per plagas Dei.
lOa CARÂMB DE NANTES
sangbieu , corbieu et morbieu. Mais la syllabe bieu, n^ayant nul sens en français et étant toute voisine de bleu qui en a un ^ fut bientôt remplacée par cette dernière, d^où vint à tous ces jurons leur forme définitive : morbleu, corbieu, satnbleu et même pal' sambleu, têtebleu, ventrebleu, et encore parbleu et maugrebleuj descendus par la même voie dtpar Dieu et maugré Dieu (malgré Dieu). Cette heureuse et anodine métamorphose n^était même pas commencée au temps de Maillard ; aussi cette affreuse coutume du blasphème excite-t-elle toute son indignation :
« O pessima corruptela, nequaquam consuetudo dicenda christianomm! In qua nunc temporis soli christiani extant delinquentes , et quant maxime qui nobiles communiter dicuntur, minime veri nobiles, sed potius it^eles gentiles /... De hoc autem blas^ phemia testimonium perhibeant tabeme, lupanaria, ludi taxillorumet cartarum, palme, sive in rure sive in phalis aut polidomo, seu alia queque loca publica ubi conveniunt homines quorumlibet statuum. » (Sermon xv, f. 29 r*^.)
Il met encore dans la catégorie des blasphèmes honteux cenaine espèce de jurements, les plus graves de tous, puisqu'ils impliquent formellement la renonciation du chrétien au bonheur éternel, ceux-ci, entre autres: Je renie Dieu si... Je me donne au diable si... Sur ma part de paradis, etc. Aussi, selon notre auteur, les mauvais chrétiens de son temps en butte à des soupçons d'une nature particulièrement grave , recouraient-ils de préférence à ces odieuses formules *.
* € Sub ultima specie blasphemie laborant illi qui animas suas devovent demoni , et Deum abnegant et suam partem
GARÊME DE NANTES I03
MaiUard , qui parle dans trois sermons (xvi à xviii) du troisième commandement (Mémento ut diem sabbati sanctifiées) y se plaint beaucoup de la mauvaise observation des dimanches et des fêtes. Le repos obligatoire n'était même pas respecté : il y avait souvent, aux jours fériés, des foires que Tautorité ecclésiastique était forcée de souffrir. On vendait presque partout des souliers et dVutres marchandises de ce genre ^, et quelquefois ces marchés se tenaient dans les cimetières '. Au lieu de s'adonner à la prière et aux œuvres pieuses , la population presque tout entière se livrait aux exercices les plus profanes , comme la lutte et la chasse ' , aux amusements les plus excessifs, danses échevelées [saltationibus turptbtis]^ jeux défendus ^, etc., et ne songeait qu'à se ruer en joies mondaines, en vanités, en plaisirs *.
paradisi, et sibi imprecantur nunquam Deum videre : quod verbum tam horrendum est quod nunquam ex ore christiani procedere deberet... Quid ergo erit de perfidis christianis de salute non curantibus, passim et mendose talia horrenda dicentibus ? signanter adultère et adulteri occulti, qui ad toUendum suspicionem talia enormia proferunt ! » (Sermon xv, f. 29 r©.)
* Sermon xviii, f. 34 v®.
> Sermon xxxiv, f. 64 r®.
« S. xvui, f. 34 v».
* S. XVII, f. 32 yo et 33 r«.
5 c Tune utique mulieres, émula cum certatione, insano studio ac conatu, altéra alteram in vanitatibus contendunt superare. » (Ibid. f. 32 v*.)
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Dans les églises , pendant les offices , la tenue était très-mauvaise. Maillard revient nombre de fois, avec la plus juste indignation, sur ce fait : c^est qu^en fiice de la Vierge et des saints, en présence du corps de Notre Seigneur exposé sur Tautel , là même les jeunes gens des deux sexes se donnaient rendez-vous pour se r^arder et se parler de la fsiçon la moins édifiante , là se nouaient les intrigues et se concluaient les marchés les plus odieux '. Entre les offices, les églises étaient souvent envahies, souillées par des jeux profanes '.
Aussi Maillard n^hésite pas à voir dans les guerres, les disettes et les autres calamités qui affligeaient ses contemporains, la punition méritée de leur mépris pour les dimanches et les fêtes , c^est-à-dire pour Dieu, auquel ces jours sont spécialement voués *.
^ c O quanta indignatione conturbatur et irascîtur Dominus contra illos qui, aspectibus impudicis et procadonibus effrenatis, sacra Dei templa et edes, tanquam publica prostibula meretricum, prophanant ! Qua sententia puniendi qui ibidem turpia et sacrilega operantur! Matres quoque filias et puellas, tanquam meretriculas , coram oculis procatorum offerunt. i (Serm. xi, f. 20 y^.) — c O quot lenociniis, quot procationibus, in conspectu etiam corporis Salvatoris nostri, Vii^nis gloriose et sanctorum, juvenes utriusque sexus animas nituntur damnabiliter perimere ! » (Serm. xiii, f. 25 ro.) Cf. Serm. xxvui, f. 52 V®, et Serm. xxxiv, f. 64 r®.
3 c Tune in Dei ecclesiis mala perpetrantur infinita, ludos exercendo ac alia nefari? « (Serm. xvn, f. 32 v®.)
* Serm. xviii, f. 34 v®.
CARÊME DE NANTES Io5
Le XX* sermon du Carême de Nantes est le seul où Maillard s^occupe du quatrième commandement : Honora patrem tuum et matrem tuam. Mais il a esquissé dans ce sermon une doctrine élevée, qui contient, au moins en germe, toute une théorie de la société, dont les développements ou les conséquences se retrouvent indiquées, dispersées un peu à l'aventure, dans d'autres parties de son œuvre.
Il y a sur terre, dit Maillard, trois sortes de paternité: I* paternité corporelle, celle du père à l'égard de ses enfants ; 2* paternité spirituelle de l'évéque et du prêtre à l'égard des fidèles placés sous leur direction ; 3® paternité temporelle des princes et des seigneurs à l'égard de leurs sujets. Il étudie tour à tour les devoirs et les droits de chacune de ces paternités.
Au père selon la chair il impose l'obligation, nonseulement de nourrir son fils et d'assurer son avenir, mais de pourvoir à son instruction : Debent quoque parentes providere filiis de eruditione (sermon xx, f. 38 r*^). Il ne s'agit point ici de l'enseignement religieux, que Maillard réserve au prêtre, mais de l'instruction civile, de l'instruaion en général, dans le sens où nous prenons ce mot aujourd'hui, et même, si nous ne nous trompons, de l'instruction obligar toire : seulement c'est une obligation imposée à la conscience du père, non une main-mise sur celle de l'enfant. Après avoir établi sans peine que le respect, l'obéissance et les bons offices sont le devoir stria des enfants à l'égard de leurs parents, il constate
que trop souvent les enfants s^en affranchissent sans scrupule. La cause, la voici : a Les parents c ne corrigent pas leurs fils dans leur enfance, ils c souffrent leurs insolences. Bien plus, nous voyons :« maintenant que les petites filles de douze ans, plus c elles sont mondaines, et les garçons du même âge, c plus ils sont rusés , méchants , plus on les flatte, c Ainsi les cornes leur poussent, puis ils se re- € bellent. » (Ibid. , f. 38 v*.) Les parents récoltent ce quMls ont semé.
Hélas! les deux autres paternités ne sont guère en meilleure voie. Maillard a consacré un sermon (Serm. xix) à établir tous les droits deTÉglise et du sacerdoce au respect et à la soumission filiale des chrétiens. Mais en même temps il déclare que jamais cette soumission n^a eu plus de lacunes. On méprise les censures ecclésiastiques, on brave les excommunications, on viole les libertés, les immunités de PÉglise, on s^opposeà l'exercice de sa juridiction (Sermon xix, f. 35 v^). D'où vient cet esprit de révolte? Maillard répond sans détour: Abusuum ingens abundantia certe hoc facit, a C'est le nombre immense des abus existant « dans l'Eglise qui engendre ces rébellions. » (Sermon XX, f. 38 V®.) £t ces abus, ce ne sont pas seulement les fraudes, les chicanes du for ecclésiastique, notées dans la phrase suivante de ce sermon, mais bien plutôt les désordres d'une partie considérable du clergé, que Maillard , en mainte occasion , a censurés hardiment. On a plus d'une fois rappelé ces vigoureuses censures ; mais on a évité de dire qu'en dénonçant les abus avec tant d'énergie, il a pris soin d'en marquer la cause avec une justesse de vue et une indépendance singulières. Cette cause ,
c^était rasservissement de PÉglise, Penvahissement du sanctuaire par la société laïque et féodale. Maillard est là dessus très-net :
c Quoique Fautorité de PEglise, dit-il, ne puisse être assez dignement honorée, il faut dire d^elle aujourd'hui, hélas I ce que disait Jérémie dans ses Lamentations : « La première de nos provinces est soumise au tribut! » Et d'où vient cela? Jérémie fait la réponse : «c L'ennemi a mis la main sur tous ses biens, parce qu'il a vu dans le sanctuaire des gens auxquels le Seigneur avait interdit l'entrée de son temple. » Quelles sont ces gens ? »
Avant de répondre, l'orateur insiste par cette formule déjà signalée : Hic exclama,,, a Ici il faut crier fort en demandant , en s'enquérant qui et quels sont ceux qu'on fait entrer aujourd'hui dans la maison de Dieu ? » Voici la réponse :
€ Certes, ce sont des chasseurs^ des ruffienSy des ribaulXy des paillars, des tgnorans, des ambitieux,, des aveugles lesyeulx bande^ *, et autres du même genre. Toutes gens qui ne doivent point entrer dans le temple. Qui donc les y a mis ? Ceux-là certes qui veulent faire du sanctuaire de Dieu leur héritage. O nobles, ou plutôt gentils (c'est-à-dire païens), vous qui introduisez cette engeance dans le temple de Dieu , prenez garde au péril de vos âmes ! Désormais honorez la chaire de Pierre et obéissez-lui *. »
* Les mots français imprimés ici en italique sont intercalés dans le texte latin.
3 c Que sunt ille gentes?.. Hic exclama petendo et inquirendo qui sunt et quales qui nunc in domo Dei introducuntur? Certe chasseurs, ruffienSy ribaulx, paillars, ignorans, ambicieux, aveugles lesyeulx bande^, et hujus-
I08 CAItâMB DE NANTES
Comment s^étonner que tous ces ruffienSy ribauds, paillards, entrés par la simonie dans les bénéfices et les prélatures, s^ conduisissent en loups? qu^aa lieu de distribuer les dîmes aux pauvres, auxquels elles appartenaient (comme Maillard le dit maintes fois '), ils en fissent des joyaux pour leurs commères *, de bons dîners pour eux et pour leurs amis, de beaux présents destinés turpibus persoms, mere^ tricibus ac lenonibus ' ? Comment s^étonner qu^il j eût parmi eux des prêtres — ou soi-disant tels — que Maillard, dans le feu de son indignation , marquait de ce stigmate : Sacrilegi presbyteri putridU Spur^* cissimi ecclesiastici * / et à la face desquels il lançait cette terrible apostrophe de saint Jérôme : Dîc^ sacerdosy quomodo labiis et manibus audes tangere Filium VirgimSy quibus attrectasti camem mere^ tricis *!
modi. Qui namque omnes îngredi templum Dei sunt prohibiti... Sed, heu, quis hos in templum Dei introduxit? Carte illi qui hereditate cupiunt sanctuarium Dei. O nobiles, sed potius gentiles, qui taies in templum Dei nitimini introducere, de statu vestro periculoso de cetero cogitate! et cathedram ipsi obediendo honorate. » (Serm. XIX, f. 35 yo et 36 ro.)
^ c Décime tributa sunt egentium animarum. » (Serm. XXXIV et L, ff. 64 yo et 95 ro.)
2 c Hic exclamandum vere est contra ecclesîasticos concubinas habentes, quas vocant commatreSy eisque jocalia, ob hoc, et alia ampla ecclesiastica bona conferunt. i (Serm. xnv, f. 82 r«.)
3 S. XXXIV, fo 64 v<>.
* S. XXXVIII et xLiii, f. 70 vo et 80 v®.
* S. xxrv, f. 47 r«.
Mais qui était le premier coupable et qui doit«oa accuser de ces affreux désordres ? UÉglise ? Elle était la victime. Le coupable, c^était Tégoïsme, la rapacité, rambition insatiable des princes et des seigneura féodaux^ qui voulaient mettre la main sur les biens d^ rÉglise^qui en gorgeaient abusivement leurs créatures, pensant ainsi parvenir à dominer, envahir, absorber le sanctuaire.
Ceci nous ramène à la troisième paternité dont parle Maillard, à celle des princes et des seigneurs temporels à Tégard de leurs sujets. Voyons ce qu^en pense notre auteur.
On Ta accusé — ou loué — d'être démocrate. Bien à tort sans doute, car il réprimande les petits aussi vertement que les grands et il prêche la soumission aux puissances. Mais les princes de la seconde moitié du XV* siècle, Louis XI en tête, n'avaient rien d'aimable ^. 'Harpagons impitoyables , d'une main tourmentant l'Église pour la voler, de l'autre tondant jusqu'à l'os leurs pauvres sujets. Maillard aimait avant tout l'Eglise, et son ardente charité l'inclinait naturellement vers les petits, les souffrants et les humbles. Double motif de n'aimer pas les princes de son temps. Son antipathie pour eux n'éclate que de loin en loin, accidentellement, mais par éclairs tell^ ment vifs qu'ils montrent le fond du cœur.
Au milieu d'un sermon sur le baptême, entre les
*• Dans son Précis de l'histoire moderne^ Tun de ses premiers et de ses meilleurs ouvrages (chap. vi), Michelet dit : € Avec quelque sévérité qu'on doive juger François I» et Léon X, il faut se garder de les comparer à cette ignoble génération de princes (Louis XI, Ferdinand d'Aragon, Jacques III, etc.) qui a fermé Tâge précédent, i
nombreux privilèges de ce sacrement^ le prédicateur dit qu^il fournit au chrétien, par la foi, le moyen de remporter la victoire spirituelle [spiritualis debella^ tio) sur tous ses ennemis. On ne voit pas ce que les princes ont à faire là. Lisez pourtant : c Les saints c ont su vaincre , par la foi , toutes les puissances c adverses: la puissance du monde, car la foi donne c le goût de la pauvreté ; la puissance de la chair, c car la foi inspire la chasteté; la puissance du c diable , car la foi suggère Thumilité ; la puissance c des princes et des tyrans de ce siècle j car la foi € implique V amour sincère de la vérité y qu'ils c ont niée et qu'ils nient, L^orgueil, la perfidie^ la « luxure et l'avarice sont les murs de Jherico *. » L'orgueil étant Pattribut du diable, la luxure celui de la chair, Tavarice celui du monde, reste pour les princes la perfidie.
Dans le sermon sur la paternité — mais là on pouvait s'y attendre, — Maillard dit: « Les princes temc porels n'ont pas de leurs sujets une obéissance vraie « et sincère. Rien d'étonnant : ils les traitent presque € tyrannîquement et, comme dit le prophète Michée, € ils arrachent la peau du peuple *. » Les écorcheurs du peuple f les écorcheurs des pauvres y les mangeurs de peuple f reviennent souvent dans le Carême de
* c Sancti par fidem vicere régna : regnum quidem mundi,... regnum carnis,... regnum dyaboli,... regnum principum et tyrannorum hujus seculi, quia fides continet sinceram veritatem, quam ipsi negaverunt et negant. i (Serm. vi, f. 12 v®.)
2 c Nec mirum, cum subditi quasi tyrannice tractentur, dicente Michea (m, 3) : Pellem populi mei excoriaverunt. » — Et ailleurs encore : « Christus flagellatur a tyrannis'qui pauperes opprimant et excoriant. » (S. xx, f. Sy v» et 39 ro.)
Nantes, toujours pour essuyer de rudes invectives, dont voici un spécimen :
c UEcclésiaste va nous peindre les jours malheureux où nous vivons : « J'ai vu, dit-il , j'ai vu les larmes des innocents et des orphelins ; personne ne les consolait, personne ne les défendait contre la violence. » — Entendez cela, je vous prie, vous autres, hommes de proie, écorcheurs du peuple ! entendez cela, spoliateurs, qui escorche\ Dieu et le monde ' ! Contre vous s'élèveront les cris des veuves et des orphelins que vous opprimez , contre vous surtout , avocats, notaires, faussaires ! Reconnaissez- vous enfin , criez à Dieu et tournez vos cœurs vers lui , — bu bien vous n'aurez jamais sa grâce, jamais vous n'aurez la vie étemelle I » (Serm. xvi, f. 3o r*^.)
Ici , dira-t-on peut-être, ce n'est qu'un mouvement d'éloquence, et ces « écorcheurs du peuple » ne semblent pas être les princes, mais leurs suppôts inférieurs, gens de loi, collecteurs des tailles et des gabelles, qui abusent de leurs offices pour rançonner le peuple à leur profit. Voici donc qui est plus précis. Dans le sermon sur la paternité, fixant théologiquement les Revoirs des sujets envers les princes , Maillard dit : « On doit obéir à ses pères temporels, c'est-à-dire à c ses seigneurs, dans les choses qui touchent au bien « public et dans le paiement des tailles ', pourvu
* c Audite, queso, predatores, excoriatores populi ; audite, spoliatores qui escorckes[ Dieu et le monde, i (Serm. XVI, f. 3o r».) Cf. Serm. xiii, f. 24 v® (populi comestores) ; et Serm. xxxvm et xui, f. 70 v<> et 77 v® (pauperum excoriatores).
3 C'est pour lui le nom générique des impôts.
112 CiUlêlfE DE NANTES
€ qu^elIes soient établies raisonnablement , en tenant c compte tout à la fois des besoins du prince et des c fisuniltés de ceux qui paient *. » Voilà une borne nettement mise au droit du prince et au devoir 4^obéissance des sujets.
Ce n^est point une décision isolée. Quand il traite de la restitution, il y revient. Dans Pénumération des supérieurs qui font dommage à leurs inférieurs €t sont tenus à réparation, on trouve cet article : c Les seigneurs font tort à leurs sujets en leur imc posant des tailles injustes, des exactions et d^autres « charges illégitimes. En combien de façons diverses c cela se pratique de nos jours dans une seigneurie « quelconque, on ne le peut dire : partout les sujets c sont accablés d^amendes insupportables et d^un m nombre infini d^autres taxes qu^ils ne devaient c point au temps passé. Mais aujourd'hui le monde « entier tourne à mal. C'est pour des actes de ce « genre que le prophète Ezéchiel dit : c Vos princes « sont des voleurs qui se sont associés à des 4K larrons *. »
. 1 « Patribus temporalibus , sive dominis , obediendum est in his que spectant ad bonum commune, et in solu- ^ne talliarum, dummodo, compensatis necessitatibus et Êicultatibus, rationabiliter statuantur. » (Serm. xx, f. 38 v<>.)
2 II nous semble indispensable de cher ces textes absolument inconnus et si curieux : c Damnificant domini sucs subditos, tallias injustas, exactiones et alia onera indebita imponendo. Quam varie autem hoc fiât sub quocunque nunc dominio , referri non est possibile : cum exactionantur in emendis împortabilibus ac aliis innumeris, que subditi non debebant temporibus transactis. Sed
Et plus loin, dans rénumération des inférieurs qui font dommage k leurs supérieurs et sont tenus , comme tels, à restituer, voici l'article correspondant: « Les sujets fraudent leurs seigneurs quand ils ne
■ paient pas Timpôt annuel [censum] et les autres « devoirs légitimes , anciennement établis. C'est
< contre eux que saint Paul dit [Rom. xii) : ■ A qui
■ appartientl'honneur rendez-le, à qui est dû le tribut
< payez-le. ■ Mais sachez bien qu'il s'agit ici des
■ tributs anciens, où l'on n'a point ajouté d'exac- « tions iniques. Car, pour les impositions nouvelles , « injustes, déraisonnables, en face surtout de l'énor-
■ mité des tailles, les sujets ne sont nullement tenus
■ de les payer '. *
On levoit , c'est là une doctrine complète, logique, qui entre le prince et le sujet âxe nettement la limite du droit et du devoir. Le sujet doit obéir au prince, mais le prince est tenu de commander avec justice, de ménager le sujet et de lui imposer seulement des charges raisonnables. S'il va au delà, le sujet n'est plus tenu de payer l'impôt, et le prince perd par conaéqueot le droit d'être obéi. Aussi Maillard pose-t-il,
nunc totus mundus posîtus est in maligno. De talibus nempe dîcit Ezechiel : Principes tui fures, socii latronum. » (Serm. xliv, f. 82 r».)
* t Subditi defraudant suos dominos, non solvendo censum et alla débita légitima ab antîquo instituta. Contra quos insultât Apostolus (Rom. xm) : i Cui honorem hoaorem, cui tributum tribuium. 1 Subaudi de tributis antiquis et ubi non fuere eiactiones injuste : quia, propter irrationabiles, injuste et noviter impositas, maxime gravi* tate talliarum considerata, non solventes nullatenus tenentur. » (Serm. l, f. 95 v.)
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en termes d^une précision irréprochable, ce principe fondamental de toute politique chrétienne, humaine et sensée : que le chiffre de Timpôt doit être fixé en tenant compte à la fois des besoins de TÉtat et des jEacultés des contribuables. Mais qui le fixera ? Ce ne peut être le prince seul, puisque, s^il abuse, il perd le droit de se faire obéir. Il faut que ce chiffre soil fixé d^accord commun entre le prince et les mandataires de ceux qui paient. La monarchie représentative sort donc, comme une conséquence directe , forcée, de la doctrine de notre auteur. Maillard, quoi qu^on en ait dit, nVst pas démocrate : il serait plutôt monarchiste constitutionnel.
Mais quelle misère de prétendre emprisonner dans nos formules et embrigader dans nos partis cette âme ardente^ vigoureuse, librement chrétienne et vraiment apostolique, qui se consuma en une seule passion, Pamour de Dieu et des hommes en ce monde et en Pautrel
Du moins nous est-il permis, à nous chrétiens et Bretons, de prendre plaisir à voir sous le froc de ce vieux moine, dans l'âme de ce Breton du XV® siècle, luire ces belles idées d'obéissance réglée et loyale, d'autorité tempérée et raisonnable, honneur et force des nations assez heureuses pour savoir les appliquer dans leur gouvernement.
L'exposition du cinquième commandement (Non occides) se poursuit dans trois sermons (xxi à xxiii) : dans le premier. Maillard s'occupe de l'homicide même, dans les deux autres de la colère et de l'envie,
CARÊME DE NANTES IfS
causes fréquentes de l'homicide. Il y a là peu de choses pour nous. Notons en passant un trait , qui a tout Pair d^une épigramme à double tranchant. Parmi les âmes les plus sujettes à Penvie , Maillard place d^abord « les petits esprits et les femmes, qui attachent c une grande valeur à des choses qui n^en ont guère, c comme la beauté, la parure, la danse, etc. » et, immédiatement après, a les savants, ceux du moins € qui veulent passer pour tels, qui ne peuvent en- € tendre sans sécher d'envie louer devant eux d^autres c savants ^. ]»
Les sept sermons qui suivent (xxiv à xxx) se rapportent au sixième commandement: Nonmœchaberis. Maillard nous apprend qu'en ce temps, il y avait beaucoup de chrétiens et peut-être même, quoiqu'il ne le dise pas clairement, quelques théologiens , aux yeux desquels la fornication, du moins entre personnes fibres (non engagées dans le mariage ni dans les vœux de religion), n'était pas un péché. Notre auteur se donne la peine de les combattre en règle, mais il fiiut voir de quel ton : Heu! intantam prorupit insatriam bestialis chtistianitas, ut etiam plerique audent asserere hoc non fore peccatum, maxime si persane smt soluté, (Sermon xxiv, f. 46 v*). Bestialis christia* nitas est un peu fort. Cela peut, croyons-nous, se traduire ainsi : « Les bêtes de la chrétienté sont arrivées « à une telle sottise que beaucoup d'entre elles sou- « tiennent, etc. d Deux lignes plus bas, il reprend : Cervices duras et effrontés conterat Scriptura et ratio varia. «Têtes dures, cervelles effrontées, je vais vous « écraser sous le poids de l'Écriture et sous celui de « la raison. » Il le fait sans beaucoup de peine.
* Serm. xxiii, f. 45 r».
Il6 CARÊME DE NANTES
Nous ne nous arrêterons guère sur ces sept chapi<^ très. Le sujet est traité de haut, avec une réserve — au moins relative — de langage , méritoire pour le temps , avec une science profonde des faiblesses de rhomme, des ressorts intimes de sa volonté et des ruses de Vennemi. Il y a là plus d^une notion curieuse pour Phistoire des mœurs. Mais cette matière , on le conçoit j se dérobe à nous. Nous ne noterons qu^un trait. Maillard nous apprend que , de son temps j. beaucoup de femmes portaient, dans leurs Heures ou dans d^autres livres , les noms de leurs amoureux écrits à la suite de quelque qualification galante , comme vostre loyal, vostre mignon, vostre serviteur, vostre trestout, etc. *. Sans doute, ces noms et ces qualifications étaient inscrits sur de petits carrés de vélin , ornés d'emblèmes et d'encadrements enluminés , dans le genre des canes de visite illustrées revenues à la mode depuis quelque temps. Nous insistons sur ce fait , qui pourrait , le cas échéant ^ amener de curieuses découvertes.
Le septième précepte , Non furtum faciès , est exposé dans quatre sermons (xxxi à xxxiv), consacrés à décrire et à combattre ce que Maillard nomme l'avarice, ce que nous appelons la cupidité, l'amour désordonné des richesses sous toutes ses formes.
Il y a plusieurs traits originaux, par exemple l'histoire de cet avare qui , pressé de se confesser, répondait obstinément qu'il ne le pouvait , ce qu'on s'expliqua enfin quand, en ouvrant sa cassette, on y trouva, lui vivant, son cœur déjà renfermé *.
* Serm. xxv, f. 48 v».
* Serm. xxxi, f. Sg r« v®.
Et cette étrange comparaison : a Quand l^âne meurt, en trois parts s^en va son être. La première, sa peau, reste à son maître , qui en fait un cuir, et de ce cuir un tambour, dont le son réjouit les hommes et les fait danser. La seconde part est sa chair, livrée aux vers. La troisième, ce sont ses os, qui demeurent nus , exposés au vent , au froid , au chaud , et qui durent longte'mps ainsi. Il en est de même de Tavare. Ses biens, qui représentent la peau de Pane, demeurent à ses héritiers. Son corps devient la pâture des vers. Son âme. avec ses puissances , qui sont comme des os indestructibles, reste exposée aux horreurs du feu et de la glace de Tenfer ^ »
La vue de cette mêlée confuse, où les cupidités individuelles se disputent avec fureur les biens terrestres , ce vil speaacle excitait dans le cœur de Maillard des poussées dUndignation éloquente , dont la trace paraît encore çà et là sous le badigeon latin qui les couvre :
« Oh I crie-t-il, qui pourrait dire les mouvements désordonnés qu^excite dans une foule drames la soif des richesses 1 Combien ont souhaité la mort de leurs parents pour posséder Théritage 1 Combien soupirent, chaque jour, après la mon des bénéficiers pour avoir les bénéfices I Que de fraudes , de ruses et d'intrigues , pour acquérir les biens temporels ! Qui pourrait toutes les nombrer? Personne. Mais ceux-là qui s'engagent dans ces intrigues , qu'ils méditent la parole de TApôtre : « Nous n'avons rien apporté en ce monde, nous n'en emporterons rien I » Qu'ils considèrent sunout notre Sauveur, pauvre
* S. xxxni, f» 63 r«.
Il8 CARÂm: DE NANTBS
dans sa naissance, enveloppé de langes dans une crèche sur un peu de foin ; plus pauvre dans sa vie, car les renards ont leurs terriers et le Fils de Phomme n^avait pas où reposer sa tête ; très-pauvre enfin dans sa mort, dépouillé de tout vêtement, pendu en la croix tout nu ! — O chrétien , arrête-toi là, devant la croix. Chasse de ton cœur Pamour déréglé des biens terrestres ; tu mériteras Phéritage de Pétemelle patrie I * »
Le sermon xxxv développe le précepte Non laquera contra proximum falsum testimonium, et achève l'exposition des commandements de Dieu. L*orateur semble quelque peu fatigué par cette longue course — vingt-huit sermons ! on le serait à moins — et nous ne trouvons à noter dans celui-ci qu'une sortie assez vive contre les malveillants qui accusent les prédicateurs de ne pas dire en chaire la vérité. Non qu'il s'émeuve pour lui-même de cette sotte accusation , mais il voit qu'on veut par là faire obstade au retour vers Dieu des pécheurs touchés de la grâce *. C'est leur cause qu'il défend et non la sienne.
Pœnitentiam agite ^ telle est la troisième leçon donnée par le maître à son disciple. Elle est développée dans six sermons (xxxvi à xli), oîi sont décrites et inumérées, avec une précision dogmatique, toutes les conditions requises pour une pénitence sincère et une bonne confession, qui remettent l'homme dans
* Serm. xxxii, f. 6i r«.
2 S. xxxv, f. 66 fo.
car£me db nantis 119
Fétat de grâce d^où il s^était laissé choir en violant les commandements. La forme est, presque panout^ aussi sévère que le fond. On comprend que dans un sujet de cette nature nous ayons, au point de vue historique et littéraire, bien peu de chose à glaner. Nous nous contenterons donc de signaler, diaprés Maillard, pour que nul ne s^y laisse prendre, une rose du diable qui lui semble fort malicieuse.
« Quand le diable ne peut empêcher le pécheur d'aller à confesse, il s^efforce de Tadresser à un prêtre ignorant, pour que sa confession ne lui serve de rien. Supposez en effet un pénitent qui ait sur la conscience des cas de restitution difficiles, par exemple des contrats usuraires, des exactions, des fraudes: comment se tirera-t-il de là avec son ignorant? Ou bien encore le diable tâchera de Tenvoyer à un confesseur qui, quoique instruit, n^aura nul souci du salut des âmes, mais seulement de Targent qu^il touche pour ses confessions *. >
Aujourd'hui , ce dernier péril a disparu , — le casuel des confessions étant depuis longtemps supprimé, — etPautre, croyons-nous, est rare.
Notons encore, parmi les œuvres satisfactoires que Maillard indique comme fréquemment ordonnées par les confesseurs, celles-ci : Indulgentias querere. Ca* pillos adulterios deponere *.
En s'appuyant sur certains passages de VAvent et du Carême prêches par Maillard à Saint-Jean en Grève en 1494 et 1498, certains auteurs ont représenté notre auteur comme hostile au principe des
* Serm. xl, f. 74 v®.
* Serm. xxxix, f. 73 r«.
I20 CAREME DK NANTES
indulgences. C'est une erreur, puisqu'il recommande ici de les gagner. Il admettait le principe et repoussait Tabus. Dans les deux cas il avait raison.
Capillos adulterios deponere nous montre qu'alors, comme depuis, il existait pour les femmes certaines façons de s'attifer la tête qui donnaient mauvaise idée de leur vertu. Mais deponere doit-il être pris dans le sens de raser ou seulement de déposer ces perruques tapageuses ? on peut entendre l'un et l'autre. Dans la première interprétation, il s'agirait de cheveux naturels arrangés à l'effrontée. A.vec la seconde , il faudrait admettre que le règne des cheveux artificiels et des chignons mécaniques avait déjà commencé. — Et l'on parle de la barbarie de ce temps !
Quatrième leçon du maître spirituel à son disciple : Redde quod debes. Le repentir le plus vif, la confession la plus régulière sont vains, si le pécheur ayant fait tort à autrui ne restitue. Pour qui a bâti sa fortune sur des gains illicites rien de plus dur que la restitution. — Un homme, dit Maillard, était possédé par trois démons ; l'exorciste les ayant interrogés, le premier dit : Je m'appelle Ferme-cœur, j'empêche le pécheur de se repentir. — Le second : Je me nomme Ferme-bouche; si le pécheur se repent, je l'empêche de se confesser. — Le troisième : Je suis Ferme^ bourse; le pécheur confessé, je l'empêche de restituer, et où les deux autres échouent je réussis souvent *.
* Serm. xLim, f. 80 r«.
Maillard développe dans dix sermons (xlii à l^ cette matière de la restitution, sur laquelle il professa une doctrine de la plus grande rigueur. Il examine tftk détail les cas et les personnes^ qu^il p«xtage en trois catégories:
I* Supérieurs qui font tort à leurs inférieure: prélats et bénéficiers, princes et ligueurs, juges çt gens de justice, en particulier les avocats.
1^ Égaux qui font tort à leurs égaux : usurierji , cnarchands.
d^ Inférieurs ^ui fom tort à leurs supérieurs : ceu^ ^i retiennent tout ou partie des dîmes ecclésiastiques DU des tributs temporels ; liéritiers manquant à Texécudon du testament de leur auteur ; enfants et serviteurs détournant les biens de leurs maîtres et de leurs isarents; laboureurs et ouvriers ne gagnant pas Iç siflaire qu -^n leur donne.
Il y a, dans ce minutieux examen des professions et des conditions diverses, bien des choses curieuses; mails cette étude est déjà longue , il faut nous Jrfter. Notons seulement Tantipathie singulière de Maillard contre les avocats ; on la retrouve dans tous ses recueils de sermons. Ici, pour la caractériser ce trait ^miffira:
« Les avocats jurent de respecter l'assise, laquelle leur défend de plaider des causes injustes ; de chercher des incidents ou des délais frustratoires ; de pro- 4i]uire de faux témoins, de fausses allégations, de faux contrats et de faux aaes ; de prendre de l'argent des oieux parties; de livrer à l'adversaire les secrets de ieur client. Proh dolor! s'écrie Maillard, oti est l'avocat qui observe son serment sur tous ces points? X^u'on le montre , et je me charge d'en faire
132 CARftMB DE NAimS
reloge*!... Et leur salaire? non-seulement il est exorbitant, mais même quand ils n^ont rien fait, ils veulent être payés *! » Etc...
Aussi déclare-t-il sans hésiter que, de toutes les professions dangereuses au point de vue du salut, la plus dangereuse est celle de Tavocat *. Le commerce, quoique moins scabreux, a ses périls, parce qu^il excite la soif du gain qui, pour s^assouvir, pousse le marchand à la fraude. Maillard dénonce les principaux genres de fraude usités de son temps; mais, d^accord avec Jean Scot, le docteur subtil, il proclame indispensables à Texistence d^un peuple et d^un État les commerces dUmportation et d^exportation. Pindustrie qui améliore les matières premières venues du dehors ou fournies par le pays, et le grand commerce d^entrepôt qui met à la portée du consommateur les produits de Findustrie nationale et ceux que Texpor'-t tation tire du dehors ^. Il exclut (par omission) de ce
* Serm. xlvi, f. 87 v*.
> ff Immoderatum quoque salarium advocatus redptt; immo dum nichîl penitus egit, salarium petit, i (Serm. xxxiv, f. 64 v«.)
> c Inter omnia periculosa periculosior est advocatura. t (S. XLVI, f. 87 v«.)
4 c Ostenditur a doctore subtili quia necessarium est patrie et communitati habere aliquos qui bona alibi abondantia illuc déférant, bona quoque deficientia aliunde référant, i (Serm. xlviii, f. 92 r^.) c Tria sunt hominum gênera que cum utilitate reipublice commode in mercationibus exerceri possunt. Primi sunt mercium apportitores exaliquapatria, ubi taies abundant, ad aliam necessitati subjectam. Secundi sunt mercantiarum conservatores, qui illarum non modicam quantitatem emunt, ut vénales ab
caractère d^utilité générale le petit commerce de détail, plus fécond en fraudes que tous les autres — Pex" périence le constatait dès lors — et dans lequel Péco^ nomie politique a depuis lors signalé un intermédiaire superflu, vraiment parasitique, entre le consommateur etleproduaeur. Sur cette question du commerce, au point de vue économique comme au point de vue religieux, Maillard et le docteur subtil sont donc d^une orthodoxie irréprochable.
Ici Maillard, faute de temps , se voit contraint d^arréter renseignement donné à son disciple dans le Carême de Nantes, lui faisant ainsi banqueroute de trois leçons sur sept. Mais le bon père était trop strict sur la réparation des tons et sur la restitution, pour ne pas tenir à s^acquitter de ses engagements jusqu^au bout. Il eut bien des occasions de le faire depuis, et de pousser son enseignement jusqu^au septième chapitre.
En i5oo, par exemple, il prêcha le carême à Bruges sous ce thème général : Sit civitas Iherico anathema. Les murs de Jéricho — qui l'ignore ? — croulèrent au bruit des sept trompettes jubilaires sonnées autour de la place par les prêtres d'Israël. Jéricho c'est la cité du péché, que Maillard, par sa prédication quadragésimale, veut abattre, en sonnant aussi ses sept trompettes, c'est-à-dire en développant sept grandes matières ou thèses de morale chrétienne, tendant à la destruction du péché et à la conversion du pécheur. Car, d'après le Sermon français de Bruges,
emptoribus citius inveniantur... Tertii suntmercium melioratores , qui labore et industria eas meliorant , ut de lana ^cientes pannum. Et hi omnes lucrum sibi licite acquirere possunt. i (Serm. xux, f. 93 v®.)
1X4 CAftSME
ci-dessas publié ip. 19. <» « les sq>t tiompilles, ce sont c sept choses que Foo doit prescher aux mondains i> Et les quatre premières de ces sept choses — savoir I* la foi, a* les dix commandements, 3* la confession^ 4* la restitution, — répondam exactement aux quatre premières levons du Carême de Nantes, les trois der^ nières trompilles de Bruges doivent aussi représenter les trois leçons que Maillard avait promises et ne donna pas à son disciple nantais. Orclacincquiesme c trompille, ce fust aulmonne... La sixième, ce fiist c oraison... La septiesme, ce fust non estre îngratK c des biens de Dieu qu^il nous a faictz, et singuiière- « ment de ce qu^il nous avoit lessé son précieux corps c ou Sacrement de Tautel » (ci-dessus p. 21 et 22) •
L^aumône , la prière , Feucharistie , — voilà donc, selon toute apparence , les trois sujets que Maillavi eût traités dans sa station quadiagésimale de Nantes^ sUl eût ménagé son temps de façon à remplir exacte^ ment le plan quMl s^était tracé.
On connaît maintenant, dans ses traits les plus caractéristiques, toute la partie morale du Carême de Nantes. Pour achever cette étude, reste à donner idée, par quelques citations, des autres parties des sermons de Maillard.
Voici d'abord une de sqs paraboles :
« Presque tous les pécheurs s'en remettent avec confiance de leur salut à la clémence de Dieu : car , disent-ils, il est notre père. Et cela est très-vrai. Mais je les prie de vouloir bien lire ce qui est écrit dans le Code : Si le fils se rebelle contre son père , ou s'il donne aide à son ennemi, il sera déshérité. —
Voilà la loi. Prenez y garde , vous tous misérables chrétiens renégats, parjures, blasphémateurs, faiseurs de sortilèges , oppresseurs des pauvres , avocats qui ne défendez que des causes injustes, chaque jour inventant nouveaux délais et nouvelles chicanes, médisants, envieux, usuriers, débauchés, et tous autres criminels. Voyez un peu de quel front vous pouvez prétendre part dans l'héritage de votre père céleste , quand vous mettez tout votre zèle à plaire à son adversaire maudit, à servir son ennemi capital * ! »
Après le droit civil, le droit féodal. C'est le dimanche des Rameaux, le premier jour de la semaine sacrée , pendant laquelle Jésus-Christ va livrer la grande bataille à la Mort et au Mal :
« Vous savez, s'écrie Maillard, vous savez que quand votre seigneur temporel va à la guerre , vous êtes tenus de l'y accompagner sous peine de perdre votre fief, surtout si vous faites alliance avec l'ennemi. Aujourd'hui le roi de l'univers, le Christ , se dispose à marcher au combat. Nous, ses vassaux, préparonsnous vaillamment à livrer sous ses ordres bataille au diable. Munissons-nous d'armes et décourage, si nous ne voulons être privés de notre fief étemel , comme des rebelles ou des lâches. Venez ici le vendredi saint, vous y verrez l'armure de notre roi. Pour casque une couronne d'épines, pour cuirasse le sang des plaies qui couvrent son corps , pour glaive sa langue qui prie, pout bouclier la patience, pour éperons dorés les clous amers qui percent ses pieds , pour coursier de bataille sa croix. Ainsi armé, il a vaincu par sa mon son ennemi, le diable, et délivré ses vas-
* Serm. xvii, f. 3 1 r« v«.
126 CARÉMK DE NANTES
saux. Chaque jour , avec ces merveilleuses armes, étendu sur la croix, il s^offre à nous, il nous appelle, nous ses vassaux, au combat contre notre ennemi rugissant. En avant ! soutenus par notre roi , marchons I et remponons la victoire, dont le prix est la possession de la patrie éternelle *■ 1 >
NY^-t-il pas dans ces accents^ dans ces images, une ardeur et un éclat singuliers? Nous sommes loin des soi-disant bouffonneries , auxquelles on a prétendu réduire toute Poriginalité — peu enviable à ce prix — de frère Olivier Maillard.
Ce qui domine en lui , c^est le nerf, la vigueur l'ardeur, l'audace du trait, relevée par une imagination originale , qui souvent va s'égarer dans le subtil , mais parfois aussi jaillit en gerbes , en rayons d'une couleur chaude, étrange et splendide.
Plus rien qu'un ou deux exemples :
c Comme le cadavre est mené au tombeau par quatre porteurs, voici les quatre poneurs qui mèneront l'âme en enfer : le charme de la vie présente , — l'aveuglement de l'esprit , — la présomption sur l'avenir, — la négligence du salut. Le charme de la vie est comme un vin délicieux , dont le suave parfum délecte qui le boit ; mais quand il faut le revomir, quelle amertume! Et pourtant, quel empressement pour le boire ! Hume{ bieriy les concubin nayres! Buvez , les officiers ! vous aussi, les ambitieux ! Mais sachez qu'il vous faudra bientôt boire d'un autre vin: du fiel des dragons, du vin des serpents, qui vous tuera * ! »
* Serm. xlix, f. 93 r^ v®.
2 Serm. xxxvii, f. 69 r«. Les mots en italique sont en français dans le Carême de Nantes,
Maillard se demande quelque part si Dieu a la volonté de sauver tous les hommes. Oui, sans doute, il Fa; mais il ne les peut sauver malgré eux. Le soleil aussi veut éclairer tous les lieux. « Mais si vous « fermez vos fenêtres , le soleil ne peut entrer dans « votre maison ^. » Image saisissante. Il y en a bien d^autres. Terminons par une vive apostrophe aux pécheurs relaps:
« La pénitence ne vaut rien, souillée par la rechute. Élevons donc ici la voix contre tous les pécheurs, de quelque condition qu^ils soient. Interrogeons-les à tour de rôle, sachons s^ils ont jamais eu le ferme propps de sortir du péché. Interpellons les parjures, les joueurs, les blasphémateurs, ceux qui retiennent le bien d'autrui, les avocats qui passent leur vie à tromper et soutenir de mauvaises causes, les cœurs voués à la colère qui gardent leur haine toute Tannée, les débauchés farcis d^ordures depuis leur enfance, les femmes qui se remplissent de vanités, et tous les autres. QuHls parlent donc, qu^ils nous disent s^ils ont jamais formé la résolution, ou tout au moins rintention de venir à résipiscence ! Il en est d'eux comme du chien mentionné dans les Proverbes:
« Le chien est retourné à son vomissement. » Aussi seront-ils damnés comme des chiens *1... »
Voulez-vous tout Maillard en deux lignes ? Ecoutez ce cri:
« O pécheur, méchant valet, fils dégénéré, tu as
*■ c Sed, proh dolor! sol non potest intrare domum suas fenestras claudends. » (Serm. xvi, f. 29 r^.)
3 c Hi nempe sunt canes dampnabiles ! » (Serm. xxxvii, f. 69 v«.)
devant tes yeux le gibet (la croix) où pend ton père et ton maître: et tu ris, et tu plaisantes, et tu vqjrs (tu vas) es banquet^ de trente mille dyablest ^ »
Restons sur ce trait, il est sublime, — méU de trivial, je Tavoue, c^est la marque originale de Maillard. Mais qui oserait dire que ce trivial ne rdéve pas le sublime?
Pour achever de faire connaître à nos lecteurs k Carême de Nantes, nous croyons nécessaire de citer ici quelques extraits suivis et plus étendus de l'oa des sermons. Nous choisissons le sermon xlv (du jeudi de la semaine de la Passion), qui roule presqoe tout entier sur sainte Madeleine , à laquelle se rap^ porte Tévangile de ce jour ^.
Ce sermon est curieux pour plusieurs motifs.
Par le style, par l'étendue et par l'intérêt des développements, ce sermon est supérieur à tous les autres du même Carême : ce qui nous porterait à croire que Maillard a pris la peine d'en rédiger lui-même l'analyse latine.
Si on le rapproche du sermon correspondant (serm. ui) dii Carême de Maillard, prêché à Paris, à Saint-Jean en Grève, en 1498, on y trouve une preuve frappante de la vérité de l'assertion émise, en 1 5o6 , par l'éditeur du Carême de Nantes, à savoir que ce dernier est la base de tous les autres prêches par
*Serm. xuv, f. 81 r«.
a Du moins si Ton identifie sainte Madeleine avec la pécheresse mentionnée en saint Luc, chap. vu.
CARÊME DE NANTES lag
notre auteur. Cest tout à fait le même plan, seule-* ment Fanalyse latine du Carême de Paris, d^un style plus lourd et plus bas , est évidemment fort écourtée et pleine de lacunes. Elle contient toutefois quelques développements qui ne sont point dans le sermon de Nantes , et pour qu^on puisse comparer les deux manières, nous donnerons ici les passages, intéressants du sermon de Paris, en les encadrant, entre crochets, dans le texte de Nantes, quand ils peuvent se raccorder avec lui, et là où c^est impossible, nous les reproduisons en note au bas de la page.
Si l^on se donne la peine de comparer ce sermon de la Madeleine , dont on n^a jamais parlé , avec celui de Michel Menot , souvent cité et réimprimé % on trouvera dans ce dernier des imitations du nôtre , nombreuses et évidentes. Et du reste, quand nous étudierons dans leur ensemble les oeuvres de Maillard, nous aurons Foccasion de montrer que Menot, venu après lui et qui a son mérite propre, son originalité incontestable, a imité plus d^une fois notre vieux prédicateur breton.
Extrait du sermon sur la Madeleine,
Primum , peccatricis oflfensio.
Secundum , offense emendatio .
Pro primo , in E vangelio Luce vii|, dicitur : Erat mulierincivitatepeccatrix. Pro quointelligendo,tria sunt videnda : primum est, que fuit peccatrix, 2**" si
* Entre autres, parTabbéd^Artigny, Nouveaux mémoires d'hist, et de littér, t. m (lySo), p. 221 à 229 ; par M. Labouderie en i832 (tiré à très-petit nombre); en 1841, par M. Peignot, dans son Predicatoriana, p. 61-67.
l3o CâRtMK DB NAimS
mente et opère fiierit peccatrix, 3** quibus occasion!bus fiierit peccatrix.
Primom... [Sur cette première question , Maillard adopte Popinion qui identifie la pécheresse anonyme de rÉyangile de saint Luc avec Marie-Madeleine, puis il continue].
Secundum, dubium erat utrum hujus peccatricis, sdlicet Marie Magdalene^ peccatum fuit tantum in corde , aut simul in opère. Quidam enim dicunt ipsam fuisse corpore et came virginem , sed tantum mente corruptam. Contra iUos expresse est auctoritas Ecdesie , que in festo ejus non facit virginum of&dum y cum tamen ^ secundum omnes doctores , mentalis virginitas recuperetur per penitentiam... Alii autem doctores dicunt quod Maria Magdalena fuit publica meretrix et adultéra, quoniam de illa Crisos» tomus super Matheum ait : « Tune illa prostituta . lupanar exiyit, etc. b Et Hieron3rmus ad Furiam : « Meretrix illa in Evangelio , que pedes Domini la-» vit lacrimis et crinibus detérsit. ... b Ego tamen dico quod satis durum est, immo nec credibile, mulierem generosam, nobilissimis ortam parentibus et dlvitiis abundantem, loca, pro precio, spurcissima et turpissima inhabitasse... Idcirco, propterea est tertius dicendi modus, oui ego adhereo, viam tenens mediam, videlicet , quod Maria Magdalena , in sua propria domo deliciis et ocio vacans , usque ad ejus conversionem omne tempus suum omnemque vitam suam voluptatibus exposuit , ornando caput , poliendo crines et unguendo , componendo vestes , cantando cantilenas vanas, loquendoiascivia, conversando cum juvenibus , et ex consequenti de facili alia faciendo que non licet homini loqui.
CARÊME DE NANTES l3l
Tertium dubium extat. Que potuit esse causa ut Magdalena rueret et peccaret ? Dico quod potuerunt esse très precipue *. Prima causa fuit ejus formositas -et pulchritudo. Erat siquidem pulchra et formosa naturaliter. [Erat ipulchra ut sol , habebat pulchros pilos longos, erat pulchre stature]. lUa quoque pul-* chritudlnem ampliabat cum vano ornatu inhonesto ac meretricio. [Habuit unguentum ad se parandum]. Talis itaque pulchritudo, cum inhonestate habitus, aspectus, vultus ac gestus sociata, in magnum discrimen ponit quam sepe mulieres, quia, ut inquit AujreolusTheophrastus, ce mulier pulchra cito adamatur, c et difficile est custodire quam multi amant ...» Sic Maria Magdalena, dissoluta et vaga, vanitatibus de- <lita, seipsam ofiFerebat viris diligendam amore vano «t vicioso, et ex consequenti ad hoc soUicitandam.
Secunda causa, quare ad tam lascivam vitam devenit, fuit ubertas et abundans copia bonorum temporalium, ob quam in omnibus deleciis suis corpori satisfaciebat. Splendide nempe illud pascebat, bene ac laute comedebat , beneque bibebat , ac dormiebat la grasse matinée; quoscunque refugiebat labores. [Fuit dives et habebat multa bona ad banquetan-* dum.]
Tertia causa, quare beata Magdalena tanta flagitia enormia commisit, fuit ampla libertas. Secundum
* Ici se plaçait sans doute cette apostrophe de Maillard aux bourgeoises de son auditoire, conservée dans le sermon de Saint-Jean en Grève : « Habetis filias, burgenses. Servate eas tute, sicut scitis. Que est causa perditionis earum ? Communiter assignantur très , scil. pulchri tudo, etc. Vos solum queritis eas facere pulchras, et facitis easmeretrices! » (Quadragesim. Paris. ediv i5o8,f. i3i r«.)
l32 CARÊME DE NANTES
emm Angusdnum, quatuor sum oostodie andieris, ^uibus adjuvatur ut honeste vivat: prima est ÛMr Deiy 2* timor legum adultéras punientium, 3* sodetasyiri,4* verecundiamundi... Cum ergo Magdalena nec Deum nec leges timeret, essetque absque viro et in libertate sua, (quoniam patrimonium divisum erat înter Lazarum et ipsam et Martham) facile est credere quod frontem fecerit meretricis ac sine rubore et vef«cundia sue satisfeceritlibidini. [Nunc veniebamdomicelle, nunc veniebant rupbiani dicentes : Gaudea- «nus, rideamus, et in bonis dies nostros ducamus 1 Tota Hierusalem erat plena sua infamia.] Ita quod per exceUentiam diceretur peccatrix. [Martha vero, videns sue sororis statum depravatum^ sitibunda sue salutis, venit ad eam dicens : Mala est foma tua, soror. — Respondit Magdalena: Quid ad vos? An non licet mihi facere que volo ? ]
O Maria Magdalena, quam vilis est in tali statu conditio tua 1 O quantum denigrata extat fama tua! Sed incomparabiliter gravius est quod Dei inimiai«s fecta...
Quod autem de Magdalena jam audivimus, quia peccatrix erat, hodie dici potest certe de innumerâbilibus mulieribus adulteris, fornicariis, incestuosis, ac ceteris omni âagitio et dedecofe infectis. O impie créature! O lascive et carnales mulieres procaces^ statum vestrum cognoscite * !
Secundum, in evangelio notatur Marie Magdalena conversio et emendatio, quam quidem emendationem explicat Lucas, cum dicit: « Ut cognovit ipiod
* Dans le sermon de Saint-Jean en Grève, ce paragraphe est remplacé par ces lignes : « Suntne alique mulieres sicut Maria Magdalena in ista civitate? Discurre per omnes status nobilium. »» (Édit. i5o8, f. i3i r«.)
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aocuboit is dom> pharisei, <attulit alftbastnun «te ».... Pnmo didtur: «c Ut cognovit. » Cognavk ^quidem mala que commisit, damna que Incurrit, cognovit peccatorum suorum magnitudinem... Qlk> 0iodo autem hec cognovit, cum per peccatum anima ceca efficiatur ?.... Idcirco quidam dicunt ipsam Magr* dalenam audivisse Christum predicantem, quod verisimile satis est^ ac miro modo peccata iletestantem.
[Dicunt doctores contemplativi quod Lazacus, &a^ (ter ejus, venit ad eam, dicens : Soror, tota civitas est plena fama ^estra. Vos diffamatis totam parentelam nostram. Xaborate ad reparandam famam per vos adeturpatam. Y os autem habetis hic bonum prophetam Jjesum de .Nazareth : currite poat odorem ungueikto- .rum suorum... -Dicunt aliqui quod Martha.duxit.eafla ;Bd sermonem Christi.]
O quam acuta, quam penetrabilia, quamve arden<» ttiasima étant verba Jesu predicantis! Loquebatur aiquidem ex intimis cordis medullis cum fervore admirando. iBulliebat ejus mens, ut animas de dyaboii iaucibus eriperet. Aspexit itaque pius Salvator sic pcedicans, et videns Magdalenam et intrinsecus et :extrinsecus,.Glamare acriter cepit ad peccatricem ani' mam:
— «O anima mea,procujus amore ego.Deus homo factus sum, cur me persequeris? >Cur mundum anv» plficteiis ? Cur patrem omnium Deum ita sjaperbe contemnis? Quid tlbi in âne succedet pro vauitaûbus tuis ? O plena omni miseria, cur non erubescis iporcinam ac bestialem ducere vitam ? Annon considéras quia peccatorum ânis interitus estPViiapresens nichil est. Mundus cum suis bonis proditor et'labilis est. Redi, redi ad cor tuum, et considéra vias tuas. Revertere, revenere, Sunamitis, a via tua mala.
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Revertere ad me, qui te patienter expeao, dulcisslme invito y clementissimeque suscipio. Veni , depone tuorum onera peccatorum, et veni ad me secura. Veni, inquam^o anima meadilecta, et ego remittam tibipeccata cuncta que commisisti. Non enim veni vocare justos sed peccatores ad penitentlam. »
Talibus namque similibusque verbis potuit Christus peccatricem Magdalenam excitare, illuminare et inflammare. Quare mentem cepit mutare, mundum contemnere, ac propositum se emendandi acde cetero bene faciendi implevit ad effectumque deduxit *.
[Ut autem finitus est sermo, desiit redire omnino ad vana gaudia mundi et intra se dixit : Non bibam neque comedam donec Christo ero locuta. — Truphatores et lubrici post sermonem impellebant eam. ut iret ad banqueta. Dixit ipsa : Sinite me ; ego nimis me elongavi a Deo. — Qui dixerunt : Credimus vos esse tristem propter predicatorem; oportet quod dicat aliquid ad incutiendum timorem. Vos scitis, Magdalena, quod oportet transire juventutem. — Dixit ipsa : Non vadam amplius ad loca vestra , sed vadam ad eum qui me misericorditer lachrimantem suscipiet. — Tune venit cum alabastro , et rétro stans intravit...
Vos, domine, mittatis filias vestras ad sermonem, ut discant bene facere...']
* Les extraits que nous venons de donner de ce sermon, qui sont tirés du Carême de Nantes y se trouvent aux flf. 83 v«, 84 r« v<» et 85 r« v« de ce recueil, édit. de iSoj.
2 € Vous, mesdames, qui avez des filles, envoyez-les au sermon apprendre à bien vivre. j> Carême de Paris ou de Saint-Jean en Grève, édit. de i5o8, f. i3i v*». — Tous les passages de ce sermon que nous avons cités, et qui viennent du Carême de Paris, se trouvent au f. 1 3 1 r« et v« de cette édition.
BIBLIOGRAPHIE MAILLARDINE
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BIBLIOGRAPHIE MAILLARDINE
Maillardinas sermonum .declamationes, (Epist. lohanni Petit, an. i5o7.)
Dans une épttre adressée en iSoy au célèbre libraire Jean Petit pour le remercier du soin mis par lui à éditer les sermons de Maillard, on lit : c Naniy ut Maillardinas sermonum declamationes menais tersas rursum imprimi, sic et eorumdem numerum émgescere curas, » L'emploi dt l'épithète Maillardina par les cootemporains de ootr» auteur justifie le titre de cette notice , qui se divise netift* rellement en deux parties : Œuvres latines et Œwnr^e françaises.