‹ Ceux de VerdunChapitre 2 sur 58 · POILUS · texte numérisé non relu

POILUS

De la bataille de Verdun, on a donné les communiqués officiels, la topographie des lieux, les commentaires des écrivains militaires, les appréciations de la presse à l'étranger. On a dit tout ce qu'il y avait à dire, hors le principal : Tâme des combattants.

Cette lacime, je voudrais essayer de la combler.

Pour pénétrer dans Tâme des combattants, la psychologie ne suffit pas, ni les promenades sur le front, ni les entretiens avec quelque soldat blessé : il faut être un combattant soi-même.

C'est une idée qui s'est incorporée aux globules de mon sang qu'entre ceux du front et ceux de l'arrière la coupure se fait, chaque jour plus large, chaque jour plus profonde. Cette affirmation en étonnera plus d'un sans doute. C'est qu'en

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effet, le phénomène est difficile à percevoir, d'autant plus difficile que combattants et non-combattants se servent d»

le langage.

DUS haussez les épaules ? Vous criez laradoxe ? Eh bien, oui !

eux hommes qui ne parlent pas la le langue peuvent arriver à se comidre, car ils savent qu'ils ne parlent la même langue et ils s'ingénient à >léer à leur ignorance mutuelle par la le volonté, l'attention, les gestes.

!ais deux hommes dont les cerveaux îmblables donnent aux mêmes subsifs et aux mêmes verbes une signifim différente ! Chacun s'imagine comidre l'autre et le résultat est une cacolie qui va s'accentuaot sans cesse...

i veux, dis-je, vous faire entrer dans e des soldats de Verdun, ourde est la tâche.

s risque de mécontenter ceux qui nt dans les combattants des êtrei rés planant entre ciel et terre, à qui e faiblesse ne saurait être permise, et : qui s'efforcent de croire — ils ont d« les raisons pour cela ! — que les poi-

mmmmmmmmmi^mmmmmm^mm t i !■ i — w^i^ i i ii i i i ^i^a— — — ^^— —

lus pourront traverser la fournaise sans que leurs âmes en soient trempées...

Oh t le soldat de la grande guerre I quels mots seront jugés dignes de lui faire escorte ? quelles admirations pourront se hausser à sa taille ?

Héros ? non. Il y a dans ce mot héros je ne sais quoi de forcé, de surhumain, de hors nature. Et le poilu est simple. Le calme qu'il avait en labourant son champ ou en poussant sa varlope, le même calme raccompagne sur le champ de bataille

Il lance une grenade, puis il ajiume sa pipe.

Regardez celui-ci, Granger, tout pareil à un million d'autres, hirsute, rongé par la vermine, le visage noir d'une crasse de huit jours, la capote alourdie de boue, les jambes gainées de boue.

Il a dormi cette nuit assis sur son sac, le dos à une paroi humide de sape, les pieds dans Teau jusqu'à la cheville.

Il a mangé, hier, un morceau de viande froide avec des haricots froids ; aujourd'hui il mangera un morceau de viande froide avec des macaronis froids et une tablette de chocolat. Ni soupe, ni café. La

colline dont il occupe une des pentes est glissante, les sentiers difficiles, et transporter des liquides par ces sentiers qui sont des ruisseaux de boue, il n*y faut pas songer.

Un caporal l'appelle : son tour est venu de monter la garde. Il prend son fusil, enlève le chiffon qui protège le mécanisme et sort de la sape.

Le canon de Verdim tonne de Tautre côté de la plaine, héraut des luttes passées et des combats qui se préparent.

Il pleut. Voilà deux jours qu'il pleut, d'une pluie galopante qui ne s'arrête qu'à longs intervalles, juste le temps de souffler.

Pour se rendre à son poste, Granger doit traverser des trous d'obus d'où l'eau déborde et dans lesquels, floc I il plonge jusqu'aux genoux. Une fois installé, ilcolle son œil au créneau — mince ouverture entre deux sacs — et reste là, attentif, insoucieux de la pluie qui pénétre à travers sa toile de tente disposée en manteau.

De loin, je le regarde faire, attendri

par tant de misère, doutant si à sa place j'aurais pareille grandeur d'âme.

Allons lui donner un mot de réconfort.

Je m'approche...

— Eh ! mais, Oranger, qu'est-ce donc qui vous fait rire comme cela tout seul ?

— Ah ! mon lieutenant, vous entendez bien, nos grosses marmites, le pétard qu'elles font en tombant chez les Boches ?

Alors, je rigole en pensant à la gueule qu'il doit faire, le Fritz, quand ça lui dégringole sur la hure !...

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