‹ Ceux de VerdunChapitre 26 sur 58 · PREMIÈRE NUIT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE NUIT

A peine mes yeux fermés, le capitaine Blanchot envoie ses agents de liaison chercher la compagnie. Les hommes se relèvent, sans un mot, avec cette passivité des champs de bataille qui fait d'une troupe un troupeau.

Nous longeoiis la Grand'rue, nous tournons à gauche près de la fontaine et nous nous engageons dans un élément de tranchée qui contourne le village au Nord-Est.

Là, une halte. Interminable. Le village jusqu'alors silencieux s'emplit du tonnerre des obus. L'artillerie ennemie tire sur nous.

Des heures passent. Il fait froid. Il fait glacé. Le vent souffle et ses milliers d'aiguilles acérées pénétrent dans nos chairs.

Il y a, en arrière de la tranchée, quelques abris. J'essaie de pénétrer dans I'ub

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d*eux mais ils sont déjà pleins. Je réussis •ependant à m'asseoir à l'entrée d'un étroit couloir, sur le sol humide.

C'est là que j'attends 4e jour, heurté par les passants, tenaillé par le froid et par le sommeil, navré des plaintes de mes hommes.-

— Mon lieutenant, je ne sens plus mes pieds.

— Mon lieutenant, vous ne pourriez pas nous trouver jxn petit coin pour dormir ?...

Si misérable est l'attente, dans cette boue où les pieds enfoncent, sous ce vent qui flagelle les visages et pénètre sous les capotes, que plusieurs hommes de ma section se glissent en dehors de la tranchée et vont s'étendre, tout près, dans une grange.

Or cette grange a déjà reçu la visite d'un obus et d'autres obus l'encadrent à intervalles quasi réguliers.

Mais la perspective de ne plus sentir le vent, de se coucher sur la terre sèche, cela vaut bien le risque d'un obus ?...

Il faut que j'envoie un de mes sergents réveiller les dormeurs, et il faut que ce •ergent mette toute son autorité en œuvre

pour les arracher à leur béatitude et les ramener avec nous...

Quelques heures après, la grange n'était plus qu'un amas de décombres.

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