‹ Ceux de VerdunChapitre 27 sur 58 · LE REFRAIN · texte numérisé non relu

LE REFRAIN

Je ne puis répéter sans cesse les mêmes Miots, assembler sans œsse les mêmes phrases. Cependant si Ton veut donner aux pages qui vont suivre tout leur sens, si Ton veut se représenter dans toute leur horreur les tableaux où je m'efforce, il faut ne jamais perdre de vue ceci :

Pendant les deux jours et les trois nuits de Douaumont, le bombardement ne s'arrêta qu'aux intervalles des attaques, bombardement tellement furieux, tellement exaspéré, que, de mémoire de soldat de la grande guerre, jamais on n'en connut avant Douaumont, jamais on n'en revit après Douaumont de semblable. Toutes les pièces de tous les secteurs, à dou^e kilomètres à la ronde, convergeaient leur tir sur le village infortuné.

Et ceci encore :

Devant la multitude des projectiles

ennemis, notre artillerie à nous, réduite à quelques pièces, ne pouvait que se taire, de sorte que pour résister à l'averse épouvantable, les défenseurs de Douaumont n'avaient que leurs poitrines...

Donc, qui veut se plonger avec eux dans la fournaise, et prendre sa part de leur martyre, il faut qu'il se répète, après chaque paragraphe, ce refrain monotone :

Et les obus tombent^ tombent, tombent, giboulée infernale dont chaque goutte est un obus. Les tranchées s^effondrent. Les cadavres s^entassent. Le tumulte des éclatements martèle les cerveaux. Le sol bout comme Veau d^une chaudière. Le ciel se disloque...

Et contre cet ouragan, contre cette avalanche, des poitrines d'hommes se dressent, de moins en moins nombreuses, de plus en plus droites et résolues...

DOUAUMONT

HAPITRE IV

:afé chaud

jment s'exaspère avec les :s du jour.

lans la tranchée quelques oins possible, afin d'exposible d'existences et je vais lu capitaine Blanchot de s, un peu parce que je dois )mpte, beaucoup pour senilque temps sur mes épau- 1 des abris.

. habitués aux bombardetres, fidèles du Bois-Brûlé

Vache. Pourtant, jamais vons entendu pareille muge de shrapnels, de 77, de i20.

on entend venir les monsnites à travers le ciel nt. Leur vacarme est com-

122 CEUX DE VERDUM

parable à celui d'un train qui traverse à toute allure une gare sonore :

— Vlà le métro ! disent les hommes en leur langage pittoresque.

A droite, à gauche, de tous les cotés, les cratères s'accumulent. Les arbres des jardins s'éparpillent. Des gerbes de cailloux, de terre, de débris informes, s'élancent à l'assaut des nues et retombent en cascades sur nos épaules. L'une après l'autre, les maisons du village croulent et le bruit qu'elles font en tombant ressemble à un hurlement d'agonie. Des tuiles sont projetées à des centaines de mètres ; on aperçoit, par les blessures béantes, les meubles en loques...

Ail matin, une grande nouvelle : les cuisines roulantes sont arrivées ; on va servir un café chaud !

Je me précipite dans le village : la nouvelle est exacte. Massées le long de l'unique rue, les voitures s'offrent à mes regards extasiés avec leur bric-à-brac pittoresque : sacs, marmites, seaux, rondins, lessiveuses. Les cuisiniers s'empressent aux derniers préparatifs. Des cheminées sort une fumée épaisse...

DOUAUMONT 123

Cette fumée ne me dit rien qui vaille...

Hélas ! mes craintes se justifient. Plusieurs cuisines sont défoncées par des obus ; celle de ma compagnie est du nombre. Adieu, bon café, dont je sentais déjà la douce chaleur à travers mes membres glacés !

Il me faut annoncer aux hommes la catastrophe. Je crains des plaintes. Mais eux :

— Eh bien ! quoi, il n'y aura qu'à nous faire ration double demain !

Demain ! mes pauvres amis !*..

Et les obus tombent, tombent, tombent, giboulée infernale dont chaque goutte est un obus...

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