CHAPITRE VIII PREMIERS ASSAUTS
igle occupé par mon peloton, face t de Douaumont se trouve, au début ïtion, en dehors du champ de*ba- Mais je ne suis pas depuis cinq 3s au milieu de mes hommes, unint occupé à écouter et à attendre 3n inaction me devient intolérable.
1 se bat à côté de moi et je n'y suis
« réflexion n'a pas plus tôt pris m mon esprit que j'abandonne ma I, et passant par les abris pour aller ite, je me précipite à gauche au mi- 18 hommes du premier peloton, rtant, cette nuit, et le long de cette journée, j'ai connu les affres habià la pensée du combat que je sennir. J'ai vécu en imagination toutes ■reurs de ce combat : j'ai été blessé, ing a coulé par vingt blessures, la
fièvre a torturé ma gorge^ j'ai senti ma vie s'en aller sans qu'un visage ami se penche vers mon visage ; mes cris de désespoir n'ont attiré que les corbeaux...
Et je m'étais demandé pour la vingtième, pour la cinquantième fois :
— Ne serais-je pas un lâche ? Ma peur ne transparait-elle pas derrière les vitres de mes yeux, comme ces visages décharnés que l'on voit parfois, en passant, aux rideaux soulevés d'une fenêtre ?... .
Et j'avais regardé ceux qui m'entouraient ; mes soldats, mes gradés, mes camarades, et n'ayant remarqué chez aucun d'eux ces regards de bête traquée que je devinais en moi, j'avais tiré de ma détresse une détresse plus grande encore, j'avais mis en doute ces actions passées où je ne m'étais montré inférieur à nul autre, et je m'étais imaginé entendre, après l'affaire, sur toutes les lèvres, la sentence méprisante, la plus déshonorante pour un soldat :
— Péricard ? un froussard !...
Mais non. Cette fois, comme les autres, il aura suffi de l'appel aux armes pout dissiper d'un seul coup de vent le cauche-
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mar. Chez moi le cœur est solide, le bras ferme et Tceil clair.
Mais mon imagination embarrasse, en ses plis trop amples, le corps qu'elle habille et lui enlève Taisance de son allure.
Me voici, dis- je, avec le premier peloton. Il y a quelques instants d'indécision très pénibles. Devant nous, amis et ennemis sont mêlés. Tout notre sang-froid est nécessaire. Je n'autorise à se servir de leur fusil que les tireurs les plus éprouvés.
Nous nous sommes établis dans un élé- ' ment de tranchée à demi-comblé par les obus. Quand nous nous tenons debout, notre buste entier dépasse le parapet. Il faut, pour diminuer les risques, ou se ' mettre à genoux ou s'allonger le long des éboulis.
Pourtant il est un des hommes là présents, Chaubîer, qui semble tout à fait ignorer le péril.
Quand je me suis précipité dans la tranchée démolie, il était déjà en place, et il tirait, tirait, sans regarder si d'autres venaient le soutenir.
Pendant toute l'attaque il demeurera
au premier rang, magnifique exemple d'audace et de sang-froid...
Quelques jours après — ceci est une parenthèse mais que je ne puis m'empêcher d'ouvrir, tant elle est caractéristique de la stupidité et de la malice humaines — quelques jours après, dis- je, le régiment étant au repos, le capitaine d'E. M.
Henry Bordeaux vint rendre visite au colonel et lui remit une belle montre « pour le soldat le plus brave et le plus digne d'estime ».
Des noms furent demandés aux compagnies. Je proposai Chaubier et ce fut lui qu'élut le colonel.
Chaubier prit la montre, mais crai- • gnant de la casser, un peu gêné de se voir dans les mains une pareille merveille, il s'empressa de l'envoyer à sa mère.
Or, quelques mois après, Chaubier vint me trouver :
— Mon lieutenant, est-ce que vous voudriez écrire au maire de chez nous pour lui dire que la montre est bien à moi et que je ne l'ai pas volée ? On dit partout dans le village que je l'ai ramassée sur un mort !...
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