DERNIERS ASSAUTS
L'attaque, manquée à droite, reprend bientôt vers la gauche.
Les tirailleurs marocains, couchés dans la plaine, sans abri d'aucune sorte, sont surpris par Tarrivée subite des Boches et submergés par leurs flots sans cesse renouvelés. Une mêlée s'engage ; les Boches se servent de leurs grenades à bout portant ; presque tous les officiers de tirailleurs sont tués et leurs hommes fléchissent.
Quelques-uns même esquissent un mouvement de retraite.
Le capitaine Ferrère et le commandant C se précipitent.
Le capitaine Ferrère, qui est colon au Maroc, harangue les tirailleurs :
— Ne savez-vous pas qu'Allah n'aime pas les lâches ! s'écrie-t-îl.
Les tirailleurs regardent avec stupéf ac-
tion ce Français qui parle leur langue et font de nouveau face à Tennemi. Le commandant C se met à leut tête, lève sa canne comme une épée et commande : « En avant ! »
A ce moment passe sur la ligne entière un grand souffle d'héroïsme. Les hommes du 95' sortent de leurs tranchées pour tirer plus à Taise. Ceux qui se trouvent près des tirailleurs courent se mêler à leurs rangs et chargent avec eux. Le clairon Bruneau, de la 9** Compagnie, saute sur le parapet et, droit dressé dans l'averse des balles, sonne, aux camarades qui s'élancent, une charge endiablée. Une balle le frappe au front et l'étend raide mort.
Encore un de tes enfants, vieux clairon de Déroulède ! (1).
Une autre balle blesse à l'épaule, de façon grave, le commandant C Mais l'élan est donné.
Les Boches commencent à lâcher pied.
Le feu nourri des nôtres active leur dé-
fi) Le soldat Brntieaa était originaire de Bonrges. Il a»» partenait à la classe 15 et il était marié.
DOUAUMONT 183
•onfiture. Le sous-lieutenant Duchet- Sucliaux, nouvellement arrivé parmi nous, s'efforce de faire oublier à ses hommes son visage imberbe. Il fume la pipe comme un vieux poilu, tout en faisant le coup de ieu et tout en donnant ses ordres avec une bonne humeur et un sang-froid dignes d'un vétéran du Bois-Brûlé.
Une section boche débouche de la corne sud-est du petit bois. L'officier qui la commande a un bel équipement neuf en cuir jaune. Quel superbe point de mire !
L'équipement neuf roule à terre, frappé d'une balle. La section fait un brusque demi-tour et rentre dans le bois.
Quelques instants après un soldat revient en rampant chercher le corps de son officier. Il se cache de son mieux et il se persuade sans doute qu'il demeure inaperçu. Déjà, des fusils impatients le mettent en joue :
— Ne tirez pas ! ordonne Duchet- Suchaux il faut bien rire un peu !
On 'laisse le Boche arriver jusqu'au cadavre. Un commandement à voix basse... Et il y a tout aussitôt deux cadavres crôte à côte.