LES TIRAILLEURS
Un obus brise le trépied d'une des mitrailleuses qui garnissent le front de la 10* Compagnie.
— Vous n'avez plus de trépied, dit aux mitrailleurs le sous-lieutenant Brisebat ; je vais vous en faire un.
Il prend alors la pièce, la fixe sur le parapet, et la maintenant dans sa poigne nerveuse, il permet aux hommes de continuer un feu, un peu saccadé peut-être, mais non dénué d'efficacité.
Le sergent-major de la 10* Compagnie, P..., a bondi hors de son abri aux premiers bruits de la fusillade. Il prend le commandement d'une dizaine d'hommes qui se trouvent à part, dans un élément de tranchée, et il réalise des prodiges.
Il entremêle ses ordres de réflexions pittoresques qui mettent les hommes e»
joie :
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— Ah lies cochons ! les cochons 1 Depuis Sarrebourg que j'attendais ce moment-là ! Ils m'ont tiré dans les fesses à Sarrebourg, les salauds ! à mon tour de leur z'y poivrer la cafetière !
Cependant les tirailleurs ont pris nettement l'avantage. Les Boches font demitour et le carnage commence.
Les tirailleurs ont une façon à eux de se servir de leurs baïonnettes : ils ne s'en servent pas !... Ils chargent leur fusil en marchant, déchargent la balle dans le dos du Boche qui se trouve devant eux, rechargent et recommencent.
Un tirailleur blessé, à qui on veut persuader d'aller au poste de secours, répond fièrement :
— Un tirailli s'en alli sans chagé (charger) ? jami !
Et il court à la suite des camarades.
Rares sont les Boches qui réussissent à s'échapper. Leurs cadavres s'entassent sur les pentes de la colline. Il y a un de ces cadavres qui s'est accroché aux fils de fer du réseau, et qui reste là, debout, avec sa face grimaçante.
Jusqu'à la tombée de la nuit, on enten-
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ra les plaintes des blessés et on verra les lubresauts des moribonds.
Pour se venger de son échec, l'ennemi icommence son bombardement f«- ,eux.
Mais les hommes n'en ont cure : ils en it tant vu depuis trois jours, qu'ils se iutent invulnérables. Le lieutenant Paaet, dont la Compagnie eut à subir des Brtes particulièrement sensibles, s'irrite e voir l'insouciance de ses hommes sous t, pluie des obus. Oublieux de son propre anger, il parcourt les rues du village, aligeant les promeneurs qui musent JUS la rafale à rentrer dans leurs trantiées.
Le lieutenant Paquet a perdu un de see Eficiers et son adjudant. Et combien 'hommes ? Son front est barré par la ristesse. Ceux qui le voient déambuler otre les maisons, sans que les murs qui roulent le fassent dévier de sa route, ne euvent s'empêcher de penser :
— Il cherche à se faire tuer...
Toutes les victoires, hélas ! et même !« lus glorieuses, doivent être payées ave* u sang comptant, et le cœur des chefs m
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brise quand, la bataille terminée, le moment vient de faire l'appel des disparus.
Et les obus tombent, tombent, tombent^ giboulée infernale dont chaque goutte est un obus.