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A L'ORDRE

Au milieu de cette" tempête de fer et de feu, les tâches ordinaires s'accomplissent avec régularité. Majors et brancardiers s'affairent. Les ravitailleurs vont chercher les cartouches aux caissons placés dans une grange, en pleine tourmente.

Quelques-uns, qui doivent traverser un espace découvert, se font attacher sur le dos les sacs de cartouches, et rampent.

Les agents de liaison courent d'un poste à l'autre enjambant les cadavres, se glissant à travers les décombres. Dans chaque tranchée, des guetteurs attentifs veillent à leur poste de combat.

Les mitrailleurs se tiennent debout sur les talus, protégés par une haie de la vue mais non des coups, et poussent à un aussi haut point le mépris du danger qu'ils arrachent des cris d'admiration à leurs camarades des tranchées eux-mêmes.

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C'est le capitaine Delarue qui commande les mitrailleurs de notre secteur. Je me suis fait à moi-même le pari que je le verrais, au moins une fois dans cette journée, sans son sourire. J*aî perdu mon pari.

Le capitainç Ferrère, adjoint au colonel, se promène au milieu du village avec son étemelle cigarette aux lèvres, et le visage d'un homme qui en a vu bien d'autres.

Il ne comprend pas l'émotion de plusieurs :

— Mais enfin, ne courez donc pas si vite, leur dit-il avec un étonnement sincère.

J'apprendrai plus tard que, la veille, le capitaine Ferrère prit volontairement le commandement d'une section de mitrailleuses contre les vagues d'assaut allemandes et qu'il régla le tir des pièces, debout sur une barricade !

Malgré l'averse des obus, les hommes réparent leurs tranchées autant que le permettent les rares outils dont ils disposent.

Le lieutenant Ecoutaîn est placé avec sa section dans le cimetière, à quelques

mètres en avant du clocher. Un camara<Je qui passe lui fait remarquer la jolie musique que font les balles boches en heurtant les cloches.

— Oui, répond Ecoutain, mais voilà trop longtemps que les obus ratent le clocher. Ça ne peut pas durer toujours. J'ai le pressentiment qu'il va nous enterrer tous.

Et comme le camarade, croyant à des idées noires, veut remonter le courage d'Ecoutain, celui-ci répond avec un sourire tranquille :

— Oh ! ce que je dis là est histoire de causer ; çà ne m'empêche pas de fumer ma cigarette.

Les pressentiments n'avaient pas tort.

Vers le milieu de la matinée, un obus heurte le clocher et un des éclats frappe Ecoutain à la tête.

C'était un engagé volontaire, modèle de toutes l^s vertus de l'homme et du soldat.

Que sa veuve trouve ici le témoignage de l'affection et de lestirae que tous, au 95*, avions pour son mari.

Vers une heure de l'après-midi, le sergent B..., de la 11* Compagnie, qui a la

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garde de la barricade au Nord de Douaumont, est blessé à la tête. Il tombe évanoui. On le fait revenir à lui, on veut le porter au poste de secours. Il refuse, garde son poste, et ce n'est qu'à la nuit, une fois repoussée toute crainte d'attaque nouvelle, qu'il accepte d'aller se faire panser.

Le caporal B..., de la 11*, blessé au bras et à la tête, oublie sa souffrance pour se porter au secours d'un de ses camarades enseveli sous un éboulement. Pendant qu'il s'active, un autre obus tombe, qui tue trois hommes à ses côtés et lui fait deux nouvelles blessures, l'une à la tête, l'autre à la lîuisse. Il a le corps en loques et couvert de sang :

" — Maintenant, dit-il, je veux bien qu'on m'emporte.

L'âme de tous ces efforts, de toutes ces volontés, de tous ces héroïsmes, est le Colonel de B...

Il va d'une ligne à l'autre, donnant des ordres, encourageant ses gars. On vient le prévenir que les troupes qui appuyaient sa droite ont fléchî, qu'il court le risque d'être fait prisonnier avec son régiment...

— Les autres font ce qui leur plaît, répond-il. Moi je dois garder Douaumont et je le garde.

Et les chus tombent^ tombent^ tombent^ giboulée inferrude dont chaque goutte est un obus.

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